Al-Ma’ida (arabe : , Sūratu-l-Mā'idah, « La Table » ou « La Table servie ») est le nom traditionnellement donné à la sourate du Coran, le livre sacré de l'islam. Elle comporte 120 versets. Rédigée en arabe comme l'ensemble de l'œuvre religieuse, elle fut proclamée, selon la tradition musulmane, durant la période médinoise.
Origine du nom Bien que le titre ne fasse pas directement partie du texte coraniqueA. Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, ., la tradition musulmane a donné comme nom à cette sourate La table, mais est elle aussi parfois appelée « Les Obligations ».
Les principaux thèmes de cette sourate sont les missions d'Îsâ (Jésus de Nazareth) et de Moïse (Moussa) ainsi que l'affirmation selon laquelle leurs messages sont faussés par les non-croyants juifs et chrétiens. C'est dans cette sourate qu'est racontée l'histoire de la table servie accordée par Allah à 'Īsā pour prouver la prophétie de celui-ci.
Historique Il n'existe à ce jour pas de sources ou documents historiques permettant de s'assurer de l'ordre chronologique des sourates du Coran. Néanmoins selon une chronologie musulmane attribuée à Ǧaʿfar al-Ṣādiq () et largement diffusée en 1924 sous l’autorité d’al-AzharG.S. Reynolds, « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica 58, 2011, p.477-502.R. Blachère, Introduction au Coran, p.244., cette sourate occupe la place. Elle aurait été proclamée pendant la période médinoise, c'est-à-dire schématiquement durant la seconde partie de la vie de Mahomet, après avoir quitté La MecqueR. Blachère, Le Coran, 1966, .. Contestée dès le par des recherches universitaires, cette chronologie a été revue par NöldekeG. Dye « Le Coran et son contexte Remarques sur un ouvrage récent », Oriens Christianus , 2011, p. 247-270.E. Stefanidis, « The Qur'an Made Linear: A Study of the Geschichte des Qorâns' Chronological Reordering », Journal of Qur'anic Studies, X, II, 2008, p.13., pour qui cette sourate est la .
Cette sourate est composée de différents passages évoquant tant des considérations rituelles que des polémiques antijuives et antichrétiennes. Des chercheurs ont récemment essayé de prouver une unité littéraire à cette sourate. C’est le cas de Robinson et de Cuypers (11 sections pour le premier, 6 pour le second)Reynolds G.S, "Sourate 5", Le Coran des historiens, t.2a, 2019, et suiv.. Reynolds souligne que la différence entre les deux structures ainsi mises au jour suggérerait que « la méthode employée pour trouver les structures prédétermine les structures trouvées ». La répartition des réfutations faites aux chrétiens semblent ainsi éparpillées dans les différentes sections... Ainsi, l’auteur voit davantage cette sourate comme une suite de logia connaissant un « processus de composition littéraire qui a impliqué l’insertion [...] de certaines formules ».
Bell avait essayé de relier les éléments de cette sourate à différents épisodes de la vie de Mahomet. Elle se serait construite par un processus d’altération et d’additionsLes islamologues ont utilisé plusieurs approches pour tenter de dater les différentes sourates du Coran. Paret et Neuwirth appartiennent à l’« école allemande » qui, à la suite de Nöldeke, s’appuie sur la chronologie traditionnelle et sur un récit « laïcisé » des traditions musulmanes. Autrefois dominant dans les études islamologiques, ce paradigme nöldekien n'est plus qu'« en partie présent ». Les auteurs du Coran des historiens appartiennent davantage à l’autre courant (dit sceptique ») qui prend davantage en compte une critique des sources traditionnelles. Voir : Historiographie de l'islam et du Coran. Néanmoins, pour Reynolds, plusieurs éléments, au sein de cette sourate, ne cadrent pas avec la biographie de Mahomet. Ainsi, des passages comme celui autour de la « table » montrerent une grande proximité avec le christianisme et prouvent l’existence d’un groupe important dans le milieu où cette sourate a été proclamée. Cuypers et Comerro ont inscrit cette sourate dans un contexte d’Alliance. Pour ces auteurs, une nouvelle alliance est proclamée, ce qui permet la réfutation du judaïsme et du christianisme.
Interprétations
Verset 32 : quiconque tuerait une personne… Pour Cuypers, M. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston : De Gruyter. partie. QS 8 Q 5:32. Pour l'auteur, le . Pour Joseph Witztum (cité par Reynolds), ce verset comme ceux qui précédent, racontant l'histoire de Caïn, .
Cuypers relève que le Coran ajoute une exception non présente dans le texte rabbinique. Le verset coranique parle de personnes . Pregill, remarque, ironiquement, que . En effet, ils sont à plusieurs reprises accusés d'être coupable de meurtres, comme celui des prophètes. De même, ce verset évoque l'idée de , concept qui a évolué dans la doctrine islamique. y incluant les désordres moraux, politiques, sociaux, économiques… Plus largement encore, selon certains savants musulmans, .
Cuypers repère à l'intérieur du verset un jeu de parallélisme entre Comme s'il avait tué et Comme s'il faisait vivre. Néanmoins, plus largement, ce verset s'inscrit dans un ensemble composé des versets 27 à 40 et prépare le verset suivant : (Coran 5:33). Le verset central de cette séquence (verset le plus important selon les règles de la rhétorique sémitique) est le verset 35 : (Coran 5:35).
À l'inverse du texte rabbinique, le texte coranique ne se limite pas aux . Zellentin relève que la Mishna de Jérusalem dit sanhédrin ne possède pas de limitation aux enfants d' à la différence du Talmud babylonien. Ainsi, le Coran s'inscrit dans la tradition palestinienne. Pour Reynolds, ce verset peut être interprété à la lumière d’une discussion présente dans la Mishna et s’inscrit dans le contexte adamique du premier homme créé « seul et unique ». Ce verset « doit être relié à la polémique antijuive : le décret « quiconque tue une seule âme...» ne s’applique qu’aux israélites. ».
Versets 109-120 : la table garnie Pour Cuypers, ce passage est composé de trois parties présentant des moments de la vie de Jésus : l'enfance et la vie publique, la promesse de nourriture céleste et le jugement de Jésus par DieuM. Azaiez (Ed.), G.S. Reynolds (Ed.), T. Tesei (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. partie. QS 9 Q 5:109–120. Certains mots de ce passage proviennent de l’éthiopien et la première partie est composée d'épisodes présents dans les apocryphes : Vie de Jésus en arabe et l’Histoire de l’enfance de Jésus.
Certains auteurs associent la promesse de nourriture céleste à la vision de Pierre dans les Actes des Apôtres ou à la multiplication des pains. Cuypers critique ces associations. Il voit dans cette promesse une allusion à la Cène mais surtout au "Discours du pain de Vie". La mention d'une table descendant du ciel est, pour lui, une référence au psaume 78 (verset 19). Pour Zellentin, cette table renvoie à des traditions rabbiniques et syriaques.
En présentant la table comme une « fête pour toutes les générations », le Coran fait un lien avec l’Eucharistie, présent dans Jean 6. « Toutefois, tandis que, pour les chrétiens, l’Eucharistie est le don de Jésus à ses adeptes, la « table » du Coran est simplement un signe que Dieu produit pour donner raison à un prophète. ».
Les auteurs ont spéculé sur le verset 109 et sur la « compréhension confuse que Muhammad aurait pu avoir de la Trinité » pour y voir l’existence d’une secte chrétienne particulière. Pour Reynolds, il n’y a pas de raison de spéculer sur une telle existence. Pour lui, cette accusation est une exagération délibérée, du même ordre de l’accusation coranique portée contre les chrétiens et les juifs de diviniser leur clergé.
Pour Cuypers, par le discours de Jésus dans l'Au-delà. Selon Dye, ce passage est écrit dans une optique "antichrétienne". Le verset 116 a pu être perçu comme l'illustration d'une méconnaissance du christianisme. Pour Dye, il s'agit d'une "réduction à l'absurde", proche des polémiques nestoriennes contre le titre marial de « mère de Dieu ».
Voir aussi
Articles connexes
Islam, troisième religion abrahamique Coran, livre sacré de l'islam Mahomet, prophète majeur de l'Islam Sourate, nom donné pour les chapitres du Coran Ayat, nom donné pour les versets du Coran
Bibliographie
Reynolds G.S, "Sourate 5", Le Coran des historiens, t.2a, 2019, et suiv. R. Paret, Der Koran. Kommentar und konkordanz, 1980En 2019, seuls deux ouvrages peuvent être considérés comme des commentaires scientifiques et continus du texte coranique. Il s'agit du Commentary on the Qur'an de Richard Bell publié en 1991 (aujourd'hui daté) et du Coran des historiens publié en 2019. L'ouvrage de Paret s'inscrit, avec ceux de Blachère, Khoury et Reynolds, dans un ensemble de traduction avec apparat critique. Voir : Sourate. Cuypers M., Le Festin. une lecture de la sourate al-Mā’ida, Paris, Rhétorique sémitique, 2007
Liens externes
Texte de la sourate 5 en français, d'après la traduction de Claude-Étienne Savary de 1783. Texte de la sourate 5 en arabe sur Wikisource.
Notes et références Notes
Références
Maida