Les peintres primitifs niçois sont les peintres originaires du Pays niçois, territoire successivement dominé par les comtes de Provence et par les ducs de Savoie à partir de 1388, ou du Piémont ayant exercé leur art dans le comté de Nice ou dans le Piémont proche, territoires qui faisaient partie, au et , des États de Savoie.
On ne peut pas parler d'école de peinture niçoise car en dehors de la famille Bréa, il n'y a pas eu d'enseignement. Luc Thévenon suggère d'ailleurs de désigner l'ensemble de ces peintres plutôt comme primitifs des Alpes méridionales. Cette école est à la jonction entre la fin de la peinture gothique et le début de la peinture Renaissance. Cette période des peintres primitifs niçois culmine entre 1480 et 1520. La seconde moitié du a été une période de « véritable vide artistique ».
Éléments d'histoire Des comtes de Provence aux ducs de Savoie Le pays niçois entre dans l'histoire avec la succession de la comtesse de Provence, Jeanne I de Naples. Celle-ci désigne en 1372 comme héritier son cousin Charles de Duras. L'affaire de la succession se complique à la suite de deux évènements : l'assassinat d'André de Hongrie, premier mari de Jeanne de Naples dont on l'accuse d'être l'instigatrice ; l'élection de deux papes en 1378, Urbain VI, pape à Rome, et Clément VII, antipape à Avignon, début du grand schisme d'Occident.
Urbain VI a l'appui de Charles de Duras dans son conflit avec Clément VII. Jeanne de Naples appuie Clément VII. Urbain VI déclare Jeanne de Naples rebelle à l'église et à la vraie foi. Il déchoit Jeanne de Naples de son royaume de Naples et le transmet à Charles de Duras. Jeanne de Naples change alors d'avis et choisit un autre cousin comme héritier, Louis d'Anjou, fils du roi de France Jean II le Bon, en 1380. Louis d'Anjou cherche un appui auprès du comte de Savoie Amédée VI et signe avec lui un traité de mutuelle assistance à Lyon le . D'après l'historien de Nice Caïs, « le duc d'Anjou s'engageait à mettre mille lances sous les ordres du comte qui en ajouterait dix-huit cents ou deux mille ; d'autre part le duc cède ses droits sur le Piémont ». Charles de Duras se fait couronner roi de Naples le et réussit à s'emparer du Château-Neuf de Naples où se trouve Jeanne de Naples. Prisonnière de Charles de Duras, celui-ci la fait tuer en 1382. Louis d'Anjou est couronné roi de Naples à Avignon et part reconquérir son royaume, mais il meurt en 1384.
Dans cette opposition entre les deux héritiers possibles, il va en résulter en Provence le conflit de l'Union d'Aix. Charles de Duras est assassiné en Hongrie le , laissant un fils de dix ans, Ladislas, pour lui succéder. Après la mort de Charles de Duras, les villes de Provence qui le soutenaient se rallient à la famille d'Anjou. Il en est de même pour la plupart des familles aristocratiques de la Provence orientale. Balthazar de Spinola, sénéchal de Provence pour Charles de Duras, se rallie aux Anjou. Seule l'oligarchie de Nice et la famille des Grimaldi de Bueil continuent à s'opposer aux Anjou. Les Grimaldi de Beuil vont jouer un rôle important pour profiter de cette division pour accroître son indépendance. La délégation qu'ils envoient auprès de Ladislas et de la régente Marguerite ne reçoit que l'autorisation de se choisir un nouveau défenseur.
En 1382, le comte de Savoie devient maître de la ville de Coni située au pied du col de Tende côté piémontais. Après réunion du conseil de la ville de Nice, Jean Grimaldi de Bueil impose comme protecteur de cette partie de la Provence le comte de Savoie Amédée VII. Il envoie son frère Louis pour négocier avec le maréchal de Savoie après avoir signé le un acte notarié dans lequel il reconnaît Amédée VII comme son suzerain. L'accord est trouvé le . Jean Grimaldi, baron de Bueil, et son frère Louis Grimaldi, seigneur de Massoins, se reconnaissent sujets du comte de Savoie pour toutes leurs possessions et aussi pour Nice qui fait partie de l'accord. La dédition de Nice à la SavoieCahier de la Méditerranée : La « Dédition » de Nice à la Maison de Savoie : analyse critique d’un concept historiographique est une charte signée le entre Nice et le comte de Savoie. Le Amédée VII fait son entrée dans Nice. L'accord prévoit que pendant trois ans le comte est le maître du territoire et si au bout de ce temps le roi de Naples n'a pas remboursé sa dette de florins d'or, il doit céder ses droits sur Nice qui reconnaît le comte comme souverain. C'est le que les syndics de la ville rendent hommage au représentant du comte. La noblesse de la Provence orientale a dû quitter la région au moment de son ralliement à Louis II d'Anjou. C'est le que Yolande d'Aragon accepte de signer un traité par lequel elle reconnaît au comte de Savoie tous les droits sur le Pays niçois, lequel est par la suite officiellement désigné sous le nom de Terres neuves de Provence puis de comté de Nice. C'est en 1418 que le comte de Savoie Amédée VIII hérite de la principauté de Piémont. En 1416 l'empereur Sigismond donne à Amédée VIII le titre de duc de Savoie.
Restauration des routes commerciales La souveraineté des comtes de Savoie sur les Terres neuves de Provence leur donne un accès à la mer Méditerranée. La paix retrouvée va permettre de restaurer les routes commerciales et en particulier les routes du sel. Ces routes étaient anciennes[Philippe de Beauchamp, Villages & hameaux isolés des Alpes-Maritimes, 31-35, Éditions Serre, Nice, 1989 . Le sel était important pour l'agriculture et les usages domestiques. Il était une source de revenus importants par les taxes qui étaient prélevées dessus. Henri Mouton, dans La route du sel dans les Alpes-Maritimes signale que cette route est parcourue en 1334 par mulets portant chacun entre 135 et 140 kilogrammes de sel pour le transporter des ports ou des salines se trouvant en bord de mer, entre le Var et le vallon de Magnan, vers l'intérieur des terres. Par exemple un accord passé en 1290 entre le comte de Provence Charles II et la commune de Coni prévoyait que la commune se fournisse en sel à la gabelle de Nice. Ce sel devait aussi venir des salines d'Hyères par les ports de Nice, de Villefranche-sur-Mer ou de Gênes. La première route utilisait la voie construite par les Romains entre Vintimille et Tende par la vallée de la Roya. Les comtes de Provence vont entretenir cette voie qui va passer par la Bévéra et par Sospel, le col de Tende jusqu'à Borgo San Dalmazzo puis Coni.
Mais après la dédition de Nice, Vintimille est reprise par les Génois, et les comtes de Tende prétendent ne dépendre que du comte de Provence. Ce commerce est alors à la merci des comtes de Tende et dans l'article 19 de la dédition il était écrit : « le comte s'engage à chasser de leurs domaines, par voie de conquête ou d'échange, les comtes de Vintimille, seigneurs de Tende et La Brigue, afin d'assurer la liberté de communication entre Nice et le Piémont ». Cette liberté de circulation par le col de Tende a été difficile à assurer. La route part alors de Nice pour aller vers Sospel par L'Escarène, le col de Braus, puis Saorge et Tende par le col de Brouis. En 1407, le comte de Tende Pierre Balbe II Lascaris ferme le col au passage des marchandises. Une route est aménagée partant de Nice évitant Tende, par Drap, l'Escarène, Lucéram, le col Saint-Roch, le col de Porte, Lantosque, Roquebillière, Saint-Martin-Vésubie puis le col de Fenestre ou le col de Cerise et Coni.
En 1426, La Brigue reconnaît l'autorité du duc de Savoie. Une route peut alors être aménagé évitant Tende en passant par La Brigue. À la suite de plaintes de passeurs de sel, le comte de Savoie envoie en 1433 Paganino Del Pozzo avec la mission de réparer et compléter le réseau routier de la région. Il aménage à ses frais en six ans une autre route, la route Pagarine, reliant Nice à Coni et Saint-Martin-Vésubie, par Tourrette-Levens, Levens, le Cros d'Utelle et la vallée de la Vésubie. Paganino Del Pozzo était un bourgeois de Coni et fermier de la gabelle de Nice en 1430. Il avait obtenu en 1436 des lettres patentes de Louis I de Savoie pour aménager cette voie à ses frais moyennant un péage. Cependant l'altitude du col de Fenestre limite les passages en hiverConseil général des Alpes-Maritimes : Aline Léonardelli-Barelli, La route du sel, une épopée historique, 77-84. Le un accord est signé entre le duc de Savoie et les comtes de Tende ainsi que les syndics de Sospel, Breil et Saorge concernant les passages des Alpes. Les difficultés de la route par Tende par la vallée de la Roya se sont achevées quand le duc de Savoie a pris possession du comté de Tende en 1581 après six années de négociations (commencées le par Renée d'Urfé). La route par Saint-Martin-Vésubie va être fermée en 1590 à la suite d'une épidémie de peste amenée par les marchands venant de Provence.
Une troisième route commerciale remonte la rive gauche du Var qui est devenu une frontière avec la Provence qui ne fait partie du royaume de France qu'en 1481. La remontée du Var est bloquée par le défilé du Chaudan, aussi la route remonte l'Estéron vers Gilette, Tourette-Revest, Toudon, Ascros, col Saint-Raphaël, Puget-Théniers, La Croix-sur-Roudoule, le col de Roua, Guillaumes et Entraunes. Par cette route on peut atteindre Colmars par le col des Champs et Barcelonnette par le col de la Cayolle.
La route de la Tinée est celle qui permet de rejoindre Barcelonnette. Barcelonnette avait été fondée par le comte de Provence Raymond Béranger V en 1231 et avait été prise par le comte de Savoie en 1388, revenue à la Provence en 1390 puis reprise par le comte de Savoie en 1417 et regagnée par le comte de Provence René d'Anjou en 1471 puis reprise par le duc de Savoie. Cette route part de Nice, passe par Le Cros-d'Utelle par Levens, puis rejoint la vallée de la Tinée par Utelle, La Tour, Clans et Marie où le chemin remonte la Tinée par Saint-Sauveur-sur-Tinée, Isola et Saint-Étienne-de-Tinée. Elle franchit le col de la Bonette pour aller à Barcelonnette. Une variante de cette route va de Saint-Martin-Vésubie à Saint-Sauveur-sur-Tinée par le col Saint-Martin, Valdeblore et Rimplas.
Par ailleurs, une route relie Nice à Avignon en passant par Grasse, Draguignan, Brignoles et Aix-en-Provence. Le développement des activités commerciales va entraîner la demande de création d'un tribunal spécial créé en 1448 et chargé de régler les litiges commerciaux et maritimes. C'est le long de ces routes qu'on trouve le plus grand nombre de chapelles peintes.
Guerres d'Italie et affrontements entre la France et l'Empire Si le duc de Savoie a réussi à construire un état important sur les deux versants des Alpes, il va se trouver placé entre le royaume de France et les différentes principautés et royaumes situées en Italie convoités par le roi de France. Charles VIII veut faire valoir ses droits sur le royaume de Naples en 1494, c'est la première guerre d'Italie. L'affrontement entre François I et Charles Quint va avoir des répercussions sur le comté de Nice. Pendant la sixième guerre d'Italie, une bataille navale a lieu en rade de Villefranche en 1524 qui voit la défaite de la flotte française. L'armée impériale commandée par Charles de Bourbon passe près de Nice pour envahir la Provence. En 1535, après la mort de sa mère Louise de Savoie, François I investit la Savoie et le Piémont. Le duc de Savoie envoie sa famille se réfugier à Nice. En juin 1538, sous la pression du pape Paul III, Charles Quint et François I signent la trêve de Nice pour dix ans. Cette trêve n'a pas duré, et en 1543, Les troupes françaises font le siège de Nice avec l'aide de la flotte ottomane.