Petrus, Pieter ou Peter Datheen, Daets, Daten, Daeten, Dathen, Dathenus, né à Casselbergh en 1531Isidore Lucien Antoine Diegerick, Petrus Dathenus: notes sur le lieu de sa naissance, Bruges, Vandecasteele-Werbrouck, 1857, . aux anciens Pays-Bas et mort à Elbing le Philipp Christiaan Molhuysen et Petrus Johannes Blok (réd.), Nieuw Nederlandsch biografisch woordenboek, volume 2, Leyde, A.W. Sijthoff, 1912, ., est un prédicant qui a joué un rôle majeur dans la Réforme protestante des anciens Pays-Bas.
Biographie 1531-1576 Enfance et conversion Il passa son enfance dans le cloître des Carmes à YpresIsidore Lucien Antoine Diegerick, Petrus Dathenus: notes sur le lieu de sa naissance, Bruges, Vandecasteele-Werbrouck, 1857, . pour y recevoir une formation de prêtre. Lorsqu'il vit brûler vif un garçon de dix-neuf ans en raison de sa foi, il rompit avec l'Église catholique romaine. Ceci dut se passer vers 1550. Ayant prêché à Ypres et probablement aussi à Poperinge, il se vit obligé, à cause de la persécution des protestants des Pays-Bas, de passer une partie de sa vie en Angleterre et en Saint-Empire, où il reçut une formation de prédicateur.
Exil en Angleterre
À Londres, il gagna sa vie comme typographePhilip Marie Blommaert, De Nederduitsche schryvers van Gent, Gand, Van Doosselaere, 1861, .. Sous le règne du roi Édouard VI d'Angleterre, il devint prédicantAbraham Jacob van der Aa, Biographisch woordenboek der Nederlanden, volume 4, Haarlem, J.J. van Brederode, 1858, .. Après quelques années, le pouvoir en Angleterre étant tombé entre les mains de Marie la Sanglante, Dathenus - comme sa communauté religieuse - dut s'enfuir pour, finalement et après une longue odyssée, trouver refuge en Frise orientale.
Exil en Saint-Empire : point de départ de l'évangélisation des Pays-Bas vignette|droite|Gravure sur bois par Balthasar Jennicher, représentant Jean Calvin, avec qui Dathenus entretint une correspondance écrite, et qu'il rencontra sans doute à Francfort. Après un passage par Emden, il s'installa dans la ville luthérienne de Francfort-sur-le-Main en automne 1555. Ce fut là qu'en sa qualité de prédicant de la congrégation de réfugiés originaires des Pays-Bas, il dut entrer en contact avec Jean Calvin lors de la visite de celui-ci à cette ville en 1556. Avec le fondateur du calvinisme, il aurait déjà été en correspondance depuis le . Les documents d'archives mentionnent le ménage qu'il aurait entretenu à cette époque, et qui était composé de sa femme, Benedicta ou Binette, de deux enfants et d'un domestique.
Il dut quitter Francfort après sept ans, les luthériens étant inquiets du pouvoir grandissant des calvinistes et de leur nombre croissantEugène-Henri-Fortuné de Cavrines, Esquisses historiques des troubles des Pays-Bas au , Bruxelles, F.Vromant, 1865, ., et ayant toujours en tête leur persécution par les catholiques. Avec sa congrégation, comprenant une soixantaine de famillesSamuel Jan Lenselink, De Nederlandse psalmberijmingen in de 16de eeuw. Van de Souterliedekens tot Datheen met hun voorgangers in Duitsland en Frankrijk, Assen, Van Gorcum, 1959., il s'installa ensuite à Frankenthal à l'invitation du prince-électeur Frédéric III du Palatinat qui, par un acte du , mit à leur disposition deux cloîtresPhilipp Christiaan Molhuysen et Petrus Johannes Blok (réd.), Nieuw Nederlandsch biografisch woordenboek, volume 2, Leyde, A.W. Sijthoff, 1912, .. Là, Dathenus construisit sa réputation surtout sur ses traductions : ainsi, il traduisit le catéchisme de Heidelberg en néerlandais et, dans les années 1564-1565, il produisit, selon le modèle de celui de Genève, l'une des premières traductions rimées et à chanter du psautier complet en néerlandaisPhilipp Christiaan Molhuysen et Petrus Johannes Blok (réd.), Nieuw Nederlandsch biografisch woordenboek, volume 2, Leyde, A.W. Sijthoff, 1912, ..
L'iconoclasme, sévissant aux Pays-Bas méridionaux en , se produisit lorsque Dathenus se trouvait en Suisse en tant que propagandiste auprès des villes évangéliques et comme ambassadeur envoyé par ordre du prince-électeur. Celui-ci lui avait transmis des lettres de recommandation destinées, entre autres, au comte d'Egmont qui, toutefois, lors de son procès, déclara que celles-ci ne l'avaient jamais amené à l'engager. À partir du mois de , Dathenus parcourait les Pays-Bas, participant aux synodes, préparant la révolte ou prêchant, soit à Venlo, à Arnhem, à Maastricht, à Anvers, à Bruxelles, à Gand, à Bruges, à Ypres, à Flessingue, à Zierikzee, à Middelbourg, à Bergues, à Poperinge, à Nieuwkerke, à Vianen et à Amsterdam (où il entra au service de Brederode)Philipp Christiaan Molhuysen et Petrus Johannes Blok (réd.), Nieuw Nederlandsch biografisch woordenboek, volume 2, Leyde, A.W. Sijthoff, 1912, .. Ainsi Marcus van Vaernewijck le mentionne déjà en 1566-1568, dans sa chronique des troubles religieux dans les Pays-Bas () en précisant que l'on racontait de lui qu'il parlait le néerlandais (), le français (), l'allemand (), le latin, le grec et l’hébreuMarcus van Vaernewyck, Van die beroerlicke tijden in die Nederlanden en voornamelick in Ghendt, 1566-1568, (éd. Vanderhaeghen) (5 volumes), Gand, C. Annoot-Braeckman, 1872-1881, ; édition en français : Marcus van Vaernewijck, Hermann van Duyse, Troubles religieux en Flandre et dans les Pays-Bas au : journal autographe, Heins, 1905..
Au printemps de 1567, il retourna au palatinat du Rhin. Il entreprit encore un voyage, qui l’amèna en France, en sa qualité de conseiller et aumônier du duc Jean Casimir du Palatinat, un fils du prince-électeur, qui allait soutenir de son armée les Huguenots dans la deuxième guerre de religion. En 1568, Dathenus participa au synode des églises néerlandaises « sous la croix » à Wesel et, la même année, il sera encore collecteur de fonds en Suisse pour la révolte des gueux, sans toutefois obtenir des villes évangéliques sollicitées (Bâle, Berne, Zurich et Schaffhouse) l'acompte nécessaire. Ayant monté dans l’estime du prince-électeur, il devint, et peut-être déjà avant le , prédicateur de la cour, ce qui lui fit quitter Frankenthal pour la résidence de Heidelberg. C'est en 1570 qu'au nom des réfugiés, il rédigea une requête adressée à la Diète de Worms, par laquelle ils imploraient les princes allemands de soutenir la lutte des Pays-Bas contre le roi Philippe II d'Espagne. En automne de 1572, Dathenus fit fonction de commissaire à Guillaume d'Orange-Nassau, prenant en charge la restructuration de l'Église dans les villes libérées, préservant les biens ecclésiastiques et monastiques. Toutefois, jouissant d'un pouvoir plénipotentiaire, il restait au service du prince-électeur, puisqu'il se retrouva en Suisse au début de 1573Philipp Christiaan Molhuysen et Petrus Johannes Blok (réd.), Nieuw Nederlandsch biografisch woordenboek, volume 2, Leyde, A.W. Sijthoff, 1912, ..
De 1572 jusqu'en 1574, il s'efforça de nouer des contacts avec le gouvernement anglais, probablement pour le compte de princes allemands, vraisemblablement ceux du palatinat ou de Hesse-CasselPhilipp Christiaan Molhuysen et Petrus Johannes Blok (réd.), Nieuw Nederlandsch biografisch woordenboek, volume 2, Leyde, A.W. Sijthoff, 1912, ..
1576-1588 vignette|droite|Miniature, peinture à l'huile sur étain, de 1586, représentant Jean Casimir du Palatinat, protecteur de Dathenus.vignette|droite|Panneau, peint à l'huile, vers 1579, par Adriaen Thomasz. Key et représentant Guillaume le Taciturne. Celui-ci fut un protecteur de Dathenus, jusqu'à ce que des dissensions apparurent entre eux. Sous la protection de Jean Casimir et du prince d'Orange Après la mort de son protecteur Frédéric, survenue en 1576, et après que Louis VI du Palatinat, fils et successeur du précédent, eut décidé de renforcer le pouvoir du luthéranisme dans son pays, Dathenus se vit congédier de la cour de Frédéric en tant que prédicateur, tâche qu'il ne remplissait du reste plus de fait, vu ses nombreux voyages et missions. Le prince d'Orange lui offrit d'ailleurs un poste semblable à sa cour à Delft. Il obtint toutefois le soutien de Jean Casimir du Palatinat, héritier d'une partie des territoires sur lesquels avait régné son père ; Dathenus l'accompagna dans sa deuxième campagne de soutien aux huguenots, après quoi il rentra vers . Déjà à cette époque, il prévint les défenseurs de la cause néerlandaise contre le duc d'Anjou, qu'il estimait à juste titre peu fiablePhilipp Christiaan Molhuysen et Petrus Johannes Blok (réd.), Nieuw Nederlandsch biografisch woordenboek, volume 2, Leyde, A.W. Sijthoff, 1912, .. Avant d'entrer en conflit, en 1578, avec le prince d'Orange en raison de divergences d'opinions religieuses et de points de vue tactiques, Dathenus passa encore par Frankenthal, y faisant office de prédicateur, par Francfort-sur-le-Main, pour participer à une réunion de théologiens réformés, par Dordrecht, pour assister au synode national où il fut élu président, ainsi que par Gand, Anvers, Courtrai, Utrecht et AmsterdamPhilipp Christiaan Molhuysen et Petrus Johannes Blok (réd.), Nieuw Nederlandsch biografisch woordenboek, volume 2, Leyde, A.W. Sijthoff, 1912, ..
Dathenus jugeait inacceptable une alliance avec un pouvoir catholique tel que la France et ne pouvait se contenter d'une Église catholique traitée sur un pied d'égalité avec le protestantisme. Ayant formé une coalition avec le putschiste Jan van Hembyze à GandAbraham Jacob van der Aa, Biographisch woordenboek der Nederlanden, volume 8. , J.J. van Brederode, Haarlem, 1867, . - ville où il passait également beaucoup de son temps avec Herman Moded -Abraham Jacob van der Aa, Biographisch woordenboek der Nederlanden, volume 12. , Haarlem, J.J. van Brederode, 1869, ., Dathenus ne voulait céder lorsque Marnix essaya d'apaiser les espritsAbraham Jacob van der Aa, Biographisch woordenboek der Nederlanden, volume 4, Haarlem, J.J. van Brederode, 1858, .. Il occupa son poste de prédicateur encore pendant un an après l'instauration de la tolérance religieuse à Gand, le , n'attendit pourtant pas l'arrivée du prince d'Orange, prit la fuite, accompagné de son allié gantois Van Hembyze, et retourna au palatinat en passant par Leyde, Dordrecht, Utrecht et Cologne. Entre Dathenus et le prince d'Orange, des dissensions apparurent quant au degré de tolérance religieuse. Alors qu'Orange estimait que tout le monde devait jouir de sa liberté de conscience, Dathenus déclara que le parti au pouvoir avait à choisir la vraie religion et que, par conséquent, un gouvernement protestant ne devrait pas tolérer l'Église catholique.
Les tentatives de réconciliation entre le prince et son prédicateur, entreprises, entre autres, lors de l'assemblée ecclésiastique de Bruges en 1579, le synode de Middelbourg en 1581 et celui de Gueldre en 1583, ne menèrent à rien. Dathenus reprit son poste de prédicateur à Frankenthal en . Ses tâches furent facilitées lorsqu'il confirma la nomination d'Antoine Rossignol comme prédicant de l'église wallonne de Frankenthal, le . En , le consistoire approuva sa démission en tant que prédicateur, mais Dathenus poursuivit cependant ses actions de portée politique. Bientôt, il fut davantage enclin à la paix, tout en espérant que celle-ci aliénerait les églises de Hollande des régents, qu'il considérait comme les plus grands ennemis de son idéal à la fois politique et ecclésiastique. Finalement, ce conflit eut pour conséquence que Dathenus, après une période de captivité, dut de nouveau quitter les Pays-Bas lorsque eut tombé, en , la république calviniste de Gand, où il avait retrouvé sa fonction de prédicateur en 1583Philipp Christiaan Molhuysen et Petrus Johannes Blok (réd.), Nieuw Nederlandsch biografisch woordenboek, volume 2, Leyde, A.W. Sijthoff, 1912, ..
Exil en Saint-Empire du Nord : Stade et Elbing