Familles anciennes de la ville de Rabat (en , Al-ʿA'ilat ar-Ribatiya al-Assila) réunit un groupe social à identité propre, composé de familles ayant habité Rabat depuis plusieurs siècles, avant l'ouverture de la ville aux populations de l'intérieur du Maroc et l'arrivée massive de provinciaux à la suite des mouvements d'exode rural qui commencèrent au début du . Elles se reconnaissent autour de leurs mode de vie et culture distinctsCamille Lacoste-Dujardin & Marie Virolle-Souibès, Femmes et hommes au Maghreb et en immigration: la frontière des genres en question, Ed. Publisud, 1998 , : et se caractérisent par leur homogénéité sociale et culturelle : résultante d'une histoire commune, marquée par une isolation du reste du pays pendant près de trois siècles, et d'un héritage culturel marqué par la culture arabo-andalouseMariette Hayeur, « Les Rbatis-bourgeoisie de Rabat : identité et luttes de classement », Thèse de doctorat en Anthropologie, Montréal, 1991.
Cette antériorité à Rabat provoqua diverses frictions entre les « familles anciennes » et les populations issues de l'exode rural, de culture différenteSafaa Monqid, « Les morisques et l’édification de la ville de Rabat », Cahiers de la Méditerranée, 79, 2009, notamment autour du terme « Rbati » que les premiers se réservent en tant que relatif à une appartenance communautaire et culturelle, alors que les seconds le revendiquent en tant que gentilé relatif à tous les habitants de la ville. De par ce conflit autour de l'utilisation du gentilé « Rbati », c'est l'appartenance à la ville de Rabat qui est disputée aux « nouveaux habitants » de Rabat par les « anciens », qui les dénomment « Mrabbtin » (rabatisés) et se font appeler par eux « Rbitis » (petits Rbatis).
Histoire thumb|La kasbah des Oudaïas.
Fondée en 1150 par les Almohades, Rabat entre dans une période de déclin après la chute de ces derniers en 1269 et l’avènement des Mérinides, qui choisissent Fès comme capitale. L'explorateur Hassan al-Wazzan y compte en 1515 moins d'une centaine de maisons habitées.
Au début du , à la suite de la promulgation du décret d'expulsion des Morisques par le roi Philippe III d'Espagne, membres de cette communauté, soit plus de trois cents familles, trouvent refuge à Rabat, contribuant ainsi à la revitalisation de la ville. Une période de prospérité s'ensuit, notamment grâce à la course maritime, principale activité de la région de l'embouchure du Bouregreg pendant les deux siècles suivants.
Les « familles anciennes de Rabat », ensemble des familles andalouses et de la centaine de familles présente à Rabat avant l'arrivée des premiers, vivent alors repliées sur elles-mêmes pendant près de trois siècles et conservent leur héritage andalou et leurs caractéristiques culturelles ; ceci contribue à la constitution d'un groupe social basé sur l'appartenance communautaire, différent du modèle tribal répandu alors au Maroc.
Ces éléments culturels et historiques constituent ainsi la base d'une « identité » propre aux familles anciennes de RabatMariette Hayeur, « Les Rbatis - bourgeoisie de Rabat : identité et luttes de classement », Thèse de doctorat en Anthropologie, Montréal, 1991.
Caractéristiques culturelles Musique Rabat constituant une des trois principales écoles de musique arabo-andalouse du Maroc, dite al-aala, les Rbatis sont, traditionnellement, amateurs de cette musique. De nos jours, une demi-douzaine d'orchestres de la musique al-aala sont actifs à Rabat.
Rabat constitue également une des deux écoles de la musique gharnatie au Maroc, représentée notamment par le maître Hajj Ahmed Piro.
On trouve également dans la culture locale de Rabat des musiques traditionnelles comme le tsogui et les amayers, chantées par les femmes rbaties lors d’évènements familiaux (mariages, fiançailles, baptêmes...)
Langue
En grande partie hispanophones à leur arrivée au Maroc à la suite de leur expulsion d'Espagne, les Rbatis ont été arabisés tout au long du siècle suivant leur établissement sur la rive gauche du Bouregreg. Jules Leclercq rapporte néanmoins, à la fin du , que les Rbatis maîtrisent encore la langue castillane« Rabat : écrits anciens, présentés par Louis Miège - Rabat en août 1880, vu par Jules Leclercq », Revue Maroc Europe, 10 (1996), .
Le dialecte arabe parlé par ces familles, parler non-hilalien citadin, demeure néanmoins fortement influencé par le castillanLeila Messaoudi, « Traits linguistiques du parler ancien de Rabat » dans "Peuplement et arabisation au Maghreb occidental: dialectologie et histoire", éd. J. Aguadé, P. Cressier et A. Vicente, (1998).
Architecture Rabat étant pratiquement à l'abandon et en état de délabrement avéré au début du , la ville sera reconstruite par les Morisques lors de leur arrivée ; l'architecture locale réunit alors les influences des architectures marocaine et arabo-andalouse.
Aspects sociaux Stratifications sociales Les familles anciennes de Rabat se distinguent, à l'origine, en exhibant des indices, des symboles ou des devises permettant à la fois de les distinguer entre elles et de distinguer dans leur ensemble les familles de vieille souche des autres plus récemment établiesM. Bouchara, « Profil des vieilles familles de Rabat », Revue Maroc-Europe, 10 (1996), : « warda wa shushana » (la rose et le lys) : signes distinctifs des membres des familles habitant les quartiers Laalou et Lobéra, au nord de la médina, réputés « bons vivants » ; « badʿia wa magana » (le gilet et la montre) : signes distinctifs des membres des familles habitant le centre et l'ouest de la médina, entre Sidi-Fateh et Derb-Gnawa, réputés pieux et d'une conduite exemplaire.
Aux autres habitants de Rabat, qui n'appartiennent pas à cette , on accordait la devise « khabbata wa btana » (le battoir et la peau de mouton) pour les ouvriers des teintureries, les petits artisans et les tisserands, et la devise « kercha wa mesrana » (l'estomac et le boyau) pour les petits vendeurs, principalement de tripes et d'abats.
Familles
+ Liste des familles anciennes de Rabat Famille Origine Citation Notes ToponymieʿAbdoun () Andalous Souissi (1979), Razzouk (1998) Éteinte ʿAbridi (El-) () Souissi (1979) ʿAchour () Andalous Souissi (1979), Razzouk (1998), Kettani (2005), Benabdallah (2008), Kriem (Andalous), Encyclopédie du Maroc (tome XVII) ʿAdlani (El-) () Souissi (1979), Benabdallah (2008) Impasse El-Adlani dans la médina de RabatʿAkkari (El-) () Descendance d'Ali ʿAkkari, imam et disciple dilaïte, établi à rabat au courant du et mort en 1706 Souissi (1979), Encyclopédie du Maroc (tome XVII) Quartier Akkari de Rabat ʿ (El-) () Chérifs idrissides Souissi (1979) Branches cadettes : Berqoq ()