Lucas d'Heere ou de Heere, parfois Mijnsheeren ou Derus en latinLucas de Heere, Den hof en boomgaerd der poësien (éd. Werner Waterschoot), Zwolle, W.E.J. Tjeenk Willink, 1969, ; Waterschoot fait remarquer que l'orthographe de Heere a sans doute été introduit par Carel van Mander., né à Gand en 1534 et mort à Paris ( ? ) le , est un peintre, poète et écrivain d'origine flamande.
Ce peintre et poète faisait également des cartons de tapisseries ; à son époque, il était un artiste célèbre et populaire, et un intellectuel aimé de la noblesse, même si ses œuvres littéraires furent ultérieurement dépréciées par la critiqueVoir, par exemple, Gerrit Siebe Overdiep, Geschiedenis van de letterkunde der Nederlanden, ., Anvers-Bruxelles, / Bois-le-Duc, , [s. d.], [ 1944 ], .Werner Waterschoot, , Jaarboek De Fonteine, année 1964-1965, Gand, , 1965, .. Ce rhétoricien était membre de la chambre (Jésus à la fleur de baume)Kornelis ter Laan, Letterkundig woordenboek voor Noord en Zuid, impr., La Haye/Jakarta, , 1952, ..
Lucas de Heere avait comme devises (« Le plus ancien est le meilleur ») et (« La paix est bonne »). Son anagramme était (« L'erreur vous instruit »)Carel van Mander, Het Schilder-Boeck] (fac-similé de la première édition, Haarlem, 1604), Utrecht, Davaco Publishers, 1969, fol. 256v. lire en ligne.. Outre sa langue maternelle, le néerlandais, il parlait le latin et le français, langues dans lesquelles il écrivait également.
Biographie 1534-1560 : enfance, formation, France Heere était issu d'une famille nobleMarcus van Vaernewyck, De historie van Belgis, Gand, D.J. Vanderhaeghen, 1829, . de peintres et de sculpteursUn Andreas de Heere acquit la maîtrise en 1459 et un maître peintre Lucas Smyters, membre de la guilde depuis 1413, devint doyen en 1439 ; voir : Werner Waterschoot, , Jaarboek De Fonteine, année 1964-1965, Gand, , 1965, .. Selon Van Mander, sa mère Anna Smijters était une enlumineuse et son père Jan de Heere, un sculpteur et architecte ; les deux auraient excellé dans leur métier. C'est de son père qu'il apprit à dessinerKarel van Mander, Het schilder-boeck (fac-similé de la première édition, Haarlem, 1604), Utrecht, Davaco Publishers, 1969, fol. 255r.. La concession caroline ayant mis fin à la puissance des guildes de Gand en 1540 et, par conséquent, l'activité artistique dans cette ville étant en stagnation, Heere fut envoyé à Anvers par son père pour parachever sa formation de peintre dans l'atelier de Frans FlorisWerner Waterschoot, , Jaarboek De Fonteine, année 1964-1965, Gand, , .. Pour le compte de ce dernier, il fit plusieurs cartons de vitraux et de tapisseries, qui passaient pour des œuvres du maître mêmeKarel van Mander, Het schilder-boeck (fac-similé de la première édition, Haarlem, 1604), Utrecht, Davaco Publishers, 1969, fol. 255v.. Avec la noblesse d'Anvers, il se familiarisait sans doute chez Floris, dont il apprit comment se comporter dans un milieu élitiste.
L'existence de quelques portraits signés HE, dont la datation est controversée, a fait croire à certains auteurs que Heere avait déjà séjourné en Angleterre avant son exil. Ainsi, en 1554, il aurait peint Marie Tudor à Londres. Il s'agit apparemment de tableaux de Hans EwoutszWerner Waterschoot, , Jaarboek De Fonteine, année 1964-1965, Gand, , 1965, -59.. Quoi qu'il en soit, il demeurait aux Pays-Bas, dans sa ville natale, au début de 1556, car ce fut en cette année qu'il écrivit un poème à l'occasion d'un baptême, celui d'un enfant de l'imprimeur Hendrik van den Keere, auquel il aurait assisté comme témoin. Après l'avoir comparé avec le catéchisme de Heidelberg de 1563 ainsi qu'avec un autre, de confession catholique, publié à Anvers la même année (mais dont une impression antérieure date sans doute de 1558), Rudelsheim a cru que ce poème prouve que, si Heere se faisait passer pour un bon catholique, inconsciemment, il avait déjà adopté des idées réformistesSamuel Jan Lenselink, De Nederlandse psalmberijmingen in de 16de eeuw. Van de Souterliedekens tot Datheen met hun voorgangers in Duitsland en Frankrijk, Assen, Van Gorcum, 1959, -436.. Lors de son voyage en France en 1559-1560, il visita Fontainebleau et découvrit la poésie de la PléiadeGerrit Jan van Bork et Pieter Jozias Verkruijsse (réd.), De Nederlandse en Vlaamse auteurs van middeleeuwen tot heden met inbegrip van de Friese auteurs, Weesp, De Haan, 1985, .. Pour Catherine de Médicis, il dessina des cartons pour des tapisseries.
En 1559, il peignit Salomon et la reine de Saba, tout en représentant le roi israélite sous les traits de Philippe II, le roi d'Espagne, qui avait assisté, cette année-là, à l'assemblée des États généraux à GandGerrit Kalff, Geschiedenis der Nederlandsche letterkunde, ., Groningue, J.B. Wolters, 1907, ..
1560-1568 : Gand, ville catholique (?) Selon Rudelsheim, son mariage avec Eleonora Carboniers, poétesse et partisane de la Réforme protestante, qui dut se produire peu après son retour de France en 1560Werner Waterschoot, , Jaarboek De Fonteine, année 1964-1965, Gand, , 1965, ., lui fit embrasser la nouvelle religionJohannes Godefridus Frederiks et Frans Jozef van den Branden, Biographisch woordenboek der Noord- en Zuidnederlandsche letterkunde, Amsterdam, éditions L.J. Veen, 1888-1891, .Samuel Jan Lenselink, De Nederlandse psalmberijmingen in de 16de eeuw. Van de Souterliedekens tot Datheen met hun voorgangers in Duitsland en Frankrijk, Assen, Van Gorcum, 1959, .. Eleonora était la fille de Pieter Carboniers, bourgmestre et intendant de la ville de Veere, en Zélande. Peut-être avait-il fait sa connaissance au château de Sandenburg, où il avait séjourné à l'invitation de son mécène Adolphe de Bourgogne, seigneur de Wakken et haut-bailli de Gand, qui y résidait en sa qualité de vice-amiral des Pays-Bas. À partir de ce moment, il devint ouvertement partisan du Taciturne, dont il célébrait les victoires dans sa poésie et dans ses tableauxSamuel Jan Lenselink, De Nederlandse psalmberijmingen in de 16de eeuw. Van de Souterliedekens tot Datheen met hun voorgangers in Duitsland en Frankrijk, Assen, Van Gorcum, 1959, . Lenselink parle d'un Antoine et non d'un Adolphe de Bourgogne. S'agit-il d'une erreur ?..
Dans les années qui suivirent, il gagna en popularité à Gand en tant que peintre et poète. Il était membre de la confrérie de Sainte-Barbe au sein de l’église Saint-Jacques, qui était la quatrième chambre de rhétorique, où étaient aussi inscrits les iconoclastes Pieter de Rycke, Louis Hueriblock, Willem Onghena, Claudius Goetghebuer et Willem RutsemilisMarcus van Vaernewyck, De historie van Belgis, Gand, D.J. Vanderhaeghen, 1829, ..
Il créa des retables pour les églises Saint-Jean et Saint-Pierre. Il peignit les armoiries des chevaliers de l'ordre de la Toison d'or nommés à l'occasion du chapitre y tenu par le roi Philippe II d'Espagne en juillet 1559Edmond De Busscher, Recherches sur les peintres et sculpteurs à Gand, aux , et siècles. ., Gand, impr. E. De Busscher et fils, 1866, ..
Malgré les restrictions imposées par la guilde, il ouvrit une école de peinture dans son atelier de la . Tant dans son atelier à Gand qu'en exil en Angleterre, il eut des élèves : parmi eux Carel van Mander, Lieven van der Schelden et, sans doute, aussi Marcus Gerards le Jeune<ref name="Jaarboek De Fonteine_60">Werner Waterschoot, , Jaarboek De Fonteine, année 1964-1965, Gand, , 1965, .</ref>.
En 1564, il fournit plusieurs dessins à Plantin pour l'édition des de Johannes SambucusSamuel Jan Lenselink, De Nederlandse psalmberijmingen in de 16de eeuw. Van de Souterliedekens tot Datheen met hun voorgangers in Duitsland en Frankrijk, Assen, Van Gorcum, 1959, ..
De Clément Marot, il traduisit 37 des psaumes en vers néerlandais, ainsi que différents autres poèmes, épigrammes, sonnets et une Epistre au Roy, pour avoir esté derobéJan te Winkel, De ontwikkelingsgang der Nederlandsche letterkunde III. Geschiedenis der Nederlandsche letterkunde van de Republiek der Vereenigde Nederlanden (1), impr., Haarlem, Les héritiers F. Bohn, 1923, .. Les psaumes, qui reçurent l'approbation officielle du doyen et pléban de l'église Sainte-Gudule le Gerrit Kalff, Geschiedenis der Nederlandsche letterkunde, ., Groningue, J.B. Wolters, 1907, ., furent publiés chez Ghileyn Manilius à Gand en 1565. La portée protestante de ses psaumes et l'influence exercée par ceux-ci sont toujours un sujet de discussionSamuel Jan Lenselink, De Nederlandse psalmberijmingen in de 16de eeuw. Van de Souterliedekens tot Datheen met hun voorgangers in Duitsland en Frankrijk, Assen, Van Gorcum, 1959, ..
Son principal ouvrage serait , dédié à Adolphe de BourgogneGerrit Kalff, Geschiedenis der Nederlandsche letterkunde, ., Groningue, J.B. Wolters, 1907, ., où il réunit, en 1565, tous les poèmes qu'il avait composés jusque-là et par lequel il réagit contre la vieille façon de versifier en langue néerlandaise (), qu'il considère, dans beaucoup de cas, comme trop rude, inapte et dure ()Jan te Winkel, De ontwikkelingsgang der Nederlandsche letterkunde III. Geschiedenis der Nederlandsche letterkunde van de Republiek der Vereenigde Nederlanden (1), impr., Haarlem, Les héritiers F. Bohn, 1923, .. Heere trouve que trop de poètes se sont aliénés de la poésie, alors qu'ils devraient tenir en plus grande estime leur langue maternelle (). Dans son recueil, il s'exerce dans différentes formes littéraires, telles que l'ode, le sonnet et l'élégie, et il y inclut des lettres d'amour adressées à sa bien-aimée Eleonora. Comme poète, il reste une figure de transition, à cheval entre le style des rhétoriciens, avec leurs Un genre poétique qui s'apparente à la ballade., et celui d'une époque plus moderneGerrit Siebe Overdiep, Geschiedenis van de letterkunde der Nederlanden, ., Anvers-Bruxelles, / Bois-le-Duc, , [s. d.], [ 1944 ], .. Il essaie d'obtenir une longueur égale de vers et emploie, selon le modèle français, les octosyllabes, les décasyllabes et les alexandrins. Ses sonnets seraient les premiers publiés en néerlandais. On a suggéré qu'il avait appris le genre après être entré en contact avec la poésie de Marot et de Ronsard, c'est-à-dire lors de son séjour à la cour de FranceLeonard Forster, , , année 83, Leyde, E.J. Brill, 1967, .. Son contient, entre autres, une traduction du Temple de Cupido de Clément MarotKarel van Mander, Het schilder-boeck (fac-similé de la première édition, Haarlem, 1604), Utrecht, Davaco Publishers, 1969, fol. 256r.. Dans la préface de son ouvrage, l'auteur défend non pas la rhétorique, mais les chambres de rhétorique, qu'il voit comme des institutions d'encouragement de l'usage de la langue vernaculaireLucas de Heere, Den hof en boomgaerd der poësien (éd. Werner Waterschoot), Zwolle, W.E.J. Tjeenk Willink, 1969, ..
Même s'il était un protestant convaincu, c'est à lui que l'on doit la sauvegarde de plusieurs œuvres d'art, épargnées par les iconoclastes en 1566, dont des tableaux de Frans Floris.
1568-1577 : en exil en Angleterre
Pour Heere, l'arrivée du duc d'Albe aux Pays-Bas constituait une raison suffisante pour quitter le pays et pour se réfugier en Angleterre en 1568. Le bien-fondé de cette décision est suffisamment illustré par la suite des événements : une citation à comparaître le lui fut délivrée , suivie de l'expulsion officielle le et, finalement, de la confiscation de ses biens.
En Angleterre, Heere se trouvait sans relâche dans les hauts lieux et il y reçut des commandes, entre autres de Sir Francis Walsingham. En 1571, il fut nommé ancien de l'église réformée néerlandaise de la colonie britannique à Austin Friars. Grâce à ses contacts avec tant d'éminents, il sut attirer l'attention de Guillaume le TaciturneWerner Waterschoot, , Jaarboek De Fonteine, année 1964-1965, Gand, , 1965, .. Il se lia d'amitié avec Johannes Radermacher, auteur d'une grammaire, et avec Emanuel van Meteren, historien de la révolte des gueuxKarel J. Bostoen, , Jaargang 5, Amsterdam, Amsterdam University Press, 1988, ..