de Champagne dit le Libéral ou le Large, né en à Vitry et mort le à Troyes, est comte de Champagne et de Brie de 1152 à sa mort en 1181. Il est le fils aîné du comte et de Mathilde de Carinthie.

Biographie

Période d'apprentissage

Enfance Né en au château de Vitry, il est le fils aîné du comte et de Mathilde de Carinthie.

Il est mentionné pour la première fois dans une charte de 1132, réalisée par son père et le prieuré de Sainte-Foy de Coulommiers. Il semble accompagner très jeune ses parents dans leur charge comtale. Ainsi, à partir de 1134, son père l'associe au pouvoir et il commence à donner son consentement sur les chartes en signant d'une croix. Il signe de son sceau pour la première fois dans une charte de 1145. La même année, il réalisera sa première charte.

Au cours de sa jeunesse, Henri a notamment côtoyé Bernard de Clairvaux, un ami proche de son père, et probablement son oncle Étienne de Blois qui fut roi d'Angleterre de 1135 à 1154.

Fiançailles En 1143, son père, craignant une guerre avec le roi de France , cherche de nouveaux alliés. À cet effet, il négocie avec Thierry d'Alsace, comte de Flandre, les fiançailles entre sa fille Laurette et Henri, ainsi que celles entre une sœur d'Henri avec Yves de Nesle, comte de Soissons. Toutefois, aucun de ces mariages n'eut lieu, peut-être pour cause de parenté, conformément à ce que défend le roi, ou alors selon une condition de paix entre le roi et le comte qui eût été la renonciation à ces alliances.

vignette|alt=Lettrine P représentant une femme assise richement vêtue.|gauche|upright|Marie de France. Un autre projet se forme toutefois rapidement et qui semble encore plus profitable pour le jeune prince. Depuis la signature du traité de Vitry, la paix était revenue entre Thibaud et , et le jeune Henri fut alors fiancé à Marie de France, fille du roi et d'Aliénor d'Aquitaine. Le couple royal n'ayant encore pas d'enfant mâle, Marie est donc héritière présomptive de l'Aquitaine et du Poitou, et est par conséquent un parti fort recherché.

avait d'abord voulu fiancer sa fille à Henri Plantagenêt, futur roi d'Angleterre, fils de , comte d'Anjou et du Maine, et de Mathilde d'Angleterre, comtesse d'Anjou, duchesse de Normandie. Mais Bernard de Clairvaux s'opposa à ce projet pour cause de consanguinité entre les deux partis et abandonna donc cette idée.

Marie fut alors fiancée à Henri. Toutefois, compte tenu de l'âge de la jeune fille, le mariage eut lieu beaucoup plus tard. La date exacte de ces nouvelles fiançailles n'est pas connue, mais est probablement antérieure de peu au départ d'Henri pour la Terre Sainte, soit vers 1147.

Départ en Terre Sainte vignette|alt=Tableau représentant un moine brandissant une croix et prêchant devant une large assemblée.|gauche|upright|Émile Signol, Saint Bernard prêche la deuxième croisade, 1840, Versailles, musée de l'Histoire de France. À la suite de la chute d'Édesse en 1144, le pape , ancien moine à Clairvaux et disciple de saint Bernard, lance en la deuxième croisade. Bernard prêche cette croisade le , jour de Pâques, à Vézelay, en présence du roi et de la reine Aliénor d'AquitaineRené Grousset, L’épopée des Croisades, 1936..

À l'instar de son roi et de sa reine, ainsi que de nombreux autres nobles ou évêques, le jeune Henri décide de prendre la croix. Henri, qui n'avait pas encore été adoubé, part avec une lettre de saint Bernard adressée à l'empereur byzantin lui demandant de bien vouloir armer chevalier le jeune prince, ce qu'acceptera de faire le basileus à Constantinople.

L'ensemble des croisés français se retrouve à Metz, lieu de départ de la croisade, en , et prend la voie terrestre à travers le diocèse de Trèves en Allemagne.

vignette|alt=Assemblée d’ecclésiastiques et de nobles entourant un couple royale, tous de blanc vêtus.|droite|upright|Concile d'Acre.Guillaume de Tyr, Historia (BNF, Mss.Fr.68, folio 251).

Sur la route d'Édesse, Henri fait partie des survivants de la défaite subie à la bataille du défilé de Pisidie le . Les croisés sont ensuite harcelés par les Turcs seldjoukides, mais Henri s'illustre particulièrement à la bataille des bords du Méandre.

Henri accompagne ensuite le roi à Antioche le puis à Jérusalem. Le , il est au concile d'Acre afin de définir la meilleure cible pour la croisade. Il participe ensuite au siège de Damas le qui est une défaite majeure des croisés et qui mène au démantèlement de la croisade. Néanmoins, Henri s'y couvre de gloire et y gagne l'estime de son roi.

À la demande de son père et par l'intermédiaire de saint Bernard, Henri rentre de croisade avant et commence son voyage de retour fin 1148 et début 1149.

Lors de son voyage de retour, pendant qu'il traversait en mer une tempête particulièrement violente, Henri fait vœu à saint Nicolas que s'il pouvait revoir son pays, il établirait un chapitre de trois chanoines dans l'église de Pougy, ce qui fut fait cinq ans plus tard, le . À cette libéralité, le seigneur de Pougy Eudes et ses frères Manassès et Renaud y ajoutèrent deux autres chanoines et divers autres dons.

Retour en Champagne

Henri est de retour dans le comté de Champagne vers la moitié de l'an 1148. En qualité de chevalier, son père lui donne en apanage les seigneuries de Vitry et de Bar-sur-Aube.

Comme beaucoup de jeunes nobles de cette époque, Henri participe volontiers à divers tournois, bien que l'église ait interdit ces pratiques. Bernard de Clairvaux essaya notamment d'empêcher un tournoi organisé par Henri et Robert de Dreux, frère du roi .

Début 1152, la mort de son père mène à l'avènement d'Henri au comté de Champagne. Parmi ses frères puînés, Thibaut hérite des comtés de Blois, de Châteaudun et de Chartres, tandis qu'Étienne obtient le comté de Sancerre. Le plus jeune des quatre frères, Guillaume, mènera quant à lui une carrière ecclésiastique et sera évêque de Chartres, archevêque de Sens puis archevêque de ReimsRacines et Histoire..

Avènement au comté de Champagne

Guerre contre les Plantagenêt En tant que nouveau comte de Champagne, un des premiers actes politiques d'Henri est de soutenir le roi contre Henri Plantagenêt dans le conflit entre Capétiens et Plantagenêt.

Outre les lois féodales qui obligeaient les vassaux à défendre par les armes leur suzerain, Henri est également fiancé à la fille de . De même, a longtemps été en guerre avec Étienne de Blois, son prédécesseur au trône d'Angleterre et oncle d'Henri. De plus, refusait de rendre hommage pour la ville de Tours à Thibaut, comte de Blois, frère et vassal d'Henri.

Après la Saint-Jean de l'an 1152, et Henri, accompagnés d' (fils d'Étienne de Blois et donc cousin d'Henri), Robert de Dreux (frère du roi de France) et (oncle d'Henri Plantagenêt, qui s'estime lésé dans son héritage), chevauchent sur la Normandie et l'Anjou, dans l'intention de se partager leurs conquêtes à eux cinq. Ils font le siège de Neuf-Marché, mais Henri Plantagenêt revient pour défendre sa ville et les assiégeants doivent se retirer après avoir signé une trêve.

L'année suivante, chevauche de nouveau en Normandie et prend Vernon et Neuf-Marché avant de devoir signer une nouvelle trêve dont une des conditions est la restitution de ces deux villes, mais on ne sait si le comte Henri l'a accompagné.

Guerre avec son frère Étienne de Sancerre Grâce à l'intervention d'Henri, un de ses plus fidèles chevaliers, Anseau de Traînel, qui l'avait accompagné en Terre-Sainte, fut fiancé en 1153 avec Alix (ou Mathilde), fille de de Donzy, dont les fiefs étaient voisins de la Champagne. Le mariage fût projeté à une date ultérieure, probablement à cause du jeune âge de la demoiselle, et Anseau et Henri rentrèrent chez eux. Puis, Étienne de Sancerre, frère cadet d'Henri, demanda à de Donzy la main de sa fille, ce que celui-ci accepta malgré les fiançailles précédentes et fit même une dot plus importante que pour le seigneur de Traînel.

Une fois informé de la situation, celui-ci en appelle au comte de Champagne qui se trouve personnellement outragé par son frère et vassal qui viole un traité qu'il a lui-même ratifié. Anseau est accompagné dans sa requête par Hervé de Donzy, fils de , car il estimait que son père dilapidait ses terres dans la dot de sa sœur. Henri porte l'affaire devant le roi de France . Le roi mène alors une armée avec le comte de Champagne, , Anseau de Traînel et Hervé de Donzy et assiège puis prend Saint-Aignan où se trouvent Étienne de Sancerre et sa femme. Ce dernier est obligé d'accepter un accord à l'amiable. Il doit restituer la dot de se femme au frère de celle-ci, Hervé de Donzy, et Anseau de Traînel garde la dot qu'il avait initialement négocié avec de Donzy. Toutefois, le mariage entre Étienne de Sancerre et Alix de Donzy ayant été fait publiquement et consommé, ils purent rester ensemble.

Rôle d'arbitre Une fois la couronne comtale ceinte, Henri sert d'arbitre pour les grands de ce monde.

En 1152 le pape , ancien moine de l'abbaye de Clairvaux, lui demande d'intervenir pour régler un litige entre l'abbé de Vézelay et les bourgeois de la ville. En 1152, , successeur d'Eugène, refera la même demande.

En 1155, il est désigné par le roi des Francs comme juge pour un différend entre l'évêque de Soissons et le chapitre de chanoines.

Henri ne joue alors plus de grand rôle pendant environ cinq ans, ce qui laisse envisager un refroidissement entre lui et le roi, dont il n'épouse toujours pas la fille bien qu'il en fût le fiancé depuis 1147. Le rapprochement de son frère Thibaut, comte de Blois, et d' fut probablement également une cause de ce refroidissement. Thibaut prit même part à une expédition anglaise contre la ville d'Agen.

Beau-frère du roi

, frère cadet d'Henri, se rapproche d'. En , il cède au roi anglais Amboise et Fréteval, avec la médiation de , momentanément réconcilié avec le roi d'Angleterre. Mais en 1159, le conflit entre les deux rois reprend, et Thibaud se trouve dans le camp anglais lors d'une attaque sur Agen.

Mais en 1160, un événement va changer des allégeances. Le , la reine de France Constance de Castille meurt. Très vite, le roi cherche de nouvelles alliances et épouse le Adèle de Champagne, sœur d'Henri, comte de Champagne, de Thibaut, comte de Blois, de Châteaudun et de Chartres et d'Étienne, comte de Sancerre.

Les trois frères font donc front commun sous la bannière du roi de France et font leurs préparatifs de guerre afin de soutenir leur suzerain.

Rôle dans le schisme du christianisme En 1159, à la mort du pape , est élu comme successeur. Toutefois, quelques évêques ne reconnaissent pas ce résultat et proclament comme pape (candidat soutenu par l'empereur Frédéric Barberousse) qui prend militairement possession de Rome ce qui oblige à fuir vers la France.

, qui soutient , charge Manassès de Garlande, évêque d'Orléans, de trouver Henri afin de négocier avec Frédéric Barberousse pour juger de la validité des élections pontificales, avec la promesse de ratifier tous les arrangements que le comte prendrait.

Henri, qui était possiblement parent avec par sa mère Mathilde de Carinthie, se charge de rencontrer l'empereur, mais il est possible qu'il ait eu préalablement avec lui une entrevue dans laquelle avait été préparé le rôle qu'il voulait jouer au profit de l'antipape Victor, en abusant du roi de France.

En 1162, une première rencontre a lieu à la limite de l'Empire et de la France afin de choisir des arbitres dans le clergé et dans le baronnage, tant français qu'allemand, afin juger de la validité de l'élection des deux papes. Le comte Henri se porte alors caution de la ratification de ce jugement par le roi de France, et de se livrer personnellement comme otage à l'empereur dans le cas où le roi refuserait le verdict puis de lui faire hommage des fiefs qu'il tient du roi de France.