Alphonse le Chaste. ou le Troubadour. (en catalan Alfons el Cast, en castillan Alfonso el Casto), né à Huesca ou à Sant Pere de Vilamajor., entre le et le « el Casto, hijo de Petronila y , nació en Huesca en 1157 », in Josefina Mateu Ibars et María Dolores Mateu Ibars, Colectánea paleográfica de la Corona de Aragon: Siglo -, Université de Barcelona, 1980, . et mort le à Perpignan Antonio Ubieto Arteta, Historia de Aragón, vol. 7, 1987, pp. 177-184., fut roi d'Aragon et comte de Ribagorce de 1164 à 1196 sous le nom d', comte de Barcelone, de Gérone, de Besalú de 1162 à 1196 sous le nom d', comte de Provence de 1167 à 1173 et de 1185 à 1196 sous le même nom, vicomte de Carlat de 1166 à 1167, comte de Roussillon de 1172 à 1196, comte de Pallars Jussà de 1192 à 1196.
Fils et successeur du comte et de l'héritière du royaume d'Aragon, Pétronille, il est le premier à cumuler ces deux titres. C'est sous son règne que ses domaines, par leur extension exceptionnelle, commencèrent à recevoir le nom de terres de la « Maison » ou « Couronne d'Aragon » Ernest Belenguer, « La expansión: el Casal d'Aragó (1213-1412) », La Corona de Aragón. El poder y la imagen de la Edad Media a la Edad Moderna (siglos - ), Sociedad Estatal para la Acción Cultural Exterior, Lunwerg Editores, 2006 ..
entreprit d'unifier ses domaines, si divers, avec leurs langues, leurs coutumes et leurs usages propres. Aux prises avec la noblesse aragonaise, catalane et provençale, il s'efforça d'établir une administration commune en créant les premières vigueries, chargées de faire respecter la trêve et la paix, garanties par le pouvoir comtal. Il réaffirma l'autorité royale en la libérant de ses liens de vassalité vis-à-vis du royaume de Castille, du royaume de France et du Saint-Empire.
Les guerres le menèrent principalement dans le Midi du royaume de France et en Provence. La guerre contre le comte de Toulouse, endémique depuis le début du , connue comme la « grande guerre méridionale », ne prit fin que par un traité de paix de 1195. Elle se termina au profit d', qui avait réussi à consolider son pouvoir dans le Midi, du Béarn à la Provence, par un réseau de fidélité et de vassalité des seigneurs méridionaux. , en revanche, ne fut pas vraiment concerné par les opérations de reconquête en Espagne, laissant les mains libres aux rois de León et de Castille : par la paix de Sahagún, il hypothéquait même les possibilités d'expansion de l'Aragon vers le sud de la péninsule.
Jeunesse et prise du pouvoir 250px|left|thumb|Charte de l'abbaye Saint-Pons de Thomières, datée de Era 1196 (soit 1157), sous le règne de , année de la naissance d'Alphonse à Huesca.
Alphonse naît probablement entre le et le à Huesca. Il est le premier fils du comte de Barcelone, , et de l'héritière du royaume d'Aragon, Pétronille. Il semble qu'il porte, durant ses premières années, le prénom de « Raimond »C'est sous ce nom qu'il est désigné, tant dans le traité de Haxama en 1158 que dans le testament de son père en 1162. Sa mère, Pétronille, dans son propre testament, en 1162, le désigne sous le nom d'« Alphonse », mais précise que son mari l'appelait « Raimond »..
Le , rencontre le roi de Portugal, , dans le village de Santa María del Palo, près de Tuy. Il négocie le mariage d'Alphonse avec Mafalda, une fille du roi de Portugal José Mattoso, D. Afonso Henriques, Temas e Debates, Lisbonne, 2014 ( éd.), p. 287.. Selon certaines sources, la jeune fille meurt en 1162, ce qui rend le mariage impossible. Selon d'autres sources, le roi de León, , aurait convaincu Pétronille, après la mort de , d'annuler le mariage José Mattoso, D. Afonso Henriques, Temas e Debates, Lisbonne, 2014 ( éd.), ..
meurt subitement, le , à Borgo San Dalmazzo, alors qu'il allait rendre visite à l'empereur . Dans ses dernières volontés, il laisse à son fils « Raimond » toutes ses propriétés dans le comté de Barcelone et le royaume d'Aragon. Seul le comté de Cerdagne est donné au frère de « Raimond », « Pierre ». Ses enfants sont placés sous la protection de son allié, le roi d'Angleterre . Le gouvernement effectif est confié à un conseil de régence, une assemblée de nobles aragonais et catalans placée sous la direction de la reine, Pétronille. Le jeune comte-roi passe le à Calatayud, accompagné de l'archevêque de Tarragone, des évêques de Barcelone, de Saragosse et de Tarazona, ainsi que du comte de Pallars, le sénéchal de Catalogne Guillaume-Raimond de Moncada, le majordome Blasco Romeo, Guillaume de Cervera, Pons de Mataplana et Guillaume de Castelvell : il semble que ces personnages sont ceux qui formaient le conseil de régence. Le testament de Raimond-Bérenger est lu publiquement à Huesca, le .
250px|thumb|left|Charte d'abdication de Pétronille, « aragonensis regina et barchinonensis comitissa » (reine d'Aragon et comtesse de Barcelone) en faveur de son fils, Alphonse.
Avant la fin de l'année 1162, Alphonse est passé par Tarazona, Alcañiz, Huesca et Jaca. Au début de l'année 1163, il se rend à Barcelone, Lérida et Tortosa, afin de recevoir les serments de fidélité de ses vassaux dans le comté de Barcelone. Le , se faisant désormais appeler « Alphonse », il jure de respecter les coutumes du comté de Barcelone. L'année suivante, le (Actum est hoc in Barchinona XIIII kalendas julii anno Dominice incarnationis M C LXIIII.), sa mère Pétronille confirme son testament de 1152, renonce au royaume d'Aragon en faveur d'Alphonse et se retire à la cour de Barcelone : le , Alphonse jure à Saragosse de respecter les fors d'Aragon Antonio Ubieto Arteta, Historia de Aragón, vol. 7, 1987, p. 188-196. Jaime Caruana Gómez de Barrera, « Itinerario de de Aragón », Estudios de Edad Media de la Corona de Aragón, vol. 7, Saragosse, 1962, p. 75.. Il est cependant trop jeune pour assurer la réalité du pouvoir : la régence est confiée à son cousin, le comte de Provence , au grand sénéchal Guillaume-Raimond de Moncada et à l'évêque de Barcelone, Guillaume de Torroja.
Règne
La question navarraise En 1162, rencontre à Ágreda le roi de León, , afin de se partager le royaume de Navarre : ce dernier assure la tutelle de son neveu, le jeune roi de Castille, , qui est également fils de Blanche de Navarre et petit-fils du roi . entend profiter de la situation pour réclamer l'héritage navarrais. En 1168, fait la paix avec le roi de Navarre, . Ils s'allient pour attaquer le royaume de Castille, mais l'opération est un échec. Le , est poussé à signer la paix perpétuelle de Sahagún avec . Il épouse une sœur de et tante d', Sancie.
La succession de Provence En 1166, son cousin, le comte de Provence , meurt en faisant le siège de la ville rebelle de Nice, ne laissant qu'une fille, Douce. N'ayant pas de descendance masculine, avait prévu que l'héritage passe aux mains de son cousin, . Mais celui-ci se retrouve en butte aux revendications du comte de Toulouse, , qui se rend en Provence afin d’épouser la veuve, Richezza de Pologne, tout en fiançant Douce à son propre fils Raimond. En 1167, avec l'appui du seigneur de Montpellier, , de la vicomtesse de Narbonne, Ermengarde, du vicomte de Béziers, , de l'épiscopat provençal et de , seigneur des Baux, engage la guerre en Provence contre . Il récupère, avec l'aide de la flotte génoise, la place forte d'Albaron, qui lui permet de tenir la Camargue. Le comte de Toulouse doit finalement renoncer à ses prétentions provençales, refusant l’alliance des Génois, devenue économiquement trop encombrante, tandis qu' récupère le comté de Provence.
Les conquêtes dans le royaume de Valence En 1169, entreprend la conquête du nord du royaume taïfa de Valence. Sa politique, hostile aux musulmans malgré l'accord passé avec le roi de Valence, provoque une révolte des musulmans des montagnes de Prades, qui est réprimée en 1170. met la main sur la Matarraña et sur le sud de l'Aragon actuel. Il fonde Teruel en 1171 afin de protéger la frontière méridionale de ses domaines et fonde l'ordre religieux militaire d'Alcalá de la Selva.
En 1172, à la mort du roi de Valence, met le siège devant la ville de Valence. Il ne le lève qu'après avoir obtenu du nouveau roi qu'il double le tribut qui lui était versé par l'ancien roi. Une fois l'accord trouvé, ils attaquent ensemble Xàtiva et Murcie. La reprise de la guerre dans le Midi et en Provence vignette| d'Aragon (miniature du Liber feudorum maior, 1192). La trêve entre et n'est pas durable. En 1173, le roi d'Angleterre forme une nouvelle alliance, composée de son fils Richard Cœur de Lion, à qui il a confié le duché d’Aquitaine, et d’. , qui a répudié Constance, sœur du roi de France , ne peut plus compter sur l'aide de ce dernier. En 1173, il soutient la révolte de Richard Cœur de Lion contre son père, et à la fin de l'année 1173, à Limoges, il pousse à faire la paix en échange d'une reconnaissance de vassalitéJean Baptiste Auguste d'Aldéguier, Histoire de la ville de Toulouse, p. 77.. En , retrouve le comte de Toulouse à Montpellier afin de préparer la paix avec lui, alors que la lutte se poursuit en Provence.
Finalement, la trêve est confirmée par la paix de Tarascon en 1176. Le traité établit qu'en échange de marcs d'argent, le comte de Toulouse renonce à ses prétentions sur les comtés de Provence et du Gévaudan et les vicomtés de Millau et de Carlat. Le comte de Toulouse conserve un marquisat de Provence, territoire réduit autour d'Avignon. Par ce traité, renforce sa position dans le Midi du royaume de France et en Provence.
Le renforcement de l'autorité royale En 1172, le dernier comte de Roussillon, , meurt sans enfants en léguant son comté à . Malgré les liens familiaux qui unissent les familles comtales de Roussillon et d'Empúries, le choix de reçoit l'assentiment de la noblesse locale. En 1173, convoque une assemblée des nobles du Roussillon à Perpignan. Il confirme les droits du comté et proclame une trêve dans tout le diocèse d'Elne. complète ainsi l'entreprise d'unification des comtés catalans : à cette date ne subsistent que les comtes d'Empúries, de Pallars et d'Urgell, dont les possessions, enclavées dans le domaine royal, sont moins menaçantes pour le pouvoir du souverain.
s'attache à réunifier ses domaines, composés de territoires ayant chacun ses propres usages, langues et organes de gouvernement. En 1173, il décide d'étendre la trêve et la paix de Dieu à l'ensemble de ses domaines, car il limite et contrôle ainsi l'usage de la violence. La trêve et la paix deviennent entre les mains d' des outils du renforcement de son autorité. À Fondarella, il convoque une assemblée où il oblige les nobles catalans qui octroient aux clercs de Catalogne des pouvoirs étendus en matière de trêve et de paix. Les viguiers, nommés par , sont chargés de faire appliquer les décisions prises par les clercs : il s'agit de l'apparition d'une administration locale catalane. Son œuvre fiscale (création de nouveaux impôts, tel le bovatge à partir de 1175) et juridique (rédaction du Liber feudorum maior en 1194) suscite cependant le mécontentement d'une grande partie de la noblesse. En 1174, une révolte se joint à un homme qui prétend être : ne met la main sur lui qu'en 1179, et le fait pendre à Barcelone. En 1176, un fidèle d', partisan de la trêve et de la paix comtales, le vicomte de Cardona , est assassiné.
En 1175, signe avec l'abbé du monastère Saint-André de Barravés le traité d'Amparanza, par lequel le val d'Aran, qui dépendait du comté de Comminges depuis le , passe sous la protection du roi d'Aragon. En contrepartie, les habitants de la vallée s'engagent à payer un impôt au roi, le Galin Reiau.
En 1177, fonde Puigcerdà, qui devient la capitale de la Cerdagne dépossédant du titre de capitale Llivia qui conserve toutefois un intérêt militaire grâce à son château.
La politique d'indépendance