L'église Saint-Acceul, située à Écouen, dans le Val-d'Oise, est la seule église en France placée sous le vocable de ce saint, mais elle possède une relique d'Andéol du Vivarais qui semble être le patron véritable de l'église. Le chœur et son collatéral ont été édifiés entre 1536 et 1554 pour le compte du connétable Anne de Montmorency, et constituent un ensemble élancé et élégant de style gothique flamboyant. Or, la principale richesse de l'église sont ses vitraux Renaissance du milieu du , qui ornent toutes les fenêtres du chœur et du collatéral. Aucune autre église du département n'a conservé tous ses vitraux d'origine. D'autre part, le clocher Renaissance est demeuré inachevé, et la basse nef construite à l'économique au début du s'accorde mal avec le chœur. L'église et ses vitraux font l'objet d'un classement précoce aux monuments historiques par liste de 1840, au moment même de l'instauration de ce type de protection. Dans ce contexte, la façade principale jusque-là provisoire est construite en 1854 selon un projet du siècle précédent resté sans suite.

Localisation thumb|left|Vue depuis l'ouest.

L'église se situe en France, dans le département du Val-d'Oise et sur la commune d'Écouen, sur la place principale de la ville dénommée place de l'Église, face à l'hôtel de ville (à l'ouest), à côté de l'office de tourisme (au sud) et juste en contrebas du château d'Écouen, qui domine toute la ville. C'est la façade qui donne sur la place. Au nord du bas-côté de la nef, une courte impasse mène jusqu'au clocher. Le reste de l'élévation septentrionale est enclavée dans un jardin privé La rue Jean-Bullant quitte la place en direction du sud-est et longe l'élévation méridionale de l'église, tout en s'éloignant successivement. Le coteau assez abrupte qui fait face à l'église au sud empêche de la contempler en prenant du recul, mais l'on peut monter l'escalier desservant le jardin derrière l'office de tourisme et bénéficier d'une belle vue d'ensemble du chœur de l'église. Le chevet est en partie visible depuis la rue, et en partie enclavé dans la cour de récréation d'une école.

Origine du vocable thumb|left|Statue de saint Acceul au-dessus du portail.

Le vocable de saint Acceul est aujourd'hui assimilé à saint Andéol du Vivarais, car il n'existe pas de saint Acceul, mais une part d'obscurité continue d'envelopper le nom de cette église. Le reliquaire de l'église contient une clavicule attribuée à saint Andéol, et la statue de saint Acceul dans la niche au-dessus du portail principal porte une scie dans les mains. Les Romains ont supplicié saint Andéol en lui ouvrant le crâne en croix, probablement à l'aide d'un glaive ou d'une scie. Cette représentation de 1854 tend donc à confirmer que saint Acceul est bien saint Andéol. Cependant, saint Acceul est associé localement à saint Acheul d'Amiens, où l'on trouve par exemple l'abbaye de Saint-Acheul. D'après la tradition locale, Acheul et Andéol seraient en effet une seule et unique personne, assimilation pouvant s'expliquer par les liens de la maison de Montmorency avec le Languedoc, où elle tient longtemps le gouvernement militaire. D'après Mathieu Lours, la légende serait très peu fondée, et il s'agirait bien de deux saints différents..

La déformation successive du nom d'Andéol en Acceul en passant par Andiol, Andeux et Acheul paraît possible, et des églises françaises sont par ailleurs dédiées à saint Andiol, saint Andeux et saint Acheul. Il est néanmoins possible que saint Acceul ne soit pas une déformation de saint Andéol, mais une confusion entre le martyr languedocien et un autre personnage qui serait lui venu de Picardie. Les deux saints auraient alors été « mélangés » involontairement, prenant la vie de l'un et le nom de l'autre.

Histoire Les origines thumb|Vue générale depuis la terrasse devant le château. thumb|Vue depuis l'est. thumb|Vue d'ensemble depuis le sud-est. thumb|Vue depuis le sud. thumb|Nef, élévation sud. thumb|Date de 1709 sur un vitrail de la nef. thumb|Litre funéraire des Condé.

L'histoire de l'église Saint-Acceul reste en grande partie dans l'ombre. Les quelques documents la concernant que cite l'abbé Jean Lebeuf en 1753 ont disparu sous la Révolution française. La première mention de la terre d'Écouen, qui forme alors une entité avec le village voisin d'Ézanville sous le nom d'Iticiniscoam, figure dans une charte du roi Dagobert I de 632, par laquelle il fait don de nombreuses terres à l'abbaye de Saint-Denis. Mais l'abbaye dionysienne est probablement pour rien dans la fondation de la première église d'Écouen. Mathieu Lours estime que ses origines sont plutôt castrales, car Écouen représente le fief le plus ancien détenu par la maison de Montmorency, et l'emplacement de l'église est près du château. L'on peut néanmoins imaginer que les Montmorency avaient usurpé des terres de l'abbaye en profitant des désordres à la fin de l'époque carolingienne. C'est peut-être aussi l'abbaye qui fournit les reliques de saint Acheul d'Amiens. Dès le , son vocable est attesté pour l'église d'Écouen. En 1096, dans le contexte du mouvement de reconstitution de biens ecclésiastiques spoliés encouragé par la réforme grégorienne, Bouchard IV de Montmorency, donne l'église et la dîme d'Écouen au prieuré Saint-Martin-des-Champs. Cette donation est confirmée par des bulles pontificales en 1119 et 1147 ; par des lettres patentes d'Étienne de Senlis, évêque de Paris ; et par une charte de son successeur Thibaud. Ceci n'empêche pas les héritiers de Bouchard IV de contester ultérieurement la donation de la dîme. En 1225, une sentence de l'official de Paris condamne Mathieu II de Montmorency à restituer au prieuré tout ce qu'il lui devait conformément à la charte de donation. C'est aussi Mathieu II de Montmorency qui rapporte une relique de saint Andéol de Languedoc , où il s'était rendu pour se joindre à la croisade des Albigeois..

Les campagnes de construction de l'église

La construction de l'église actuelle est lancée par le duc Anne de Montmorency en 1535 et 1536. La date approximative du début des travaux peut être déduite d'un acte de 1536, par lequel le cardinal Jean du Bellay, évêque de Paris, autorise le curé de déplacer l'autel jusqu'à l'achèvement du nouveau chœur. Au gré de l'avancement des travaux, l'ancienne église est progressivement démolie. Hormis des vestiges archéologiques, plus rien ne subsiste donc des églises précédentes. Par des ruptures dans l'appareil et les différences dans le décor, qui est déjà influencé par la Renaissance, l'on peut distinguer trois campagnes de travaux. La première ne concerne que l'abside et la dernière travée du collatéral, qui accueille la chapelle de la Vierge. Ici, les nervures des voûtes retombent sur des culs-de-lampe dont les corbeilles sont sculptées d'angelots, et les clés de voûte secondaires sont des cabochons architecturés. Cette campagne s'achève dès 1544, puisque les vitraux sont datés de cette année et de 1545. La deuxième campagne de travaux porte sur les deux travées suivantes en direction de l'ouest, c'est-à-dire, la première et la deuxième travée du chœur et les travées adjacentes du collatéral. Ici, les ogives et arcs-doubleaux retombent latéralement sur des culs-de-lampe sculptés de feuilles d'acanthe et pourvus de frises à oves, et les clés de voûte secondaires arborent des corbeilles de fruits (pour un quart) et des feuillages (pour les trois quarts restants). Enfin, au bout d'une interruption du chantier de quelques années, la troisième campagne de travaux concerne uniquement la dernière travée du bas-côté de la nef, et la base et le clocher, qui reste par ailleurs inachevé. Si les clés de voûte secondaires sont analogues à celles de la campagne précédente, la grande arcade vers la nef est en plein cintre, et le reste du décor affiche un style Renaissance déjà bien affirmé, surtout à l'extérieur du clocher. La date sur la cloche donnée par Anne de Montmorency, 1554, marque l'arrêt du chantier. Manquent encore la nef et le reste de son bas-côté, dont les frais de construction et d'entretien sont à la charge des paroissiens selon le droit coutumier de l'Ancien Régime. Mais avec les guerres de Religion, les temps deviennent plus instables, et les priorités changent. Pendant un siècle et demi, le chantier reste à l'arrêt, hormis l'installation de deux verrières offertes par Henri I de Montmorency en 1587..

Pour le , les archives sont généralement mieux fournies que pour le Moyen Âge, et pour la plupart des églises de cette époque, quelques documents renseignant sur les maîtres-maçons et artisans impliqués dans les chantiers se sont conservés. Ce n'est pas le cas de l'église Saint-Acceul. L'on dispose seulement les noms des artistes et artisans travaillant pour le compte de la famille de Montmorency, sans distinction entre l'église, le château d'Écouen, dont la reconstruction commence quelques années avant l'église, et d'édifices situés dans d'autres paroisses contrôlées par la même famille. Mais rien ne s'oppose à l'hypothèse que les mêmes personnes interviennent pour l'église Saint-Acceul et le château. Au contraire, les deux travées issues de la première campagne montrent les mêmes partis architecturaux déjà retenus pour la chapelle du château, ainsi que pour la collégiale Saint-Martin de Montmorency. L'on peut ainsi attribuer la première campagne de l'église à Charles Baillard ou Billard. Concernant la deuxième campagne de travaux, les noms manquent. Pour des raisons qu'il ne précise pas, Mathieu Lours ne pense pas que les travaux soient toujours dirigés par Charles Baillard. La troisième campagne seulement peut être attribuée à Jean Bullant, dont l'on sait qu'il est présent sur place avant 1556. Conformément aux vœux exprimés par son testament, il est enterré dans l'église Saint-Acceul le , et témoigne ainsi de son attachement à cet édifice. Quant aux artisans, l'on peut également recourir aux noms qui figurent dans les archives des paroisses avoisinantes, et citer les maçons Claude et Nicolas Godart, Jacques Saulnier et Denis Leconte, qui habitent Écouen, et les charpentiers Denis Chotin, Jehan Labbé et Jean Herbel.. En 1698, le sieur Sellier, secrétaire de Nicolas de Lamoignon de Basville, propose de ramener une nouvelle relique de saint Andéol depuis Bourg-Saint-Andéol. Le projet est approuvé par les autorités ecclésiastiques et soutenu par Anne de Bavière, épouse du prince Henri-Jules de Bourbon-Condé, et une clavicule du saint arrive à Écouen en date du . Une cérémonie fastueuse, financée par Anne de Bavière, se tient alors dans la ville.. Cet événement, prévu de longue date, encourage peut-être la reprise du chantier de l'église en 1709. En effet, la base du clocher est remaniée et devient la chapelle Saint-Acceul, destinée à abriter la châsse de reliques. Grâce à la libéralité d'Anne de Bavière et du prince de Condé, une nouvelle nef accompagné d'un bas-côté est enfin construite. Tout le mobilier est renouvelé. Cependant, l'exécution se fait à l'économique, sans voûtes et avec un appareil de moellons noyés dans un mortier. Qui plus est, l'on omet de construire la façade. L'on se contente d'ajouter un porche devant le portail en 1737, dont l'abbé Lebeuf déplore le manque de goût..

L'église sous la Révolution française