Labbaye Saint-Martin de Sées est une abbaye bénédictine située à Sées (anciennement Séez) dans le département de l'Orne.
Histoire La fondation L'abbaye de Saint-Martin de Sées (Séez), Sanctus Martinus Sagiensis, de l'ordre de Saint-Benoît, a été bâtie au temps de saint Évroult dans un faubourg de la ville. Le lien est étroit entre l'abbaye de Saint-Évroult et ses maisons filles, détruites par les invasions normandes. La première fondation de Saint-Évroult, un monastère épiscopal., a suscité celle de Saint-Martin de Sées ; la restauration de l'une entraîne celle de l'autre, ces deux foyers de vie monastique étant unis.
En 1050, l'année de la restauration du monastère pré-normand de Saint-Évroult, celle de Saint-Martin est entreprise par Roger II de Montgommery, vicomte d'Hiémois (ou d'Exmes), marié à Mabile de Bellême, fille de Guillaume II Talvas de Bellême (l'évêque de Séez étant le frère de Talvas). Roger de Montgommery et Mabile de Bellême donnent un riche apanage autour de Sées, l'église d'Aunou-sur-Orne, la dîme du moulin de Macé, les impôts de Sées. Ils donnent le monastère à Thierry de Mathonville, depuis abbé de Saint-Évroult, qui envoie un de ses moines, Roger, avec deux moines laïcs et plusieurs serviteurs. Mais, les constructions sont rasées par Quillaume Soreng et la reconstruction est achevée en 1056.
En 1060, Roger de Montgommery, Robert et Osmelin de Say et Picot donnent l'église et la dîme des moulins de la Roche-Mabile, une ferme avec un moulin, un bois, une terre, l'église de la Ferrière-Bochard, tout ce que Roger possède dans la région, des oblats, une maison, un jardin, de terre, deux moulins, les droits de pêche et la dîme d'Urou.
En 1061, la charte de fondation est confirmée par Guillaume, duc de NormandieL. P. Hommey : Histoire ecclésiastique et civile du diocèse de Seez, pages : 84-88., Gallia christiana, tome 11, page : 714.
En 1094, le prieuré bénédictin de Lancaster en Angleterre fut établi comme maison fille de l'abbaye par Roger le Paitevin, fils de Roger de Montgomery William Oliver Roper. 1892. Materials for the History of the Church of Lancaster. Vol 1. The Chetham Society: Manchester. 8-12..
Le développement
Sous les deux premiers abbés, Roger et Raoul d'Escures, l'abbaye étend ses possessions jusqu'aux églises de Pembroke et de Lancastre en Angleterre. Raoul devient évêque de Rochester et archevêque de CantorbéryAbbé Guesdon : L'abbé de Fontenay, vicaire général et supérieur du grand séminaire de Seez, page XXXIV..
Vers 1130, l'évêque Michel de Tarragone donne le prieuré espagnol de Sainte-Croix-de-Tudèle, confirmé en 1159 par le pape Véronique Gazeau, Normannia monastica : Prosopographie des abbés bénédictins (), Publications du CRAHM, Caen, 2007, .. Vers 1185, l'abbaye accueille le roi . En 1139, Guillaume, comte de Ponthieu et d'Alençon, confirme les dons et donne deux foires, les droits sur un moulin et des droits forestiers, les moulins d'Essai et de Merlerault.
En 1248, le pape confirme les possessions dont les églises de Cerisé et Valframbert, une chapelle à Alençon, des dîmes, la chapelle du Gast avec ses dépendancesL.P. Hommey : Histoire..., page : 92.. Le , le roi Saint Louis vient vénérer les reliques de l'abbaye.
En 1255, Eudes Rigaud, archevêque de Rouen, visite le monastère en présence de l'évêque et y trouve vingt-quatre religieux. Lors de sa deuxième visite en 1260, ils sont trente-trois religieux, l'abbaye possédant vingt-neuf églisesT. Bonnin : Journal des visites pastorales d'Eude Rigaud, pages : 235 et 372..
Vers 1300, est érigé à Alençon l'échiquier dont l'abbé est conseiller. En 1353, la nef de l'église est détruite par les AnglaisAbbé Guesdon : L'abbé de Fontenay..., page XXXV..
, duc d'Alençon et comte du Perche, tué à la bataille d'Azincourt en 1415, est inhumé dans l'abbayeMurielle Gaude-Ferragu, D'or et de cendres : la mort et les funérailles des princes dans le royaume de France au bas Moyen Âge, Presses Universitaires du Septentrion, Villeneuve-d'Ascq, 2005, 395 p., 35..
Aux , le monastère souffre de la guerre de Cent Ans. Ce dernier est rançonné, ses possessions envahies et ruinées. L'église de l'abbaye est souillée par les paysans qui y cherchent asile. Elle est reconsacrée en 1431L. P. Hommey : Histoire..., page 92..
La réforme de Chezal-Benoît En 1506, la discipline s'est affaiblie dans l'abbaye lorsque celle-ci tombe en commende entre les mains du cardinal Philippe de Luxembourg, évêque du Mans, qui rétablit l'ordre. En 1511, ce dernier favorise la réforme de Chezal-Benoît qui pénètre dans le monastère avec l'appui du roi et du pape . Jean des Bans est nommé abbé pour trois ans, puis les moines élisent leurs abbés tous les trois ans. En 1533, l'abbé Jean des Bans renouvelle une alliance avec les Chartreux du Val-Dieu. En 1535, l'abbé souffre des projets de mise en commende du cardinal du Bellay, évêque du Mans. Mais, en 1541, l'abbé Brémont du Pont s'allie avec le roi de France et le pape pour déjouer les projets du cardinal.
En 1556, sous l'abbé Denis du Boiscellier, l'abbaye est pillée par les protestants, l'amiral Gaspard de Coligny dépouille le monastère de toutes ses richesses. Gabriel de Lorges, sire de Montgommery brûle une partie des bâtiments que reconstruit l'abbé du Pont avec le secours du duc François d'Alençon, frère de . Le chevalier d’Angoulême, bâtard d', grand prieur de France tient l'abbaye en commende pendant l'abbatiat régulier de Bourdes.
En 1580, l'abbé Odio renouvelle les stalles de l'église, le grand autel, les peintures et l'horlogeL. P. Hommey : Histoire..., page : 396-397..
La congrégation de Saint-Maur En 1636, l'abbaye adopte la réforme de saint Maur. Le , Bétholard est le premier abbé de la congrégation de Saint-Maur. Il fait la paix avec les moines de Chézal-Benoît et rétablit en peu de temps la discipline.
Quand la congrégation reprend l'abbaye, son revenu est de et les dépenses sont composées de au cardinal de Richelieu, par an pour chacun des vingt-cinq religieux de Chézal-Benoît, par an pour un frère convers, de redevances, pour les réparations, pour les aumônes. Les charges dépassent de plus de les revenus sans parler de la subsistance de seize religieux de chœur, trois convers et deux serviteurs installés par la congrégationManuscrit (gallica) : Registre sur l'abbaye de Saint-Martin de Seez, page : 194..
Pirou, visiteur de la congrégation, s'occupe de restaurer l'église jusqu'à sa mort en 1645. Le , l'abbé de Rancé, réformateur de la Trappe, y reçoit la consécration abbatiale.
En 1704 est construit l'édifice moderne sur le plan de l'abbaye bénédictine Saint-Étienne de Caen. En 1763, le roi donne le monastère en commende à Louis Étienne de Foy, chanoine de Meaux.
L'abbaye donne quatre supérieurs généraux à la congrégation dont Claude du Pré et O. Boudier. Elle reste riche mais la mise en commende engendre un relâchement et une diminution des vocations. Il ne reste plus que huit religieux à la Révolution et elle est vendue comme bien nationalAbbé Gesdon : L'abbé de Fontenay…, pages XXXVIII-XXXXIX L. P. Hommey, Histoire…, page : 398..
La manufacture Vendue comme bien national le , l'abbaye est revendue le à François Richard-Lenoir et Joseph Lenoir-Dufresne pour Abbé Gesdon : L'abbé de Fontenay…, pageXL.. Elle devient une manufacture prospère qui emploie jusqu'à Journal des savants, 1963, ., avec cent machines mule-jenny et plus de deux cents métiers.. En 1810, la filature avec emploie et le tissage avec , P. C. Maurey d'Orville, Recherches historiques…, ..
François Richard, qui prend le nom de Richard-Lenoir à la mort de Joseph Lenoir-Dufresne et qui avec les encouragements de Napoléon possède en 1808 trente-neuf établissements, prend soin de ses employés. À Sées, tous, garçons et filles, portent un uniforme payé par Richard-Lenoir, reçoivent des leçons de lecture, écriture, calcul, musique, les ouvriers adultes ont des billards et il a l'idée de construire une salle de spectacle. Mais ses affaires périclitent et il meurt pauvre le A. Ernouf : Histoire de trois ouvriers français, ..
Le grand séminaire Après la faillite de Richard-Lenoir, l'abbaye est achetée par qui la revend en 1822 au banquier Laffitte qui la met en vente en 1834. Il la cède à l'évêché pour avec des intérêts de 4 % jusqu'à l'entier paiementAbbé Guesdon, L'abbé de Fontenay…, page : XLI.. La belle prairie entre le parc et la rivière de l'Orne est vendue . Le ministère des Cultes accorde .
En , s'installe à l'abbaye avec ses séminaristes. Chaque étage forme une grande pièce dont on fait des dortoirs, une cellule est convertie en chapelle et les directeurs sont logés dans les pièces intactesL.P. Hommey : Histoire…, pages : 341-342. Le bâtiment principal et ses deux pavillons (façades et toitures), le logis de l’abbé (façades et toitures), la porterie (façades et toitures), ainsi que le grand escalier à l'intérieur du bâtiment principal et les vestiges romans compris dans ce bâtiment font l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le . L'ensemble du jardin, quant à lui, fait l’objet d’une inscription au titre des monuments historiques depuis le ..
En raison de la loi de séparation des Églises et de l'État, le grand séminaire dut déménager. Refusant l'inventaire stipulé par la loi, les séminaristes et directeurs furent chassés par la force publique le .. L'abbaye fut ensuite octroyée à l'hôtel-Dieu, hôpital de Sées. Elle servit d’infirmerie pendant la guerre 1914-1918 puis de centre de rééducation après la guerre.
L'assurance maladie En 1936, la mairie de Sées qui avait la tutelle de l'hôpital, décida de vendre l'ancienne abbaye aux assurances maladie d’Île-de-France. De nouveaux bâtiments furent progressivement construits jusqu'en 1970, au début pour faire un sanatorium, préventorium et aérium. Le centre accueillit par la suite des colonies de vacances et un institut de rééducation. Entre 2005 et 2014, les bâtiments de l'abbaye ont abrité l'Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique : la Rosace. de l'UGECAM (Union générale des caisses d'assurance maladie de Normandie) s'occupant en particulier des troubles de la conduite et du comportement..
Nouveau destin ? En 2014, l'ITEP s'est installé dans ses nouveaux locaux, au rue Saint-Martin à Sées. En conséquence, l'UGECAM a mis l'ancienne abbaye en vente. Une association, les Amis de l'abbaye Saint-Martin de Sées., s'est constituée dès 2012 afin de trouver un nouvel usage à ce patrimoine majeur de la ville de Sées ; l'idée principale étant de créer un centre de formation et un musée Nicolas-Jacques Conté. Ce dernier, peintre, inventeur du crayon constitué d'une mine de graphite et d'argile insérée dans un corps en bois de cèdre fut également cofondateur du Conservatoire national des arts et métiers. Les collectivités locales et institutions compétentes ne s'étant pas déclarées favorables à ce projet, l'abbaye Saint-Martin de Sées a été achetée en par un Australien d'origine turque qui, à ce jour, n'a pas souhaité communiquer sur l'usage qu'il compte faire de cette ancienne abbaye.
La bibliothèque L'abbaye possédait une riche bibliothèque et de précieux manuscrits dont une bible du portée au Concile de Trente par Pierre Duval, alors évêque de Séez. Une trentaine de manuscrits issus de cette abbaye font partie des archives historiques du diocèse de Séez.
La bibliothèque municipale d'Alençon en possède quelques exemplaires portant sur l'histoire de la liturgie, des commentaires de la Bible, des homélies ou des fragments des Pères de l'ÉgliseLéon de La Sicotière, Le département de l'Orne archéologique et pittoresque, page : 13. Certains manuscrits comportent de très belles enluminures. Cotes à la bibliothèque municipale d'Alençon : ms 0071, 0124, 0634, 0635, 0636, 0639, 0641, 0642, 0644, 0647, 0648Base enluminures du Ministère de la Culture (enluminures numérisées)..