Léon Reuchsel, né à Vesoul le et mort à Lyon le , est un professeur de musique, compositeur et organiste français. Il a longtemps été titulaire des orgues de l’église Saint-Bonaventure de Lyon.
Biographie Une famille de musiciens Léon Reuchsel, né Pierre Léon Reuchsel, voit le jour au rue Derrière-le-Palais à Vesoul.. Il est le fils de Johann Reuchsel (1791-1871), et de Marie-Anne Poinet. Il vit avec sa mère au 37, quai Saint-Vincent, à Lyon, lors de son mariage le avec Marie Félicité Dieu (Dijon, 1850 - Lyon , 1934), fille du professeur Théodore Désiré Dieu et de Marguerite Sandoz.
Les Reuchsel sont une famille d'origine thuringienne qui donna nombre de musiciens à la ville de Lyon. Johann Reuchsel, le père de Léon, qui avait exercé à Saulieu (Côte-d'Or)C’est certainement en Côte-d'Or que les familles Dieu et Reuchsel se sont rencontrées ; telle semble être l’opinion du petit-fils de Pierre-Léon, Georges Reuchsel. Notons également que les Reuchsel auraient vécu un temps à Nuits., fut professeur de musique et organiste aux Chartreux, de Lyon. En 1853, il avait fait chanter une messe solennelle de sa composition à l'église d'Ainay, une seconde à Saint-Nizier, par la société que dirigeait Chapolard, et enfin une troisième en la chapelle qui existait autrefois sur l'emplacement de l'actuelle mairie annexe du , place du Petit-Collège, dans le Vieux Lyon. En 1867, Johann Reuchsel fut appelé à être titulaire de l'orgue de l'église Saint-Georges, nouvellement construite.
Léon eut deux fils musiciens, Amédée (1875-1931) et Maurice (1880-1968), tous deux organistes et compositeurs. Amédée est le père d'Eugène (1900-1988), pianiste, organiste et compositeur.
L’organiste de Saint-Bonaventure C'est précisément comme organiste que son fils Léon se fait remarquer. Élève de son père et de Batiste, Léon Reuchsel est nommé organiste de Saint-Bonaventure en 1861. Il le reste jusqu'en 1915, ce qui à l'époque fait de lui le doyen des organistes de la ville. En 1911, sont fêtées ses noces d'or d'organiste. Réputé pour ses talents d'improvisation, Léon Reuchsel développa considérablement le chant religieux à Lyon en composant huit messes, dont une avec orchestre, exécutée en 1872 à Saint-Bonaventure, sous sa direction et à l'occasion de la messe annuelle que donne l'association des artistes musiciens. Parmi ses autres œuvres figuraient un grand nombre de motets, plusieurs pièces pour orgue, et une Cantate à l'Éternel, sur des paroles de Racine, pour soli, chœurs, orchestre et orgue, chantée également à Saint-Bonaventure.
C'est aussi par son intermédiaire que les mélomanes lyonnais peuvent entendre, à Saint-Bonaventure, les plus grands organistes français qui vinrent participer à des saluts de charité. Ce sont donc Alexandre Guilmant, Camille Saint-Saëns, et plus tard César Franck et Théodore Dubois, qui font le voyage de Lyon. La Messe solennelle de César Franck est chantée le par la chorale Sainte Cécile, dirigée par Léon Reuchsel, en présence de l'auteur qui tient l'orgue et qui improvise des morceaux très remarquésReuchsel (M), La musique à Lyon, Lyon, 1903, .. Quant aux Sept paroles du Christ, de Théodore Dubois, elles sont chantées le , avec l'auteur à l'orgue.
En 1880, à l'un de ses saluts, on entend également, fait rarissime, les chanteurs de la Chapelle Sixtine de Rome : le sopraniste Moreschi et l'altiste Mattoni. Leur succès est immense, mais il y a à propos de la nature de leurs voix une véhémente polémique de presse. Maurice Reuchsel précise que ce salut est chanté par les chœurs de la Lyre Sacrée et de l'Harmonie Lyonnaise, deux sociétés alors dirigées par son père.
Autre souci de cet organiste devenant célèbre, celui de la diffusion de la musique sacrée. C’est pourquoi le , il inaugure l’orgue Cavaillé-Coll de l’église Saint-Denis de Nuits-Saint-Georges (Côte-d'Or)Voir à ce propos le site internet site Kuhn. avec le concours de son neveu Félix Reuchsel, organiste de Nuits et violoniste.
Le fondateur de sociétés musicales
Dans le même temps, Léon Reuchsel s'intéresse également au développement lyonnais de sociétés musicales destinées à la diffusion de la musique sacrée. Parmi ces sociétés se trouve la Lyre Sacrée, fondée en 1875 par Léon Reuchsel et Joseph Bonnel, professeur au lycée de Lyon et secrétaire général de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Lyon († 1902). Première chorale d'église, la Lyre Sacrée est le point de départ de la fondation d'autres chorales qui fonctionnent encore au milieu du et dont le but est de perpétuer les chefs-d'œuvre de Bach, Palestrina, Haendel, Marcello, Haydn ou Mozart. En 1877, cette société chante à l'inauguration de l'église de la Rédemption (Lyon ).
Autre société dont Léon Reuchsel est l’âme : la Schola Sainte-Cécile, qui est réorganisée par Léon Reuchsel et Joseph Bonnel en 1880. Elle fait ses débuts avec Marie-Madeleine de Massenet, après quoi viennent La fille de Jaïr, de Grandval, Christophe Colomb, de Félicien David, et La Mer, de Joncières. C'est en 1883 qu'elle donne la première audition lyonnaise de la Damnation de Faust, de Berlioz. Cette tentative est couronnée de succès et les journaux ne se sont pas lassés d'applaudir à la hardiesse de Messieurs Léon Reuchsel et Joseph Bonnel qui « peuvent être fiers de leur œuvre »', selon l'expression du Lyon Républicain. Ensuite, la Sainte-Cécile fait entendre Le chant séculaire, de Charles-Marie Widor, Ariane, de Maupeou, Ève, de Massenet. En 1884, Le Christ au Mont des Oliviers, de Beethoven et Roméo et Juliette, de Berlioz, figurent au programme. D'année en année, le répertoire de la Sainte-Cécile semble grandir ; « les chœurs et l'orchestre de plus en plus entraînés pouvaient affronter les difficultés d'œuvres longues et périlleuses; c'est avec plus de 200 exécutants qu'elle fit entendre, à l'église Saint-Bonaventure, au profit des fourneaux de la presse, la brillante messe de Jeanne d'Arc, de Gounod<ref>Reuchsel (L), La musique à Lyon, Lyon, 1903, pp. 76-77.</ref>». C'est un des plus beaux résultats pécuniaires que Lyon ait jamais vu. Le succès est extraordinaire. Ajoutons encore que la Sainte-Cécile, outre des interprétations du Messie, de Händel, des Oratorios, de Saint-Saëns, exécute certaines œuvres de Léon Reuchsel, au nombre desquelles figurent Cécile et Valérien, un drame lyrique, Athalie. Le est exécutée la célèbre Messe du Pape Marcel de Palestrina, à 6 parties par 150 voix à Saint-Bonnaventure. Les journaux de Lyon font, à cette occasion, un vif éloge de la Sainte-Cécile. Il y a aussi un long article dans le Times de Londres, pour signaler cette première audition en France.
Ainsi, il est permis de dire que l'on peut attribuer à Léon Reuchsel et Joseph Bonnel une partie de l'éducation musicale des lyonnais d'alors.
Une production abondante La variété des œuvres profanes Plus de 100 morceaux de piano. Quelques mélodies. Plusieurs chœurs avec orchestre. Un poème pour soprano. Une sonate en ut mineur pour piano et violon Cécile et Valérien (représentée à Aix-les-Bains) Un opéra comique, Le Parrain du Diable, représenté à Aix-les-Bains. Un drame lyrique et en quatre actes, Le Sire de Coucy. Musique de scène, Mozart à la cour d’Autriche, (représenté plusieurs fois à Lyon). Un drame lyrique en cinq actes, Zénobie, (Paroles et musiques de Léon Reuchsel).
Les pièces de musique conservées à la Bibliothèque Nationale Fête des Cloches, caprice pour piano, (1866). Les Cloches de Lichtenthal, nocturne, (1867). Le Rossignol au Ruisseau, caprice pour piano (1867). Prière de l’Orgue, méditation religieuse pour piano, (1868). Ravissement, romance à une voix et piano (1880). Les Trois âges de Mignon, chant et piano, (1881). Deux Motets, (1896). Ecce Panis, duo pour baryton et soprano, (1896). O Salutris Hostia, en collaboration avec son fils Amédée Reuchsel, (1907)).
Un poète engagé lors de la Grande-Guerre Par ailleurs, Léon Reuchsel publia sous le pseudonyme de Pierre Heller Cinq poèmes d'actualité, vendus au profit des réfugiés français et toujours conservés à la bibliothèque de Lyon. Ces poèmes, parus durant la guerre, en 1915, sont fort révélateurs de l’esprit anti-allemand de l’auteur qui reflète ainsi celui de l’époque. Leur titre est assez évocateur. L’érostrate moderne, dédié à Monsieur Belloc. Cannibale royal, dédié à Monsieur Cornet. Constantinople libre, dédié à Monsieur E. Vitte (son imprimeur, 3, place Bellecour à Lyon). Combat aérien- Aéroplane contre Zeppelin, dédié à Monsieur Benoist-Mary. Le Vin du Rhin, dédié à Madame Perrenot.
Dans certains d’entre eux, l’attaque est ciselée, profonde. Tous profitent de l’actualité pour diffuser un message de force auprès des soldats, réfugiés, en attendant la victoire française, que l’on souhaite complète et proche. C’est souvent aussi une critique de la folie germanique dont Guillaume II est le symbole :…. Se peut-il aujourd’hui, dans l’Europe chrétienne, / Que pour se surpasser Erostrate Erostrate était un éphésien obscur qui, voulant se rendre immortel par un exploit mémorable, incendia le temple d’Artémis à Ephèse, une des sept merveilles du monde, dans la nuit qui vit la naissance d’Alexandre le Grand. revienne ?/…./ Eh ! Grand Dieu ! ce n’est plus un vulgaire mortel / Qui d’un temple païen voulu briser l’autel ; / C’est un César puissant, un roi de Germanie / Qui jusqu’à la démence a porté l’ironie….. Reuchsel (L), L’Erostrate Moderne. Le but est de sensibiliser les Français sur un des drames patrimonial de la guerre : la destruction de la cathédrale de Reims, comparée à ce temple d’Ephèse.