Le macaque japonais (Macaca fuscata) est un singe catarhinien de la famille des cercopithécidés, largement réparti sur l'archipel du Japon.

Caractérisé par sa ressemblance avec le macaque de barbarie et sa peau d’une couleur écarlate lui ayant valu le nom de « magot à face rouge » ainsi que de sa fourrure brun grisâtre très épaisse, il s’agit du primate non humain dont l'habitat naturel est le plus septentrional et le plus froid, d’où le nom de « singe des neiges », de l’anglais Jigokudani Monkey Park, Nagano: Explore the Heart of Japan. Deux sous-espèces sont aujourd’hui répertoriées.

Connu au Japon sous le nom de , il s’agit d’un animal très familier sur l’archipel. Apparaissant dans la littérature et les arts, il est devenue la figure du dans l’imaginaire populaire au Japon, apparaissant sur des représentations telles que les singes de la sagesse, le conte de Momotarô, ou encore dans l’adaptation japonaise de La Pérégrination vers l'Ouest. La figure de macaques japonais se baignant dans des sources chaudes est devenue une figure centrale de l’identité visuelle du Japon à l’international.

Dénominations Nom scientifique valide : Macaca fuscata Blyth, 1875. Noms typiques en français : Macaque japonais (UICN), Macaque à face rouge (UICN et CITES)Le nom « Macaque à face rouge » et son synonyme « Mago à face rouge » sont des terminologies moins utilisées aujourd’hui, du fait qu’elles sont partagées avec l’espèce Macaca arctoides.. Noms vulgaires et vernaculaires, couramment utilisés en français : Macaque du Japon, Singe des neiges (de l’anglais Snow monkey), Magot à face rouge.

Classification Découverte et appellations Originellement, cette espèce de macaque a été identifiée scientifiquement bien avant de nombreuses autres espèces de l’archipel japonais. Décrite pour la première fois en 1825 sous le nom de Macacus speciosus par le zoologiste français Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Cependant, ce dernier, ayant étudié l’espèce à partir d’un individu captif, avait conclu qu’elle était originaire des îles de la Sonde, en Asie du Sud-Est. Par la suite, l’espèce fut décrite sous le nom d’Inuus speciosus dans de nombreux autres documents de la littérature scientifique de l’époque, dont le cinquième volume de Fauna Japonica.

La dénomination définitive Macaca fuscata provient du zoologiste britannique Edward Blyth en 1875, fuscata signifie « de couleur sombre » en référence à la couleur du pelage du primate岩本光雄「サルの分類名(その1:マカク)」『霊長類研究』第1巻 1号、日本霊長類学会、1987年、45-54頁。, devenant le nom binomial principalement utilisé pour désigner l’espèce相見満、高畑由起夫「シリーズ 日本の哺乳類 各論編 日本の哺乳類18 ニホンザル」『哺乳類科学』第33巻 2号、日本哺乳類学会、1994年、141-157頁。. Bien que les appellations I. speciosus et M. speciosus aient pendant longtemps été utilisés officiellement, une proposition a été faite en 1967 pour invalider M. speciosus afin d'éviter toute confusion, et en 1970, la Commission internationale de nomenclature zoologique a officiellement adopté M. fuscata comme nom scientifique définitif pour cette espèce.

Sous-espèces Sous espèces et auteurLocalisationImageCaractéristiques M. f. fuscataGray, 1870Largement répandue sur l’archipel, vivant sur les îles de Honshū, Shikoku et Kyūshū渡邊邦夫 「ニホンザル」『動物世界遺産 レッド・データ・アニマルズ1 ユーラシア、北アメリカ』小原秀雄・浦本昌紀・太田英利・松井正文編著、講談社、2000年、139頁。.100px|sans_cadreMacaque de Yakushima M. f. yakuiKuroda, 1941Endémique de l’île de Yakushima石井信夫 「ニホンザル」『日本の哺乳類【改訂2版】』阿部永監修、東海大学出版会、2008年、66-67頁。.100px|sans_cadre Caractérisé par un pelage plus long d’une couleur brun foncé上原重男 「ニホンザル」『動物大百科 3 霊長類』伊谷純一郎監修 D.W.マクドナルド編、平凡社、1986年、98-105頁。. Le crâne est plus petit et les orbites plus étroits et moins espacés.

Évolution Des fossiles de cette espèce ont été découverts dans des strates datant du Pléistocène moyen. Le plus ancien fossile connu est une dent trouvé à Mine dans la préfecture de Yamaguchi相見満「Le plus ancien fossile de macaque japonais」『Journal of Mammalogy』Vol. 18 No. 2, Société japonaise de mammalogie, 2002, pp. 239-245.. Ce fossile a été trouvé en association avec des fossiles de Stegodons et d’éléphants de Naumann, et pourrait être contemporain de ces espèces, bien qu'il puisse aussi être plus récent. Un humérus a été trouvé dans la préfecture de Chiba, Sodegaura.

Au sein du genre, cette espèce est apparentée au Macaque rhésus, au Macaque-ours, et au Macaque de Taïwan, formant le groupe fascicularis en raison de la morphologie du gland et d'autres caractéristiques. L'espèce la plus proche est le macaque rhésus, avec une divergence estimée aux alentours de 500 000 ans.

L'espèce type et la sous-espèce Macaca fuscata yakui ont divergé il y a environ . Une analyse moléculaire de l'ADN mitochondrial montre une division en deux lignées principales, séparées principalement par les régions de Kinki et de Chugoku.

Morphologie

Dimensions Les dimensions générales d’un individu adulte sont estimées d’une longueur tête-corps allant de , pour une longueur moyenne de chez le mâle, contre des dimensions allant de 47 à 55 cm pour une moyenne de Fooden J, Aimi M. (2005) "Systematic review of Japanese macaques, Macaca fuscata (Gray, 1870) ". Fieldiana: Zoology 104:1-200. chez la femelle. La queue des macaques japonais est relativement courte, l’appendice du mâle est un tout petit peu plus long que celui de la femelle d’un centimètre en moyenne. Les plus petites font chez les femelles, contre 7 chez les mâles, pour une moyenne de chez les mâles et chez les femellesHamada Y, Watanabe T, Iwamoto M. (1996) "Morphological variations among local populations of Japanese macaque (Macaca fuscata) ". In: Shotake T, Wada K, editors. Variations in the Asian macaques. Tokyo: Tokai Univ Pr. pp. 97–115., mais l’ensemble ne dépasse pas les chez les deux sexes.

Poids

En terme de poids, le macaque japonais se situe dans une bonne moyenne, par rapport aux autres espèces du genre macaca, avec un poids minimal de 6kg. Les mâles ont un poids allant jusqu’à18 kg pour une moyenne de , tandis que les femelle vont jusqu'à , pour une moyenne de . Le poids de leur cerveau est d'environ . Il existe des différences plus ou moins importantes selon les sous-espèces, mais aussi les populations selon les régions du Japon, les individus vivant dans les parties les plus montagneuses et plus froides du nord-est et du centre du Japon sont généralement plus grands et plus lourds que ceux vivant dans les régions les plus chaudes à l'ouest du Japon : par exemple, les individus de la région de Shiga sont presque deux fois plus lourds que ceux de l'île de Yakushima.

Pelage

Le pelage est plus long et dense dans les régions froides et plus court et clairsemé dans les régions chaudes. Le poil dorsal est d’une teinte brune ou ocre, tandis que le pelage ventral est gris. Le reste de son corps est couvert de poils bruns ou grisâtres. Le pelage du macaque est bien adapté au froid et son épaisseur augmente à mesure que les températures baissent. Il peut supporter des températures inférieures à . Cependant, la densité du pelage a tendance à diminuer avec l'âgerendant les individus les plus âgés plus vulnérables.

Comme la plupart des espèces de cercopithèques, les mains, le visage ainsi que la région située aux alentours du postérieur sont dépourvus de poils. La couleur de la peau peut varier d’une teinte roséeRowe N. (1996) The pictorial guide to the living primates. East Hampton (NY): Pogonias Pr. pp. 124–5. à une teinte rouge vif.

Dentition

Le dimorphisme sexuel donne au mâle une paire de canines développées.

Répartition et habitat thumb|Répartition des macaques japonais

Répartition Le macaque japonais se trouve sur trois des quatre principales îles japonaises, au sud de la ligne de Blakiston : Honshu, Shikoku, Kyushu ainsi que les îles environnantes. Les populations les plus septentrionales vivent sur la péninsule de Shimokita, le point le plus au nord de HonshuUehara S. (1975) "The importance of the temperate forest elements among woody food plants utilized by Japanese monkeys and its possible historical meaning for the establishment of the monkeys & apes; range: a preliminary report". In: Kondo S, Kawai M, Ehara A, editors. Contemporary primatology, proceedings of the 5th International Congress of Primatology. Basel(CH):S. Karger. p392-400.. Il est également présent sur des petites îles plus éloignées, comme l’île de Yakushima et celle de Tanegashima. Une étude de 1989 estimait la population totale de macaques japonais sauvages à 114 431 individus. Toutefois, depuis les périodes modernes, sa répartition tend à diminuer progressivement. Dans la préfecture d'Ibaraki, il est considéré comme éteint.

Habitat Le macaque japonais vit dans une grande variété d'habitats : dans le sud de son aire de répartition, notamment dans les îles, il habite les forêts subtropicales au feuillage persistant. Dans la partie Nord, il vit dans les zones montagneuses et les forêts subarctiques au feuillage caduque.

Les groupes vivent dans des territoires de . Cependant, celui-ci est bien plus restreint dans les forêts au feuillage semi-persistant avec une densité de par individu, contre par individu dans les forêts au feuillage caduque.

Écologie Activité Le macaque japonais a un mode de vie semi-terrestre: les femelles ont tendance à passer plus de temps dans les arbres et les mâles, plus lourds passent plus de temps au sol. Ce sont de très bons nageurs et ils peuvent parcourir une distance de plus d'un demi-kilomètre.

Dans les régions plus froides, de l'automne au début de l'hiver, les macaques alternent entre différentes activités : en hiver, les macaques ont deux à quatre périodes d'alimentation par jour, avec moins d'activités quotidiennesTakahashi H. (1997) "Huddling relationships in night-sleeping groups among wild Japanese macaques in Kinkazan island during winter". Primates 38(1):57-68.. Dans les régions enneigées, ils peuvent rester inactifs pendant les tempêtes de neige. Au printemps et en été, ils ont deux ou trois périodes d'alimentation par jourYotsumoto N. (1976) "The daily activity rhythm in a troop of wild Japanese monkey". Primates 17(2):183-204.. Dans les régions plus chaudes comme Yakushima, les activités quotidiennes sont plus variées. Une journée typique pour un individu moyen se compose de 20,9 % d'inactivité, 22,8 % de déplacement, 23,5 % d'alimentation, 27,9 % d’épouillage, 1,2 % d'auto-toilettage et 3,7 % d'autres activitésMaruhashi T. (1981) "Activity patterns of a troop of Japanese monkeys (Macaca fuscata yakui) on Yakushima island, Japan". Primates 22(1):1-14..

Les macaques sont des primates diurnes, la nuit ils dorment généralement dans les arbres, mais ils dorment aussi sur le sol, ainsi que sur ou près des rochers et des souches. En hiver, ils se blottissent les uns contre les autres pour se réchauffer pendant leur sommeil. Dans le Jigokudani Monkey Park, les macaques sont connus pour visiter les sources chaudes en hiver pour se réchauffer après avoir été encouragés à se concentrer là-bas dans les années 1960, dans le cadre d'un plan visant à réduire les dégâts causés aux cultures locales par leur alimentation.

Alimentation gauche|vignette|Le macaque peut manger une grande variété d’aliments. Le macaque japonais a un régime alimentaire omnivore et opportuniste. Il mange une très grande variété d’aliments, qu’il peut stocker dans ses abajoues, à la manière de certains rongeurs. Dans la préfecture de Kyoto, 192 variétés ont été répertoriées.