Francesco Tasso, francisé en François de Tassis (ou François de Taxis) le vieux, né à Cornello dei Tasso en 1459 et mort à Bruxelles en 1517, est l'un des entrepreneurs majeurs de la Renaissance. D'origine lombarde, il développe depuis Malines et Bruxelles, le commerce postal familial jusqu'à en faire le premier service postal européen en concluant des contrats avec les principaux empereurs et rois de son époque. Annobli et devenu Maitre général des postes des Habsbourg et ministre des postes pour la Monarchie catholique espagnole, il organise la pérennisation de son entreprise qui durera jusqu'en 1867. Son mécénat est encore connu au par la conservation d'œuvres d'art qui le représentent.

Dénomination et héraldique

Chez les Lombards, le nom se résume à une désignation germanique unique et individuelle qui ne se transmet pas d'une génération à l'autre, mais les historiens font remonter la lignée des Tasso, installée à Cornello dei Tasso dans la province de Bergame dans la vallée du Brembo en Lombardie, au à l'époque des invasions barbares ; elle serait à l'origine des chevaliers lombards qui se seraient établis sur le mont Tasso où un château fort fut bâti et auraient pris le nom de leur fief comme patronyme.

La première mention du nom de famille Tasso apparait au avec Reinerius Tasso cité en 1117Stendhal club, Volumes 26 à 27 de Victor Del Litto (1983)Almanach de Gotha, Volume 159 de Justus Perthes (1922) page 236. Tasso est donc le nom de famille, le patronyme toponymique des ancêtres de Francesco Tasso vivant à Camerata Cornello dont un hameau porte désormais le nom de Cornello dei Tasso, le long de la . Lorsque l'activité entrepreneuriale de Francesco se développe dans les pays bourguinons, l'orthographe des noms n'est pas fixée et la langue du pouvoir étant le français, le nom Tasso, francisé, va s'écrire Tassis ou, plus rarement, Taxis. Auguste Vincent, conservateur à la Bibliothèque royale de Belgique, précise que l'orthographe Taxis a été adoptée au début du . Le développement de la famille et de ses activités sous les Habsbourg d'Autriche amènera naturellement la germanisation des prénoms et du patronyme.

Tasso est le nom italien du blaireau européen, dit taisson, tassi étant le pluriel de ce substantif ; mais tassi est aussi l'appellation italienne de l'ifBernardo Tasso, Volumes 39 à 40 de Edward Williamson page 2. Les paysages de Cornello accueillent aussi bien des ifs que des blaireaux ; la famille Tasso a cependant retenu l'animal et non le végétal dans ses armoiries. Son blason se présente d'azur, au taisson d'argent. Qu'elle s'appelle ensuite Tassis ou Taxis, la famille gardera ce blaireau dans ses armoiries.

Ascendance et parentèle

François Tasso est l'un des de Pasino Tasso qui constituent la génération. depuis Omedeo Tasso, fondateur d'une lignée de courriers et hauts responsables de poste qui a déjà donné avant eux un maitre des postes à la cour pontificale : Allessandro de Tasso Cornello (1418-1484) formateur, avec ses descendants, de la lignée des Tasso près des papes de 1463 à 1539.

François est l'un des quatre petits-fils de Ruggero Tasso, cité dans des actes notariés mais dont on ne connait pas les dates de naissance et de mort. Selon la tradition, cet homme aurait été chargé, avant 1460, par l'empereur du Saint-Empire Frédéric III d'établir une ligne postale d'Innsbruck vers la Styrie et l'Italie. Un autre petit-fils de Ruggero et donc frère de François, Jeannetto de Tassis, a repris ce poste à Innsbruck avec, en 1489, le titre de Maitre supérieur des Postes ; il va y former son fils Séraphin I, son neveu Giovan Battista car tout se fait en famille, avec les autres frères (Ruggero, notaire à Cornello, et Leonardo, maitre de la poste impériale espagnole à Rome) et d'autres neveux, dont un à Lille (alors ville de l'État bourguignon).

À Malines, naissance de la entreprise européenne thumb|alt=Côte à côte, portrait d'un garçonnet et d'une fillette, tous deux chapeautés et portant bijoux.|Philippe et Margerite de Habsbourg, respectivement âgés de 5 et 3 ans. En 1490, Marguerite d'York, sans descendance, belle-mère de la duchesse Marie de Bourgogne et de son époux Maximilien d'Autriche (le fils de Frédéric III), réside à Malines. Elle y assure la garde et l'éducation des jeunes enfants du couple car leur maman Marie est morte des suites d'une chute de cheval en 1482 et leur papa Maximilien, devenu régent de Bourgogne, juste couronné roi des Romains, s'est installé au Tyrol. thumb|left|alt= portraits encadrés sur fond noir de 2 fillettes et 1 garçon entre elles, en vêtements rouges et bruns et portant coiffes avec voile ou chapeau.| De g. à dr. Éléonore, Charles et Isabelle âgés de 4, 2 et 1 ans. thumb|left|alt=Portrait sur fond noir d'une fillette et d'un garçonnet côte à côte, en vêtements rouge et brun|Marie et son fiancé Louis II Jagellon âgés de 10 et 9 ans. François s'établit donc à Malines cette année-là pour gérer les échanges postaux quotidiens de correspondance et de consignes entre cette ville et Innsbruck.

Six ans plus tard, Maximilien lui confie les lettres de négociations pour les mariages de ses enfants : Marguerite avec Jean d'Aragon à Burgos et Philippe avec Jeanne de Castille à Lierre. Ce dernier mariage va donner six enfants entre 1498 et 1807, dont quatre nés dans l'État bourguignon et qui, la mort de leur père en 1506 transformant Jeanne de Castille en , vont y être élevés par leur tante Marguerite d'Autriche, doublement veuve et sans enfant, avant d'accéder au pouvoir soit par primogéniture, soit par alliance conjugale :

Éléonore de Habsbourg, née à Louvain en 1498, future reine du Portugal puis de France ; Charles de Habsbourg, né à Gand en 1500, futur empereur connu sous le nom de Charles Quint ; Isabelle d'Autriche, née à Bruxelles en 1501, future reine de Danemark, Suède et Norvège ; Marie d'Autriche, née à Bruxelles en 1505, future reine de Hongrie et de Bohême. thumb|alt=Carte géographique muette, colorée uniquement pour les secteurs dépendant des Habsbourg|Possession des Habsbourg 1550. Rose : territoires héréditaires bourguignons, vert : territoires héréditaires autrichiens, bleu : couronne de Castille, orange : couronne d'Aragon. Ce sont les courriers de François qui, partis d'Espagne, ont annoncé aux cours européennes, en 1497, que Jeanne hérite de l'Espagne et de ses possessions d'Amérique, ce qui donne une nouvelle importance à son époux Philippe, archiduc d'Autriche et duc de Bourgogne régnant sur les États bourguignons, qui va devenir ainsi en 1506, sous l'appellation Philippe le Beau, le souverain espagnol de la dynastie de Habsbourg. Ce sont les courriers de François qui ont annoncé à Maximilien, devenu empereur, la naissance à Gand de son premier petit-fils en 1500, année où François est nommé par l'empereur , en remplacement de Jeannetto. Le développement de la famille des Habsbourg sert ses affaires car la fusion politique des territoires géographiquement dispersés de Philippe va exiger la création d'un système de communication efficace entre les nombreux et tout aussi dispersés membres de la maison de Habsbourg.

En , Philippe le Beau nomme (François de Tassis) « capitaine, chief et maistre de nos Postes » ; à cette époque, le terme capitaine s'applique tant au chef militaire dirigeant une compagnie de gens de guerre, soit à pied, soit à cheval qu'au commandant d'un vaisseau, d'un château, d'un palais. La triple appellation souligne l'étendue de l'autorité accordée à François de Tassis qui va jusqu'à punir et remplacer ceux qui n'exécuteraient pas scrupuleusement leur tâche. La capitainerie étant la dénomination de la charge et de la dignité de capitaine, l'étendue de la juridiction qu'elle couvre est précisée par un déterminatif et le document décrit clairement la fonction : direction et organisation du service postal, gestion des relais, modification des lieux en fonction des circonstances, choix des messagers et surveillance de leur bonne conduite. Outre la rémunération journalière payable de trois en trois mois à égale partTexte de l'époque, p. 42 : traduisible en tout ce qu’un bon et loyal maître des postes peut et doit faire, et qui relève de sa charge, pour un salaire de vingt sols, calculé selon la valeur des gros de feu de notre monnaie de Flandre, le sol étant pris comme unité., le capitaine des postes bénéficie d'autres selon le bon vouloir du souverain. Il est précisé que les villes doivent aider le maitre de poste et ses messagers, que leur passage est assuré de jour comme de nuit dans tous les lieux contrôlés ou défendus par les gouverneurs du souverain, que ceux-ci doivent fournir (et payer) guides et chevaux sous peine de punition et de perte de leur charge s'ils ne le font pas, et que François doit prêter serment.

thumb|left|alt=Dessin encadré de chevaucheur soufflant dans un cor avec texte autour du cadre.|Courrier jouant du cor postal, 1563. Suit, le , un accord entre Philippe le Beau et François de Tassis : une convention par laquelle François s'engage à créer des lignes postales de Bruxelles vers les cours de Maximilien à Innsbruck (en l'été, l'hiver), la cour espagnole à Tolède (en ) et Grenade (en ), la cour française à Blois (en ), Paris (en ou ) et Lyon (en ). Un cheval doit en permanence être prêt à partir dans chaque relai, et les messagers tassiens ont l'usage exclusif du cor postal, l'instrument à vent qui leur permet d'annoncer leur arrivée au relais et de gagner du temps, d'obtenir aussi l'ouverture des portes des villes le soir et la nuit, et qui va d'ailleurs devenir l'emblème de la poste dans de très nombreux pays. La rémunération de François est de de de Flandre par an.

Cette convention rompt avec la coutume féodale où l'octroi effectif d'un droit particulier prend la forme d'un acte unilatéral, n'impliquant en contrepartie, de la part du bénéficiaire, que le service d'hommage et le serment de fidélité ; il ne s'agit plus d'un accord féodal caractérisé par une relation de supériorité à subordination, où l'accent est mis sur les devoirs du vassal, ceux du seigneur se limitant essentiellement à la protection. Il s'agit d'un contrat de nature moderne, <ref>Texte original : </ref>. De simple fonctionnaire François devient chef d'une entreprise privée quasi indépendante, égale à l'État et investie de fonctions propres à un État moderne. Une entreprise qui doit mettre en place une considérable logistique pour établir et entretenir routes et ponts, découvrir et acheter ou louer, ou même construire, les relais de poste dans des zones propices au ravitaillement des humains comme des chevaux qui ont besoin de pâtures et de fourrage, le tout nécessitant un personnel considérable à trouver et fidéliser. Une entreprise qui se doit aussi de garantir l'immunité et la sécurité des messagers de qui dépendent le secret de la correspondance autant que sa transmission.

En 1507, Marguerite d'Autriche, devenue gouvernante générale des Pays-Bas régnant sur le Brabant, la Flandre, l'Artois, la Hollande et la Zélande, résidant au Hof van Savoye où sa cour accueille artistes, peintres, poètes et auteurs, accorde à François par lettres patentes une nouvelle charge de capitaine des postes.

Le , pendant la quatrième guerre d'Italie où la république de Venise défie l'autorité papale, Maximilien remplace David de Tassis par François à la direction des postes pour les correspondances entre Vienne et BruxellesCorrespondance de l'Empereur Maximilien et de Marguerite d'Autriche volume 2 page 134. Trois ans plus tard, en , cet empereur anoblit d'un coup huit membres de la famille : François, ses neveux et petits-neveux, en place à Bruxelles, Innsbruck, Augsbourg, Milan, Venise, Rome et Valladolid, deviennent et à titre héréditaire. François épouse Dorothea Luytvoldi. la même année ; il a 53 ans.