Le lycée en France est, en premier lieu, l'établissement des trois dernières années des études secondaires (seconde, première et terminale), pour des adolescents âgés, en principe, de quinze à dix-huit ans. Il est la suite immédiate du collège. On distingue le lycée général, le lycée technologique (la classe de seconde étant commune aux deux) et le lycée professionnel (certains pouvant être agricoles ou maritimes). Les enseignements aboutissent à l'obtention d'un diplôme national, le plus souvent avec un examen national : au lycée général et technologique (LGT), il s'agit du baccalauréat (communément appelé « bac ») ; au lycée pro, on compte le baccalauréat professionnel (bac pro), le certificat d'aptitude professionnelle (CAP), le brevet professionnel (BP) ou encore le brevet des métiers d'art (BMA).
Ces mêmes établissements dispensent également des cours de certaines filières du supérieur, comme les brevets de technicien supérieur (BTS), les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) et les classes préparatoires au diplôme de comptabilité et de gestion (DCG).
Les « lycées de la Défense », quant à eux, proposent un cursus entier d'études secondaires, dès la classe de sixième. Des années 1800 à 1960, les « lycées » sont des établissements financés par l'État qui couvrent l'ensemble du secondaire.
Plusieurs lycées français sont établis à l'étranger, notamment pour les familles des Français expatriés.
Histoire
Période napoléonnienne
Créé à l'origine par Napoléon Bonaparte par la loi du 11 floréal de l'an X () pour former « l'élite de la nation », le lycée, selon l'expression de Napoléon, fait partie avec le Code civil ou encore la Légion d'honneur, des « masses de granit ». Le nom vient du Lycée, un gymnase d'Athènes près duquel Aristote enseignait. L'origine de cette appellation serait due à la proximité d'un sanctuaire dédié à Apollon LykeiosLykeios renvoie aussi bien à un souvenir « oriental » (la Lycie) qu'à l'idée de lumière (cf. latin lux, luna) ou au nom qui en grec désigne le loup : Ð lÚkoj. Apollon devient ainsi « dieu-au-loup », « tueur de loups », mais aussi « dieu-loup ». Académie de Nancy.
Les lycées de garçons ont été créés en 1802 à partir des plus importantes écoles centrales. Le lycée assure une formation en lettres (français, latin, grec ancien (trois professeurs)) et en sciences (trois professeurs). L'article 5 du décret du 17 mars 1808 en fixe ainsi le programme : « Les langues anciennes, l'histoire, la rhétorique, la logique, et les éléments des sciences mathématiques et physiques ». Le régime usuel est l'internat ; les lycées sont marqués par un encadrement de type militaire et les élèves portent un uniforme. Peu nombreux (il était prévu en théorie un lycée par département), les lycées sont entièrement pris en charge par l'État. Le fonctionnement est assuré par un proviseur, aidé par un censeurchargé de maintenir le bon ordre et la discipline, équivalent d'un actuel Conseiller principal d'éducation et un économe ; l'enseignement est fait par des professeurs agrégés dont la fonction apparaît dans l'enseignement, après l'institution des « agrégés » créés par le roi Louis XV, en 1766, afin de compléter alors les professeurs déjà recrutés dans les collèges royaux. L'accès au lycée se fait après passage d'un examen de contrôle des connaissances apprises auparavant et la scolarité est aussi payante, même s'il est prévu d'accorder des bourses aux élèves qui en auraient besoin, vu les revenus de leurs parents.
Par la loi Chaptal du , dite loi du 11 floréal de l'an X, les neuf premiers lycées impériaux sont créés, sur les quarante-cinq qui seront instaurés durant la même année, selon une répartition géographique précise (un par arrondissement possédant un tribunal d’appel sur le territoire français de l’époque). Ces neuf premiers lycées sont situés dans les villes suivantes : Bruxelles, Marseille (lycée Thiers), MayenceArrette qui ordonne l'établissement d'un lycée à Mayence - de 24 vendémiaire an 11, sur Recueil des loix de la République française et des actes des autorités constituées, depuis le Régime constitutionnel de l'an VIII : servant de suite au Recueil des loix, proclamations, arrêtés, etc. émanés depuis… le 21 Messidor, l'an 2 de la Républ, tome 10, Lyon (collège-lycée Ampère), Bordeaux (lycée Michel-Montaigne), Strasbourg (lycée Fustel-de-Coulanges), Rouen (lycée Pierre-Corneille), Turin et Paris (lycée Louis-le-Grand). Le lycée impérial de Montpellier, actuel lycée Joffre, est considéré comme l'un des plus anciens lycées de France (avec le lycée Henri-IV de Béziers, datant de 1598) car directement issu de l'enseignement médiéval et, par la suite, universitaire..
À l'origine, ces quarante-cinq lycées portaient le nom de leur ville (excepté pour les lycées parisiens, au nombre de quatre). La liste ci-dessous les présente sous leur nom actuel. Les lycées des villes aujourd'hui étrangères n'existent plus.
vignette|redresse|Alfred de Falloux.
Avec la Restauration, les lycées prennent le nom de « collèges royaux ». Ils reprennent le nom de lycée sous la Deuxième République, ce que confirme la loi FallouxTexte sur Wikisource.. Les lycées comprenaient également des « petites classes », dont l'enseignement se rapprochait du primaire, classes connues sous le nom de petit lycée.
Lycées de jeunes filles
vignette|redresse|Camille Sée.
Les lycées de jeunes filles voient le jour avec la loi proposée par Camille Sée et votée le . Cette loi instaure un enseignement secondaire féminin qui peut se dérouler dans des lycées de jeunes filles qui sont au nombre de 36 dès 1896A. Prost, « Des lycées pour les filles », dans Id., Regards historiques sur l'éducation en France (), ..
Le premier lycée de jeunes filles en France fut créé à Montpellier en 1881 : c'est l'actuel lycée Georges-Clemenceau.
Les lycées et collèges publics deviennent gratuits (sauf pour les élèves internes) entre 1926 et 1930 et certains sont restés non-mixtes (essentiellement dans le privé) jusqu'au début du .
Émergence des filières classique et moderne
Originellement, l'enseignement dans les lycées et collèges est uniquement classique, dans le sens où les langues latine et grecque sont enseignées. Cependant, dans un contexte de Révolution industrielle et afin de former aux métiers du commerce et de l'industrie intermédiaires, c'est-à-dire compris entre le cadre et le manœuvre, l'idée d'un enseignement intermédiaire situé entre le primaire et le classique, semblable à la Realschule en Allemagne, prend forme.
vignette|redresse|Victor Duruy.
Le , le ministre Victor Duruy institue l'enseignement spécial, prenant place dans les collèges afin de répondre à ces besoins ; cet enseignement est organisé en trois années et son programme est concentrique (l'on part du programme de l'année précédente et on approfondit) et plus tourné vers la pratique, comportant du dessin et de la menuiserie. Les professeurs sont formés à l'école normale de Cluny.
L'enseignement spécial se rapproche de plus en plus de l'enseignement classique : sa durée s'allonge de trois, quatre et six, la nomenclature des classes est reprise et les débouchés se rapprochent de ceux du classique : Saint-Cyr, Polytechnique. En 1891, l'enseignement spécial devient l'enseignement moderne.
L'enseignement secondaire est réformé en 1902 : dans les enseignements classique et moderne, quatre années de tronc commun (-) sont suivies par deux années de préparation du premier bac, dont il existe quatre formes : A : latin-grec, B : latin-langues, C : latin-sciences, D : langues-sciences. A, B et C sont de l'enseignement classique alors que D est de l'enseignement moderne. Dans l'enseignement classique, le grec pouvait être commencé en . Ce premier bac donnait droit à pouvoir préparer, en une année, la seconde partie du bac (Mathématiques élémentaires et Philosophie). L'enseignement moderne accède ainsi à une forme d'égalité avec le classique, bien que perçu comme d'un niveau inférieur. Le primaire supérieur reprit le flambeau et les élèves issus du moderne.
Vers la démocratisation du cycle secondaire
De 1802 à 1959, le terme « lycée » désignait des établissements financés par l'État couvrant l'ensemble de l'enseignement secondaire long (de la sixième à la terminale), par opposition aux « collèges », qui pouvaient également couvrir l'ensemble du cycle secondaire long, mais étaient financés par la municipalité ou par le département. De 1959 à 1963, l'ensemble des collèges et lycées couvrant l'intégralité de l'enseignement secondaire long prirent la dénomination de « lycée ». À partir de 1963, le terme prend sa signification actuelle, le premier cycle de l'enseignement secondaire (de la à la ) se transformant progressivement en « collège d'enseignement secondaire »Jean-Michel Chapoulie, Les professeurs de l'enseignement secondaire : Un métier de classe moyenne, page 3..
Le décret 59-57 du établit des « lycées classiques, modernes et techniques » ; les anciens collèges techniques et les écoles nationales professionnelles sont transformés en lycées techniquesA. Léon, P. Roche, Histoire de l'enseignement en France, .. En 1963, les petites classes des lycées sont supprimées et assimilées au primaire. En 1977 sont institués, par le décret 76-1304 du , les lycées d'enseignement professionnel, devenus lycées professionnels en 1985 par le décret 85-1267 du . Les lycées généraux et les lycées techniques sont alors regroupés sous le nom de lycée d'enseignement général et technologique. Très souvent, les sections générales, technologiques et professionnelles de lycée coexistant dans ce qu'on appelle des lycées polyvalents.
vignette|redresse|Jean-Pierre Chevènement en 1989.
En 1985, Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'Éducation nationale lance le mot d'ordre : « 80 % d'une classe d'âge au baccalauréat », objectif repris de manière presque identique par son successeur, René Monory et repris par la loi d'orientation scolaire de 1989 de Lionel Jospin, alors ministre de l'Éducation Nationale. S'ensuit une décennie de fort développement des lycées et des premiers cycles universitairesÉric Maurin, La nouvelle question scolaire, Seuil, 2007, . L'innovation la plus marquante de la période est la création du baccalauréat professionnel en 1985. Il permet aux titulaires d'un BEP ou d'un CAP de compléter leurs études secondaires et même d'envisager des classes post-bac. De 1987 à 1995, le nombre de bacheliers passe de à . 40 % de cet accroissement s'explique par le succès des bacs professionnelsÉric Maurin, .
Réformes des années 1990 et 2000
vignette|redresse|Claude Allègre (ici en 2009).
Jusqu'en 1994, les filières du lycée s'appelaient A (littérature, philosophie, langues), B (économique et sociale), C (mathématiques), D (biologie), E (mathématiques & technique), F1, F2, F3, F4… F12 (regroupe les sections technologiques actuelles parmi lesquelles musique et danse, STI, SMS), G1, G2, G3 (tertiaire : secrétariat, commerce, comptabilité) et H (Techniques informatiques). Une réforme du baccalauréat et du lycée se met en place de 1992 à 1995, puis une autre de 1999 à 2001https://new.societechimiquedefrance.fr/wp-content/uploads/2019/12/2003-261-fev-Davous-p.31.pdf, dite « réforme Allègre ».
L'organisation des cursus au sein des lycées français est partiellement modifiée lors de la « réforme du lycéehttps://www.afae.fr/wp-content/uploads/2017/02/L_AP_transgression_incertitude.pdf », dite « réforme Chatel », créée par les ministères Xavier Darcos et Luc Chatel de 2007 à 2009, et dont l'application a commencé à la rentrée 2010 pour les secondes, 2011 pour les premières et 2012 pour les terminales.
Réformes Blanquer (2018-2019)
vignette|redresse|Jean-Michel Blanquer en 2017.
Réforme du baccalauréat et du lycée, dans les voies générale et technologique (GT)