François, Joseph, Gérard, Augustin, Pierre Masai, né le à Roux (près de Charleroi) et mort le à Schaerbeek (Bruxelles), est philologue, codicologue, historien de la philosophie et historien du monachisme chrétien belge.

Biographie Études François Masai suit l'enseignement primaire au petit séminaire de Bonne-Espérance et à Waudrez-lez-Binche. Il fait ses humanités à Charleroi (jusqu'à la ), puis à Binche, au Collège Notre-Dame de Bon Secours, de 1924 à 1928, où son professeur de la classe de rhétorique est l'abbé Victor Deschamps.

Il s'engage ensuite dans la vie religieuse en entrant au prieuré bénédictin d'Amay. Ce prieuré a été fondé et est dirigé par Dom Lambert Beauduin qui a œuvré pour l'union des Églises et a créé la revue œcuménique Irénikon. Il demande à ceux qu'il recrute d'étudier les langues (le grec et le russe), l'histoire, la théologie, la liturgie et les différents aspects culturels de la chrétienté séparée d'Orient. Le jeune Masai prononce des vœux solennels et avance dans la vie religieuse jusqu'à recevoir le sous-diaconat. De 1930 à 1934, il poursuit sa formation à Rome, au Collège Saint-Anselme (), où il rencontre Hans-Georg Beck et obtint une licence en philosophie thomiste. Il y bénéficie surtout de l'enseignement du professeur luxembourgeois Joseph Gredt (OSB) et suit, en supplément, des cours de langue hébraïque. Dans les champs de fouilles qu'il a alors l'occasion de fréquenter, son intérêt pour l'archéologie est éveillé par Enrico Josi. Il découvre aussi, en ces années d'études, les principales villes d'Italie et spécialement Florence. Pendant son séjour romain, le jeune homme a dû nourrir de sérieux doutes quant à sa vocation religieuse, car, peu après son retour en Belgique, le , l'abbé Maurus Etcheverry (O.S.B.) signe, de Rome, un qui le délie, à sa demande, de ses engagements religieux et l'autorise à retrouver la vie séculière.

Les intentions du jeune homme, confiées à un ancien confrère du monastère d’Amay (le Père Placide), dans une lettre du , étaient alors les suivantes : . Masai entreprend alors, à l'Université catholique de Louvain, des études de philologie classique, mais n'y termine que sa première candidature (le , avec distinction). Il y est notamment l'élève de Louis-Théophile Lefort, de Augustin Mansion et, en particulier, du chanoine Edmond Remy, latiniste, pour lequel il éprouve la plus grande estime. Par ailleurs, sa connaissance du monde byzantin le conduit à seconder Elie Denissoff, qui prépare alors sa thèse de doctorat sur Maxime le Grec et l'Occident. Contribution à l'histoire de la pensée religieuse et philosophique de Michel Tivolis (Paris - Louvain, Desclée de Brouwer, 1943). Malheureusement, l'obligation, devenue pressante, de subvenir lui-même à ses besoins l'empêche de continuer à suivre régulièrement les cours de l'UCL.

À partir du , il occupe à Bruxelles le poste de surveillant de la Salle byzantine de la Bibliothèque royale de Belgique, qui émarge au budget du patrimoine de cette institution, et obtient du jury central, le , le grade de candidat (avec distinction), puis, le , le grade de licencié en philosophie et lettres (toujours avec distinction) en présentant un mémoire sur Gémiste Pléthon. L'œuvre de ce philosophe de la Renaissance ne cesse dès lors d'occuper le chercheur passionné qu'il est. C'est par une thèse intitulée Georges Gémiste Pléthon qu'il obtient, du Jury central encore, le , le titre de docteur en philosophie et lettres (avec cette fois la plus grande distinction). Sa thèse annexe est ainsi libellée : . Elle témoigne clairement de l'évolution du jeune philosophe.

Bibliothèque royale de Belgique Le , il est nommé stagiaire à la Bibliothèque royale de Belgique, où, le , il devient bibliothécaire-bibliographe, après avoir obtenu le diplôme correspondant à ce titre. Attaché à la Section des Monnaies et des Médailles à partir du , il étudie sans retard la numismatique, puis, le , passe au Cabinet des Manuscrits, où le conservateur, Frédéric Lyna , spécialiste réputé de l'histoire de l'enluminure, l'initie à cette discipline et lui confie l'examen des manuscrits les plus anciens du fonds bruxellois, ceux du haut Moyen Âge et de la période romaine. C'est là qu'en 1946, il est, avec Frédéric Lyna et Camille Gaspar, cofondateur de la revue Scriptorium, au destin de laquelle il présidera jusqu'à sa mort. C'est là aussi qu'il conçoit son Essai sur les origines de la miniature dite irlandaise (Bruxelles, Éditions Erasme ; Anvers, Standaard-Boekhandel, 1947).

Les travaux qu'il a poursuivis lui permettent de devenir, le , agrégé de l'enseignement supérieur de l'Université de Liège, par la défense d'une thèse sur Pléthon et le platonisme de Mistra et une lecture sur La doctrine averroïste de la double vérité. Le , il est promu conservateur adjoint avec mission de diriger le Cabinet des Manuscrits. Il est enfin promu, le , conservateur du Cabinet des Manuscrits, fonction qu'il occupe jusqu'à la fin de l'année 1963. Lors du départ à la retraite du conservateur en chef, Marcel Hoc, il fait acte de candidature pour le remplacer (par une lettre du ), mais le poste revient à Herman Liebaers.

C'est dans l'atmosphère studieuse de la Bibliothèque royale que Masai a l'occasion de fréquenter quelques savants dont l'influence fut décisive tant sur sa formation scientifique que sur son évolution philosophique. Citons Joseph Bidez, Jean-Baptiste Colbert de Beaulieu, Franz Cumont, Henri Grégoire, le numismate Paul Naster et l'historien Ernest Stein.

Vie politique et voyages d'étude Au lendemain de la guerre, dans le contexte du renouveau de la vie démocratique, Masai prend quelques engagements politiques. En , il sollicite l'autorisation de présenter sa candidature aux élections provinciales sur la liste centre-gauche Union démocratique belge. Il reste d'ailleurs toujours attentif à la vie politique et se montre particulièrement sensible aux intérêts de la Belgique francophone.

En 1949, il peut se rendre à la Bibliothèque nationale de France et à la Bibliothèque vaticane pour y étudier - ainsi qu'il le précise dans sa demande de congé . Il fait d'autres séjours d'étude à l'étranger, en particulier en , en 1954 et en 1956, visitant quelques grandes collections de manuscrits d'Angleterre (Londres et Oxford), de France (Paris et Dijon), d'Italie (Florence, Milan, Naples et Rome) et de Suisse (Berne et Zurich).

Il participe aussi à de nombreux congrès ou réunions scientifiques, où il représente la Bibliothèque royale de Belgique et apporte le fruit de ses propres recherches. Le , le ministre le désigna comme délégué de la Belgique au sein du Comité international de Paléographie, qui se tient alors à Paris.

Enseignement supérieur (Bruxelles, Lille) En marge de ses tâches de conservateur des manuscrits, Masai est attiré par l'enseignement. le , l'Université libre de Bruxelles lui confie la charge du cours d'Histoire de la philosophie du Moyen Âge, puis de nombreux autres cours (Explication de termes philosophiques du Moyen Âge, Histoire de Byzance, Critique historique appliquée aux textes byzantins, Grec médiéval), le nommant comme professeur à temps plein dès (moment où il obtient de la Bibliothèque royale sa mise en disponibilité). Du au , il est en outre employé par la Province de Brabant à Bruxelles, en qualité de chargé de cours à titre temporaire aux Cours provinciaux des Sciences de la bibliothèque et de la documentation. Le , il démissionne de ses fonctions à la Bibliothèque royale, dont il devient conservateur honoraire. En 1965, à l'Université libre de Bruxelles, avec Charles Delvoye, Roland Mortier , Robert Joly et Henri Plard, il fonde l'Institut d'Histoire du Christianisme. De 1968 à 1970, il est également professeur associé à la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l'Université de Lille.

Décès En 1969, lors d'un voyage de Lille à Bruxelles, il est blessé dans un accident de voiture et en 1972, il est victime d'un infarctus. Ces coups portés à sa santé l'obligent à se ménager quelque peu, mais ne l'empêchent pas de poursuivre inlassablement ses enseignements et ses recherches. Il meurt d'une tumeur cérébrale quelques mois avant la retraite, âgé de 69 ans, alors que ses amis et ses anciens élèves préparent en son honneur un volume de Miscellanea Codicologica. Il en a heureusement connaissance et peut lire les pages introductives consacrées à sa personne et à son œuvre (Bibliographie de François Masai et François Masai codicologue). Le , une cérémonie d'hommage posthume est célébrée dans les locaux de la Bibliothèque royale, au cours de laquelle prennent la parole Martin Wittek, conservateur en chef, Monique-Cécile Garand et Hubert Silvestre. À cette occasion, le volume de Miscellanea codicologica F.Masai dicata est offert à son épouse.

Œuvres et disciplines Premiers travaux Les premiers travaux de François Masai sont la traduction (en collaboration) de la Vie de notre Bienheureux Père S.Jean l'Ibère et de S.Euthyme, son fils, écrite par le pauvre Hiéromoine Georges (Irénikon, 6, 1929, p. 767-784 ; 7, 1930, p. 50-67, 181-196 et 448-460), ainsi que des recensions de livres de philosophie et de religion, publiées sous les initiales D.P.M. = Dom Paul Masai) dans la revue Irénikon dirigée par Dom Lambert Beauduin.

La miniature dite irlandaise Son premier ouvrage, lEssai sur les origines de la miniature dite irlandaise (1947) s'attache à démontrer que les principaux monuments de la miniature de style dit « irlandais » (non seulement le Livre de Lindisfarne, mais aussi le Livre de Durrow ne proviennent pas d'Irlande, comme on l'admet communément, mais de la Northumbrie. En présentant cette hypothèse audacieuse, Masai révèle ses facultés critiques ainsi que son goût pour les solutions inédites, et manifeste ses talents d'argumentateur, voire de polémiste.

Le Pléthon Mais le travail qui l'occupe de longues années et le conduit à sa pleine maturité sur Pléthon et le platonisme de Mistra (Paris, Les Belles Lettres, 1956, traduction italienne Pletone e il Platonismo di Mistra, Forli, Éd. Victrix, 2010), monographie sur le philosophe byzantin Georges Gémiste, dit Pléthon (1355-1452), restaurateur et propagateur du platonisme, qui enseigna dans la ville de Mistra (Péloponnèse) et prit part, en 1438, au Concile de Florence, où il exerça une forte influence sur les humanistes italiens. Le but annoncé de ce livre est de (p.14). Masai observe que . Il en découle un déterminisme radical, un rationalisme intégral, une proclamation du primat de la raison sur la foi, un rejet du christianisme et une revalorisation du paganisme et particulièrement du polythéisme. Dans cette grande étude, fondée sur une connaissance approfondie des textes et des manuscrits qui les concernent, Masai affirme sa maîtrise des trois domaines fondamentaux dont il sent l'intime, nécessaire et permanente solidarité: la philosophie, la philologie et l'histoire politique des sociétés. Pas de pensée qui ne soit inscrite dans la réalité de l'histoire, qui ne soit exprimée dans un texte et qui ne soit véhiculée par le support matériel, artisanal ou artistique, des manuscrits. (p. 14). Ce Pléthon est assurément un beau livre de synthèse, qui ne se limite pas à raviver la pensée du philosophe de Mistra, mais éclaire maints aspects du développement de la philosophie occidentale de la Renaissance et des Temps Modernes. Les travaux ultérieurs de Masai, apparemment si divers, trouvent leur unité dans l'esprit de cette étude fondatrice.

L'historien