Les Cent Nouvelles nouvelles sont un recueil de nouvelles commandé par le duc de Bourgogne Philippe le Bon qui en est le dédicataire et le reçoit entre 1456 et 1467https://www.arlima.net/ad/cent_nouvelles_nouvelles.html. Les auteurs du site Arlima fixent la composition de l'oeuvre entre 1464 et 1467 (date de la mort de Philippe le Bon, le 15 juin de cette année). Greimas et Keane, auteurs du Dictionnaire Larousse du Moyen Français (édition de 2007), supposent que l'œuvre a été effectuée entre 1462 et 1466, en raison d'une étude lexicale de l'œuvre (p. XXXVIII). . C'est le premier recueil moderne de contes de la littérature française. De la main d'un rédacteur unique, il présente cent histoires d'inspiration très libre, d'allure très gauloise, qui sont autant d'attaques lancées contre les femmes et les religieux ; elles sont présentées par trente-six conteurs, tous personnages historiques membres de la cour de Philippe le Bon.

Les diseurs se mettent en scène, utilisant leurs souvenirs, leurs expériences ou leurs lectures ; ils pillent, sans le dire, le Décaméron de Boccace (traduit en français par Laurent de Premierfait), les Confabulationes ou Facéties du Pogge (Poggio Bracciolini), les fabliaux français, la Disciplina Clericalis de Pierre Alphonse, ainsi que la chronique de Georges Chastellain<ref>La nouvelle 53 est une réécriture d'un passage de la Chronique de Georges Chastellain, fragment qui est peut-être antérieur aux Cent Nouvelles nouvelles. En effet, l'action du passage en question se déroule en 1459 chez le chroniqueur, date qui pourrait d'ailleurs être un terminus ab quo commode du recueil, si l'on veut baser celui-ci sur des faits historiques, et non sur le lexique. Chastellain est, semble-t-il, un chroniqueur assez fiable, mais il est peu probable que l'événement - le double mariage avec interversion des époux - ait eu lieu dans la réalité. Certaines différences existent, cependant, entre les deux versions, notamment les traits du prêtre marieur. (Cf. Georges Chastellain, Chronique. Les fragments du livre IV révélés par l'''Additional Manuscript 54156 de la British Library, éd. J.-Cl. Delclos, Genève, Droz, 1991 (Textes littéraires français, 394), p. 230-232.)</ref>. D'autres sources d'inspiration ont façonné les Cent Nouvelles nouvelles, telles que le Lidia, oeuvre théâtrale comique rédigée vers 1175, qui, selon Nelly Labère, aurait influencé la nouvelle n°12 des C.N.n. et l'avant-dernière nouvelle de la septième journée du DécaméronN. Labère, De la généalogie sexuelle à la généalogie textuelle : l'obscénité du Lidia, dans EMF : Studies in Early Modern France, 14, 2010, p. 41-57. L'auteur ne saisit pas que le Lidia a également servi de source d'inspiration à la nouvelle, en raison du motif de l'arbre, motif commun à toutes ces oeuvres ou nouvelles.. Également, le Floridan et Elvide de Nicolas de Clamanges a servi de base à la nouvelle, ainsi que la Marina notée par Albrecht von Eyb à l'avant-dernière nouvelle du recueil français. Le rédacteur déplace les anecdotes qu'il emprunte à des livres : elles se déroulent surtout dans les Flandres et en France, en Bourgogne, parfois à l'étranger (Angleterre, Allemagne, Italie, Provence, Lorraine, Espagne).

L'identité controversée d'un auteur anonyme Les Cent Nouvelles nouvelles ont été longtemps attribuées à tort à Antoine de La Sale, qui aurait signé la cinquantième de celles-ci, nouvelle importante du recueil, puisque centrale, selon certains chercheurs, tels que Luciano Rossi. Il en irait de même pour le Décaméron, selon certains exégètes, concernant la cinquantième nouvelle. Le style habituel d'Antoine de La Sale que l'on trouve dans les autres œuvres qu'on lui attribue avec raison diffère du style des C.N.n. En outre, Antoine de La Sale n'est pas homme à briguer l'anonymat. Son absence de la cour bourguignonne au moment de la gestation du recueil est, de plus, avéréeLes Cent Nouvelles Nouvelles, éd. P. Champion, Paris, Droz, 1928, p. LIII. Enfin, Antoine de La Sale a révisé la source d'inspiration de la nouvelle, le récit Floridan et Elvide, mais ce n'est pas sa version qui a été utilisée lors de l'écriture du recueil. L'historien Pierre Champion hésite entre Philippe de Loan et Philippe Pot mais c'est à ce dernier qu'il propose en définitive de reconnaître la paternité du recueil. La narration de quinze nouvelles revient à Philippe Pot. De plus, il s'agirait d'un homme cultivé et d'un latiniste compétent - aptitude nécessaire pour rédiger les Cent Nouvelles nouvelles, puisque les Facéties du Pogge n'étaient disponibles qu'en latin à l'époque de la conception du recueil français. Luciano Rossi a alimenté la controverse, dans le sens où il appréhende, sous les traits nébuleux de l'auteur, la figure de David Aubert. Il est l'auteur de plusieurs œuvres, dont les Conquestes et croniques de Charlemaine, présentant des convergences formelles avec les Cent Nouvelles nouvellesVoir L. Rossi, David Aubert. Autore delle Cent Nouvelles Nouvelles ? I - La genesi della novella francese e l'attivita letteraria alla corte borgognona nel quattrocento, dans Cultura Neolatina, 36, 1976, p. 114-115. . Ces convergences formelles sont, en réalité, des lieux communs de la littérature médiévale. Une hypothèse plus récente, émise en 1994 et que l'on doit à Hisara Kondo, impute l'œuvre à Georges Chastellain. Elle se fonde, pour ce faire, sur la nouvelle 53, qui s'inspire d'une partie de la chronique de l'auteur bourguignon (voir note de bas de page)<ref>Hisara Kondo, Qui est l'acteur des Cent Nouvelles Nouvelles, dans Mélanges offerts au professeur Koichi Horikoshi, s.l. 1994.</ref>. Alexandra Velissariou, qui relève cette supposition, ne l'infirme ni ne la confirmeAlexandra Velissariou, Aspects dramatiques et écriture de l'oralité dans les Cent Nouvelles Nouvelles, Paris, Honoré Champion, 2012 (Bibliothèque du XVe siècle, LXXVII), p. 16..

Ce que l'on peut avancer, à propos de ces hypothèses relatives à l'auteur des C.N.n., c'est que toutes ont été récusées et que cette identité reste encore aujourd'hui nébuleuse. Il est possible, cependant, que le recueil contienne des informations sur la personnalité et la vie de l'auteur. La rédaction des C.N.n. - celui qui a pensé l'œuvre et celui qui l'a rédigée sont parfois deux individus distincts au Moyen Âge - est le fait d'une seule personne, car, au dire d'un Roger Dubuis, qui a traduit l'œuvre en français moderne, l'unité stylistique et structurelle est prégnante. L'auteur des C.N.n. est sans doute un membre de l'entourage de Philippe le Bon.

Titres des nouvelles Données à titre d'information d’après Roger Dubuis (éd.), Les Cent Nouvelles nouvelles, Paris, Honoré Champion éditeur, 2005. Les titres des Nouvelles n'existent pas dans la version originale des Cent Nouvelles nouvelles, ils ne sont que des ajouts ultérieurs proposés ici par Roger Dubuis.

Nouvelle 1 : La Serrure rouillée Nouvelle 2 : Le Médecin victime de son art Nouvelle 3 : Un prêté pour un rendu Nouvelle 4 : La Terrible Vengeance du vaillant mercier Nouvelle 5 : Les Jugements de Monseigneur Talbot Nouvelle 6 : Un Hollandais au paradis Nouvelle 7 : Le Charretier, l’orfèvre et sa femme Nouvelle 8 : Cosi fan tutte Nouvelle 9 : On ne saurait penser à tout Nouvelle 10 : Les Pâtés d’anguille Nouvelle 11 : L’Offrande faite au diable Nouvelle 12 : La Quête du veau Nouvelle 13 : Le Clerc eunuque Nouvelle 14 : Le Faiseur de pape Nouvelle 15 : Le Bourdon de frère Conrard Nouvelle 16 : Le Mauvais Œil du chevalier Nouvelle 17 : Le Président au tamis Nouvelle 18 : La Chambrière cupide et le courtois chevalier Nouvelle 19 : L’Enfant de la neigeVoir le conte russe de Snégourotchka. Nouvelle 20 : Médecin malgré lui Nouvelle 21 : Le Remède de Madame l’Abbesse Nouvelle 22 : La Vache et le Veau Nouvelle 23 : La Ligne de démarcation Nouvelle 24 : La Demoiselle qui ramassait de l’herbe au coin d’un bois Nouvelle 25 : La Chasse au furet Nouvelle 26 : Gérard, Catherine et Conrard Nouvelle 27 : Le Coffre aux habits Nouvelle 28 : La Levrette récalcitrante Nouvelle 29 : L’Art d’être père Nouvelle 30 : Le Pèlerinage des trois marchands de Savoie Nouvelle 31 : La Mule entremetteuse Nouvelle 32 : La Dîme des Cordeliers Nouvelle 33 : La Femme aux deux amants Nouvelle 34 : Dieu dans le grenier Nouvelle 35 : Un échange avantageux Nouvelle 36 : La Main chaude Nouvelle 37 : Le Jaloux et la Barbouillée Nouvelle 38 : La Lamproie fantôme Nouvelle 39 : La Servante au grand cœur Nouvelle 40 : La Bouchère dans la cheminée Nouvelle 41 : La Coutume des clercs Nouvelle 42 : La Fausse Morte Nouvelle 43 : Le Prix du péché Nouvelle 44 : Les Déboires du curé marieur Nouvelle 45 : Madame Marguerite Nouvelle 46 : Des poires sur un poirier Nouvelle 47 : La Mule de Madame la Présidente Nouvelle 48 : Le Baiser interdit Nouvelle 49 : La Robe rapiécée Nouvelle 50 : Tel père, tel fils Nouvelle 51 : La Distribution des enfants Nouvelle 52 : Les Trois Enseignements du père mourant Nouvelle 53 : La Méprise du curé de Sainte-Gudule Nouvelle 54 : L’Heure du charretier Nouvelle 55 : Le Remède souverain contre la peste Nouvelle 56 : La Mort du loup Nouvelle 57 : La Demoiselle berger Nouvelle 58 : Une fâcheuse initiative Nouvelle 59 : L’Amer Festin du compagnon qui aimait trop les femmes Nouvelle 60 : Les Trois Bourgeoises tonsurées Nouvelle 61 : Le Coffre au rat Nouvelle 62 : Le Diamant perdu et retrouvé Nouvelle 63 : Les Chemises de Montbléru Nouvelle 64 : La Funeste Plaisanterie de monsieur le curé Nouvelle 65 : L’Aubergiste du Mont-Saint-Michel Nouvelle 66 : Du danger d’aller aux étuves Nouvelle 67 : Le Chaperon fourré et la cordonnière Nouvelle 68 : Le Déshabillage de la femme infidèle Nouvelle 69 : La Triste Histoire de messire Clayz Utenhoven Nouvelle 70 : La Corne du diable Nouvelle 71 : Les Amants imprévoyants Nouvelle 72 : Le Gentilhomme dans la garde-robe Nouvelle 73 : La Huché du curé Nouvelle 74 : L’Office interrompu Nouvelle 75 : « Tu tardes trop, Robinet ! » Nouvelle 76 : Le Chapelain pris au collet Nouvelle 77 : Un bon fils Nouvelle 78 : La Double Confession Nouvelle 79 : Le Clystère miraculeux Nouvelle 80 : Le Jeune Mari et le petit âne Nouvelle 81 : Il ne faut pas courir deux lièvres à la fois Nouvelle 82 : Jeux de mains Nouvelle 83 : Le Festin du moine Nouvelle 84 : Chat échaudé Nouvelle 85 : Cruel Dilemme Nouvelle 86 : La Sentence de Monseigneur l’Official Nouvelle 87 : La Partie de colin-maillard Nouvelle 88 : L’Homme traqué Nouvelle 89 : Le Carême raccourci Nouvelle 90 : Le Remède infaillible Nouvelle 91 : La Femme incorrigible Nouvelle 92 : Les Sœurs ennemies Nouvelle 93 : Le Pèlerinage dans la chambre Nouvelle 94 : Le Prêtre élégant Nouvelle 95 : La Guérison de frère Aubry Nouvelle 96 : Le Testament du chien du curé Nouvelle 97 : La Femme du franc-buveur Nouvelle 98 : La Jeune Fille et la mort Nouvelle 99 : Le Vœu du clerc Nouvelle 100 : Les Perdrix de Monseigneur l’Evêque

Bibliographie

Roger Dubuis, Les Cent nouvelles nouvelles et la tradition de la nouvelle en France au Moyen Âge, Presses Universitaires de Grenoble, P.U.G., 1973. Jeanne Demers, « L’art du conte écrit ou le lecteur complice », Études françaises, vol. 9, n° 1, 1973, p. 3-13 (lire en ligne). Nelly Labère, Défricher le jeune plant. Etude du genre de la nouvelle au Moyen Âge, Paris, Champion, 2006 (Bibliothèque du , LXIX), 1061 p. Luca Pierdominici, La Bouche et le corps. Images littéraires du français, Préface de J. Dufournet, Paris, Champion, 2003 (Bibliothèque du , LXV), 288 p. Raphael Zehnder, Les modèles latins des Cent Nouvelles Nouvelles. Des textes de Poggio Bracciolini, Nicolas de Clamanges, Albrecht von Eyb et Francesco Petrarca et leur adaptation en langue vernaculaire française, Berne, Peter Lang, 2004 X-442 p. Luca Pierdominici, Les Passions du Mot. Etudes de littérature du , Fano, Aras, 2009 (Piccola biblioteca di studi medievali e rinascimentali, I), 215 p.