alt=L'Ouzbékistan est entouré par le Kazakhstan à l'ouest-nord-ouest et au nord, le Kirghizistan à l'est, le Tadjikistan au sud-est, l'Afghanistan au sud-sud-est et le Turkménistan au sud-ouest.|vignette|Emplacement de l'Ouzbékistan sur une carte de l'Asie centrale. L'Ouzbékistan, sous sa forme complète la République d’Ouzbékistan, est un État d'Asie centrale formé dans ses frontières actuelles en 1924 en tant que république soviétique, et qui a accédé à l'indépendance le de l'URSS.
Au fil des conquêtes et des défaites des puissances militaires de différentes époques, ainsi que des ascensions et des déclins de dynasties et d'empires variés, son territoire a connu plusieurs remodelages de frontières et d'importantes migrations de populations, modifiant souvent sa composition ethnique, linguistique et religieuse.
L'Ouzbékistan est situé au croisement de grandes routes de communication et de commerce. Les Ouzbeks, de langue turcique, figurent parmi les derniers de ces migrants. thumb|right|250px|Khiva, minaret Islam Khodja. thumb|right|250px|Samarcande, madrassa Cher-Dor.
Préhistoire L'enfant de Teshik-Tash est un crâne fossilisé, découvert en 1938. L'individu auquel il appartenait était un homme de Néandertal qui a parmi ses ancêtres plusieurs Homo Sapiens, attestant d'hybridations au moins ponctuellesThe Mousterian child from Teshik-Tash is a Neanderthal : a geometric morphometric study of the frontal bone, American Journal of Physical Anthropology, 2012.
L'âge du bronze
Entre 2200 et 1700 av. J.-C., une civilisation de l'âge du bronze existe au sud de l'Ouzbékistan et du Turkménistan. Cette civilisation bactro-margienne (ou civilisation de l'Oxus ou des oasis), entretien des relations avec la civilisation de la vallée de l'Indus et se caractérise par un mélange de peuples autochtones non indo-européens, qui ont aujourd'hui totalement disparu, et d'Indo-Aryens venus du Kazakhstan occidental. Les sites archéologiques, comme celui de Djarkoutan ou de Mollali Tépé, révèlent l'existence d'un mode de vie déjà urbain, bien qu'aucune preuve de la maitrise de l'écriture n'ait été découverte, avec une pratique de l'irrigation et la culture du blé et de l'orge. À partir de 1700 av. J.-C., les Indo-Aryens commencent à migrer vers l'Inde. Ils sont remplacés en Ouzbékistan par des tribus de pasteurs nomades iraniens, telles que les Sogdiens, qui se sédentarisent.
thumb|200px|Statuette Princesse de Bactriane, début du , Louvre. On connaît également une autre culture, dite , apparue vers 1500 av. J.-C. près de Khwarezm au sud de la mer d'Aral, d'où les Iraniens du Turkestan occidental pourraient provenir. Cette culture rassemble des éléments de la culture des Tombes à Charpente et d'une culture d'Andronovo qui s'étend de l'Oural à l'ouest, vers le lac Baïkal à l'est, et jusqu'au Syr-Daria au sud.
Les cultures et , originaires de la même région, dateraient aussi de la même période de l'âge du bronze.
Les Perses, les Grecs et les nomades Bactriane, Sogdiane et Empire achéménide Les deux principaux peuples iraniens de l'Ouzbékistan étaient les Sogdiens, dans la région de Samarcande et de Boukhara, et les Bactriens, plus au sud, à cheval entre l'Ouzbékistan du sud et l'Afghanistan du nord. Les Indiens donnaient à la Bactriane le nom de Bahlikâ et les Chinois celui de Daxia. Sa capitale était Bactres (actuelle Balkh). La cité de Samarcande (Maracanda en grec) fut fondée par les Sogdiens probablement au Sogdiens et Bactriens n'ont jamais constitué d'État unifié : leur territoire était partagé en principautés centrées autour de leurs cités. thumb|right|380px|Empire achéménide lors de son extension maximale, vers 500 av. J.-C. Le zoroastrisme, religion iranienne, s'est peut-être développée en Bactriane. L'Avesta, son texte sacré, connaît Sughda- « les Sogdiens, la Sogdiane », mais il est difficile à dater. Il remonte en tout cas à une haute Antiquité. Les Sogdiens semblent avoir été des Scytho-Sakas sédentarisés.
Plus au nord, autour de la mer d'Aral, habitaient les tribus nomades des Sakas (ou Saces, apparentés aux Scythes) et des Massagètes, toutes iraniennes. Ces derniers étaient de vaillants guerriers qui, sous le règne de la reine Tomyris, assassinèrent le roi perse Cyrus . Comme chez les Sogdiens et les Bactriens, les femmes jouaient chez eux un rôle important.
Les habitants de la Bactriane et de la Sogdiane, ainsi que du Khwarezm (Kworezm) voisin situé au nord-ouest, furent majoritairement des agriculteurs maîtrisant parfaitement les techniques d'irrigation dans les vallées du Syr-Daria, Amou-Daria et du Zeravchan. Ils étaient regroupés dans des communautés de taille importante, pratiquant activement l'artisanat sur métaux et le commerce. Le nomadisme se développa surtout dans les régions désertiques et montagnardes.
La cité d'Afrassiab près de Samarcande fut fondée vers 500 av. J.-C. Le musée de son site archéologique contient les plus vieux pions d'échecs connus. Les peintures murales à Afrassiab sont célèbres et la ville est considérée comme l'un des foyers de la langue persane moderne. , le personnage Afrassiab, fondateur légendaire de la ville, serait un roi de tous les Tourans, ancêtre des Hephtalites et probablement aussi des Qarakhanides (Karakhanides) (voir plus bas les conquêtes des Hephtalites et des Qarakhanides en Ouzbékistan).
De 545 à 540 av. J.-C., Cyrus , fondateur de l’Empire perse, se lança à la conquête de l'Asie centrale, il intégra la Bactriane, la Sogdiane, le Khorezm et la Parthie dans l'Empire achéménide à titre de provinces (les , et satrapies).
Alexandre le Grand et les Séleucides thumb|240px|Alexandre sur son cheval Bucéphale. Détail de la mosaïque romaine représentant la bataille que livra Alexandre le Grand contre Darius III. Alexandre le Grand conquit la Sogdiane et la Bactriane en 327 av. J.-C., alors qu'il menait campagne contre Darius III, et mit fin à la dynastie des Achéménides. Deux ans auparavant, sur l'Oxus (Amou-Daria), il fonda une ville qui porterait par la suite le nom de Termez (ou Tirmidh, une possible déformation du nom du roi gréco-bactrien Démétrios), actuellement la ville la plus méridionale de l'Ouzbékistan.
S'étant établi à Maracanda (Samarcande), il y épousa Roxane, la fille d'Oxyartès, chef bactrien local, qu'il avait capturé en 327 av. J.-C.. Ensuite il prend, sous une épaisse neige, la forteresse dite le Rocher Sogdien (ou le Rocher d'Ariamazes), réputée jusqu'alors imprenable. Il offre au chef, Ariamazès, une capitulation honorable qu'il se voit refuser. La cité (près de la ville actuelle de Derbent) prise, Ariamazès est exécuté.
Son mariage lui fut une aide précieuse pour mater la féroce résistance populaire en Sogdiane, dirigée par Spitaménès, qui stoppait la progression de son armée, tandis que la conquête de la Bactriane lui fut relativement facile. Ce mariage fut aussi le prélude aux noces de Suse où Grecs se sont mariés à Orientales en 324 av. J.-C. thumb|droite|300px|L'empire d'Alexandre à son apogée Après son mariage et avant d'entreprendre la campagne de l'Inde, Alexandre quitte en 323 av. J.-C. son quartier général à Maracanda (Samarcande) pour conquérir la citadelle à la place de l'actuelle Tachkent. Il ordonna ensuite la construction d'une ville-comptoir sur la rive du Jaxartes (Syr-Daria) qu'il nomma Alexandrie Eskhaté (extrême).
À la suite de la mort d'Alexandre en 323 av. J.-C., le règne dans la partie nord-est de son empire, qu'on appellera Transoxiane ("Le pays au-delà de l'Oxus"), passa à son général Séleucos Nikator, fondateur de la dynastie des Séleucides. Sous Séleucos , la Bactriane subit une immigration massive de Grecs exilés et s'hellénise davantage que toute autre région conquise.
Sous le gouvernement de Séleucos II, les Séleucides, trop préoccupés par leurs déboires en Syrie, ne furent pas en mesure d'assurer le contrôle de leurs possessions orientales. Le royaume gréco-bactrien indépendant fut ainsi fondé par Diodote (Diodotos) vers -250 autour de la Bactriane, après qu'il s'est affranchi assez facilement de la tutelle des Séleucides. Sous le règne d'Euthydème I, le deuxième successeur de Diodotos, le Séleucide Antiochos III tenta de reprendre possession de la Bactriane, mais il échoua et dut reconnaître l'indépendance de ce royaume. Un important développement urbain caractérisa cette période et le syncrétisme gréco-oriental dans les arts atteint alors son apogée.
La dynastie des Séleucides s'éteignit définitivement en -64, sous Antiochos XIII Asiaticus, quand les restes de son empire, jadis le plus grand royaume hellénistique, furent annexés à l'Empire romain.
Les invasions des nomades et la mise en place de la route de la soie vignette|droite |Le royaume gréco-bactrien vers 220 av. J.-C. Entre le et le , le territoire du royaume gréco-bactrien fut envahi par des peuples nomades venus de Chine, des Yuezhi et des Sakas. Le centre du royaume se déplaça alors vers le sud-est pour devenir, vers 190 av. J.-C., le royaume indo-grec.
vignette|droite|Les principales routes de la soie entre 500 av. J.-C. et 500 ap. J.-C. (en latin) vignette|droite|Route Samarcande-Boukhara au s. Les Parthes occupèrent en 115 la partie Ouest de la Bactriane (entre l'Ouzbékistan et le Turkménistan actuels), en y remplaçant les Sakas (ou Saces) qui avaient migré plus au sud, vers l'actuel Afghanistan. Ils partagèrent cette contrée avec des Yuezhi qui y régnaient depuis 126 av. J.-C.
À cette époque, le syncrétisme religieux, perpétué par les Parthes, évolua graduellement vers le monothéisme et la notion de religion universelle se répand chez les peuples de l'actuel Ouzbékistan. Grâce à l'influence des prêtres (magi), le zoroastrisme y deviendra la religion officielle sous les Sassanides.
Plus à l'Est, l'Empire kouchan s'était formé à partir de plusieurs principautés distinctes, vers le début du millénaire, plus de cent ans après que le royaume gréco-bactrien fut anéanti par les nomades. Il occupa graduellement, entre 105 et 250, la Bactriane et une partie de la Sogdiane et du Khorezm. Cet empire fut créé par les Kouchans, une tribu des Yuezhi, un peuple de l’actuel Xinjiang en Chine, possiblement apparenté aux Tokhariens. Pendant plusieurs siècles, la civilisation koutchéenne se trouva au centre des échanges entre Orient (Chine) et Occident (Empire romain), sur le parcours de la Route de la soie. Les Kouchans ont en outre importé le bouddhisme en Asie centrale et y ont développé les arts hellénistiques de l'Orient.
L'ouverture de la , la plus longue route commerciale terrestre et maritime de l'Antiquité, et surtout sa sécurisation, après qu'elle fut restée longtemps à la merci des bandits et des pillards, grâce notamment aux efforts des Kouchans, déplaça le centre de gravité du monde iranien, des bords du Tigre vers ceux d'Amou-Daria. La Perse parthe détourna désormais les yeux des rives de l'Euphrate, pour regarder bien au-delà de Syr-Daria : à ses yeux le commerce avec la Chine prend une importance que n'avait jamais eu celui avec la Grèce, et la Transoxiane est au carrefour des axes d'échange. La Route de la soie n'a pas seulement servi pour transporter de la soie en Europe - des épices, du thé, du papier, et de la porcelaine ont également emprunté ce chemin. De plus, elle joua un rôle important dans la diffusion des croyances (p.ex., le bouddhisme), des idées et de la culture. Ceci étant, la Route durant son existence a enrichi de tous les points de vue ses villes-étapes telles que Samarcande, Kokand ou Ferghana. La célèbre route restera en usage jusqu'au milieu du Moyen Âge.
Pour résumer, l'histoire de la Transoxiane entre le et le est complexe, différents royaumes plus ou moins éphémères aux origines incertaines s'y étant succédé, avant d'être tous balayés par la puissance montante des Sassanides mazdéens (zoroastristes). À la même époque, le Ferghana dans l'est, une étape-clé sur la Route de la soie, a su garder son indépendance.
Les Sassanides perses