Le Psautier réformé italien est un corpus de psaumes et de mélodies en usage durant les services religieux par la communauté protestante italophone. Aux , il est l'équivalent italophone du Psautier de Genève, destiné quant à lui aux communautés francophones, et à qui il emprunte sa structure et quelques mélodies.

Cet article décrit les recueils parus des origines (1554) à la fin du , en mettant en évidence les différentes traditions concurrentes. À partir du milieu du paraissent quelques derniers recueils imprimés en Suisse, et surtout les premiers recueils édités en Italie, qui ne sont pas traités iciPour une description des recueils parus de cette époque à nos jours, voir Schreich-Stuppan 2006..

Les XX Salmi di David de 1554

Une petite communauté italienne s'était réfugiée à Genève au milieu du . Forte d'environ un millier de membres, elle disposait de ses propres pasteurs et était représentée au Conseil de la ville. C'est dans ce contexte que paraît en 1554 le recueil considéré comme le premier avatar du Psautier réformé italien, consistant en 20 psaumes avec leurs mélodies :

XX Salmi di David Tradotti in rime volgari italiane, secondo la verita del testo Hebreo, col Cantico di Simeone, e i dieci Comandamenti de la Legge : ogni cosa insieme col canto. Appresso Gio. Crispino. Nel LIIII. – 16°, musique notéeGilmont 1981 n° 54/2, GLN16 n° 313.

Le recueil sort des presses de Jean Crespin, imprimeur genevois très actif, et notamment éditeur de Jean Calvin ou de Théodore de BèzeSur Crespin, voir notamment Gilmont 1981.. Ce psautier fragmentaire contient les psaumes 1-4, 6, 8-9, 15, 23, 32, 34, 37, 51, 73, 91, 96, 103, 107, 113 et 130, puis le Cantique de Siméon et les Dix commandements, avec leurs mélodies. Suivent des prières et un catéchisme. Le traducteur n'a jamais été formellement identifié ; il pourrait s'agir du comte Massimiliano Celso Martinengo, premier pasteur officiel de la communauté de Genève de 1552 à 1557. Les mélodies sont pour la plupart originales, même si des fragments des mélodies du Psautier de Genève se décèlent insérées ici ou là.

Les Sessanta Salmi di David (1560-1683)

En 1560, les XX Psaumes furent augmentés jusqu’aux Sessanta Salmi di David. Le titre est semblable à celui de la première édition :

Sessanta Salmi di David, tradotti in rime volgari italiane, secondo la verità del testo Hebreo, col Cantico di Simeone, e i dieci comandamenti de la Legge : ogni cosa ensieme col canto. Con Privilegio. De la stampa di Giovan Battista Pinerolio 1560. – 8°, musique notéeGLN16 465, numérisé dans e-rara.ch..

L'édition est due à Jean-Baptiste Pinereul, un des imprimeurs genevois appartenant à la communauté italienne en exil. Le , il avait reçu du Conseil le privilège de l’impression d’une nouvelle édition des psaumes italiens dont une partie était nouvellement traduite (privilège qui fut retiré puis accordé à nouveau le ).

Outre les vingt psaumes et les deux cantiques déjà publiés dès 1554, les Sessanta Salmi comprennent quarante-deux nouveaux psaumes (soit au total les psaumes 1-17, 19-24, 27, 32, 34, 36-38, 42-43, 45-46, 51, 54, 73, 79, 91, 96, 103, 107, 110-115, 117, 120-130, 137 et 143) et trois cantiques : la Profession de foi, le Notre Père et l' Ego sum panis vivus (Jean : 6). Suivent d’autres prières et un catéchisme. Les mélodies ont été améliorées par rapport à celles de 1554 et contiennent de plus en plus d'emprunts aux mélodies du Psautier de Genève. Leur auteur n'est toujours pas identifié. Peut-être ont elles été composées avec l'aide des chantres de l'Église de Genève ?

Les Sessanta Salmi furent réédités neuf fois jusqu'en 1683, toujours à Genève mais sans jamais mentionner cette ville.

Sessanta Salmi... – [Genève] : Jean-Baptiste Pinereul, 1564. – 16°, musique notéeGLN16 n° 705, numérisé dans e-rara.ch.. Sessanta Salmi... – [Genève] : Jean-Baptiste Pinereul, 1566. – 16°, musique notéeGLN16 n° 776.. Sessanta Salmi... – [Genève] : Jean-Baptiste Pinereul, 1573. – 16°, musique notéeGLN16 n° 1163. numérisé dans e-rara.ch. Sessanta Salmi... – [Genève] : Jean-Baptiste Pinereul, 1578. – 16°, musique notéeGLN16 n° 893, numérisé dans e-rara.ch.. Sessanta Salmi... – [Genève] : Jérémie des Planches, 1585. – 16°, musique notéeGLN16 n° 1002. Fac-similé : Bologna, 1971. Numérisé sur e-rara.ch. Sessanta Salmi... – [Genève] : Jean II de Tournes, 1607. – 16°, musique notéeDen Haag KB, Firenze BNC, Genève BG, Grenoble BM, London BL, Montauban BM, Orléans BM, Stuttgart WLB. Cartier 1937 n° 742. Sessanta Salmi... – [Genève] : Mathieu Berjon, 1621. – 16°, musique notéeAugsburg SB, Berlin SB, Cambridge UL, Edinburgh NLS, Firenze BNC, Genève BG, London BL, Oxford BL, Paris BPF, Roma BFVT, Stuttgart WLB, Toulouse BM, Venezia CBM.. Sessanta Salmi... – [Genève] : Etienne Miège, 1650. – 12°, musique notéeBerne BNS, Firenze BNC, Genève BG, Genève MHR, Halle ULB, Lausanne BCU, London BL, Paris BPF, Roma CSC, Venezia BNM. Numérisé dans Gallica sous la cote NUMM-51227.. Cento Salmi... – [Genève] : Samuel de Tournes, 1683. – 12°, musique notéeBerkeley (CA) UCL, Cambridge UL, Edinburgh NLS, Firenze BNC, Genève BG, Glasgow UL, London BL, New Haven (CN) YUL, Paris BPF, Stuttgart WLB, Venezia BNM, Venezia CBM..

Dans la dernière édition de 1683, le nombre de pièces traduites passe à cent par l'adjonction de trente-trois psaumes qui portent les initiales D. G. : ils sont traduits par Giovanni Diodati.

Les Salmi cinquanta mis en musique par Philibert Jambe de Fer (1560)

La même année que la première édition des Sessanta salmi paraît une harmonisation de 50 psaumes, due au musicien lyonnais Philibert Jambe de fer. Retrouvée récemment, et malheureusement incomplète – seule subsiste la partie d'alto - elle a fait l'objet d'une étudeGuillo 2010. qui souligne l'ouverture de ce compositeur à toutes les traditions liturgiques qui tentaient alors de prendre corps (outre le Psautier réformé italien, celui-ci avait travaillé dans la mouvance du Psautier de Genève et dans celle du Psautier de Lyon.

Psalmi cinquanta di David tradotti in rime volgari Italiane secondo la verita del testo hebreo col cantico di Symeone e i dieci comandamenti della Lege con una dichiaratione sopra le parole del Signore : Ego sum panis vivus, che sono in S. Giovanni al VI. Et apresso alcune preghiere per quando si dee mangiare, & rendimenti di gratie dapoi mangiare novamente posti in Musica per Filiberto Gamba di ferro di Ciamplitte ne la Francia Contea di Borgona. – [Genève], Antoine Rebul, 1560. – 4 vol. 4° obl., 40 p., musique notée.

Dans cette édition, presque tous les psaumes sont compatibles avec les mélodies des Sessanti salmi, ce "presque" signifiant probablement que quelques mélodies n'étaient pas encore stabilisées. L'harmonisation est en "contrepoint fleuri" et le nombre de voix varie de 3 à 5, la majorité à 4. Le dédicataire est Giuliano Calandrini, un riche marchand d'origine lucquoise qui était réfugié à Genève et trafiquait également avec Lyon et Anvers.

La traduction complète de François Perrot (1603) François Perrot, un huguenot français au nom italianisé en Francesco Perroto, avait longtemps séjourné en Italie et publié en italien tout un ensemble d’œuvres littéraires et religieusesSur lui : Cioranesco 1959 p. 554 et Picot 1906 p. 326-380. Avant 1581, Perrotto avait publié ses Perle elette... cavate da quel tesoro infinito di CL. salmi di David. Divise in tre parti et nove canti. – [Genève] : Jean II de Laon, 1576, 8°. Il y proposait trois séries de 150 huitains résumant chaque psaume. Cette édition a été traduite en français l'année suivante : Perles d'eslite, recueillies de l'infini thresor des cent cinquantes pseaumes de David. Traduit d'italien en françois, par l'auteur. – [Genève] : Jean II de Laon, 1577, 8°. Pour l'édition en italien : GLN16 n° 2594. Pour l'édition en français : GLN16 n° 2641. Il publia en 1581 une traduction partielle du Psautier de Genève limitée à 75 psaumes :

Settantacinque salmi di David, tradotti in lingua volgare italiana, & accommodati al canto de i Francesi per messer Francesco Perrotto. – [Genève] : Jacques Berjon, 1581. – 8°, sans musiqueGLN16 n° 944..

Perrot acheva cette traduction en 1603. Dédiée à la reine d’Angleterre, elle a été comparée à celle de Philip Sidney, qui lui est contemporaineEngland 1971.. Elle reprenait le rythme des mélodies officielles genevoises – ce qui permet d'annoncer au titre accomodati al canto de i Francesi.

Salmi di David, tradotti in lingua volgare italiana, & accommodati al canto de i Francesi. Per messer Francesco Perrotto. – Genève : Jean II de Tournes, 1603. – 16°, musique notéeBasel UB, Bruxelles BR, Glasgow UL, London BL, New York PML, Paris BPF, Paris BNF, Rostock UB, Stuttgart WLB. Cf. Cartier 1937 n° 717..

Cette traduction eut une audience assez large, mais elle n'arriva pas à détrôner les Sessanta salmi, qui continuèrent à paraître.

Le psautier de Genève de Giulio Cesare Paschali de 1592 Natif de Messine, Giulio Cesare Paschali adhéra à la Réforme protestante et se réfugia à Genève en 1554. Il y vécut jusqu’à sa mort en 1601 ou 1602. Après avoir publié en 1557 une traduction italienne de l' Institution de la religion chrestienne de Jean Calvin il publia en 1592 une traduction métrique des 150 psaumes :

De sacri salmi di Davidde, dall'hebreo tradotti, poetica & religiosissima parafrase pel Signor Giulio Cesare Paschali. – Genève : Jacob Stoer, 1592. – 8°, sans musiqueGLN16 n° 3521..

Cette traduction est comparable à celle de François Perrot, mais aucun compositeur ne s'attacha à la mettre en musique ; elle n'eut donc qu'une influence limitée.

La traduction métrique des psaumes de Giovanni Diodati En suivant ce parcours chronologique, on arrive aux travaux de Giovanni Diodati (Genève 1576 – Genève 1649). D'origine lucquoise, il étudia la théologie et fut nommé professeur de théologie à l’Académie de Genève (successeur de Théodore de Bèze) et pasteur de la communauté italienne. Après une traduction italienne de la Bible publiée en 1607 il entreprit un remaniement français et italien du Psautier de Genève. C'est en 1631 qu'il propose ces premières traductions de psaumes italiens. Sa versification, non adaptée aux mélodies genevoises, ne fut mise en musique qu'en 1664 par un mystérieux "A. G.", qui les publie à Haarlem. Les éditions repérées à ce jour sont les suivantes :

I sacri Salmi messi in rime italiane da Giovanni Diodati. – [Genève] : [s.n.], 1631. – 12°, sans musiqueGenève BG, Genève MHR, Paris PHS. Cf. Coïsson 2002 p. 54 sq, Long 2002 p. 13.. I sacri Salmi messi in rime italiane da Giovanni Diodati. – Genève : Pierre Aubert, 1631. – 12°, sans musiqueBourg-en-Bresse MERV, Firenze BNC, Genève BG, Neuchâtel BPU, Paris BNF.. I sacri Salmi messi in rime italiane da Giovanni Diodati. – [S. l.] : 1636. – 32°, sans musiqueAngers BM : Belles-Lettres 1844.. La Sacra Bibbia, tradotta in lingua italiana, e commentata da Giouanni Diodati, di nation lucchese. - Seconda editione, migliorata, ed accresciuta. Con l'aggiunta de' Sacri Salmi, messi in rime per lo medesimo. – Genève : Pierre Chouet, 1641. – 2°. Cette édition contient les psaumes en vers, en 68 p. à la fin, sans musique, avec un frontispice gravé par Abraham BosseChâlons-sur-Saône BM, Firenze BNC, Neuchâtel BPU, Paris BPF, Paris BNF, Paris Ars., Paris BSG, Paris Sorb.. Une autre émission a paru sans lieu d'impression.