vignette|Deux réalisateurs belges : Jean-Pierre et Luc Dardenne (ici en 2015).
Le cinéma belge regroupe l'ensemble de l'histoire cinématographique en Belgique.
Si quelques auteurs font le choix d'une étude différenciée de chaque aire linguistiqueVoir par exemple Wikipédia : Histoire du cinéma wallon ou Regard sur le cinéma flamand par Pascal Sennequier, d'autres préfèrent mettre en avant ce qui les rapprocheJean-Loup Passek (sous la direction de), Dictionnaire du cinéma, Larousse, 1998, . : le patrimoine culturel, notamment la peinture – celle des grands maîtres tels que Bosch et Brueghel, ou plus récemment celle de Paul Delvaux, René Magritte, Félicien Rops ou James Ensor –, l'attachement aux racines rurales, ainsi qu'un goût marqué pour le fantastique et l'onirisme, voire le surréalisme, souvent associé au concept de belgitude (critique de son système politique, la monarchiehttps://www.cadrage.net/dossier/cinemabelge.htm La mouvance provoc' du cinéma en Belgique (1963-1975), Cadrage.net, mars 2012). Selon Dominique Païni, Entretien avec Dominique Païni, ancien directeur de la Cinémathèque française, Le Soir, 28 juillet 1997. Cela se traduit par une identité "multifacettes" du cinéma belgePhilip Mosley, universitaire américain d'origine britannique, a exploré cette interrogation identitaire, notamment dans Split Screen: Belgian Cinema and Cultural Identity (voir bibliographie)..
Certains genres sont plus caractéristiques de ce cinéma que d'autres : outre le documentaire, on distingue l'essai formel (cinéma expérimental et d'avant-garde), et le film sur l'art.
Préambule Le physicien belge Joseph Plateau crée, , le premier appareil à reproduire le mouvement en utilisant des dessins, c'est le Phénakistiscope. Et, dès le début de 1896, l'invention des frères Lumière est présentée à Bruxelles. Apparaissent alors très vite les premiers cinéastes. En 1896, le théâtre de l'Alcazar de Bruxelles intègre des images filmées par les équipes des frères Lumière à travers le monde dans le spectacle de revue théâtrale Bruxelles kermesse. En 1897, l'Office central est le nom de la première salle permanente bruxelloise. On y projette les premiers documentaires belges aux sujets déjà typiques de ce que l'on appellera plus tard l'école documentaire belge, le zoo d'Anvers, des scènes de la vie urbaine, de la vie des cours princières et de l'armée, parfois reconstituées avec des acteurs. Toujours en 1897, le Zoographe inaugure ses séances par des films sur le Congo belge.
De 1901 à 1905, la Compagnie des machines parlantes loue des écouteurs à ceux qui veulent écouter des enregistrements sonores musicaux et chantés gravés sur cylindres. En même temps, Louis Van Goitsenhoven y montre des actualités commanditées par le Parti ouvrier belge. Et c'est au même moment que Léon Anciau et Willem Wintgens, deux ingénieurs des aciéries d'Angleur, et le musicien Léopold Hansenne déposent un brevet de cinéma parlant sous le nom de « Cinématophone A H W » dont ils donnent des démonstrations. L'engouement pour le cinéma donne naissance à une nouvelle profession, les cinéastes, hommes à tout faire, producteurs, réalisateurs, opérateurs de prises de vues et de projection. Parmi ceux-ci L. Dubgick filme et projette des actualités dont celles des funérailles du roi Léopold II. C'est la naissance de l'école belge du documentaire et aussi de l'école de l'animation avec le peintre Blandin et le professeur Daveloose qui réalisent des dessins animés.
Le docteur Ovide Decroly, père d'une méthode qui donne lieu à la naissance, en Belgique et en France, d'écoles qui portent son nom, étudie le comportement des petits enfants et crée le cinéma pédagogique. Le goût prononcé des Belges pour les associations trouve un nouveau débouché dans le cinématographe à travers l'organisation de séances et de réunions qui aboutissent au premier congrès mondial de la cinématographie qui est organisé à Bruxelles en 1910. En plus de la production de films, on y débat du cinéma éducatif et des réactions psychologiques d'un public tout neuf face aux images animées, ainsi que du problème des droits d'auteurs.
Le cinéma de fiction n'était cependant pas négligé. En 1910, le Français Alfred Machin présente les films de son expédition cinématographique au Congo belge dans un montage fictionnel. Cela se passe dans la salle de projections des studios du Karreveld installés, avec l'aide de Pathé Cinéma, dans la commune bruxelloise de Molenbeek. Il s'agit d'un ensemble de salles aménagées dans une ancienne abbaye avec plateaux de tournages, ateliers pour la confection de décors, loges d'artistes et des acteurs sous contrats. Il y aura même des cages pour des fauves utilisés pour la reconstitution de scènes exotiques. En 1912, L'Histoire de Minna Claessens d'Alfred Machin fut un court-métrage de fiction remarqué, qui marquait apparemment un tournant dans le cinéma belge, un film dont ont disparu aussi bien le négatif que les copies. Seul subsiste le scénario, conservé à Paris, à la Bibliothèque Nationale.
En 1913 est fondé le laboratoire de développements et de tirages Meuter qui durera quatre-vingt-quinze ans. Alfred Machin, qui se sent à l'aise à Bruxelles, tourne en 1913 une véritable super production avec le concours de l'armée belge sur le thème d'une future guerre. Maudite soit la guerre présente une imposante figuration et prédit l'apparition de l'aviation militaire tout en mêlant une intrigue sentimentale au tableau des combats. Œuvre prémonitoire par l'anticipation de cette guerre moderne que l'on sent venir, cette production pacifiste révèle des affinités avec l'œuvre de l'américain William Griffith. Alfred Machin sera d'ailleurs l'assistant de Griffith quand celui-ci viendra en France tourner des reportages sur la guerre européenne en 1916-1917. Mais, déjà, dans les premières années du , l'État belge s'intéresse au spectacle cinématographique... pour le taxer. Aussi, un mouvement de contestation naît-il sous l'impulsion d'Isy Moray, exploitant de salles et créateur de la formule du reportage sportif quotidien à travers une série consacrée au tour de Belgique cycliste.
D'autres noms sont à citer, celui d'Hippolyte De Kempeneer qui, avec la création des studios de Machelen près de Bruxelles, fonde une dynastie d'exploitants de laboratoires. Des Français viennent tourner en Belgique, principalement à Bruxelles où le jeune René Clair fait ses premières armes comme assistant.
Avec la Première Guerre mondiale, le cinéma belge est brutalement interrompu après une dernière actualité sur l'entrée des troupes allemandes à Bruxelles. Toutefois, l'État-major de l'armée belge fonde un service cinématographique principalement destiné à la propagande par la diffusion d'images de l'armée au combat pendant les quatre ans de guerre. On y voit l'intendance et les services médicaux en action avec l'ambulance de La Panne du docteur Depage et l'activité de la reine des Belges et de la Croix-Rouge de Belgique. Avec la paix, les activités civiles reprennent, mais la politique de libre échange de la Belgique, qui laisse entrer les films étrangers produits par d'importantes compagnies françaises et américaines, va noyer les productions nationales d'un cinéma belge qui va se consacrer à des réalisations documentaires artisanales. Quelques sursauts donnent lieu à des longs métrages inspirés par la guerre, comme le film sur la résistance audacieuse du cardinal Désiré-Joseph Mercier aux occupants allemands et La Belgique martyre de Charles Tutelier. Cependant, le jeune Léon Dassonville, revenu de la guerre où il s'était fait le spécialiste des prises de vues aériennes, fonde un laboratoire qui, avec ceux de Meuter et de Labor-Ciné de la famille de Kempeneer, tous installés à Bruxelles, contribuera à l'histoire du cinéma belge durant tout le vingtième siècle (avec les labos L.J Martin, A. Lheureux et Synchrofilm nés plus tard).
Historique thumb|right|250px|Disque de Phénakistiscope La préhistoire du cinéma Dès 1797, le Liégeois Étienne-Gaspard Robert, dit Étienne Robertson, un abbé à la fois scientifique et artiste, met au point une sorte de lanterne magique appelée « Fantascope ». Avec cet appareil permettant aux ombres projetées de changer de forme grâce à des embryons de mouvement, il présente des Fantasmagories qui font sensation.
En 1832, le physicien et mathématicien bruxellois Joseph Plateau, professeur à l'Université de Gand et spécialiste reconnu de la persistance rétinienne, conçoit le Phénakistiscope, prédécesseur du Zootrope. Le « joujou scientifique »Cette expression fut employée par Baudelaire dans un essai intitulé Morale du joujou (in Vincent Pinel, Le Siècle du cinéma, Bordas, 1997, ). de Plateau permet la synthèse d'un mouvement bref à partir d'une série de dessins disposés sur un disque percé de fentes. Certains de ces disques ont été décorés par le peintre belge Jean-Baptiste Madou.
Le temps des pionniers thumb|150 px|Plaque commémorative, Galerie du Roi à Bruxelles La première représentation publique de cinéma en Belgique a lieu le à la Galerie du Roi, à BruxellesSource principale de cette partie : Collectif, Le Cinéma belge, Cinémathèque royale, Ludion/Flammarion, 1999, , 62, 71, 85., soit deux mois à peine après la séance historique des Frères Lumière à Paris le , et avec un programme très semblable. De fait, une projection de La Sortie des usines Lumière avait déjà eu lieu en avant-première, dans un cercle restreint mais en présence de nombreuses personnalités, le à l’École supérieure de l’industrie de Bruxelles. En 1896 ou 1897 selon les sources, Alexandre Promio, employé des frères Lumière, tourne environ cinq films d'une minute à Bruxelles, dont un sur le parvis de la cathédrale Sainte-Gudule qui était à l'époque très animé. Il tourne aussi un film à Anvers avec un pré-travelling : Anvers : arrivée en bateau.
Les débuts de la production belge proprement dite sont dominés par deux personnalités, Hippolyte De Kempeneer (1876-1944) et Alfred Machin (1877-1929), un Français originaire du Pas-de-Calais.
En 1897, De Kempeneer, un ancien négociant en boissons, tourne son premier reportage, Le roi Léopold II à l’Exposition de Tervueren (Koning Leopold II op de Tentoonstelling in Tervuren). Conscient de l’intérêt que les spectateurs belges commencent à porter à ces images plus proches de leur réalité, il lance un programme d’actualités cinématographiques, La Semaine animée, qui sera diffusé chaque vendredi de 1912 à 1914. Les enjeux moraux et pédagogiques du cinéma — notamment des films documentaires — lui tiennent particulièrement à cœur. En 1913 il fonde la Ligue du Cinéma Moral et en 1914, il ouvre le Cinéma des Familles, une petite salle consacrée aux documentaires, dans laquelle il organise des matinées scolaires. Poursuivant la mission dont il se sent investi, il crée pendant la guerre la Compagnie Belge des Films Instructifs.
Ses productions sont abondantes et variées. Parmi les sujets traités, on remarque une fête des fleurs, un concours hippique, une foire aux bestiaux, des visites officielles ou des funérailles de personnalités, ou encore des scènes de colonies de vacances. Une série de films patriotiques est également produiteVoir article de Leen Engelen, « History on Film ? What Belgian Fiction Films (1918-1924) Tell Us About the Great War and Its Aftermath ». , par exemple La Belgique martyre (Het Gemartelde België) de Charles Tutelier (1898-1962) en 1919. Nombre de ces pellicules ont été perdues.
En 1921, cet homme d’affaires avisé construit également de vastes studios à Machelen, où des réalisateurs belges et étrangers viendront travailler, par exemple les Français Julien Duvivier et Jacques de Baroncelli.