La crise ivoirienne de 2010-2011 dite crise post-électorale est une crise politique en Côte d'Ivoire qui éclate à l'issue du second tour de l'élection présidentielle ivoirienne de 2010, le premier scrutin depuis 10 ans, avec la contestation du résultat par le perdant, le président sortant Laurent Gbagbo. Elle constitue l'ultime étape de la crise politico-militaire qui a débuté en .
Bien qu'Alassane Ouattara ait été reconnu vainqueur par la Commission électorale indépendante et la communauté internationale, le président Laurent Gbagbo revendique une victoire que lui reconnaît le Conseil constitutionnel. Après cinq mois de vives tensions, Laurent Gbagbo est finalement arrêté le à l'issue de l'offensive victorieuse des Forces républicaines de Côte d'Ivoire sur Abidjan. Alassane Ouattara est proclamé président de la République par le Conseil constitutionnel le suivant.
Dans son rapport rendu le , la Commission d'enquête nationale mise en place après l'investiture de Ouattara estime le nombre de victimes de cette crise à ( morts imputées au camp Gbagbo, 727 au camp Ouattara et non attribuées)Sabine Cessou, Pourquoi la guerre reprend en Côte d'Ivoire, Slate, 19 août 2012..
Contexte
La crise politico-militaire en Côte d'Ivoire commence le , lorsque des soldats rebelle originaire du nord de la côte d'ivoire, tentent de prendre le contrôle des villes d'Abidjan, Bouaké et Korhogohttps://www.cairn.info/revue-politique-africaine-2003-1-page-71.htm.. Ils échouent dans leur tentative de prendre Abidjan mais parviennent à occuper les deux autres villes, respectivement dans le centre et le Nord du pays.
La rébellion qui prendra plus tard le nom de « Forces nouvelles » occupe progressivement la moitié nord du pays, le coupant ainsi en deux zones géographiques distinctes : le sud tenu par les Forces armées de Côte d'Ivoire (FANCI) et le nord tenu par les Forces armées des Forces nouvelles (FAFN).
Un début de solution se profile le avec la signature des accords de Linas-Marcoussis. Cependant, une brusque crispation en remet en cause toutes les avancées obtenues.
Une promesse de règlement final se dessine enfin avec la signature de l’accord politique de Ouagadougou le , qui prévoit l'organisation d'une élection présidentielle ivoirienne en 2010.
Cette élection présidentielle ivoirienne de 2010 est un scrutin suffrage universel direct uninominal majoritaire à deux tours. Elle se déroule les et .
Le premier tour voit s'affronter quatorze candidats. Laurent Gbagbo, président sortant et Alassane Ouattara, ancien premier ministre arrivent en tête du premier tour avec respectivement 38,04 % et 32,07 %. Ils distancent Henri Konan Bédié (25,24 %), Toikeusse Mabri (2,57 %) et l'ensemble des candidats qui récoltent tous moins de 1 %.
Contestation du résultat par le président Gbagbo
Le second tour de l'élection présidentielle ivoirienne de 2010, qui a lieu le , oppose donc le président sortant Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara, ancien Premier ministre. La tension est forte et les deux camps s'accusent mutuellement d'intimidations envers les électeurs dans certaines régions« Côte d'Ivoire: un second tour sur fond d'accusations », L'Express, 29 novembre 2010..
Le , Youssouf Bakayoko, président de la Commission électorale indépendante (CEI), annonce la victoire d'Alassane Ouattara avec % des voix, contre % pour Laurent Gbagbo, avec un taux de participation de %. L'annonce de Youssou Bakayoko a lieu à l'Hôtel du Golf, le QG de campagne de Ouattara car celui-ci est protégé par les forces de l'ONUCI"Ivory Coast's Ouattara wins vote - election chief" par David Lewis et Loucoumane Coulibaly, Reuters, 2 décembre 2010. et que le chef de la CEI voulait bénéficier de cette protection par peur des représailles du camp adverse"Ivory Coast seals borders after opposition win" par David Lewis et Tim Cocks, Reuters, 2 décembre 2010..
Paul Yao N'Dré, nommé par le président le à la tête du Conseil constitutionnel et réputé proche de Simone GbagboPaul Yao-N'Dré, la dernière carte de Gbagbo par sur jeuneafrique.com, le 13 août 2009., argue que la CEI n'avait plus l'autorité pour annoncer les résultats car la date limite de la proclamation de ces derniers était dépassée et donc que les résultats étaient invalides"Ouattara named winner of I.Coast election", Christophe Koffi pour l'AFP, le 2 décembre 2010. Or, selon N'Dre, après la date limite, seul le Conseil constitutionnel est habilité à annoncer les résultats car il est l'institution qui doit « trancher, le cas échéant, le contentieux électoral, et proclamer les résultats du scrutin».
N'Dre annonce l'annulation des résultats dans sept régions du nord, ce qui inverse le résultat final en faveur de Gbagbo désormais crédité de 51,45 % des votes (contre 48,55 % pour Ouattara"Constitutional body names Gbagbo I.Coast election winner", AFP, 3 December 2010.). Le , le Conseil constitutionnel proclame Gbagbo vainqueur. Les militaires ferment les frontières du pays.
L'envoyé spécial de l'ONU en Côte d'Ivoire, Young-jin Choi, reconnait toutefois à son tour la victoire de Ouattara :
Ouattara affirme qu'il est le « président élu » et accuse le Conseil constitutionnel d'avoir abusé de son autorité"World leaders back Ouattara as Ivory Coast poll winner", BBC News, 3 December 2010.. Le Premier ministre et chef des Forces nouvelles, Guillaume Soro soutient Ouattara"Ivory Coast's Gbagbo sworn in despite poll row" par Tim Cocks et Loucoumane Coulibaly, Reuters, le 4 décembre 2010..
Gbagbo est investi le par le Conseil constitutionnel et déclare que Soro donne sa démission du poste de Premier ministre à Gbagbo le même jour"Defiant Gbagbo sworn in as I.Coast president", par Roland Lloyd Parry, AFP, 3 December 2010.. Ouattara prête serment peu de temps après et reconduit Guillaume Soro comme Premier ministre.
Dans différentes parties du pays, on annonce des tirs et de la violence.
Gbagbo nomme Gilbert Aké, un économiste qui lui est proche, comme Premier ministre"Côte d'Ivoire: Laurent Gbagbo nomme à son tour son Premier ministre", AFP, 5 December 2010 ..
Les médias dans la crise La crise post-électorale est révélatrice du paysage médiatique ivoirien. Les médias se laissent influencer et se font les courroies de transmission des partis. Ils ont un réel impact sur l’opinion publique et l’évolution de la crise électorale. Le réseau médiatique est très polarisé et Twitter a une influence majeure. Selon Reporter sans frontières, le journalisme vit « un climat de peur a empêché de nombreux journalistes de travailler librement. ».
Le dirigeant en place, Laurent Gbagbo, exerce une influence significative sur les médias du pays. Les chefs de parti et militants politiques utilisent la presse pour propager des informations et les journalistes abandonnent toute déontologie journalistique. Cela entraine une baisse importante des ventes des journaux tels que Fraternité Matin.
Selon l'universitaire Hong Sik Cho, en 2011, « La Côte d'Ivoire est profondément embourbée dans la tourmente politique. Les élections présidentielles de 1995 et de 2000 ont été critiquées pour leur manque d'équité et leurs résultats ont été contestés par les principaux acteurs politiques. »
Laurent Gbagbo, aurait influencé la chaîne nationale de télévision populaire Radiodiffusion Télévision ivoirienne. Alassane Ouattara, n’avait pas la même force de frappe propagandiste.
Sur le plan économique, une période d’embargo financier bouleverse le régime de Gbagbo. La crise a des répercussions importante dans l’économie du pays. L’élection présidentielle d’ est vue comme la clef pour sortir de la crise Ivoirienne. Les hommes politiques et la communauté internationale soulignent unanimement son importance. Ainsi, les médias ivoiriens ont été fortement sollicités pour jouer un rôle clef dans le bon déroulement de cette élection cruciale. Reporters sans frontières dénonce les préoccupations des organisations professionnelles en lien avec le respect des règles ethniques dans les médias durant cette période. Elles jouent un rôle dans la transmission des discours injurieux.
Tentatives de l'UA et de la CEDEAO de négocier le départ de Gbagbo thumb|Thabo Mbeki, premier médiateur pour l'Union africaine
Premières tentatives Sous l'impulsion de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), les présidents africains tentent d'obtenir du président Gbagbo qu'il quitte le pouvoir de son plein gré. Dès le , l'Union africaine (UA) essaye de trouver une issue diplomatique à cette crise avec la rencontre par Thabo Mbeki, ancien président de l'Afrique du Sud, des deux présidentsThabo Mbeki rencontre les « deux » Présidents ivoiriens le 6 décembre 2011 sur rezoivoire.net. Le , Jean Ping, président de la Commission de l’Union africaine, tente également une médiationCôte d'Ivoire: Jean Ping à Abidjan pour une médiation entre Gbagbo et Ouattara sur rfi.fr le 17 décembre 2010.
Le , la CEDEAO, dont fait partie la Côte d'Ivoire, organise un sommet extraordinaire à Abuja, au Nigéria. La CEDEAO menace d'avoir recours à "une force légitime", l'ECOMOG, pour contraindre Gbagbo à quitter le pouvoirLe camp de Gbagbo juge "très injuste" un recours à la force dans lexpress.fr le 25 décembre 2010. Elle mandate les présidents Boni Yayi du Bénin, Ernest Koroma de Sierra Leone, et Pedro Pires du Cap-Vert pour régler la crise de façon pacifique. Ils rencontreront Gbagbo et Ouattara le Côte d'Ivoire : Laurent GBAGBO « gagne du temps » sur kongotimes.info le 29 décembre 2010. Le , Raila Odinga, Premier ministre kényan et envoyé de l'UA les accompagneLa Côte d'Ivoire est toujours dans "l'impasse" sur lemonde.fr le 4 janvier 2011.
Le , Olusegun Obasanjo, ancien président du NigériaLe médiateur nigérian Obasanjo invite Gbagbo à quitter le pouvoir sur france24.com le 10 janvier 2011, le , Raila OdingaLe camp Gbagbo "récuse" le médiateur Raila Odinga sur france24.com le 19 janvier 2011 et le , Bingu wa Mutharika président du Malawi et président de l'UALe président de l'UA, Bingu wa Mutharika mardi à Abidjan pour rencontrer Gbagbo et Ouattara par l'AFP sur abidjan.net le 25 janvier 2011 tentent à leur tour des médiations.
Création d'un Panel de chefs d'Etat par l'UA
Le , le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'Union Africaine réaffirme sa volonté de trouver une solution pacifique et nomme un panel de chefs d'État pour régler cette crise du Conseil de paix et de sécurité - Alassane Ouattara, seul président élu Communiqué du Conseil de paix et de sécurité pour sa repris sur abidjan.net.
Le , lors de la ordinaire de la Conférence de l'Union africaine, Jean Ping annonce que le panel est composé des présidents d'Afrique du Sud, Jacob Zuma, de la Mauritanie, Mohamed Ould Abdel Aziz, du Burkina-Faso, Blaise Compaoré, de la Tanzanie, Jakaya Kikwete et du Tchad, Idriss Deby ItnoClôture – Jean Ping fait des précisions: « Alassane Ouattara est le président élu c’est clair » par Dosso Villard de l'Intelligent d'Abidjan repris sur connectionivoirienne.net le 1 février 2011.
Les réactions sont variables à la nomination de ce panel. Les Forces nouvelles de Côte d'Ivoire qui soutiennent Ouattara, déclarent : Charles Blé Goudé, ministre de Gbagbo et chef des jeunes patriotes, déclare :
Les 21 et , quatre des cinq chefs d'État du panel viennent à Abidjan pour rencontrer Laurent Gbagbo et Alassane Dramane OuattaraQuatre présidents africains rencontrent Gbagbo par Agence France-Presse sur cyberpresse.ca le 21 février 2011. Blaise Compaoré n'est pas venu. Les jeunes patriotes s'opposaient à sa présenceCrise ivoirienne: Blaise Compaoré, indésirable en Côte d'Ivoire sur .africastars.org le 21 février 2011.