Les théories de développement sont élaborées et pour certaines mises en œuvre pour essayer de mettre les pays pauvres sur la voie du « développement ».
Définition du développement
Toutes les théories du développement sur le paradigme du développement économique.
La notion de développement n'est pas facile à définir. Jusqu'à il y a peu, la notion de développement économique ne s'appliquait qu'aux peuples non occidentaux.
C'est une notion plurielle et floue. Le développement implique la notion de progrès. Depuis la renaissance la notion de progrès est au centre des sociétés occidentales.
Une des justifications de la colonisation est justement la diffusion du progrès. Ce terme de progrès s'est incarné dans le domaine économique car, pour produire encore plus de biens et de services il faut une croissance économique. L'idée de l'évolution économique devient le paradigme du progrès.
Histoire des théories du développement
Au (1876), l'école historique allemande définit les phases du développement économique (Bruno Hildebrand).
La notion de développement apparaît à la fin de la Seconde Guerre mondiale avec le mouvement de décolonisation amorcé par l'Inde en 1947.
Devant l'ONU, Truman (président des États-Unis) appelle les pays riches à aider au développement des nations pauvres. Apparaît ainsi la notion de pays sous-développés.
Les premières théories du développement sont définies comme partie intégrante des sciences de l'économie.
À partir des années 1950–1960, on a pu assister à la création de nombreuses agences de développement (UNICEF, WFP, etc.) et à la création du PNUD (programme des Nations unies pour le développement).
Toutes les théories du développement des années 1950–1960 sont écrites par des économistes. Toutes ces théories ont pour objet d’expliquer comment les pays sous développés peuvent rattraper les pays développés. À cette époque, les vieilles nations industrielles sont le modèle à atteindre.
Les théories du développement ont profondément influencé les stratégies mises en place pour « développer » les pays « sous-développés ».
On distingue plusieurs groupes de théories en fonction : des différents modèles ayant cours dans les pays du Nord (marxiste/libéral) ; l'idée que le Nord se fait du Sud.
Les grandes familles de théories du développement
Première famille : Les théories du rattrapage
Ce sont les théories naissant dans les années 1950. On peut les appeler « théories du rattrapage ». Dans ces théories, il s'agit de rattraper le modèle des pays du Nord. Entre ces théories, il y a des divergences de définition et d'idéologie (théories marxiste, théories capitalistes). Toutes ces théories donnaient à l’État la place de moteur du développement.
Deuxième famille : Les théories du développement par le bas
Ce sont les théories des années 1970, se basant sur la notion de pauvretéJosué de Castro – « Géopolitique de la faim » & « Géographie de la faim».
Biblio : Josué de Castro – Géopolitique de la faim & Géographie de la faim.
Dans les années 1950, la pauvreté est perçue comme une conséquence du sous-développement économique. Dans les années 1970, on constate que le développement économique n'éradique pas forcément la pauvreté. La pauvreté devient une notion autonome de la sphère économique. C'est la naissance des théories de développement par le bas. Les populations deviennent alors les acteurs et non seulement les bénéficiaires.
Troisième famille : Les ajustements structurels / ajustements par le commerce
À partir du début des années 1980 naissent les théories de l'ajustement structurel et de l'ajustement par le commerce. Ce sont les théories néo-classiques. C'est un retour au monétarisme.
Quatrième famille : Les théories du développement humain Ces théories apparaissent dans le milieu des années 1990. Ces théories veulent s'émanciper de la sphère économique. Le principal théoricien est Amartya Sen. À cette époque le PNUD définit l'IDH (indice de développement humain).
Cinquième famille : Les théories du développement durable Les théories du développement durable sont liées aux menaces environnementales. Ces théories apparaissent dans les années 1990, mais l'identification des menaces environnementales est un peu plus ancienne : 1972 : première conférence de l'ONU sur l'environnement à Stockholm ; 1992 : sommet de Rio.
On assiste à l'apparition de la notion de « Biens publics mondiaux ».
Sixième famille : Les théories du post-développement Ces théories critiquent le concept de développement et remettent en cause la notion de progrès. Les théoriciens de ce courant sont Herbert Marcuse, Ivan Illich, François Partant. Ils posent la question suivante : le développement est-il un concept occidental ?
Il y a une prise de conscience de la finitude du monde, ainsi que des questions environnementales.
On retrouve dans cette catégorie les théories de la décroissance qui disent qu'il y a seulement du mal-développement dans le monde actuel : un Nord trop développé et un Sud pas assez développé.
Septième famille : Les théories de l'alter-mondialisme
Toutes ces théories s'appuient sur des expériences sociales.
Le contexte historique de naissance des théories du développement
Elles arrivent après . Les vieilles puissances sortent ruinées de cette guerre. Il y a naissance de nouvelles puissances hégémoniques (États-Unis, URSS) favorables à la décolonisation.
La décolonisation se fait sous différentes formes. La colonisation avait touché presque toutes les parties du monde.
Des élites de nature différente vont présider ces nouveaux pays.
Les différentes formes de décolonisation : négociation entre les élites nationalistes et la puissance coloniale ; accès à l'indépendance à la suite de guerres longues et meurtrières (Indochine, Algérie, Angola, Mozambique) ; décolonisation dans le chaos, sans véritables élites nationalistes (RDC) ; remise du pouvoir à des élites francophiles.
Ces indépendances ont été données à des pays très différents sur le plan des infrastructures, de l'éducation L'Asie est décolonisée sans grande fragmentation. L'Afrique subit une forte balkanisation.
Jusqu'aux années 1970, les théories du développement ne prennent pas en compte cette diversité. Ces théories prétendent appliquer la même recette à tous las pays sous-développés. Dans cette phase, les pays sous-développés ne sont pas caractérisés par leurs spécificités propres mais par ce qui leur manque pour atteindre le « développement ». Les pays développés ont de l'argent et des technologies, il manque donc de l'argent et des technologies aux pays sous-développés.
En 1955, la conférence de Bandung réunit la poignée de pays ayant accédé à l'indépendance à ce moment-là. Cette conférence est un peu l'acte de naissance du tiers monde. Ces pays insistent sur ce qui les unit et non sur ce qui les divise. On assiste à la naissance du non-alignement.
D'où vient le terme de « tiers monde » ?
Le mot « tiers monde » marque l'indépendance vis-à-vis des deux premiers mondes que sont le bloc de l'est et le bloc de l'ouest. Le tiers-monde est aussi défini par analogie avec le tiers état français (majorité pauvre et sans droits).
Le tiers monde a voulu gommer les différences pour donner l'image d’un ensemble uni et portant les revendications d'un monde mis à l'écart du développement.
Les théories du rattrapage
Les différentes théories
On les nomme aussi « Théories du développement par la croissance ». À l'époque où ces théories sont établies, le développement ne se différencie pas de la croissance. Dans cette famille, on retrouve des théories d'inspiration aussi bien libérale que marxiste.
Théorie de Rostow
En 1960, Rostow publie un livre Les étapes de la croissance économiqueWalt Whitman Rostow, Les étapes de la croissance économique et oppose sa théorie du développement au développement de type marxiste. Pour Rostow, le développement est un processus historique linéaire passant par des étapes définies, par opposition à la vision dialectique des théories marxistes.
Chaque pays traverse les mêmes étapes pour passer du sous développement au développement. Ainsi tous les pays seraient en train de parcourir le même chemin, mais en sont à des étapes différentes. Ce qui change ce sont les moteurs de la croissance à travers l'histoire. Le développement du tiers monde devrait donc aller très vite car il peut bénéficier des acquis et de l'expérience du monde développé.
D’après lui, après une phase d'accumulation du capital il y a une phase de décollage permettant aux pays sous développés de « rejoindre » les pays développés. Dans cette théorie le développement social est une conséquence naturelle du développement. Il convient donc de ne pas s'en occuper. Il compte sur l’effet de « percolation » de la croissance économique.
Théorie de Lewis
Cette théorie propose une vision dualiste du développement. Cette vision part du constat que les économies sous-développées sont des économies duales. Il y a juxtaposition d'un secteur traditionnel et d'un secteur moderne. Ces deux secteurs fonctionnent sur deux modes totalement différents. Dans le secteur traditionnel, les besoins sont sociaux, dans le secteur moderne les besoins sont économiques. Dans le secteur traditionnel, l'avoir n'est pas une fin en soi. Dans le secteur moderne, l'accumulation de biens et de marchandises est une fin en soi.
D’après cette théorie, le secteur capitaliste moderne va absorber le secteur traditionnel par un transfert de main-d'œuvre entre le secteur traditionnel et le secteur moderne. Cette théorie s'appuie sur l'évaluation historique de l'Europe.
L'histoire des pays sous-développés a en effet montré un transfert du secteur traditionnel vers un nouveau secteur : le secteur informel. Ce n’était donc pas ce sur quoi comptait Lewis.
La grande erreur fut de penser que l'expérience historique singulière de l'Europe était modélisable.
Théorie du développement par l'ouverture
C'est une théorie néoclassique inspirée par Ricardo. Cette théorie repose sur le principe des avantages comparatifs. Il faut se spécialiser dans le domaine ou on est le plus compétitif. Le commerce international devient le facteur de croissance.
Les pays sous développés doivent mettre en valeur leurs avantages comparatifs pour s'insérer dans l'économie mondiale et ainsi se développer. Le libre échange est donc indispensable au développement du tiers monde.
Cette théorie a été mise en pratique par les institutions de Bretton Woods : le FMI, la Banque mondiale et le GATT (qui deviendra l'OMC en 1995).
Les avantages des pays sous-développés sont l'exportation de matières premières et des produits agricoles de base. Ils ont aussi un avantage comparatif dans la production de bien manufacturés de masse (nécessitant beaucoup de main-d'œuvre). Sur cette base, il faut donc dessiner la carte de l'organisation internationale du travail. D'après cette organisation, l'Afrique doit se spécialiser dans l'exportation de matières premières et l'Asie doit se spécialiser dans la production de bien manufacturés de masse.
Ce néo-riccardisme arrive sur le devant de la scène à partir du début des années 1980.
Théories marxistes et dépendantistes Dans ces théories, le sous-développement et le développement sont deux faces d'un même objet. Il n'y a donc pas de linéarité dans le développement.
Il s'agit là de mettre fin aux causes du sous-développement. La principale cause est le transfert du surplus économique des pays du sud vers les pays du nord. Ce transfert s'opère d'abord par la colonisation (pillage direct des ressources et de la main-d'œuvre). Après les indépendances, ce transfert s'opère par le rapatriement des bénéfices des investisseurs vers le nord, mais aussi par le service de la dette. Deux autres canaux de ce transfert sont la détérioration des termes de l'échange et la fuite des capitaux (les élites locales qui placent leur argent dans les pays du nord).