Les États fédérés de Micronésie sont entièrement situés dans les îles Carolines. Celles-ci, qui s'étirent sur près de , commencent à être occupées à partir de en raison d'une baisse du niveau de la mer exposant des terres auparavant immergées, mais des indices laissent penser que certaines d'entre elles, les îles Yap, les plus occidentales, ont pu accueillir une population permanente auparavant. Entre 500 et 1000, des traditions spécifiques commencent à se développer tant pour les langues que pour la culture matérielle. La population augmente progressivement. Entre 1000 et 1300, le petit optimum climatique favorise une production importante de nourriture et donc l'accroissement démographique. L'augmentation de la densité s'accompagne de l'apparition de structures sociales plus complexes formalisant la distribution des surfaces terrestres et maritimes, de leurs ressources et de la nourriture. En certains endroits, des traditions monumentales apparaissent, comme la cité de Nan Madol. Le petit âge glaciaire, entre 1300 et 1850, a pour caractéristiques des conditions météorologiques moins favorables. Les groupes humains s'engagent dans des formes de compétition par le moyen d'échanges de biens qui ont pu entraîner une intensification de la production économique et, subsidiairement, une diminution de l'impact des risques climatiques sur les atolls et petites îles vulnérables.

Bien que certaines îles des États fédérés de Micronésie aient été en contact avec les Européens dès le milieu du , ceux-ci ne les colonisent qu'à partir de la fin du et bien plus encore au cours du . En 1899, les Espagnols cèdent les îles Carolines à l'Empire allemand. Guidés par la doctrine politique du Nanshin-ron, les Japonais profitent de la Première Guerre mondiale (1914) pour accaparer ce territoire allemand. Ils obtiennent de la Société des Nations en 1919 un mandat pour l'administrer. Ils en sont chassés par les Américains à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ceux-ci l'administrent à leur tour ensuite en tant que territoire sous tutelle des îles du Pacifique selon le mandat de l'ONU délivré en 1947. Des mouvements autonomistes et indépendantistes contraires durant les années 1960 aboutissent à son éclatement en plusieurs territoires. L'un d'eux, les États fédérés de Micronésie (composé de Yap, Chuuk, Pohnpei et Kosrae), évolue vers une libre association avec les États-Unis, puis accède à l'indépendance en 1986. Le Conseil de sécurité des Nations unies met fin à la tutelle le .

Premiers temps de l'occupation humaine

Dans la région de Micronésie, les îles Mariannes sont habitées au moins dès ., mais les îles des États fédérés de Micronésie ne commenceraient à être occupées qu'à partir de en raison d'une baisse du niveau de la mer exposant des terres auparavant immergées. Elle rend également accessible des lentilles d'eau potable flottant à la surface de l'eau salée, dans les nappes phréatiques des îles, auparavant mal positionnées et ne pouvant subvenir aux besoins de larges groupes de personnes.. La disponibilité nouvelle des atolls micronésiens, un niveau de la mer et des conditions côtières stables, offrent des possibilités pour les voyages à courte distance et donc les déplacements de population., lesquels sont accentués par une réduction des opportunités dans les communautés de Mélanésie et de Polynésie occidentale à cause d'une transformation significative des écosystèmes depuis . La stabilité du niveau de la mer permet une utilisation plus aisée des ressources côtières et offre plus d'espaces à habiter et à exploiter..alt=Carte dont l'une des flèches de couleur montre une migration mélanésienne en Micronésie|vignette|Carte synthétique des migrations anciennes supposées en OcéanieIl est possible, toutefois, que des sites plus anciens n'aient pas encore été trouvés sur les quelques îles hautes des États fédérés de Micronésie, les fouilles ayant ciblé les sites à ruines apparentes, n'étant peut-être pas allées assez en profondeur ou assez loin de la côte.. Le yap, parlé dans les îles Yap, semble ainsi avoir une origine plus précoce que les autres langues micronésiennes. En outre, des analyses paléoécologiques mettent en évidence dans les îles Yap, vers , un déclin de la forêt couplé à des incendies qui laissent place à un paysage de savane, résultat possible d'une mise en culture.. Pour les autres îles micronésiennes, l'occupation viendrait de l'immigration de populations de culture Lapita issues de Mélanésie.. Des analyses génétiques suggèrent une ascendance mixte d'individus du Pacifique Sud-Ouest et de Papouasie-Nouvelle-Guinée.. alt=Carte figurant l'étalement horizontal des îles micronésiennes|vignette|Territoire actuel des États fédérés de Micronésie et sa division en quatre États correspondants globalement à des spécificités culturelles. La forte unification des langues micronésiennes actuelles, le yap excepté, prouve la rapidité de la dispersion des populations après la baisse du niveau de la mer mais également la nature incessante des contacts.. Les sous-familles constatées (kusaïéenne, ponapique, chuukique) coïncident avec les voyages à courte-distance supposés depuis l'origine des occupations.

Les formes de l'habitat sont inconnues avant l'an mil, la présence humaine n'étant illustrée pour cette période, dans les fouilles à Pohnpei, Kosrae, Mokil et en surface d'autres lieux comme les îles Yap, que par des tessons de céramique, des bols à valeur utilitaire généralement sans décor, des outils en pierre ou en coquillage et des restes d'aliments.. Dans les petites îles de corail et de calcaire, le coquillage est naturellement plus utilisé pour fabriquer des outils. L'herminette est généralement obtenue à partir de Tridacninae, souvent du genre Tridacna, du genre Hippopus dans quelques zones. Le Cassis cornuta est aussi employé à la même époque comme dans quelques régions d'Indonésie et en de rares points de la Polynésie.. Une gouge étroite ou un ciseau a quelquefois été obtenu à partir de Terebra.

Il est probable, bien que les preuves manquent, que le cultivar d'arbre à pain connu en Micronésie, résultat d'une introgression depuis un cultivar à graines de l'espèce Artocarpus mariannensis provenant des Îles Mariannes, vers un cultivar sans graines de l'espèce Artocarpus altilis, originaire de Mélanésie, ait été élaboré à cette époque.. En effet, l'arbre à pain est une ressource de nourriture essentielle dans la tradition micronésienne..

Épanouissement de l'occupation humaine

Phase de développement Entre 500 et 1000, des traditions spécifiques se développent dans l'océan Pacifique, ainsi que le reflètent les sous-familles de langues, et aboutissent, vers 1000, à des assemblages d'artéfacts archéologiques révélant des cultures matérielles différentes selon les groupes d'îles..

La densité de population augmente en Micronésie, et plus largement dans l'océan Pacifique, entre 500 et 1000. sans qu'elle apparaisse, en Micronésie, liée à des phénomènes majeurs de migrations maritimes.. Dans le même temps, les témoins d'élaboration de céramique diminuent fortement en Micronésie centrale (actuels États de Yap et Chuuk) et finissent par disparaître en Micronésie orientale (actuels États de Pohnpei et Kosrae).. Cela pourrait être la conséquence de problèmes d'accès à l'argile ou aux productions fabriquées ailleurs suite à une évolution des pratiques de cuisson. Cette même scission géographique s'observe dans la consommation par masticage de noix d'arec pour les deux premiers États et celle du kava en boisson pour les deux derniers..

Petit optimum climatique Entre 1000 et 1300, dans l'océan Pacifique, une période de climat stable, chaud et humide, aux pluies constantes, le petit optimum climatique, favorise une production importante de nourriture et donc l'accroissement des populations.. Entre 1000 et 1200, des populations de l'Ouest de la Polynésie migrent et investissent une partie de la Mélanésie et, pour celles dites ellicéennes, sans doute originaires des Tuvalu et de Tokelau, quelques points de Micronésie peu populeux ou inhabités constitutifs des actuels États fédérés de Micronésie., les atolls de Kapingamarangi et Nukuoro..

L'augmentation de la densité de population induit un besoin d'organisation de l'accès et de la distribution des terres, nourritures et ressources. De ce fait, des processus de formalisation culturelle se mettent en place. Des groupes spécifiques, par leurs constructions, matérialisent leurs liens avec une aire de terre et de mer d'une façon bien plus intime qu'auparavant.. Avec le développement des structures sociales émerge de façon évidente des statuts sociaux différents témoignant de fonctions et de richesses variées. Des lignages associés à des terres apparaissent..

Avant 1000, les formes de l'habitat ne sont pas connues par l'archéologie dans les actuels États fédérés de Micronésie. À proximité, aux Palaos, les bâtiments sont à fondation de terre. Après 1000, ce mode de construction perdure mais à travers la Micronésie comme ailleurs dans le Pacifique, les fondations de pierre deviennent la norme.. Aux Palaos et dans les actuels États de Yap et Chuuk, les bâtiments sont associés à des sentiers pavés, des clôtures de délimitation en pierre, des murs et d'autres constructions en pierre ainsi qu'il apparaît encore dans les villages au début du .. alt=Construction au bord de l'eau à base de futs hexagonaux de basalte superposés |vignette|Vue de détail d'une construction à Nam Madol. La durée de l'optimum climatique permet également l'émergence de traditions monumentales. comme à Nan Madol en bordure de l'île Pohnpei à partir de 1200 et jusqu'aux environs de 1500 sous l'impulsion de la dynastie Saudeleur.. En ce lieu, devenu son centre administratif et politique, douze digues et quatre-vingt-dix-huit îlots artificiels ou modifiés, élevés au moyen de remblais à base de corail, séparés par des passages en eau peu profonde semblables à des canaux, reçoivent des constructions en basalte de type plate-formes, enceintes, habitat, tombes, etc..

Petit âge glaciaire Vers 1300 débute le petit âge glaciaire qui dure jusqu'environ 1850. Les conditions météorologiques sont plus instables, plus orageuses, plus sèches et les températures plus froides. Le niveau de la mer s'élève entraînant une plus grande érosion côtière et une salinisation des ressources en eau dans les atolls et îles basses de Micronésie et de Polynésie, ce qui pourrait avoir entraîné des mouvements de population.. Vers 1400, en manière d'adaptation à ces conditions de vie moins favorables, des groupes s'engagent dans des formes de compétition par le moyen d'échanges de biens entraînant potentiellement une intensification de la production économique. Résultat d'une maturation commencée vers 1000, les sociétés de l'océan Pacifique sont alors nettement hiérarchisées.. Ceci se matérialise sur l'île de Kosrae, à compter des années 1300 par la création de la ville de Lelu.. Les échanges de biens entre les îles permettent de diminuer les risques climatiques, et notamment ceux liés aux cyclones tropicaux, particulièrement pour les atolls et petites îles vulnérables.. Parmi ces réseaux économiques existe le sawei, un système de tributs complexe impliquant des échanges inter-îles selon une hiérarchie des communautés. Les îles Yap reçoivent des îles plus à l'Est des biens et des informations et leur donnent en échange des ressources de première nécessité ou des biens de luxe. Les îles Yap fournissent de la main-d’œuvre aux Palaos et en retour reçoivent la possibilité d'extraire de la monnaie de pierre..

Premiers contacts avec les Européens et débuts de la colonisation