150px|vignette|Un clap aux couleurs du drapeau roumain. Le cinéma roumain a une longue histoire. Les cinéphiles du monde entier ont entendu parler du cinéma roumain au milieu des années 2000 grâce au succès de ses films en festival (Palme d'or en 2007 pour 4 Mois, 3 semaines, 2 jours) mais c'est encore en 2010 le pays avec le taux de fréquentation le plus faible d’Europe et sa production cinématographique avait presque disparu. La période communiste avait permis à l'industrie cinématographique de se développer de manière relativement importante, bien qu'entièrement sous contrôle mais celle-ci a chuté drastiquement après la fin du régime. La production semble redémarrer depuis le début du millénaire, notamment grâce à des coproductions étrangères et à l'accueil de tournages étrangers. La distribution fait à présent la part belle aux films hollywoodiens et l'apparition de multiplexes a arrêté la chute de la fréquentation.

Malgré le récent succès de certaines de ses productions en festivals, il n’y a pas à l’heure actuelle de réelle spécificité roumaine quand on analyse l’évolution de son industrie.

De la faible économie des origines au cinéma de propagande (1911-1989) L’industrie cinématographique roumaine jusqu’en 1948 Les origines et le cinéma muet thumb|upright=0.8|Cristian Mungiu, cinéaste roumain, lauréat de la Palme d'or au festival de Cannes en 2007 pour le film 4 Mois, 3 semaines, 2 jours. Comme pour une grande partie du cinéma des premiers temps dans le monde, il nous reste très peu des premières bobines de films roumains. Depuis 1965 L’Arhiva Națională de Filme (A.N.F. : « Archives nationales de film ») est chargée de sauvegarder et de reconstruire l'histoire des commencements du cinéma roumain. Parallèlement, la publication de mémoires et la recherche privée entreprise par de grands passionnés de cinéma, tels que les critiques Ion Cantacuzino et Tudor Caranfil, avec les réalisateurs Jean Mihail et Jean Georgescu nous éclairent sur cette période.

La première projection cinématographique de Roumanie a eu lieu le , avec la présentation de films des frères Lumière, dans les locaux du journal français L'indépendance roumaine, à Bucarest. Le photographe français Paul Menu réalise en 1902 les premières actualités cinématographiques, filmées à Bucarest et à Galați avec un appareil Lumière. Il vend finalement son appareil à un docteur roumain : Gheorghe Marinescu qui sera ainsi le premier au monde à réaliser des films scientifiques. Mais ce n’est qu’en 1911, que fut produit le premier film de fiction : . En 1912, une plus grosse production voit le jour : (Independenţa României). Ce film est une reconstitution, comme son titre l’indique, de la guerre d’indépendance roumaine et il reçoit le soutien matériel du gouvernement. L’État roumain ne mène pas pour autant une politique en faveur du cinéma et il n’est à l’origine d’aucun film à cette époque. Les films sont financés par des amateurs de l’art naissant qui ne considèrent pas l’existence d’un studio comme une chose nécessaire à son développement. L’un des producteurs d’Independența României, , déclare ainsi dans une interview donnée au magazine Rampa publié le :

Le studio français Pathé produit à cette période quelques films qui ne sont qu’en partie roumains. On y voit des acteurs roumains médiocres qui jouent devant des images provenant de films français. En réaction à ces films Leon Popescu crée en 1913 la société : Film de artă Leon Popescu qui parvient à sortir plusieurs films sur le marché et qui fusionne finalement avec une autre société : Cipeto. Pendant la Première Guerre mondiale la production se tourne vers des films documentaires ou d’actualité et malgré la défaite, le peu de matériel roumain est conservé à l’intérieur des frontières du pays. La fin de la guerre ne marque pas pour autant une augmentation de la production car Leon Popescu qui était l’une des rares personnes à produire des films, meurt en 1918.

La Roumanie compte alors 250 salles de cinéma, et cela est trop peu à cette époque pour qu’un film produit dans des « conditions normales » soit rentabilisé par sa sortie dans le pays. De plus, aucune politique en faveur de la production cinématographique n’est menée par la démocratie parlementaire de l’entre deux guerres, au contraire. Il existe en effet une taxe sur chaque projection et à un moment près des 2/3 du prix du billet vont dans les caisses de l’État. La production s’organise donc parfois de manière coopérative, presque amateur puisque les équipes (techniciens comme acteurs) ne sont pas rémunérées. Jean Mihail réalisa plusieurs films de cette manière dans les années 1920. D’autres fois le film se fait grâce à l’argent d’un riche particulier comme ce fut le cas pour Lia (1927) de ce même Jean Mihail. L’absence de studio et d’équipement lumière suffisant oblige parfois les équipes à reconstruire les décors en extérieur pour utiliser la lumière du jour. On ne tourne souvent qu’une seule prise par plan car la pellicule coûte cher. La production des années 1920 oscille entre 5 et 10 films par an et la majorité des films distribués sont d’origine étrangère.

L’arrivée du cinéma sonore

C’est avec l’arrivée du parlant que le cinéma roumain connaît ses premiers véritables succès auprès du public grâce à des comiques populaires tel que avec le film Visul lui Tănase (le rêve de Tanase) en 1932, ou le duo Stroe et Vasilescu, qui interprète la comédie musicale Bing-Bang (1935). Un cinéaste français, Camille de Morlhon tourne en Roumanie, Roumanie, terre d'amour en 1929 (Production Gaumont) , qui sera sonorisé en français et roumain pour sortir en salles l'année suivante. Cependant, le son est un coût supplémentaire pour les productions et le nombre de films baisse chaque année.

C’est pourtant en 1934 que, découvrant le pouvoir de propagande du « septième art », le gouvernement fait passer une loi instaurant un fonds de soutien au cinéma. Une taxe prélève alors 1 leu par ticket et 10 lei par mètre de film étranger importé dans le pays. Cette taxe va permettre un premier développement de l’industrie que la Seconde Guerre mondiale ralentira fortement. L’État crée en 1937 en partenariat avec un entrepreneur privé un laboratoire nommé Ciro Film, à côté duquel est construit un grand hangar qui sert de studio. L’Oficiul Național Cinematografic (O.N.C) chargé de la production d’actualités et de documentaires est également créé à cette époque. L’O.N.C dispose d’un véritable studio mais ne produit qu’un film à cause du début de la guerre en Europe.

Le cinéma sous le régime communiste (1948-1990) Une filière entièrement sous contrôle

La République populaire de Roumanie est proclamée le , le jour même de l’abdication du roi Michel et de son départ forcé par les soviétiques. Le régime communiste donne rapidement une nouvelle tournure à ce que Lénine considérait comme le plus important des arts. Le , le décret 303 régule toute la filière et instaure la nationalisation de l’industrie. Tout ce qui concerne le cinéma va être progressivement mis sous le contrôle d’une entité unique en relation directe avec l’État. L’aboutissement de cette politique de centralisation est atteint avec la création en 1971 de la Centrala România-Film qui contrôle directement : la production des films, les studios de Buftea, ceux de Sahia (production documentaire), la Cinémathèque, la distribution intérieur du pays, l’exportation des films roumains, ainsi que tout le réseau d’exploitation du pays.

Le cinéma devient, comme généralement dans les pays socialistes, une industrie centralisée et étatisée, dont les productions doivent correspondent à des cadres définis selon des critères idéologiques, pédagogiques, ou encore de propagande. Les actualités, les documentaires et les fictions doivent éduquer le peuple et former l’homme nouveau. L’Institutul de artă cinematografică (ensuite nommée MATC), la seule école du pays, a pour mission de former techniquement comme idéologiquement les futurs employés du cinéma (acteurs, réalisateurs, chef opérateurs, etc.). Des commissaires culturels qui n’ont la plupart du temps aucun lien avec le cinéma ou même la culture sont chargés de contrôler chaque étape de la production. Pour sortir un film national dans la Roumanie de Ceaușescu, il faut ainsi passer plusieurs étapes de contrôle. Tout d’abord, le scénario du film doit être présenté à la maison du film où il est discuté et remanié. Il passe ensuite à la commission du conseil de la culture composée de vingt personnes issues aussi bien de la culture, que de l’armée, ou des finances. Celle-ci amène ses propres modifications et autorise le début du tournage en conservant cependant la possibilité de le suspendre à tout moment. Une fois le film terminé, celui-ci doit être validé par deux commissions successives, parfois trois. Enfin la section culturelle du comité central du parti peut refuser pour tout motif de signer l’autorisation de sortie. Le film Falaise de sable s’est ainsi vu retiré des salles après moins d’une semaine d’exploitation parce que Ceaușescu en personne estimait qu’il dénaturait la réalité du monde ouvrier.

Tous ces contrôles font que les auteurs roumains décident la plupart du temps d’adapter des livres qui ont déjà été validés par le régime. Un certain nombre de films historiques sont également commandés par les communistes. Le cinéma suit donc une forme de standardisation impliquée par la censure. Un exemple de cette standardisation nous est donné par le choix des acteurs : le héros est généralement un ouvrier musclé au regard déterminé et les personnages de l’aristocratie sont toujours joués par des acteurs gros. Enfin, le régime accorde également une grande importance aux documentaires et aux films éducatifs.

Les moyens de production

Au moment de la nationalisation le matériel technique existant était constitué principalement du studio de Mogoșoaia et de son laboratoire de pellicule. Le studio comprenait un plateau de , plusieurs salles de projection, et un studio de son. Le laboratoire était équipé pour le 35 mm noir et blanc et était utilisé pour toute la production nationale ainsi que pour le tirage de copies de films étrangers. Les communistes décident de fonder un nouveau centre de production à Buftea et la construction d’un nouveau studio commence en 1950 et est terminé en 1959. C’est le Centrul de producție cinematografică Buftea (C.P.C), dit « la nouvelle Cinecitta », qui correspond de nos jours aux studios de MediaPro. Jusqu’à personnes y travaillent en période de plein régime, le complexe est à cette époque au niveau technique des studios d’Europe de l’Ouest et il gagne une certaine aura dans le monde soviétique. Les communistes agrandissent également un complexe à Floreasca qu’ils mettent sous contrôle de la télévision à partir de 1956. Ce complexe est techniquement complètement autonome et possède son propre laboratoire de développement noir et blanc et couleur (procédé Fuji puis Orvo de la RDA). Enfin, le studio de Sahia est réservé à la production de documentaires.

Le laboratoire Intreprinderea de Stat Tehnocin est fondé en 1950 pour les besoins supplémentaires en copie de film (pour la distribution principalement). Il est fusionné en 1959 avec Industria Optică Română où sont construits les projecteurs et , le matériel son des salles de cinéma, les projecteurs lumière, les dollies, etc. Il y a donc un intérêt manifeste du régime pour la production cinématographique. Il fonde une véritable industrie qui n’existait pas auparavant. Les recettes générées sont (en théorie) immédiatement réinjectées dans la production de films et le nombre de films produits croît. Finalement, ce sont vingt à trente films roumains qui sortent chaque année dans les années 1970 et 1980.

La distribution et l’exploitation des films