Robert "Bob" Marshall ( – ) est un garde forestier, écrivain et militant écologiste américain. Fils du riche avocat de droit constitutionnel et défenseur de l'environnement Louis Marshall, Bob Marshall a développé dès son enfance une passion pour le plein air. Il a visité les monts Adirondacks de nombreuses fois. Il s'est également rendu dans la nature sauvage de l'Alaska et est l'auteur de nombreux articles et publications, dont le best-seller de 1933 Arctic Village.
Marshall est mort d'insuffisance cardiaque à 38 ans. 25 ans plus tard, en partie en raison de ses efforts, la Wilderness Society a été chargée de passer le Wilderness Act, qui définit juridiquement les zones sauvages de grandes richesses naturelles des États-Unis et permet de protéger quelque neuf millions d'acres ( km) de terres fédérales. Aujourd'hui, Bob Marshall est considéré comme largement responsable de la préservation de la nature. Plusieurs sites et domaines, y compris le parc Bob Marshall Wilderness dans le Montana et le Mont Marshall dans le massif de l'Adirondacks ont été nommés en son honneur.
Biographie Origines Né à New York, Bob Marshall est le troisième d'une famille de quatre enfants dont les parents sont Louis Marshall (1856-1929) et Florence (née Lowenstein) Marshall (1873-1916). Son père, fils d'immigrant juif de Bavière, est un éminent spécialiste du droit constitutionnel et des droits des minoritésGlover, p. 7. Il est également actif dans la communauté juive de Syracuse et fondateur de l'American Jewish CommitteeShabecoff, p. 80 ; en 1891, il participe à une délégation nationale qui demande au président Benjamin Harrison d'intervenir en faveur des Juifs persécutés de RussieGlover, p. 9. Il aide à fonder Le College of Forestry de l'Université de Syracuse, maintenant SUNY-ESF. Sa mère, Florence Marshall, quant à elle, se consacre à sa famille, l'éducation des jeunes femmes juives et les travaux de plusieurs organisations juives de bienfaisanceGlover, p. 11.
Dès son jeune âge, Bob Marshall se sent concerné par la défense de la nature ; il compte parmi ses héros d'enfance Meriwether Lewis et William ClarkNash, p. 201. Chaque été, de ses 6 mois à ses 25 ans, sa famille l'emmène visiter les monts Adirondacks, où il retournera par la suite fréquemmentMarshall, p. 44. Son plus jeune frère, George, décrit plus tard les voyages familiaux à Knollwood et leurs camps d'été sur Lower Saranac Lake à proximité des monts Adirondacks comme l'époque où ils .
Études Bob Marshall obtient, à New York, en 1919, un diplôme à la Ethical Culture School, l'école privée de Félix AdlerSutter, p. 196. Il passe ensuite une année à l'Université Columbia avant de suivre une formation de garde forestier à l'Université de Syracuse en 1920, un métier qu'il souhaite faire depuis son adolescence. Il écrit à ce propos qu'il aurait Nash, p. 202. Il est dans un premier temps malheureux et en retrait à Syracuse, mais il reste connu pour sa réussite académique et marque par son individualité. Un ancien camarade de classe dit de lui qu'il Glover, p. 39.
"In the early morning when the first faint lightCuts the murky blackness of the cool calm night,While the gloomy forest, dismal, dark, and wild,Seems to slowly soften and become more mild,When the mists hang heavy, where the streams flow byAnd reflects the rose-tints in the eastern sky,When the brook trout leaps and the deer drinks slow,While the distant mountains blend in one soft glow,'Tis the precious moment, given once a day,When the present fades to the far-away,When the busy this-time for a moment's gone,And the Earth turns backward into Nature's dawn." — Bob Marshall, Empire Forester (1923), dans son album de promotion, p. 82Brown, p. 159 Bob Marshall s'implique dans un second temps dans la vie de son école forestière. Il devient membre de la société honorifique Alpha Xi Sigma ; il s'inscrit dans l'équipe d'athlétisme des élèves de première année de l'Université de Syracuse ; il participe également aux championnats universitaire et international junior de crosseGlover, pp. 41–42. À la moitié de sa scolarité, il est élu délégué de classe et nommé rédacteur en chef adjoint de l'Empire Forester, l'Album de promotion de l'Université.
En 1924, il obtient son diplôme en foresterie, avec mention très bienGraham, p. 191, terminant d'une promotion de 59 élèves. Dans l'album de promotion universitaire de cette année-là, il est notamment décrit comme Glover, p. 53. En 1925, il devient titulaire d'une maîtrise en foresterie à l'Université HarvardBorneman, p. 305.
Marshall valide sa thèse (intitulée Une étude expérimentale sur les conséquences de l'eau dans le flétrissement des semis conifères) et reçoit son doctorat en 1930, sous la supervision du Dr Burton E. Livingston au Laboratoire de physiologie végétale Johns HopkinsGlover, p. 100. En , il publie un essai (intitulé Le problème de l'état sauvage) sur la défense de la préservation de la nature, reprenant et élargissant des thèmes qu'il avait déjà développé dans un précédent article (intitulé L'état sauvage, un droit minoritaire)Glover, p. 115. Son essai est d'abord rejeté par 4 revues scientifiques avant d'être publié par The Scientific Monthly. Il deviendra une des œuvres scientifiques les plus importantes de Marshall, fréquemment cité comme un appel à l'action et aujourd'hui considéré comme un texte précurseur dans son domaineGlover, p. 116.
Alpinisme Tout au long de sa vie, Bob Marshall gardera une série de carnets de randonnée qu'il illustre avec des photographies et complète de statistiques. En 1915, il escalade sa première montage dans les monts Adirondacks, l'Ampersand Mountain ( d'altitude), avec son frère George et un ami de la famille, Herb Clark, également guide au Saranac LakeBrown, p. xxiv. Ce dernier, qui accompagne les frères Marshall dans la plupart de leurs voyages, leur apprendra l'art du travail du bois et de la navigation de plaisance. thumb|Whiteface Mountain, la la plus haute de New York et la que Bob Marshall escalada dans les monts Adirondacks en 1918En 1921, Bob et George Marshall, ainsi que Herb Clark, deviennent les premiers alpinistes à avoir escaladé 42 montagnes d'Adirondacks, dont certaines dépassent les mètres d'altitude. Plusieurs d'entre elles étaient connues pour n'avoir jamais été graviesCatton, p. 133. Trois ans plus tard, en 1924, ils sont les premiers randonneurs à grimper au sommet des 46 montagnes d'Adirondacks (en anglais Adirondacks Forty-Sixters).
En parallèle, Bob Marshall s'intéresse à la promotion de loisirs dans les monts Adirondacks. En 1922, il devient l'un des membres fondateurs de l'Adirondack Mountain Club (ADK), un organisme voué à la construction et l'entretien de sentiers dans la zone, ainsi qu'à l'enseignement de la randonnée dans le parcSutter, p. 200. En 1922, il prépare un guide de 38 pages, intitulé The High Peaks of the Adirondacks (les hauts sommets d'Adirondacks en français), basé sur ses premières expériences dans ces sommetsBrown, p. 3. Dans son guide, il évoque son rejet de l'excès de civilisation, déclarant qu'il Brown, p. 1. Il y décrit également chaque sommet du parc et les classe en fonction de la Zeveloff, p. 140.
En , Marshall et son frère George établissent un nouveau record dans les monts Adirondacks en escaladant 9 sommets en une journéeBrown, p. xxv.
Garde Forestier et expérimentations en Alaska Bob Marshall commence à travailler pour le Service public forestier en 1925Sutter, p. 202. Il se fait assigner dans la station expérimentale Northern Rocky Mountain à Missoula, dans le Montana. Ses recherches se concentrent alors sur les dynamiques de régénération forestière post-incendie alors qu'il a dû quelque temps auparavant combattre un incendie généralisé dans la forêt nationale de Kaniksu (Idaho)Sutter, p. 204. C'est en passant du temps avec des bûcherons et des pompiers et en observant leurs conditions de travail que Marshall déclare avoir appris des leçons essentielles concernant l'utilisation des ressources naturellesSutter, p. 203. C'est à cette époque qu'il développe une philosophie libérale et socialiste. Désireux d'aller en Alaska, il quitte son poste de garde forestier en 1928Glover, p. 75.
thumb|left|upright|Mont Doonerak, une des plus hautes montagnes de la chaîne Brooks
En 1929, Marshall a 28 ans et n'a plus qu'un an devant lui pour terminer son doctorat en pathologie végétale pour l'Université Johns Hopkins de Baltimore. Il fait alors son premier voyage en Alaska, passant par le cours supérieur du fleuve Koyukuk et la chaîne Brooks. L'objectif scientifique de ce voyage est d'étudier la croissance des arbres à la limite nord des arbres, près de la fracture ArctiqueGlover, p. 104. Il reste 15 mois dans la petite ville de Wiseman et y loue une cabane d'une seule pièce à côté du seul relais routier de la zone. Amoureux de la région, il est l'un des premiers à l’explorer. Il nommera deux montagnes de la zone les Portes de l'Arctique.
Le , son père meurt à Zurich, en Suisse, à l'âge de 73 ans. Sa mère étant déjà morte d'un cancer en 1916, ses 3 frères et lui se retrouvent avec un héritage d'une valeur de plusieurs millions de dollars. Alors indépendant financièrement, Bob Marshall continue tout de même à travaillerGlover, p. 111.
Il retourne en Alaska en . Il prévoit d'explorer la chaîne Brooks et de poursuivre ses recherches sur les arbresGlover, p. 117. Il décrit le village dans lequel il loge, Wiseman, à plus de au nord de Fairbanks, comme Fox, p. 7. Tissant des liens d'amitié avec un certain nombre d'habitants de la ville, il enregistre méticuleusement des heures de conversation. Il convainc également un certain nombre d'habitants, dont la plupart sont des hommes célibataires, de passer des tests d'intelligence. Il développe alors des statistiques en fonction de tous les aspects de leur vie, de leurs ressources financières à leur régime alimentaire en passant par leurs habitudes sexuellesCatton, p. 138. D' à , il exploite et collecte des données. Il regroupe ses résultats dans un livre publié en 1933, Arctic Village, qui sera un best-seller de la sélection Literary Guild, et partage les bénéfices engrangés grâce à ce livre avec les habitants de Wiseman.
Militantisme Bob Marshall retourne sur la côté Est en . Outre Arctic Village, il écrit et publie divers articles sur la foresterie américaineGlover, p. 141. Il s'inquiète tout particulièrement de la déforestation et va jusqu'à écrire une lettre au président de l'Association de Foresterie Américaine, George D. Pratt.
thumb|right|Marshall avec un équipement de camping
Peu de temps après son retour, Earle Clapp, directeur de recherches du Service forestier, lui demande d'aider à la mise en place de réformes de l'Industrie forestière et à la création d'une vision plus large de la gestion forestière nationaleSutter, p. 221. Marshall déménage alors à Washington en et commence à compiler une liste des zones dépourvues de routes aux États-UnisGlover, p. 145. Il envoie ses données aux forestiers régionaux et leur demande de conserver des zones de nature sauvage ; ils répondent tous négativement. Les dossiers de Marshall constituent l'amorce du Rapport Copeland qu'il considère comme le meilleur travail qu'il ait effectuéGlover, p. 146.