La crise portugaise de 1383-1385 est un conflit de succession survenu à la suite de la mort de Ferdinand , roi de Portugal de 1367 au 22 octobre 1383. Il oppose les partisansFernão Lopes, Chronique du Roi Ferdinand, chapitre CLVIII, p. 136 et suivantes (po), à propos du contrat de mariage, le dénommé traité de Salvaterra de MagosAntónio Caetano de Sousa, Preuves de l'Histoire Généalogique de la Maison Royale Portugaise, tome I, et suivantes. Cahier castillan du Traité de Salvaterra (es) du roi de Castille Jean I, époux depuis mai 1383 de la fille de Ferdinand, Béatrice, âgée de dix ans, héritière présomptive de la couronnePero López de Ayala, Chroniques de Rois de Castilla, Tome II, ps. 176 à 181 (es), et ceux du demi-frère du roi défunt, Jean de Portugal, grand-maître de l'ordre d'Aviz.

Cette crise dynastique a une dimension nationale d'hostilité à l'influence du royaume de Castille et une dimension socio-politique d'opposition entre l'aristocratie foncière et la bourgeoisie liée au commerce maritime alors en pleine expansion. Elle marque aussi le début de la longue alliance entre les royaumes de Portugal et d'Angleterre.

La crise se termine par la victoire de Jean de Portugal à Aljubarrota (14 août 1385), à laquelle les archers anglais apportent une contribution importante.

C'est le début de la dynastie d'Aviz, qui va lancer le Portugal dans l'aventure des grandes découvertes. Cette victoire est immédiatement commémorée par la fondation du monastère de Batalha (« Bataille »), dont la construction commence en 1386.

Origines du conflit

Le mariage de Béatrice de Portugal avec le roi de Castille (mai 1383) En 1383, le roi Ferdinand de Portugal est mourant. De son mariage avec Éléonore Teles de Menezes (1350-1386), il a une seule fille survivante, Béatrice, qui est âgée de dix ans.

Jean de Castille devient veuf en 1382 et le comte d'Ourém, favori de la reine de Portugal, négocie des fiançailles pour la princesse Béatrice avec le roi castillan Espagne et Portugal, Graeme Mercer Adam ed., J. D. Morris, 1906. Ce mariage, proposé au roi Ferdinand , semble garantir la succession au trône de la jeune Béatrice Livermore 1947, p. 173. en ayant pour époux le puissant roi de Castille qui doit cependant, en cas de régence, laisser les affaires politiques du Portugal entre les mains de la reine Éléonore Teles de Menezes Campos 2008, pp. 154–156.. Signé le 2 avril 1383 à Salvaterra de Magos, le contrat de mariage stipule qu'à la mort de Ferdinand , sans héritier mâle, la couronne passe à sa fille Béatrice et que son mari est titré roi de Portugal .

Le mariage de la princesse est donc de première importance pour le futur du royaume. La reine Éléonore Teles de Menezes soutient le roi de Castille alors que d'autres factions politiques proposent différents prétendants, dont des princes anglais et français. Ferdinand opte pour le choix de sa femme, le légat pontifical des royaumes ibériques, Pedro de Luna, célèbre les fiançailles à Elvas le 14 mai 1383 et le mariage a lieu le dans la cathédrale de Badajoz Fernão Lopes, Chronique de D. Ferdinand, chapitres CLXIV - CLXVII.

La mort de Ferdinand de Portugal et le début de la crise de succession Ferdinand meurt le et la régence du royaume est confiée à sa veuve, la reine Éléonore Teles de Menezes, jusqu'à la majorité de sa fille Béatrice, conformément au contrat de mariage avec Jean de Castille lors du traité de Salvaterra de Magos et au testament du défunt monarque portugais Schäffer 1840, p. 309.. La régente maintient au pouvoir ses proches, d'origine castillane, ce qui renforce une faction d'opposition exigeant que le gouvernement ne comprenne que des membres portugais Campos 2008, pp. 221–222..

La nouvelle de la mort du roi de Portugal parvient à Jean de Castille et à sa femme Béatrice, qui ferment immédiatement les Cortes à Ségovie. Le Maître d'Aviz écrit au monarque castillan pour l'exhorter à prendre la couronne portugaise, qui lui appartient par l'intermédiaire de son épouse, et à être lui-même nommé régent en leur nom . Pour éviter un conflit dynastique avec Jean de Portugal (fils aîné d'Inês de Castro), le roi de Castille l'emprisonne à l'Alcazar de Tolède, où il adopte le titre et les armes du roi de Portugal, avec la reconnaissance de l'antipape Clément VII . La proclamation du monarque castillan, connu pour être un défenseur de l'aristocratie foncière, provoque auprès du reste de la population portugaise des émeutes qui éclatent dans les grandes villes, déclenchant ainsi la crise politique Henri le navigateur, un découvreur au de Michel Vergé-Franceschi; ed. du Félin; .

La crise Les prétendants portugais à la succession Trois demi-frères de Ferdinand, fils nés hors mariage de Pierre de Portugal peuvent apparaitre comme des alternatives au roi de Castille :

Jean (1352-1396)Voir page anglaise John, Duke of Valencia de Campos, fils d’Inês de Castro (1325-1355) ; il vit alors en Castille ; Denis (1353-1403)Page anglaise Denis, Lord of Cifuentes., aussi fils d'Inès de Castro ; Jean de Portugal (1357-1433), fils de Thérèse Lourenço, grand-maître de l'ordre d'Aviz.

Le dernier est populaire dans la classe moyenne et dans l’aristocratie.

Début du conflit (1384-1384) Le premier acte d’hostilité vient des partisans du grand-maître de l'ordre d'Aviz. Le , Jean d'Aviz et un groupe de conspirateurs entrent dans Lisbonne et assassinent le comte d'Andeiro, l'amant de la reine Éléonore qui prend la fuite.

Jean d’Aviz appelle à ses côtés Nuno Álvares Pereira, un chef militaire reconnu. Ensemble, ils s’emparent des villes de Lisbonne, Beja, Portalegre, Estremoz et Évora.

Jean de Castille entre au Portugal et occupe la ville de Santarém. Puis il assiège Lisbonne pendant quatre mois, sans succès. Il oblige aussi Eléonore à renoncer à la régence et l'envoie dans un couvent.

L'année 1384 : siège de Lisbonne et négociations avec l'Angleterre Les deux armées se rencontrent le à la bataille dos Atoleiros (dite « bataille des bourbiers »). C'est une victoire de la faction d'Aviz, mais pas décisive.

Jean de Castille se replie en effet vers Lisbonne et établit de nouveau le siège de la capitale ; avec sa marine, il bloque le port et contrôle le Tage. Son objectif est de se faire couronner roi dans la cathédrale de Lisbonne.

Jean d'Aviz cherche des soutiens à l'étranger. En 1384, la guerre de Cent Ans bat son plein entre Français et Anglais. La Castille étant l’alliée traditionnelle des Français, il sollicite l’aide anglaise.

En , il envoie une ambassade à la cour d'Angleterre où le roi Richard II d'Angleterre, âgé de 17 ans, est sous l'influence du régent Jean de Gand, duc de Lancastre. Après des hésitations, celui-ci accepte d’envoyer des troupes au Portugal, afin de fragiliser la position de Jean de Castille, dont il vise le trône au nom de son épouse Constance de Castille, fille de Pierre le Cruel.

Cependant, la population de Lisbonne commence à souffrir de la faim et est frappée par la peste. La ville n'attend pas grand-chose de l’armée de Jean d'Aviz, trop petite pour se risquer dans un affrontement direct avec les Castillans et occupée à défendre d’autres villes. Le , une escadre commandée par le capitaine Rui Perreira réussit cependant à amener un chargement de nourriture à Lisbonne. Le coût de l'opération est lourd : la quasi-totalité des bâtiments portugais ont été coulés et Rui Pereira est mort au combat.

Quelques semaines après, Almada se rend aux Castillans. La situation s'aggrave pour les habitants de Lisbonne, mais le siège est également difficile pour la Castille, qui connaît des problèmes d’approvisionnement provoqués par l'action d'Álvares Pereira sur ses lignes de ravitaillement.

À la fin de l’été, la peste noire frappe l’armée castillane, forçant Jean à se retirer vers la Castille (). Quelques semaines après, la flotte castillane abandonne le Tage . vignette|La guerre de succession du Portugal de 1383-1385

L'année 1385 : de Trancoso à Aljubarrota À la fin de 1384 et au début de 1385, Nuno Álvares Pereira reprend nombre des villes qui avaient proclamé leur soutien à la princesse Béatrice et à Jean de Castille.

À Pâques, les troupes anglaises arrivent au Portugal. Bien que peu nombreuses (environ 600 hommes), ce sont des soldats aguerris qui ont combattu en France, avec des unités d'archers qui ont prouvé leur valeur contre les charges de cavalerie. Fort de ce soutien, Jean d'Aviz convoque les Cortes à Coimbra. Le , il est proclamé roi de Portugal sous le nom de Jean .

Par un de ses premiers édits, Jean nomme Álvares Pereira connétable de Portugal et protecteur du royaume. Peu après, le roi et le connétable partent pour le nord pour en finir avec les derniers foyers de résistance.

Jean envoie alors au Portugal un corps expéditionnaire limité, qui est battu à Trancoso en mai.

Il comprend que seule une grande armée peut mettre fin à la rébellion. Durant la seconde semaine de juin, une très grande partie de l'armée castillane, commandée par le roi en personne et accompagnée d'un contingent de cavalerie française, entre au nord du Portugal.

La bataille d'Aljubarrota (14 août) L’avantage numérique est du côté de la Castille. L'armée de Jean de Castille compte hommes contre les dont dispose Jean de Portugal. Les Castillans se dirigent vers le sud, dans la direction de Lisbonne et de Santarém, les principales villes du royaume. Mais l’armée castillane et lente car lourdement équipée.

Jean et son connétable, ayant fait leur jonction à Tomar veulent éviter un nouveau siège de Lisbonne. Ils décident d'attendre l’ennemi aux environs de Leiria, près du bourg d'Aljubarrota.

La rencontre a lieu le . La bataille est livrée selon la tactique anglaise similaire à celle de la bataille de Crécy (1356) (ou de celle d'Azincourt en 1415), qui permet à une petite armée de résister à de grands contingents et à des charges de cavalerie. L’utilisation des archers anglais sur les flancs et d'obstacles pour empêcher la progression des chevaux en constituent les principaux éléments.

L’armée castillane est totalement anéantie.

Suites La Castille a subi un tel désastre que toute reprise de la guerre est impossible dans l'immédiat.

Jean devient sans conteste roi de Portugal, mettant fin à un long interrègne.

L’alliance luso-britannique est renforcée par le traité de WindsorCe traité, , est un pacte d’aide mutuelle entre l’Angleterre et le Portugal. en 1386 et renforcée par le mariage de Jean avec Philippa de Lancastre, fille de Jean de Gand.

Ce n'est qu'en 1411 que La Castille reconnaît la dynastie d'Aviz, par le traité d'Ayllón.

Notes et références

Articles connexes Guerres fernandines

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