thumb|300px|Porte d'entrée de l'usine Reggiane fermée en 2011. La société Officine Meccaniche Italiane S.p.A., renommée Officine Meccaniche Reggiane S.p.A., et plus connue sous la simple appellation de Reggiane, est une société de mécanique italienne créée en à Reggio d'Émilie (Reggio Emilia), en Émilie-Romagne, et spécialisée dans la construction ferroviaire et les munitions d'artillerie. Elle acquiert ses lettres de noblesse dans la construction aéronautique, activité débutée dans l'entre-deux-guerres, avec notamment ses fameux avions de chasse lancés à la fin des années 1930.
Historique Origine de la société L'entreprise Officina Meccanica e Fonderia Ing. Romano Righi e C. est créée à Reggio d'Émilie durant le mois d' par l'ingénieur Romano Righi. En , le magnat Giuseppe Menada s'associe avec Romano Righi, apporte des fonds pour une forte augmentation du capital de la société dont il devient l'actionnaire majoritaire et Président Il la renomme Società Anonima Officine Meccaniche Reggiane (OMR). Giuseppe Menada qui était, auparavant, directeur puis Président de la société Società Anonima delle Ferrovie di Reggio Emilia (SAFRE) - Société Anonyme des chemins de fer de Reggio d'Émilie, peut ainsi garantir un volume d'activité à sa nouvelle entreprise en lui commandant immédiatement 20 wagons fermés de marchandises et le transport du bétail et 7 wagons ouverts.
Le 29 décembre 1906, avec effet au janvier 1907, la société se renforce dans le domaine de la construction ferroviaire en rachetant la société Officine Nobili de Bologne et prend une importante participation dans les sociétés S. A. Metallurgica Ossolana et Anonima Celeste Longoni de Reggio d'Émilie.
En 1909, Reggiane commence la production de sa première locomotive à vapeur. Entre 1910 et 1937, ce sont pas moins de 160 locomotives à vapeur de tous types qui seront produites.
En 1912, la société poursuit son expansion en reprenant la Società Officine Ferroviarie Italiane Anonima (SOFIA). Cette même année la société voit sa raison sociale devenir Reggiane Officine Meccaniche Italiane S.p.A.. En 1922, Officine Reggiane fête la fabrication de sa locomotive à vapeur.
Première Guerre mondiale La Première Guerre mondiale voit l’essor de l'activité militaire de la société. La société Reggiane rachète en 1918 la société de munitions Proiettilificio di Modena et est mobilisée pour la fabrication de grenades de 70 et 75 mm au titre de l'effort de guerre, à la cadence de unités par jour calendaire. Les effectifs de l'entreprise passent de à ouvriers en quelques mois.
Après la fin de la Première Guerre mondiale, la société relance ses activités civiles et se lance dans la production de matériel agricole. Au début de l'année 1919, Reggiane fait son entrée dans le domaine aéronautique avec l'appui de la société Caproni, qui rachètera la société en 1935. La société « Officine Meccaniche Reggiane SpA », est retenue, avec d'autres, à la suite de l'énorme appel d'offres pour la fabrication de 300 avions bombardiers biplans trimoteurs de la famille Caproni Ca.44, Ca.45 et Ca.46.
Entre-deux-guerres En 1920, la crise n'épargne aucune entreprise ayant contribué à l'effort de guerre, dont « Reggiane », qui voit tous ses ateliers occupés par les ouvriers en grève. Pour diversifier ses activités, la société rachète la « Società Anonima Meccanica Lombarda - SAML » de Monza spécialisée dans la construction de moulins, fours à pain et produits argileux. Les difficultés économiques croissent et en 1928 la société décide de diversifier à nouveau ses activités avec ses débuts dans le domaine des silos à grains mais, trop endettées, elle doit vendre ses sites industriels de Modène et de Monza.
La grave crise économique mondiale de 1929 met définitivement fin aux efforts de sauvetage de la société qui avait bien développé son activité dans la construction de machines agricoles. En 1933 l'IRI (Istituto per la Ricostruzione Industriale) reprend la majorité des actions de la société ce qui permet de sauver les usines de Reggio d'Émilie. L'effectif de la société tombe à salariés.
En 1935, misant sur le besoin de réarmement du gouvernement fasciste, le conte Giovanni Caproni rachète la société Reggiane surtout pour sa division aéronautique.
Le développement aéronautique et la tuerie des salariés Reggiane En 1936, la société Studi e Brevetti Gruppo Caproni dirigée par l'Ingénieur Giovanni Pegna est créée à Reggio d'Émilie. Giovanni Pegna est un ancien ingénieur concepteur du constructeur Piaggio Aero et poursuit l'étude et le développement d'avions expérimentaux et de solutions techniques à appliquer aux productions de Reggiane Avio. La première réalisation est le bombardier bimoteur Piaggio P.32bis, une évolution du fameux Piaggio P.32.
La société Reggiane crée alors la division « Moteurs d'Avions » pour la fabrication sous licence du moteur en étoile Piaggio P. VII C.16. La société fabrique également, sous licence Piaggio Aereo, les moteurs Piaggio C 35 et C 45 des P VII, P VI, XI bis. « Reggiane » fabrique également sous licence FIAT Aviazione le moteur Fiat A.74. Le succès de la division aviation assure 60 % du chiffre d'affaires global de la société en 1936.
En 1937, Reggiane lance la fabrication, sous licence SIAI Marchetti, du bombardier trimoteur Savoia-Marchetti SM.79. En raison du ralentissement des commandes, à la fin de l'année 1937, le secteur aviation ne représente plus que 45 % du chiffre d'affaires global, la société « Studi e Brevetti Caproni » est alors incorporée dans la société mère, le groupe Caproni SpA.
Les ventes du secteur aviation reprennent en 1938 et 1939. Elles représentent respectivement 55 % et 80 % du chiffre d'affaires annuel total.
Le , le premier prototype du Reggiane Re.2000 (MM 408) est piloté par le commandant De Bernardi. La production en série est lancée en novembre de la même année pour l'Aviation Royale italienne mais les exemplaires fabriqués ne sont rendus opérationnels qu'en 1941. L'avion reçoit un excellent accueil, également au niveau international, avec une commande de la Royal Air Force britannique de 300 exemplaires. De même les aviations de la Suède, Yougoslavie, Espagne, Finlande, Suisse et Union soviétique retiennent cet appareil mais, à la suite de l'entrée en guerre de l'Italie fasciste aux côtés de l'Allemagne nazie, aucun de ces pays ne formalise leur commande, sauf la Hongrie qui confirme sa commande de 70 exemplaires. Au mois de , la licence pour la fabrication du Reggiane Re.2000 dans les usines hongroises MÁVAG de Budapest est accordée.
En , la production des avions intercepteurs Re.2000 Heja pour l'armée hongroise commence. En juin et , les premiers prototypes Reggiane Re.2001 (MM 409) et Reggiane Re.2002 (MM 454), volent, pilotés par le commandant Mario De Bernardi. Le la Svenska flygvapnet (KSF), l'Armée de l'air suédoise, passe commande de 60 exemplaires du Reggiane Re.2000 qui sont livrés en 1941 et 1942.
En , la production des avions intercepteurs RE.2000 pour l'armée suédoise KSF débute. Le , le premier exemplaire de la version Re.2000.Cat catapultable est testé par la Marine Royale Italienne. En , la Royal Air Force suédoise (KSF) veut passer une commande importante de plusieurs centaines d'appareils Reggiane Re.2001, mais, en raison de l'état de guerre et des besoins prioritaires de l'aviation italienne, la commande est refusée. L'effectif global de Reggiane atteint les salariés.
En 1942, l'étude des nouveaux moteurs en ligne Re.105 RC.100 et Re.103 RC.50 est lancée. Aucun d'eux ne sera fabriqué en grande série. La société hongroise MAVAG qui fabrique les avions Reggiane Re.2000 sous licence italienne, livre la première série d'avions baptisés localement Héja II. En septembre et , la version Re.2001.OR pour armer les porte-avions de la Marine italienne est testée.
Le , le premier vol de nuit du chasseur Re.2001.CN (MM 08075) est concluant et permet le démarrage de la production de l'avion en série.
Le est le jour noir de la tuerie des salariés Reggiane. Neuf ouvriers, dont une femme enceinte, sont tués. Les ouvriers avaient organisé, au mépris des dispositions très strictes imposées par le général Badoglio - qui avait interdit les rassemblements de plus de trois personnes - une manifestation pour réclamer la fin de la guerre. Plusieurs milliers d'ouvriers passent les portes de l'usine quand un bataillon de bersagliers ouvre le feu sur eux. L'explication est encore floue : il semble que l'officier ait entendu des coups de feu (peut-être les gardiens de sécurité de l'usine) et a perdu le contrôle de la situation. L'automne 1943 présente un tournant négatif pour Reggiane. Les autorités allemandes nazies d'occupation décident l'arrêt immédiat de toutes les activités liées à l'aviation pour se concentrer sur la production du Re.2002 qui redoubler pour être livrés d'urgence à la Luftwaffe.
Les 7 et , les usines Reggiane de Reggio d'Émilie sont entièrement détruites par deux bombardements ciblés de l'aviation alliée. Les machines qui ont pu être récupérées sont stockées près de Reggio d'Émilie et dans d'autres villes du nord de l'Italie. Pour fuir les bombardements alliés dont l'intensité augmentait sérieusement, la production est décentralisée dans de nombreuses usines du nord de l'Italie à Vicence, Torbole, Gavirate Cocquio, Besozzo et Gemonio.
Compte tenu de l'occupation nazie et après l'arrêt des études de conception et le développement de nouveaux avions, Reggiane se prépare à l'après-guerre en programmant la conversion de son outil de production pour la fabrication d'avions civils. La société lance le projet, mais jamais concrétisé, de l'hydravion Reggiane Ca.8000 capable d'assurer des vols transatlantiques.
À partir du mois de , la production reprend dans les ateliers décentralisés, avec moult difficultés. Ce sont surtout des fabrications pour les sociétés allemandes : Messerschmitt AG, BMW qui voulaient notamment les moteurs Reggiane P.VII et P.XIbis, Daimler-Benz DB 605 en collaboration avec Piaggio Aero, Isotta Fraschini et Alfa Romeo Aereo. De plus, la Luftwaffe avait commandé 300 avions Reggiane Re.2002 et en faisait assurer la maintenance et les réparations directement à l'usine.
En , tout l'outillage et les matériels sont réquisitionnés par l'armée nazie et transférés en Allemagne. Une trentaine d'ingénieurs sont déportés afin d'apporter le service d'assistance et de maintenance des avions Reggiane Re.2002 utilisés par la Luftwaffe. Le chiffre d'affaires du secteur aéronautique de l'année 1944, en forte baisse, ne représente plus que 40 % du total. L'effectif de la société est tombé à salariés.
Le , le directeur d'« Officine Reggiane », l'ingénieur Arnaldo Vischi, malgré la confirmation à son poste par le Comité de libération nationale, est assassiné par un commando des ex-partisans communistes et anciens salariés de Reggiane. À la suite des destructions de la guerre et des conditions de paix imposées à l'Italie par les alliés, la division aéronautique de Reggiane cesse toute activité. Le nouveau directeur général Antonio Alessio établit un plan d'urgence pour la survie de la société en se consacrant sur les productions de matériels ferroviaires et de machines agricoles. Le 20 juillet 1937, l'ancien directeur de Reggiane avait fondé la société MAP (Macchine agricole Predappio), qui a été chargée de fabriquer le tracteur R.50 à chenilles de 50 Ch. Ce tracteur, entièrement nouveau aurait dû être lancé en 1939 mais la fabrication n'a jamais été lancée. Il se servit de cette première expérience (malheureuse) pour relancer l'étude d'un nouveau tracteur baptisé R.60 également à chenilles. La production est lancée le 27 mai 1951 par les ouvriers en grève qui occupaient de l'usine. Il n'a été produit qu'à 3 exemplaires.