Les tactiques d'infanterie sont la combinaison de concepts militaires et de méthodes de combat utilisées par l'infanterie pour atteindre des objectifs tactiques pendant les opérations militaires. Le rôle de l'infanterie sur le champ de bataille est généralement de venir au contact de l'ennemi pour le mettre hors de combat ou, a contrario, de défendre des positions contre ses attaques et les tactiques d'infanterie sont les moyens par lesquels y parvenir. Traditionnellement, l'infanterie constitue la part principale des forces combattantes d'une armée et, par conséquent, subit souvent les plus lourdes pertes (tués ou blessés au combat et « portés manquants », à l'exclusion des prisonniers de guerre). Tout au long de l'histoire, les formations d'infanterie ont donc cherché à minimiser leurs pertes en attaque et en défense, par des tactiques efficaces.

Les tactiques d'infanterie constituent les plus anciennes méthodes de l'« art de la guerre » et se retrouvent sous diverses formes à toutes les époques. À différents moments, la technologie en cours a eu un impact important sur ces tactiques. En retour, ces méthodes tactiques peuvent à leur tour encourager le développement de technologies particulières, comme dans le cadre de la lutte antichar. De même, à mesure que les armes et les tactiques évoluent, les formations tactiques employées évoluent également, depuis la phalange grecque en passant par le tercio espagnol, la « colonne Napoléon » ou la « Thin red line » (la « mince ligne rouge ») britannique. Au fil du temps, de l'évolution de l'armement et des missions dévolues à l'infanterie, l'effectif des unités engagées a pu également varier considérablement, de plusieurs milliers à quelques dizaines.

Les tactiques de l'infanterie modernes varient selon le type d'unité déployé. L'infanterie blindée ou motoriséeon distingue généralement l'infanterie « blindée/mécanisée » de l'infanterie « motorisée » selon le type d'engins utilisés : l'infanterie blindée/mécanisée se déplace et combat à bord d'engins du type semi-chenillé ou Véhicule de combat d'infanterie - Sdkfz 251 ou M113 par exemple - l'infanterie « motorisée » se déplaçant en camions et véhicules légers non-blindés. est transportée et/ou appuyée dans l'action par des véhicules, tandis que d'autres peuvent effectuer des opérations amphibies depuis des navires, ou en tant que troupes aéroportées, être « insérées » par hélicoptères, parachutages ou planeurs, tandis que l'infanterie légère opère essentiellement à pied. La tactique utilisée varie aussi en fonction de la nature du terrain d'opération : combat urbain, guerre de jungle, opérations en milieu désertique, arctique ou montagneux se mènent en effet dans des conditions et avec des moyens très différents.

Bien que les tactiques de l'infanterie au reposent sur une grande variété d'armes et d'équipements utilisant diverses technologies, leur principal outil reste le fusil du fantassin, et l'effet dont elles dépendent le plus, en dehors de la nourriture, de l'eau et des munitions, est encore la paire de bottes utilisée pour progresser d'une position à l'autre - cette dernière faisant elle-même l'objet d'études poussées en matière d'ergonomie et de confort. À cet égard, la guerre moderne ne diffère donc pas sensiblement de celle menée à l'époque de Jason de Phères.

Tactiques d'infanterie dans l'Antiquité

vignette|Déploiement de la phalange macédonienne. vignette|Dispositif de la phalange macédonienne : A) infanterie légère, B) infanterie lourde (hoplites), C) psiloï D) cavalerie légère, E) cavalerie lourde (hétaïres). vignette|L’armure de l’hoplite. La phalange d’infanterie est à l’origine une formation tactique sumérienne remontant au troisième millénaire Dupuy, .. Du temps de la Grèce antique, c’était une formation compacte d’hoplites, combattants d’élite issus des classes moyennes et supérieures de la société, généralement de huit à douze rangs de profondeur, casqués, cuirassés et portant cnémides, armés des piques de deux à trois mètres et équipés de larges boucliers ronds se chevauchantDupuy, ..

Les phalanges se révélèrent particulièrement efficaces sur un front étroit, comme les Thermopyles, ou déployées en masse. Bien que les premiers Grecs portassent d'abord leur attention sur la charrerie, en raison de la géographie locale, l’usage de la phalange se développa largement en Grèce et prit l’avantage sur la plupart des tactiques de cavalerie au temps des guerres médiques. Le brillant Philippe II de Macédoine réorganisa son armée, en mettant l’accent sur les phalangesDupuy, .. Les tactiques thébaine et macédonienne étaient des variantes focalisées sur la recherche du « point de rupture » pour briser la cohésion de la phalange ennemie, après le choc de la cavalerieDupuy, .. Soigneusement organisée - tétrarchie de 64 hommes, taxiarchiae de deux tetrarchiae, syntagmatae de deux taxiarchiae, chilliarchiae de quatre syntagmatae, et les phalanges de quatre chilliarchiae, avec deux chilliarchiae de peltastes et deux chilliarchiae respectivement de psiloi et de cavalerie (hipparchie) - les phalanges « simples » pouvaient être combinées en une « grande » phalange comptant quatre phalanges simples, formation comparable, toute proportion gardée, à un « corps d'armée » moderne Dupuy, . Ces formations se révélèrent particulièrement redoutables sous le commandement d’Alexandre le Grand.

Toutefois, quelque efficace qu’ait pu être la phalange grecque, elle restait une formation tactique statique, socialement et militairement rigide. Rome fit de son armée une organisation professionnelle complexe, avec une chaîne de commandement élaborée et un système de « classes de combattants » (légionnaires, auxiliaires, etc.) et de grades. Rome permit aux commandants de petites unités de recevoir des récompenses, des distinctions et de l’avancement pour bravoure au combat. Un autre avantage majeur fut la mise sur pied d'une nouvelle formation tactique, le manipule romain (adopté autour 300 Dupuy, . ), qui pouvait agir de façon indépendante pour tirer parti des brèches dans la ligne ennemie, comme ce fut le cas lors de la bataille de Pydna.

Mais l’innovation la plus importante fut sans doute la professionnalisation de l’armée et l’amélioration de la qualité de la formation à un niveau encore jamais atteint auparavant. Bien que les méthodes et techniques de combats individuelles aient été utilisées par les générations précédentes, les Romains ont été en mesure de les combiner au sein d’une armée professionnelle extrêmement performante, qui se révéla capable de vaincre n’importe quel ennemi pendant plus de deux millénaires.

Systèmes tactiques romains

vignette|Formation « en tortue » de la légion romaine. Détail de la Colonne Trajane. vignette|Reconstitution des techniques de combat de la Légion romaine : lancer du pilum. Pour son infanterie, l'armée romaine adopta de nouvelles armes : le pilum (javelot lourd articulé), le gladius (une épée courte de mêlée pour le corps-à-corps), et un bouclier convexe, assurant une meilleure protection contre les lances qui permettait « d'ouvrir la phalange » pour engager le combat rapproché tout en assurant encore à l'individu la protection collective qu'elle offraitDupuy, ..

En règle générale, la bataille débutait par un jet de javelots légers, efficaces jusqu'à un maximum de (et souvent beaucoup moins)Dupuy, ., suivi par des volées de javelots lourds (pila). À la suite de ces salves, les soldats romains marchaient à l'ennemi pour l'engager avec leurs glaives. Comme avec leurs lances, les soldats romains étaient formés à « frapper d'estocc'est-à-dire avec la pointe de l'arme. » avec leurs épées plutôt que « de taille de « sabrer ». ». Leur entraînement était constant et répétitif, pour s'assurer que la « frappe d'estoc » était utilisée au combat plutôt que le mouvement plus naturel de « frappe de taille ». Pour encourager le soldat romain à approcher dans les deux mètres son ennemi (comme il était tenu de le faire pour pouvoir l'engager avec le glaive), il était fait « citoyen » après le terme de son service.

La légion manipulaire représenta une amélioration majeure sur la phalange dont elle s'inspirait, en fournissant une flexibilité et une réactivité inégalées jusqu'alors. En augmentant la dispersion de ses éléments, triple de celle que permettait une phalange classique, la légion manipulaire eut l'avantage inattendu de réduire la létalité des armes ennemiesDupuy, .. Combinant un entraînement exceptionnel et un commandement efficace, l'armée romaine resta la meilleure au monde pendant des siècles. La puissance de l'armée sur le terrain était telle que ses chefs préférèrent méthodiquement éviter l'usage des fortifications, préférant l'engager à l'adversaire en terrain découvert. Pour prendre une fortification tenue par l'ennemi, l'armée romaine coupait toutes les lignes d'approvisionnement, construisait des tours de guet tout autour du périmètre assiégé, mettait en place des catapultes et forçait l'ennemi à essayer de l'empêcher de réduire ses remparts en ruines. Les succès de l'armée romaine ont été soigneusement « consignés » dans la pierre de la colonne Trajane et sont bien documentés par des pièces archéologiques trouvées sur les champs de bataille de toute l'Europe.

Moyen Âge

Invasions barbares et Haut Moyen Âge Après la chute de l'Empire romain, beaucoup des tactiques et méthodes de combat « savantes » de son armée furent perdues ; les tribus barbares telles que les Wisigoths et les Vandales préférant se précipiter tout simplement sur leurs ennemis en horde massive. Ces hordes gagnèrent plus d'une bataille contre des ennemis plus avancés en profitant de l'effet de surprise et du nombre.

Né de la partition de l'Empire romain, l'Empire byzantin se dota d'une force militaire efficace. Ses soldats étaient bien rémunérés et dirigés par des commandants instruits dans la tactique militaire et l'histoire. Cependant, cette armée s'est principalement appuyée sur sa cavalerie et ses corps de mercenaires, faisant de son infanterie la portion congrue de ses forces armées.

Époque féodale Les batailles du Moyen Âge furent souvent de moindre « amplitude » que celles impliquant les armées romaines et grecques de l'Antiquité, les armées de l'époque étant assez disparates et hétérogènes, ceci s'expliquant notamment par le caractère assez décentralisé des états de l'époque. Il y avait peu d'organisation systématique des fournitures et du matériel, les chefs étaient souvent incompétents, leur position d'autorité étant plus souvent fondée sur la naissance que sur la capacité. La plupart des soldats étaient bien plus fidèles à leur seigneur féodal qu'à leur « nation » et l'indiscipline et l'insubordination étaient courantes.

La principale différence entre les guerres précédentes et celles du Moyen Âge a été l'utilisation de la cavalerie lourde, fournie par les chevaliers. Les chevaliers venaient régulièrement à bout de la « piétaille » armée d'épées, de haches et de pieux - voire d'outils agricoles ou de bâtons - car, bien que fréquemment plus nombreuse que ceux-ci, dans un rapport allant parfois de cinq à dix contre un, elle était généralement reléguée à un rôle de soutien et de protection des bagagesCette affirmation communément reprise par les historiens militaires du Moyen Âge, a toutefois été pondérée par Henri Delpech dans son étude La Tactique au - voir Bibliographie. L'infanterie armée de piques pouvait contrer la menace posée par la cavalerie ennemie ; fossés, barricades ou pieux étaient également utilisés comme protection contre la charge de cavalerie, tandis que les archers abattaient les cavaliers ennemis par leurs volées de flèches, comme lors de la Bataille d'Azincourt en 1415.