La guerre de Bretagne est un conflit opposant de 1465 à 1491 la dynastie bretonne, François II puis sa fille Anne, aux rois de France puis (sous la tutelle de sa sœur, la régente Anne de France).

Ce conflit franco-breton est entremêlé avec les conflits qui opposent la royauté (dynastie de Valois) et la maison de Valois-Bourgogne, notamment Charles le Téméraire et Maximilien d'AutricheMaximilien d'Autriche est évidemment de la maison de Habsbourg, mais ayant épousé la duchesse Marie de Bourgogne en 1477, il est devenu régent de Bourgogne à la mort de Marie (1482), au nom de leur fils Philippe. Il est élu roi des Romains en 1486 et devient empereur effectif à la mort de son père Frédéric III en 1493., mais aussi la royauté et plusieurs féodaux français, notamment la maison d'Orléans, autre branche cadette de la maison de Valois, en la personne du duc Louis XII, cousin germain de François II.

Il s'achève par la victoire française de Saint-Aubin-du-Cormier en , peu avant la mort de François II, suivie, après le mariage (par procuration) de Maximilien d'Autriche et de la duchesse, par une nouvelle offensive française, suivie du mariage (réel) de Charles VIII et d'Anne de Bretagne en 1491, première étape de la transformation du duché de Bretagne en une province du royaume de France.

Ce conflit fait écho à la guerre de Succession de Bretagne (1341-1364), guerre civile au cours de laquelle s'étaient affrontés, au début de la guerre de Cent Ans, une faction anglophile et une faction francophile.

Contexte Le traité de Guérande (1365) et la succession de Bretagne Le premier traité de Guérande (1365) régla la guerre de Succession de Bretagne. Celle-ci avait vu s’affronter pendant plus de deux décennies deux familles, les Penthièvre et les Montfort. Les seconds finissent par l’emporter. Les droits des deux familles sont cependant reconnus : le duché se transmet de mâle en mâle dans la famille des Montfort ; en cas d’absence de descendant mâle chez les Montfort, il doit passer aux mâles de la famille de Penthièvre.

Ce traité n’exclut pas les filles de la succession, et encore moins de la transmission des droits (il précise que le duché « ne reviendra pas aux femmes tant qu’il y aura des héritiers mâles »). Les Montfort n'avaient guère démontré qu'ils accepteraient de respecter ce traité (Jean IV, François II). Enfin, les Penthièvre avaient perdu tout espoir après leur forfaiture de 1420 (ils avaient enlevé et séquestré le duc Jean V).

Or, à la fin du règne de François II, les deux familles n’ont plus d’héritiers mâles : François II n’a que deux filles, Anne et Isabeau, et les derniers Penthièvre sont également des femmes.

Le problème de la succession de François II Prétendants issus de la maison de Montfort les sœurs Anne et Isabeau de Bretagne, filles du duc régnant, dernières héritières de la famille venant en premier dans l’ordre de succession du duché, mais elles ne sont pas des hommes ; Jean II, vicomte de Rohan et de Léon, époux de Marie de Bretagne (fille du duc François ). Sans le traité de Guérande, sa femme aurait été duchesse à partir de 1469, à la mort de sa sœur aînée Marguerite. Ainsi le mari de celle-ci (François II) aurait-il dû quitter le pouvoir au profit de Jean II. Pour transformer cette rivalité en association, Jean II proposa de faire épouser ses fils François et Jean à Anne et sa sœur Isabeau. François II le refusa contre l'avis de son conseil et contre la logique lignagère. Plus tard, Jean II s'intitulera duc de Bretagne ; Jean de Chalon, prince d'Orange, fils de Catherine de Bretagne (sœur du duc François II). Il est l'héritier le plus proche à la mort de François II avec Anne et Isabeau ; François d'Avaugour, bâtard du duc François II et d’Antoinette de Maignelais. Il renonce devant les États à ses droits hypothétiques.

Prétendants issus de la maison de Penthièvre (les États de Bretagne — , auquel Jean V, duc, avait rendu hommage — avaient privé les Penthièvre de leurs droits à succession ducale, après leur « forfaiture » de 1420, l'année où Henri V, roi d'Angleterre, et soutien essentiel des Montfort, conquiert Paris. Ces droits leur seront rendus en 1447, alors que le roi de France vient de reprendre Paris (1436) et la Normandie (1447) et s'approche dangereusement de la Bretagne. Restitution sous condition. Restitution contre renonciation aux droits de successions au siège ducal. Charles VII écrase les Anglais à Formigny (1450) et le duc de Bretagne écrit aux Penthièvre pour leur indiquer qu'il annule la condition-renonciation des Penthièvre à la succession ducale) : Jean II de Brosse, comte de Penthièvre (fils de Nicole de Blois-Penthièvre et de Jean de Brosse), mais sa mère avait par deux fois renoncé à ses droits (en 1480 lors de la vente, confirmée en 1485) ; Charles VIII, dont le père Louis XI a acheté le les droits au duché de Nicole de Blois-Bretagne, comtesse de Penthièvre. Il est reconnu héritier de François II par cinq rebelles bretons au traité de Montargis. ; s'il s'agit d'un duché souverain (terre de franc-alleu, n'ayant d'autre suzerain que Dieu). Ce point de droit constitue le fond du litige juridique de l'époque, car selon les rois de France les ducs leur ont toujours dû l'hommage, affirmation que contestent nombre de ducs (cf. le précédent duc, Arthur III de Bretagne). Or les droits d'une terre soumise qui n'est pas de franc-alleu sont cessibles. Alain d'Albret, demi-frère de Françoise de Dinan (leur grand-mère maternelle est Marguerite de Bretagne), veuf de Françoise de Blois-Penthièvre (morte en 1481), elle-même cousine de Nicole de Blois-Bretagne, du chef de laquelle il prétendit sans succès au comté de Penthièvre. Il souhaite épouser Anne, puis lui faire épouser son fils. On lui promet finalement la main d'Isabeau (sœur cadette d'Anne) pour son fils, mais la petite Isabeau meurt avant le mariage.

Certains prétendants tentent de s’assurer des soutiens : Charles VIII et Jean II clientélisent une partie de la noblesse bretonne. Divers projets matrimoniaux visent à réunir les droits de deux branches sur la même tête.

Mais pour plus de sécurité devant ces prétentions, François II fait reconnaître ses filles par les États de Bretagne comme héritières du duché, puis Anne est couronnée duchesse à Rennes en opposition avec les dispositions du traité de Guérande de 1365.

Forces en présence Duché de Bretagne À la fin du la population du duché compte plus d'un million d'habitants.

Royaume de France

Le premier conflit : 1465-1468 Ligue du Bien public (1465) Traité de Caen (1465) Traité d'Ancenis (1468)

Le règne de Louis XI (après 1468) et les débuts du règne de Charles VIII Le conflit entre Louis XI et la Bourgogne (1468-1483)

Durant cette période, le souci majeur de Louis XI n'est pas le duc de Bretagne, mais le duc de Bourgogne Charles le Téméraire, maître du duché de Bourgogne, mais aussi des Pays-Bas bourguignons, et qui veut se donner la puissance voire le statut d'un véritable État.

Le duc de Bourgogne s'appuie sur tous les princes mécontents de Louis XI, mais celui-ci appuie toutes les oppositions à Charles, notamment celle des Cantons suisses confédérés et du duc de Lorraine. La mort du Téméraire devant Nancy () permet à Louis XI de lancer une offensive contre l'État bourguignon, aux mains d'une duchesse de 20 ans, Marie. Malgré son mariage avec Maximilien d'Autriche, les Bourguignons sont surclassés et, après la mort de la duchesse, Maximilien, régent de Bourgogne, est contraint de signer le traité d'Arras ().

La régence d'Anne de France Mais la mort de Louis XI en crée une situation nouvelle : son successeur, Charles VIII, est encore mineur. La régence revient à sa sœur aînée, Anne, épouse de Pierre de Beaujeu (d'où sa désignation fréquente comme « Anne de Beaujeu »). La régente subit immédiatement l'opposition du premier prince du sang, héritier présomptif de Charles VIII, Louis II d'Orléans, qui est un cousin germain de François II.

La Guerre folle Le conflit entre la régente et Louis II, la Guerre folle, implique largement le duché de Bretagne.

Les attaques françaises en Bretagne de 1487 à 1491 Campagne de 1487 Durant la guerre folle, à la fin du mois de , les troupes françaises, près de , entrent en Bretagne. L'armée du duc de Bretagne est concentrée vers Malestroit. Elle compte 600 lances et près de à pied, dont beaucoup de paysans. Cependant, l'avancée des troupes françaises est fulgurante : Ancenis, Châteaubriant, La Guerche et Redon se rendent. Ploërmel tente de résister, mais tombe après 3 jours de canonnade et est prise le .. Par ces mauvaises nouvelles, et à cause des divergences politiques entre les nobles bretons, l'armée ducale se démembre. Il ne reste plus que , incapables de secourir Ploërmel. François II s'enfuit à Vannes, et s'en échappe pour rejoindre Nantes, avant que Vannes ne soit également prise.

À Nantes, la défense s'organise alors que le , les troupes françaises mettent le siège sur la ville. Celui-ci s'éternise devant l'efficace défense bretonne, et la fidélité des habitants, aidés de mercenaires étrangers, recevant l'appui décisif de Cornouaillais et de Léonards qui débarquent et brisent l’encerclement. Les troupes françaises tenues en échec lèvent le siège le . Cependant, le roi de France parvient à se faire livrer Vitré le , et l'armée française prend Saint-Aubin-du-Cormier le 10, puis Dol-de-Bretagne. Au début de l'année 1488, la plupart des places bretonnes ont cependant été reprises par l'armée ducale. Seules Clisson, La Guerche, Dol, Saint-Aubin-du-Cormier et Vitré restent aux mains des Français.

Campagne de 1488 Le , les ducs d’Orléans et de Bretagne sont déclarés rebelles par le Parlement de Paris : eux et leurs complices ne sont plus considérés comme des vassaux rebelles, mais comme des sujets coupables de lèse-majesté. Au printemps, le duc d’Orléans reprend pour son allié Vannes, Auray et Ploërmel. Le vicomte de Rohan est forcé de capituler.

Le suivant, un arrêt de confiscation est rendu contre tous les biens de Louis d’Orléans. Alain d’Albret obtient un subside de la cour d’Espagne, et rejoint la Bretagne avec . Maximilien d’Autriche a lui aussi envoyé . Pendant que La Trémoille rassemble ses forces sur les limites du duché, Lord Scales débarque avec 700 archers anglais, tous volontaires. Mais alors que le Roi des Romains est occupé par une rébellion en Flandres, soutenue par le maréchal d’Esquerdes, les soutiens du duc de Bretagne se disputent la main d’Anne de Bretagne : Louis d’Orléans, Alain d’Albret et Maximilien d’Autriche sont tous candidats. thumb|320px|left|Carte de la campagne de 1488. La guerre reprend fin . Rassemblés à Pouancé, La Trémoille et l'armée royale, forte de , prennent facilement Marcillé-Robert le . Le , François II ordonne le rassemblement des troupes bretonnes à Rennes. Le , l'armée royale met le siège à Châteaubriant, qui tombe 8 jours plus tard. La Trémoille se dirige ensuite vers Ancenis où il mit le siège dans la nuit du 12 au 13. La ville tombe le face à l'artillerie française. Alors que les négociations commencent avec le duc de Bretagne qui cherche à obtenir une trêve, La Trémoille se porte au Loroux-Bottereau, qui tombe facilement.

Le , une trêve est conclue le temps des pourparlers. Celle-ci se retrouve profitable aux Français, dont les troupes restent mobilisées le long de la frontière, tandis que les nobles et paysans bretons rentrent chez eux. La Trémoille anticipe la fin de la trêve, et dès le , il met son armée en marche vers son prochain objectif, Fougères. La rupture des pourparlers le précipite la défaite, alors que l'armée bretonne doit se reformer, l'ost royal met le siège à Fougères aux environs du 12. La ville passe pour être une des mieux défendues, gardée par . Vers la mi-juillet, l'armée bretonne est enfin rassemblée, mais il est trop tard pour venir en aide à Fougères, qui doit capituler le 19, après une semaine de siège, sous les coups de la puissante artillerie française.