thumb|300px|Déchets non collectés à Naples en 2010.

La crise des déchets en Campanie est caractérisée par l'« état d'urgence » concernant le traitement ordinaire des déchets ménagers et assimilés (DMA) dans cette région d'Italie. Elle commence en 1993 au moment de la déclaration de l'état d'urgence et de la nomination du premier Commissaire du gouvernement investi de pouvoirs extraordinaires DPCM du , publié à la Gazzetta ufficiale n. 35 du .. L'état d'urgence a pris officiellement fin quinze ans plus tard, avec la promulgation du décret-loi n.195, approuvé par le gouvernement le , qui avait fixé la date du comme terme de l'état d'urgence et du Commissariat extraordinaire Conseil des ministres n. 76/09 Site de la Présidence du Conseil des ministres..

Cette crise qui a pu revêtir un caractère spectaculaire en matière de collecte a en fait révélé des dysfonctionnements aigus et persistants de l'ensemble du cycle des déchets, c'est-à-dire l'existence d'une problématique transversaleDocument de travail-Parlement Européen-14/09/2010 Note C : Il est peut-être utile de préciser que la mission n'a pu ni confirmer ni infirmer les données concernant les émissions de PM10; la composition des balles comme la gestion des décharges, en revanche, ont été jugées problématiques..

Causes et facteurs aggravants Les causes qui se trouvent à l'origine de l'« urgence sur les déchets » (emergenza rifiutiL'expression italienne forgée pour l'occasion relève du style journalistique et de son caractère télégraphique. Malgré sa fortune, elle n'est pas d'un italien très correct et nécessite en français d'être légèrement détaillée. La meilleure traduction est "crise des déchets", précisément.) sont complexes. Elles consistent en un mélange d'erreurs techniques et administratives et d'intérêts politiques, industriels ou criminels.

L'origine de la crise peut en effet être attribuée entre autres aux retards dans la planification et la préparation des décharges adaptées, mises en place uniquement à partir de 2003. Mais aussi au traitement inapproprié des déchets urbains dans les sept installations de production de combustible dérivé des déchets, initialement construits et gérés par des sociétés du Groupe ImpregiloThe Canadian Press-01/03/2008(Traduction). Aux lenteurs dans la planification et la construction d'incinérateurs, dues quant à elles aux décisions que la justice avait prises au sujet de projets déjà réalisés, ce dans le but de permettre à la fois une meilleure protection de l'environnement et une lutte plus efficace contre la Camorra. Aux retards également dans la planification et la construction des installations de compostage de la partie organique provenant de la collecte différenciée. Et enfin au faible niveau moyen de celle-ci, qui plafonnait en 2007, dans la Province de Naples, à un maigre 8 %Il faut toutefois souligner que certaines communes de Campanie ont atteint des taux de collecte différenciée bien plus élevés, pouvant aller dans certains cas jusqu'à 60 %.. Par ailleurs, le fonctionnement général du cycle des déchets a été entravé par l'existence de coopératives de travailleurs dits "d'utilité sociale" qui, pour certaines, se trouvaient en réalité aux mains de la Camorra et ont permis à la faveur de la crise des déchets un trafic d'emplois fictifs dans ce secteur d'activité (200 employés réels sur les personnes recrutées).

Au-delà des causes techniques et administratives, il faut toutefois également souligner à quel point l'état d'urgence représente en lui-même une situation économiquement avantageuse non seulement pour le crime organisé campanien – qui peut recueillir avec la gestion illégale des déchets des profits parfois supérieurs à ce que lui rapporte le trafic de drogue ou les extorsions – mais aussi pour de nombreuses entreprises légales (derrière lesquelles se cache d'ailleurs souvent la camorraGéoconfluences-ENS-Lyon ). D'un côté, celles-ci profitent du système de traitement illégal pour réduire leurs coûts, et de l'autre elles participent directement à la gestion de la crisecfr. Rapport du 13 mars 2007 du Procureur National Antimafia Piero Grasso devant la Commission d'enquête parlementaire sur le cycle des déchets et les activités illicites liées à celui-ci, .. Cela entraîne la perpétuation d'une situation où, face à ces intérêts plus ou moins directement criminels, se trouvent des institutions politiques qui se sont souvent montrées incapables de s'y opposer, quand elles ne les ont pas carrément favorisésL'Express.fr-17/01/2008.

Enfin, des critiques ont été formulées contre la nature même du Commissariat, devenu de fait avec le temps une institution « ordinaire », qui s'est trouvée, en raison de sa relative autonomie financière et surtout de son nombreux personnel, dans une situation de conflit d'intérêts objectif eu égard au but initial de sa constitution. En effet, une résolution définitive de la crise aurait du même coup occasionné la disparition du Commissariat.

Impacts collectifs C'est à partir de 1994, avec une alternance de moments plus ou moins critiques, que les déchets ménagers et assimilés ne sont plus régulièrement collectés et s'accumulent, faute d'une politique de réduction des déchets. Et plus particulièrement en raison du sabotage planifié et récurrent de la collecte différenciée et des installations de combustibles dérivés des déchets (CDD), celles-ci du reste ayant parfois été placées en fermeture administrative par la justice pour contravention aux normes et n'ayant par conséquent jamais été utilisées. Cela a entraîné l'apparition dans les rues de Campanie, surtout dans les Provinces de Naples et de Caserte, d'accumulations anarchiques et malsaines de détritus faisant courir de graves dangers sanitairesEspacestemps-I.Casillo-Immonde aux populations voisines, et provoquant de plus divers problèmes d'ordre public. En outre, lorsque les ordures sont incendiées par des habitants exaspérés (mais plus souvent encore par la Camorra, qui tente ainsi de faire disparaître les traces de déchets toxiques qui s'y trouvent), cela donne lieu à de dangereuses émissions de dioxines et à des intoxications. Les décharges sauvages et les incendies de déchets, spécialement dans les communes rurales autour de Caserte, ont créé de graves problèmes, non seulement pour la santé des habitants, mais aussi pour la salubrité des productions agro-alimentaires. En effet, c'est précisément pour cette raison que la vente des produits fromagers de Campanie a significativement baissé, et pas seulement en Italie mais également à l'étranger, où, de crainte que ces produits ne soient pas sains, on a préféré éviter d'en importerSillon38 À propos du documentaire Biùtiful cauntri.

Problèmes sanitaires

En 2004, la Protection civile italienne a demandé une étude scientifique sur les conséquences sanitaires de la mauvaise gestion des déchets en Campanie à une équipe constituée de spécialistes provenant de l'Organisation mondiale de la santé, du Centre européen de l'environnement et de la santé, de l'Institut supérieur de la santé (ISS), du Conseil national de la recherche (CNR), de l'Observatoire épidémiologique de Campanie et de l'Agence régionale pour la protection de l'environnement.

L'analyse des données épidémiologiques recueillies entre 1995 et 2002 a permis aux chercheurs de mettre en corrélation les problèmes de santé publique avec la mauvaise gestion du cycle des déchets urbains et la présence des décharges sauvages aux mains du crime organisé, où ont été jetées d'énormes quantités de déchets industriels, principalement en provenance de l'Italie septentrionale et parfois de l'étranger. En particulier, on a mesuré une augmentation de 9 % de la mortalité masculine et de 12 % de la mortalité féminine, ainsi qu'une augmentation de 84 % du nombre des tumeurs au poumon et à l'estomac, des lymphomes et sarcomes, et des malformations congénitalesworldometers.

Phénomène "NIMBY" L'ensemble des causes précédemment évoquées, et qui ont conduit, tout particulièrement dans les années 2000, à une crise dramatique dans la gestion du cycle de traitement des déchets ménagers en Campanie, a également fait apparaître la nécessité de trouver des solutions de court et moyen terme, comme la réouverture ou la création de décharges, afin de rapidement mettre fin à cette situation d'urgence.

Cela a provoqué de fortes protestations de la part des populations vivant à proximité des sites qui ont pu être alors envisagés, à la manière de ce qui a été décrit comme comportement NIMBY (Not In My Back Yard – « Pas derrière chez moi »). Il convient toutefois de souligner que les habitants qui s'opposent à la réouverture des décharges justifient leur position en faisant valoir que ces choix se portent très souvent sur des carrières désaffectées non conformes et inadaptées pour des raisons structurelles, géographiques et plus encore sanitaires. Et ce alors que de nombreuses propositions d'autres sites avancées par des géologues reconnus sont ignorées Napoli.Indymedia.org:Rapport du prof. en géologie Mr. Ortolani sur Chiaiano, ou même que des décharges disponibles existent déjà mais ne sont jamais utilisées. À ce sujet, afin de mieux mesurer le paradoxe, il est utile de relever par exemple que la carrière de Chiaiano, choisie comme un des nouveaux sites destiné à accueillir une décharge par le décret-loi du , a été acquise en 2002 par la société FIBE à un prix huit fois supérieur à celui du marché. Souvent, d'ailleurs, les carrières désaffectées choisies comme sites par le Commissariat ont déjà été exploitées par le crime organisé, qui les a remplies, au mépris de toute règle en général et de toute règle sanitaire en particulier, de quantités considérables de déchets industriels hautement cancérogènes. Dans certains cas, les sites utilisés comme décharges ne sont distants que de quelques dizaines de mètres des premières habitations, et font parfois l'objet de constructions abusives. En effet, il arrive souvent que les organisations criminelles effectuent d'abord le terrassement, puis remplissent la cavité de déchets toxiques, et enfin la recouvrent de ciment avec des constructions plus ou moins sauvages, faisant ainsi un double profit.

Chronologie L'institution du Commissariat La situation d'urgence concernant les déchets en Campanie commence officiellement le avec le décret pris par le Président du Conseil des ministres alors en charge, Carlo Azeglio Ciampi. Par cette disposition, le gouvernement italien prenait acte de la situation d'urgence environnementale qui était apparue au cours des semaines précédentes dans de nombreuses villes campaniennes à cause de la saturation de certaines décharges. Il reconnaissait en outre dans le Préfet de Naples l'organe du gouvernement apte à se substituer pour l'ensemble du territoire à toutes les autres administrations locales concernées à des degrés divers et en conséquence l'institution préposée à l'exercice des pouvoirs extraordinaires du Commissariat. Entre 1994 et 1996, la gestion de la crise des déchets consista à augmenter la capacité de stockage grâce à la réquisition de plusieurs décharges privées dans toute la région, confiées ensuite à la gestion de l'ENEA (Agence pour l'énergie, les nouvelles technologies et l'environnement).

1996 : Changements d'attributions