Winslow Homer ( - ) est un dessinateur, peintre, graveur et illustrateur américain, réputé pour ses marines et comme témoin objectif de son temps. En grande partie autodidacte, il est considéré comme l'un des principaux peintres du américain et l'une des figures prééminentes du réalisme américainGerry Souter, Le Réalisme américain, Parkstone, 2009, (lire en ligne)..

Biographie Origines et jeunesse Né à Boston, Winslow Homer est le deuxième des trois fils de Charles Savage Homer et de Henrietta Benson, qui appartiennent à une ancienne famille du Massachusetts issue de la classe moyenne, arrivée dans la région depuis l'Angleterre à la fin du . Henrietta est aquarelliste, et fut le premier professeur de Winslow« Winslow Homer », sur aquarelliste.org [Art3 Network].. Il grandit non loin de Cambridge, alors un village entouré de forêts. Jeune homme, on le décrit comme mince et de taille moyenne, plutôt réservé, non dénué d'humour et farouchement indépendant. Sans être passé par un cursus artistique académique, il fait ses débuts en tant qu'apprenti chez un imprimeur bostonien de lithographie, ; âgé de 19 ans, il a été recruté pour ses dons en dessin. Allergique aux produits chimiques, il quitte cet emploi deux ans plus tard pour se lancer en tant qu'illustrateur indépendant. Magazine américain le plus populaire du moment, est le premier périodique à publier ses dessins, suivi par le Bolton's Pictorial de Boston. En 1859, il emménage à Manhattan, trouve un atelier, et devient l'un des principaux artistes illustrateurs de ces magazines. vignette|redresse|gauche|« The War for the Union, 1862 - A Bayonet Charge », Harper's Weekly. En , au début de la guerre de Sécession, le l'envoie sur le front en Virginie comme reporter-illustrateur. Il effectue ses missions au sein de l'Armée du Potomac dont il ramène de nombreuses esquisses croquées sur le vif à partir desquelles il produit des compositions de batailles et des scènes de guerre. Les photographies de Mathew Brady et les dessins et peintures de Homer constituent un précieux témoignage de terrain, ce dernier étudiant le quotidien des militaires de manière directe et franche. 1861 est aussi l'année où l'artiste confie à quelques amis son envie de peindre. À la suite d'une exposition de tableaux de Pierre-Édouard Frère chez Knoedler qui semble l'émouvoir, Homer se montre ambitieux : il veut faire beaucoup mieux que ça. Il décide, durant un mois, de prendre des leçons de peinture auprès de Frederick Rondel, originaire de Paris, qui possède un atelier à New York et produit essentiellement des paysages ; il est possible qu'il se soit rendu à des cours à l'Académie américaine des beaux-arts où Rondel enseigne « Rondel, Frederick, the Elder », dans Benezit Dictionary of Artists, sur oxforindex.oup.com..

Durant l'été, il part s'exercer à saisir la nature sur le vif, en plein air. Surtout, il fait l'expérience de la couleur, puisque ses dessins n'étaient qu'en noir et blanc. Ce n'est que l'année suivante qu'il se met à peindre avec assiduité, ses premiers tableaux ayant pour sujet la guerre civile, comme en témoigne Home sweet Home dans lequel deux fantassins, comme le montrent leurs insignes, écoutent la fanfare régimentaire jouer « Home, Sweet Home ». Le général de l'Union Nelson Miles décrit l'importance de cette musique à propos d'un événement survenu dans la vallée de RappahannockHome Sweet HomeTexte de Nicolai Cikovsky Jr., publié dans le catalogue de l'exposition de la National Gallery of Art, Art for the Nation, 2000. Un autre exemple est (1866, The Met) LLoyd Goodrich, Winslow Homer, 1973, .

Première période : portraits de groupe et voyage en Europe vignette|gauche| Croquet Scene (1866), Art Institute of Chicago.

Du milieu des années 1860 à la fin des années 1870, Homer peint principalement des toiles représentant des femmes à la ville et des scènes de vie rurale. Les femmes sont celles de la côte Est, en voie d'émancipation, contemporaines, à la mode, s'amusant, et il est l'un des premiers à percevoir ce changement social, qui s'affirme au moment du avec la .

Automne 1866, il entreprend un premier voyage européen. Il arrive à Paris et y reste dix mois. Durant ce séjour, assez mystérieux, nous savons qu'il visite le Louvre et l'Exposition universelle. Pour , il produit deux dessins montrant la Grande Galerie. Du côté de l'Exposition, il y montre deux de ses toiles. Il est possible qu'il ait été marqué par le pavillon Courbet et les toiles d'Édouard Manet, deux artistes en marge de l'exposition, mais rien n'est certain ; curieusement, , qui n'est pas sans faire écho à Femmes dans un jardin de Claude Monet, deux toiles exécutées en 1866, a été achevée avant le voyage à Paris. Son meilleur ami de l'époque, John La Farge, témoigne et leurs correspondances laissent entendre que Théodore Rousseau, Constant Troyon mais surtout Camille Corot, dans leurs phases les plus naturalistes, exercèrent une influence sur le peintre trentenaire.

Deuxième époque : la gravure, l'Angleterre et la mer

Âgé de 40 ans, Homer décide de s'intéresser à la technique de la gravure sur bois. Il est raisonnable de penser qu'il subit l'influence de son ami La Farge, grand collectionneur d'estampes japonaises. Il dessine son motif issu de l'observation directement sur le bloc de bois, lequel est transmis à un graveur chargé de l'exécution finale. Certaines de ces compositions paraissent dans mais aussi dans et . Après 1875, il cesse totalement de travailler comme illustrateur. La raison est d'ordre pratique : Homer gagne mieux sa vie, entre autres grâce au succès que rencontrent ses aquarelles, un médium plus abordable.

À Gloucester, il réalise une série d'aquarelles axées sur les activités quotidiennes des enfants locaux, qu'il s'agisse de faire du bateau, d'aider aux tâches ménagères ou de jouer parmi les dunes et les quais. Ses scènes de vie rurale peuvent quant à elles se rattacher à une tradition, celle initiée par William Sidney Mount : elles ne présentent aucune forme d'idéalisation, baignant dans un naturalisme exacerbé, qui prouve que Homer est profondément attaché à la campagne, la vie à la ferme, à la rusticité. Certains de ces tableaux sont contemporaines du Tom Sawyer de Mark Twain, et comme cet écrivain, l'artiste n'y montre aucune nostalgie, se contentant des faits et ne cherchant pas à raconter une histoire ou à faire de l'humour : les enfants qu'il peint sont tout simplement présents. La toile (1874, Philadelphia Museum of Art), dans une lumière qui annonce Thomas Eakins, on voit une femme qui donne simplement de l'eau à un garçon. Tous ses tableaux à cette époque puisent leurs sujets en plein air, Homer peint ce qu'il voit et ne cherche pas à « peindre comme ».

Son atelier de New York, situé sur la Rue dans le L'adresse de ce complexe dédié aux artistes et fondé en 1858 était 51 West 10th Street — « Evoking the World of Winslow Homer », The New York Times, 17 août 1997., il le partage avec Eastman Johnson et , deux artistes plus âgés que lui, dont Homer va peu à peu se détacher. Avec La Farge qui réside aussi dans cet immeuble, Homer fait partie en 1877 des fondateurs de la : rebelle, quelque peu activiste, mais farouchement indépendant, Homer cultive son art en solitaire. Ces premières expositions solos heurtent la critique. En 1875, Henry James se plaint de ce que le peintre ne donne à voir que de grandes et lourdes masses de couleurs. Une toile comme (1871) démontre une grande maîtrise de la construction des lignes de force, une maîtrise quasi intuitive Nicolai Cikovsky, Jr., « Winslow Homer's (So-Called) Morning Bell » , The American Art Journal, Vol. 29, No. 1/2 (1998), ..

vignette| Dressing for The Carnival (1877), MET. Au tournant des années 1880, de nouveaux sujets surgissent sous le pinceau de l'artiste : l'un d'eux est la vie quotidienne des Noirs. Le peintre avait été au contact des soldats afro-américains durant la Guerre civile, puis de nouveau en 1875, quand il visite la Virginie, au moment de la Reconstruction. Homer est l'un des rares artistes de cette époque, avec Mount et Eastman Johnson, à traiter le sujet avec sérieux, sans moquerie, ce que révèlent bien trois compositions, Cueilleuses de coton, et (1876-1877).

Durant l'été 1881, il décide de partir en Angleterre, pour un voyage qui va durer plus d'une année. L'effet de ce séjour a un grand impact sur la palette du peintre, ainsi que sur ses choix de sujets. Il demeure dans le petit port de Tynemouth, dans le Tyne and Wear, où il s'adonne à l'aquarelle. Sa production est assez importante et intéressante, suffisamment pour qu'il obtienne une exposition à la Royal Academy en 1882. Il rapporte de ce voyage une chambre photographique Mawson & Swan, qui va influencer sa manière de peindre « The British camera that helped Winslow Homer capture the US », sur phaidon.com..

La Maturité : L'Ermite de Prouts Neck vignette|redresse|gauche| Winslow Homer en 1908Date du frontispice, dans William Howe Downes (1911), The life and works of Winslow Homer..

Quelque temps après son retour d'Angleterre, en 1883, il décide de quitter New York pour s'installer à , petit village côtier dans le Maine, près de Scarborough, habité de quelques pêcheurs et entouré de fermes. Il y fait construire un atelier à une centaine de mètres de la plage. C'est là qu'il a fini ses jours, seul, loin des mondanités ; longtemps, il ne quitte Prouts Neck que pour de brefs voyages à Boston ou New York. Homer Dodge Martin, un autre ami proche de Winslow Homer, témoigne que ce dernier a fini par trouver, à cinquante ans passés, l'endroit et son sujet idéal. Le peintre se met à produire de nombreuses marines d'une grand force : les cadrages, le traitement des sujets, les couleurs, rien ne ressemble à ce qu'il produit. Le peintre s'est totalement renouvelé. , commente une critique en 2006 à propos des tableaux de cette périodeFrançoise Dargent, « Les mers vigoureuses de Winslow Homer », dans Le Figaro du 29 juillet 2006, ..

Il dit adieu aux femmes en crinolines, aux enfants et à la vie rustique ; il ne s'intéresse plus qu'à l'élément marin et aux familles qui tentent d'en vivre. Il commence par une série de six toiles inspirées par le sauvetage en mer dont le sommet reste (La Corde de sauvetage, 1884), vigoureuse composition en gris transpercée par le rouge de la robe de la femme en détresse. Vers la même époque, il décide de pratiquer l'eau-forte, et va traduire jusqu'en 1889, près d'une dizaine d'aquarelles inspirées de l'Angleterre et de ses premières grandes marines, provoquant un retour au noir et blanc d'une grande netteté.

Durant les hivers, il est rejoint par son frère Charles, et tous deux vont chasser et pêcher dans les Adirondacks. Avec l'âge, Homer trouve les hivers de plus en plus durs, aussi il décide, à la fin des années 1880, de les passer aux Bahamas, non sans faire un crochet par la Floride ou Cuba. Neuf aquarelles de ces voyages en mer sont reproduites par (1885-1886) Nicolai Cikovsky (dir.), Winslow Homer, Boston, Yale University Press, 1995, .. Dans (1903), par exemple, le sujet est l'appareillage d'une goélette aurique à Key West. Le rendu des couleurs somptueuses (ciel et mer) et l'exactitude des détails techniques, dont le petit et ses cocotiers à l'horizon, sont des traits distinctifs de l'art du peintre à sa maturité.

vignette|Right and Left, 1909, National Gallery of Art, Washington DC. Il meurt dans son atelier, âgé de 74 ans, et est enterré dans le cimetière de Mount Auburn, à Cambridge au Massachusetts.

Œuvre

Son œuvre est empreinte de vigueur et de réalisme. Il utilise principalement deux techniques : l'huile et l'aquarelle.