Dans les Pays-Bas méridionaux, le est la plus haute distinction pour une troupe de théâtre amateur. Il trouve son origine historique dans les concours entre les chambres de rhétorique de différentes villes des anciens Pays-Bas. vignette|droite|300px|Image I - Ce tableau, peint en 1899 par Edgard Farasyn (1858-1938) pour la salle des pas-perdus de l'hôtel de ville d'Anvers, est une représentation fantasmée du cortège de la chambre de rhétorique , lauréat du grand prix du de 1539 à Gand.
Définition Le (littéralement traduit du néerlandais : « joyau du pays »Aussi traduit comme joyau national. Voir : Henri Mangeot, Des armes de guerre rayées, Paris, C. Tanera, 1860, .) est un tournoi dramatique, une compétition entre différentes sociétés littéraires urbaines, appelées chambres de rhétoriqueEdmond Vanderstraeten, « Le théâtre villageois en Flandre », Messager des sciences historiques: ou Archives des arts et de la bibliographie de Belgique, Société royale des beaux-arts et de littérature de Gand, Gand, Léonard Hebbelynck, 1868, ..
Bref historique Les débuts : tournois des clubs de tir Les étaient à l'origine un cycle de sept compétitions entre les compagnies bourgeoises s'exerçant au maniement des armes« Érection d'une confrérie d'archers à Couckelaere », Annales de la Société d'émulation pour l'histoire et les antiquités de la Flandre occidentale, tome IV, Bruges, Vandecasteele-Werbrouck, 1842, . : les du duché de Brabant. Les plus hautes sommités du pays assistaient à de tels tirs ; ils furent même honorés par des souverains. Guillaume le Taciturne et Charles Quint y prirent part.
L'idée était d'organiser un tous les trois ans. Le vainqueur du premier concours devait organiser la prochaine compétition et ainsi de suite ; les vainqueurs du septième devaient commencer un nouveau cycle.
Le vainqueur du premier tournoi, ayant obtenu une coupe en argent, devait fabriquer deux plats en argent pour le vainqueur du deuxième d'un cycle, et celui-ci devait à son tour en faire trois pour le lauréat du concours suivant et ainsi de suite jusqu'au septième tournoi du cycle.
Il existait une étroite collaboration entre les sociétés chevaleresques des villes de Bruges et de Lille en Flandre ainsi qu'entre Bruges et Bruxelles. Lille organisait, comme Bruges, un tournoi annuel, à savoir l'EspinetteRobert Coltman Clephan, The Medieval Tournament, Toronto / Londres, Courier Dover Publications, 1995, .. Chaque année, en février, une délégation brugeoise venait à Lille pour y concourir au tournoi, comme les habitants de Lille participaient à leur tour à la compétition annuelle de l'Ours blanc à Bruges, qui avait lieu en maiFerdinand Van de Putte, « Recherches historiques sur l'origine et la nature de la société, dite confrérie de l'Ours blanc à Bruges », Annales de la Société d'émulation pour l'histoire et les antiquités de la Flandre occidentale, tome I, Bruges, , 1839, .. Bien qu’il se fût agi d'un tournoi annuel de cette dernière association, qui était une société chevaleresque réunissant dans son sein bourgeoisie et noblesse, ce spectacle donnait lieu à des festivités auxquelles contribuaient aussi les poètes brugeois. Ils écrivaient les scénarios des esbattementsSorte de « farce »., récitaient des louanges et faisaient le compte rendu de ces activités dans leurs chroniquesFrits Pieter van Oostrom et Frank Willaert, Studie van de middelnederlandse letterkunde, Hilversum, Verloren, 1989, ..
Les chambres de rhétorique
Aux et s, des sociétés littéraires appelées « chambres de rhétorique » virent le jour dans les anciens Pays-Bas, conservant leur constitution primitive, du moins en partie, jusqu’à la fin du Carlos Antonio de La Serna Santander, Mémoire historique sur la bibliothèque dite de Bourgogne, Bruxelles, impr. de A.J.D. de Braeckenier, 1809, .. Leurs membres, les rhétoriciens issus de familles appartenant aux classes moyennes et supérieures, cultivaient l'art de la poésie en se mesurant les uns aux autres dans des compétitions qui figuraient au premier rang des grandes réjouissances qu'ils organisaient pour eux-mêmes ou pour le public. Très vite, ces activités donnèrent lieu à des festivités urbaines, célébrées successivement dans toutes les villes principales, et leurs concours se transformèrent en rituels locaux ou régionaux, soutenus par les pouvoirs communauxJohn Lothrop Motley, La Révolution des Pays-Bas au , vol. 1, E. Flatau, 1861, ., qui duraient des jours et parfois même jusqu'à trois semainesHenri Liebrecht, Les Chambres de rhétorique, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1948, .. Une chambre pouvait représenter une pièce à l'extérieur (« »), dans un estaminet, dans une salle de spectacle ou aux concours.
Parmi ces fêtes, la plus ancienne que l'on connaisse serait celle ouverte à Bruxelles en 1394Henri Liebrecht, Les Chambres de rhétorique, Bruxelles, La Renaissance du livre, 1948, .. Celle d'Audenarde, qui eut lieu en 1413, est mieux documentéeConstant-Philippe Serrure, « Jaerboeken der Thieltsche rhetorijkkamer », , vol. 5, Gand, Annoot-Braeckman, 1863, .. Suivent alors celles de Furnes en 1419Johannes Lodewijk Walch, , La Haye, M. Nijhoff, 1943, ., de Dunkerque en 1426, de Bruges en 1427 et en 1441, de Malines en 1427 et de L'Écluse en 1431. On institua des prix pour couronner des œuvres soit françaises, soit néerlandaises, selon la langue véhiculaire de la ville où le concours avait lieu. Mais quelquefois, au même concours, on décernait un prix pour des œuvres dans les deux langues. Il en fut ainsi notamment à Gand en 1439. On distribuait, en outre, des prix pour la plus belle entréeVictor Cappellemans, De la propriété littéraire et artistique en Belgique et en France, Bruxelles / Paris, Delevingne et Callewaert / Jules Renouard et comp., 1854, ..
Provenance des chambres participantes Les chambres participantes venaient des Pays-Bas méridionaux, mais également des Pays-Bas septentrionaux. Ainsi, au d'Anvers de 1496 étaient présentes non seulement des chambres du Sud mais également de Reimerswaal, ville du comté de Zélande, et d’Amsterdam, ville du comté de HollandeKornelis ter Laan, Letterkundig woordenboek voor Noord en Zuid, La Haye / Jakarta, , 1952, .. Sous l'Ancien Régime, les concours des rhétoriciens des communes flamandes continuèrent même à avoir lieu sous la domination française : ainsi, la chambre bailleuloise (Les Jeunes Cœurs) en organisa un en 1769, attirant treize sociétés qui durent toutes représenter la tragédie de Mithridate : c'étaient les chambres de rhétorique des villes de Steenvoorde, d'Ypres, d'Alveringem, de Polincove, de Lo, de Flêtre, de Bergues, de Roulers, de Hondschoote, de Dixmude, de Nouvelle-Église, de Strazeele et de PoperingeDésiré Carnel, « Les sociétés de rhétorique et leurs représentations dramatiques chez les Flamands de France », Annales du Comité flamand de France, , tome V, Lille, 1860, ..
Les thèmes du On proposait des questions auxquelles pouvaient seules répondre, en vers, les chambres autoriséesVictor Cappellemans, De la propriété littéraire et artistique en Belgique et en France, Bruxelles / Paris, Delevingne et Callewaert / Jules Renouard et comp., 1854, .. Ces questions étaient résolues par les facteurs« Factor » : poète en titre et dramaturge d'une chambre de rhétorique. et avaient généralement un but moral ou politique. Ainsi, en 1431, au milieu des guerres entre la France et la Flandre, la chambre de rhétorique d'Arras, jadis une ville des Pays-Bas, posa la question de savoir « pourquoi la paix, si vivement désirée, tarde […] à venir » ? La chambre (Les Giroflées) d'Anvers demanda en 1561 : « Par quels moyens les hommes sont-ils le plus efficacement initiés aux arts et à la science ? » Le concours était parfois ouvert pour un poème ; d'autres fois, on décernait des prix pour des chansons, mais les grands concours furent ceux qui demandaient en réponse une œuvre dramatique.
L'organisation du landjuweel Le prix institué par les chambres de rhétorique donna son nom au concours et s'appelait le (le « joyau du pays ») lorsqu'il était décerné aux compétitions organisées dans les villes et le (le « joyau de la haie ») lorsqu'il était décerné aux fêtes organisées dans les bourgs ou les communes ; la chambre qui l'obtenait proposait à son tour une question et un prix.
Les évoluèrent vers une série de concours de théâtre organisés par ces chambres de rhétorique, et on alla jusqu'à adopter le système cumulatif d'attribution de coupes en argent en guise de trophée à chaque tournoiTheo C. J. van der Heijden et Fabian C. van Boheemen, , Delft, Eburon, 1999 , .. Les guildes de rhétorique des anciens Pays-Bas étaient invitées à y participer et à lutter entre elles d'éclat et d'habileté, dans des processions splendides, des tableaux vivants, des charades et autres occasions de groupes animés et brillants, et dans des concours dramatiques et poétiques. Celle des sociétés qui, l'année précédente, avait remporté le prix avait la surintendance de l'organisation de la fête. Le jury, composé de représentants des chambres, décidait quel (farce) ou (moralité) était le meilleur.
Les cycles Des rhétoriciens, deux cycles de concours sont connus.
Le premier dura de 1475 à 1496-1510 environ et incluait une compétition à Louvain en 1478 et une autre dans la même ville en 1480, ainsi qu'une à Malines en 1492 ; par cette dernière Philippe le Beau voulut soumettre les chambres à la censure ecclésiastique. Puis, en 1496, on organisa le d'Anvers, auquel participait également la chambre amstellodamoise l'Egelantier, qui y remporta un prix de deux coupes en argent. Lierre organisa peut-être un en 1500, et Louvain, sans doute, en 1505. À celui de Herentals n'auraient participé, en 1510, que des chambres brabançonnesAnne-Laure van Bruaene, Om beters wille: rederijkerskamers en de stedelijke cultuur in de Zuidelijke Nederlanden 1400-1650, Amsterdam, Amsterdam University Press, 2008 , .. Ce ne fut qu'en 1507 que l'on organisa, pour la première fois, un au Nord des anciens Pays-Bas, notamment à Reimerswaal, où l'on ne réunit toutefois que sept des chambres de rhétorique zélandaisesJan ten Brink, Schets eener geschiedenis der nederlandsche letterkunde, Leeuwarden, Hugo Suringar, 1869, ..
Un deuxième cycle commença en 1515 à Malines ; puis, les tournois dramatiques eurent lieu à Louvain en 1518, à Diest en 1521 et en 1541, à Bruxelles en 1532 et à Malines en 1535. Le cycle se termina à Anvers en 1561. De ce dernier , les moralités () furent réimprimées en 1562. Au cycle ne pouvaient participer que des chambres brabançonnes, c'est-à-dire vingt sociétés, représentant douze villes moyennes ou grandes : il s'agit d'Anvers, de Bruxelles, de Malines, de Louvain, de Bois-le-Duc, de Bréda, de Berg-op-Zoom, de Diest, de Lierre, de Léau, de Vilvorde et de Herentals. La continuité fut interrompue par les guerres entre les Pays-Bas des Habsbourg et la France, et en raison de la suspicion croissante des autorités à l’égard des chambres de rhétorique.
Deux concours particulièrement importants Deux concours, l'un en Flandre l'autre en Brabant, sont d'une grande importance et d'une influence particulière et, de plus, sont relativement bien documentés. À ce titre, ils méritent que l'on s'y attarde. Il s'agit des concours de Gand en 1539 et d'Anvers en 1561.
Le de Gand en 1539 thumb|right|200px|Image II - Représentation gravée de la scène sur laquelle furent montés les jeux du de Gand en 1539, tirée de la publication des moralités () qui y furent représentées.