thumb|upright=1.5|La Ronde de nuit (1642), de Rembrandt.
L'âge d'or de la peinture néerlandaise est la peinture des Pays-Bas durant le siècle d'or néerlandais, une période de l'histoire de ce pays qui correspond à peu près au . Les Provinces-Unies forment alors la nation la plus prospère d'Europe et dominent le commerce, l'art et la science du continent. Les provinces ayant constitué ce nouvel État sont des centres artistiques moins importants que les villes de Flandre, mais les bouleversements et les migrations de populations dus à la guerre de Quatre-Vingts Ans, ainsi que la rupture avec les traditions culturelles monarchiste et catholique, font que l'art néerlandais a besoin de se réinventer entièrement, une tâche qu'il accomplit avec succès.
Bien que la peinture néerlandaise de l'âge d'or soit contemporaine de la peinture baroque flamande, et partage plusieurs de ses caractéristiques, elle est en grande partie dépourvue de l'idéalisation et de l'amour de la splendeur typiques de l'art baroque, qui inclut la peinture flamande de Pierre Paul Rubens, Antoine van Dyck et Jacob Jordaens. La plupart des œuvres néerlandaises de cette période se situent dans le prolongement de la tradition réaliste héritée de l'art primitif flamand. Un signe distinctif de cette période est la prolifération de divers genres picturaux, la majorité des artistes se spécialisant dans un genre en particulier. La période se situant entre la fin des années 1620 et l'invasion française de 1672 est considérée comme étant le cœur de l'âge d'or de la peinture néerlandaise.
Différents genres de peinture thumb|left|La Bohémienne (v. 1628/1630), tronie de Frans Hals, sous-genre typiquement néerlandais incluant des éléments du portrait, de la scène de genre et parfois de la peinture historique.
L'un des traits marquants de cette période, comparée à la période précédente, est le faible nombre de peintures religieuses. En effet, le calvinisme néerlandais interdit les peintures religieuses dans les églises et, bien que les sujets bibliques soient tolérés au sein des édifices privés, très peu sont réalisés. Les autres genres traditionnels que sont la peinture d'histoire et le portrait sont présents, mais l'âge d'or néerlandais est surtout remarquable pour sa très grande variété dans les autres genres, eux-mêmes subdivisés en de nombreuses catégories spécifiques, telles que les scènes de la vie paysanne, les vues urbaines, les paysages avec des animaux, les scènes de batailles maritimes, et des natures mortes de différents types. Le développement de la plupart de ces genres de peintures a été influencé de façon décisive par les artistes néerlandais du .
La théorie de la hiérarchie des genres dans la peinture, par laquelle certains types de peintures sont considérés comme plus prestigieux que d'autres, a conduit un certain nombre de peintres à vouloir produire des peintures d'histoire. Toutefois, ces peintures étaient les plus difficiles à vendre, même Rembrandt en a fait l'expérience. Beaucoup de peintres étaient donc contraints de réaliser des portraits ou des scènes de genre, qui se vendaient plus aisément. En ordre décroissant de statut, les catégories de cette hiérarchie étaient :
thumb| Le Taureau (1647), de Paulus Potter, peinture animalière monumentale qui défie la hiérarchie des genres.
la peinture d'histoire, incluant les allégories et la peinture religieuse. le portrait, incluant le tronie. la peinture de genre, ou scènes de la vie quotidienne. les paysages, comprenant les marines, la peinture animalière, les scènes de batailles, les vues urbaines et les ruines. la nature morte.
Les peintres néerlandais de l'âge d'or se sont concentrés en très grandes parties sur les catégories les moins prestigieuses, sans rejeter pour autant le concept de hiérarchie. La plupart des toiles sont de dimensions relativement modestes, le seul type de peintures de grandes dimensions étant les portraits de groupe. La peinture murale n'existe quasiment pas car, quand l'espace mural d'un édifice public nécessite d'être décoré, une toile encadrée adaptée est généralement utilisée. Pour une plus grande précision sur une surface dure, beaucoup d'artistes continuent d'employer des panneaux en bois, même après que le reste de l'Europe occidentale les ont abandonnés, alors que d'autres utilisent des plats en cuivre, en recyclant principalement des plats utilisés pour les estampes. Le nombre de toiles provenant de l'âge d'or néerlandais a été réduit de façon notable par les peintres des siècles suivants qui en ont utilisé un grand nombre pour réaliser leurs propres peintures par-dessus, car elles étaient meilleur marché qu'une toile et un cadre neufs. Il y a très peu de sculptures réalisées durant cette période, on en trouve principalement dans les monuments funéraires et les édifices publics, car on leur préfère alors l'argenterie et les céramiques en tant que décorations pour les habitations privées. Les carreaux décorés en faïences de Delft sont peu coûteux et très répandus, bien que rarement de très bonne qualité, et, en dehors de cette exception, les plus grands efforts des artistes néerlandais sont produits dans les domaines de la peinture et de l'estampe.
Le milieu artistique thumb|left|L'Astronome (1668), de Johannes Vermeer.
Une énorme quantité d'œuvres d'art est produite durant l'âge d'or, et un grand nombre de peintures sont vendues dans de grandes foires organisées spécialement. Il a été estimé que plus de peintures ont été réalisées durant la période entre 1640 et 1660. Seulement 1 % de ces toiles existent toujours au début du et, . L'énorme volume de toiles produites signifie que les prix étaient relativement bas, sauf pour les œuvres des artistes les plus connus, mais il y a eu dans les siècles suivants une élévation rapide des prix concernant les peintures des artistes les plus à la mode.
Les peintres qui ne bénéficiaient pas d'une grande réputation, ou démodés, tels que Johannes Vermeer, Frans Hals ou Rembrandt dans ses dernières années, ont eu beaucoup de difficultés à vivre de leur art et plusieurs sont morts dans la pauvreté, même s'ils sont désormais considérés comme faisant partie des plus grands. Beaucoup de peintres avaient un autre travail ou ont abandonné l'art afin de subvenir à leurs besoins.
L'invasion française de 1672 entraîna une sévère dépression dans le marché de l'art, qui ne s'en remis pas. La diffusion des peintures est très large, et un voyageur anglais note en 1640 que . Il y a pour la première fois dans l'histoire beaucoup de marchands d'art professionnels, et plusieurs d'entre eux, comme Johannes Vermeer et son père, Jan van Goyen et Willem Kalf, sont également des artistes importants. Les paysages sont les œuvres non commissionnées les plus faciles à vendre.
thumb|upright=1.2|Paysage de rivière (1652), de Jan van Goyen.
La technique des artistes néerlandais est généralement excellente, et la plupart d'entre eux suivent la vieille méthode médiévale d'apprentissage auprès d'un maître. Les ateliers sont plus petits qu'en Flandre et en Italie, avec seulement un ou deux apprentis étudiant à la fois, leur nombre étant souvent restreint par les règlements des guildes. L'agitation régnant durant les premières années d'existence des Provinces-Unies, avec un nombre important d'artistes venant des Pays-Bas espagnols et la perte de marchés traditionnels tels qu'un travail pour la cour ou pour l'église, conduit à la résurgence de guildes artistiques, souvent appelées guildes de Saint-Luc. Dans bien des cas, celles-ci impliquent des artistes se dégageant eux-mêmes de groupements médiévaux où ils partageaient une guilde avec plusieurs autres commerces. Quelques nouvelles guildes sont créées pendant cette période : à Amsterdam en 1579, Haarlem en 1590, Gouda, Rotterdam, Utrecht et Delft entre 1609 et 1611. Les autorités municipales de Leyde se méfient des guildes et n'en autorisent pas avant 1648, tandis qu'à La Haye, des peintres peu satisfaits par la guilde de Saint-Luc locale créent leur propre organisation en 1656. Plus tard dans le siècle, il devient évident à de nombreux artistes que la vieille idée d'une guilde contrôlant à la fois la formation et les ventes ne fonctionne plus, et les guildes sont peu à peu remplacées par des académies qui se focalisent sur la formation de nouveaux artistes. À l'exception des portraits, la plupart des peintures néerlandaises sont réalisées sans commande spécifique, ce qui était alors la norme dans les autres pays, le marché de l'art néerlandais étant un précurseur dans ce domaine comme dans nombre d'autres.
Il y a plusieurs dynasties d'artistes, et nombre d'entre eux se marient avec la fille de leur maître ou d'autres artistes. Beaucoup de peintres sont originaires de familles aisées qui paient pour leur apprentissage, et Rembrandt et Jan Steen ont tous deux été inscrits à l'université de Leyde pendant un temps. Plusieurs villes ont des styles et des sujets de peintures bien distincts, et Amsterdam est le plus grand centre artistique du pays, en raison de la grande prospérité de la ville. Des villes comme Haarlem et Utrecht sont plus importantes dans la première moitié du siècle, tandis que d'autres villes, comme Leyde, émergent après 1648 et qu'Amsterdam attire progressivement de plus en plus d'artistes.
thumb|left|upright=0.8|Nature morte (1660), de Willem Kalf.
Les artistes néerlandais sont beaucoup moins préoccupés par la théorie artistique que ceux de beaucoup d'autres nations, et sont moins enclins à discuter de leur art. Les milieux intellectuels et le grand public sont également beaucoup moins intéressés par la théorie artistique qu'en Italie à la même époque. Presque toutes les commandes et les ventes sont privées, et les bourgeois sont moins bien documentés qu'ailleurs. Mais l'art néerlandais est une source de fierté nationale et les biographes majeurs sont une source précieuse d'informations. Parmi eux, Carel van Mander, dont Le Livre des peintres (1604) traite essentiellement du siècle précédent, et Arnold Houbraken (Le Grand Théâtre des artistes et peintres néerlandais, 1718–1721). Tous les deux ont suivi l'exemple de Giorgio Vasari, et l'ont même dépassé, en incluant un grand nombre de biographies d'artistes, plus de 500 dans l'ouvrage de Houbraken, et sont généralement considérés comme fidèles dans leur relation des faits. L'artiste allemand Joachim von Sandrart a travaillé plusieurs années aux Pays-Bas, et son Deutsche Akademie traite de beaucoup d'artistes néerlandais qu'il a connu. Le maître d'Houbraken, et l'élève de Rembrandt, était Samuel van Hoogstraten, dont l'ouvrage Introduction à l'école supérieure de la peinture (1678) est plus critique que biographique et compte parmi les plus importants traités picturaux de cette période. Comme d'autres travaux néerlandais sur la théorie artistique, ces ouvrages exposent beaucoup de lieux communs de la Renaissance et ne reflètent pas entièrement l'art néerlandais de cette époque car ils se concentrent souvent sur la peinture d'histoire.
La peinture d'histoire thumb|upright=1.2|L'Incrédulité de saint Thomas (1621-1623), de Hendrick ter Brugghen.