Les relations entre l'Algérie et le Maroc se réfèrent aux relations bilatérales entre l'Algérie et le Maroc, deux pays maghrébins, arabes, berbères, et musulmans en Afrique du Nord. Le Maroc est représenté par un consulat général à Alger, et deux consulats à Oran et à Sidi Bel Abbès sur le site du Ministère des affaires étrangères et de la coopération du Maroc., l'Algérie est représentée par un consulat général à Rabat, et deux consulats à Casablanca et à Oujda sur le site du Ministère des affaires étrangères de l'Algérie..
Les relations entre les deux États du Maghreb ont été entachées par plusieurs crises depuis leur indépendance, notamment la guerre des Sables de 1963, la guerre du Sahara occidental de 1975 à 1991, la fermeture de la frontière algéro-marocaine en 1994, un désaccord persistant sur le statut politique du Sahara occidental et la signature de l’accord de normalisation Israël-Maroc (dans le cadre des accords d'Abraham) en 2020.
Comparaison Superficie (km²) (*) Population (2023) Densité de population (/km²) 19 (2022) 84 (2022) Capitale Alger Rabat Plus grande ville Alger (3 282 979 hab.) Casablanca (3 199 416 ) Gouvernement République à régime semi-présidentiel Monarchie constitutionnelle Langues officielles arabe, berbère arabe, berbère PIB (nominal) (milliards de dollars 2024 Banque Mondiale ) 263,6 154,4 PIB (PPA) milliards de dollars PIB (nominal) par habitant US$ PIB (PPA) par habitant US$ IDH (2021) () () Avec le Sahara occidental.
Historique
Circonstances de la guerre d'Algérie (1954-1962)
Durant la guerre d'Algérie, les relations entre les deux pays sont positives. On considère que l’indépendance du Maroc en 1956 (mais aussi celle de la Tunisie) est une conséquence de la guerre d'Algérie qui obligea la France à concentrer tous ses moyens sur l'Algérie. Plusieurs Marocains s'organisent afin de soutenir les maquisards algériens. Lorsque le Maroc déclare son indépendance en 1956, Mohammed V soutient politiquement et activement le FLN. Oujda et ses environs deviennent même une base arrière pour des combattants algériens qui bénéficient de camps d'entraînementTigrane Yégavian, « Alger Rabat. L'impossible entente », Conflits, , janvier-mars 2019, . Avec l'Irak, la Libye et la Tunisie, le Maroc est l'un des quatre États à reconnaître le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) le jour de sa proclamation, le .
Cette solidarité affichée masque toutefois de profondes ambivalences et des tensions stratégiques. En effet, malgré son indépendance acquise en 1956, le Maroc maintient la présence des troupes françaises sur son sol durant cinq années consécutives. En octobre 1960, un accord vient reconduire et formaliser pour trois ans supplémentaires (jusqu'en 1963) le maintien de bases militaires stratégiques, notamment à Meknès, Fès, Marrakech et Khouribga, réorganisées en écoles d'entraînement pour former les pilotes et l'aviation de l'armée française. L'ouverture de l'espace aérien et du territoire marocain offre à la France une base légale et logistique pour isoler l'Algérie de toutes ses frontières terrestres et maritimes. Ce dispositif militaire visait à bloquer le transit des armes, des fonds et du soutien international vers la résistance, dans l'objectif de porter un coup de grâce décisif à la révolution algérienne.
En 1957, dans un contexte d'expansionnisme, des membres de l'ALM attaquent Colomb-Béchar prétendant que cette région relevait du sultan, avant d’être repoussés par les habitants, épaulés par des membres de l'ALN, soutenant que Béchar était partie de l'Algérie. En Juillet 1962, quelques jours avant l'indépendance de l'Algérie, le Maroc lance une première attaque sur l'Algérie à Tindouf, avant de renouveler l'agression le 7 Juillet 1962 sur Béchar. Escarmouches qui n'iront pas plus loinNagy, G. (2014). La naissance des États dans le territoire maghrébin: "la guerre des sables" entre le Maroc et l’Algérie. Études Sur La Région Méditerranéenne, 23, 111–119. Consulté à l’adresse https://ojs.bibl.u-szeged.hu/index.php/mediterran_tanulmanyok/article/view/34527.
Période de l'Algérie indépendante
Après l'indépendance, l'homme politique marocain Allal El Fassi, chef de file du Parti de l'Istiqlal, conteste les frontières définies par la France et publie une carte du « Grand Maroc ». Le jeune Hassan II qui récuse également les tracés frontaliers déclenche en les hostilités contre l'Algérie essayant de mettre la main sur la région de Béchar.
Après plusieurs mois d'incidents frontaliers, la guerre ouverte, dénommée guerre des Sables, éclate dans la région algérienne de Tindouf et Hassi Beïda, puis s'étend à Figuig au Maroc. Les combats cessent le , et l'Organisation de l'unité africaine obtient un cessez-le-feu définitif le , laissant la frontière inchangée..Alf Andrew Heggoy, Colonial Origins of the Algerian-Moroccan Border Conflict of October 1963, in African Studies Review, vol. 13, , (avril 1970), , version en ligne sur JSTOR..
Les combats se sont terminés indécis. Les Algériens marqués par cet guerre, vont s'efforcer de se doter d'une armée puissante sous la direction de Houari Boumédiène, ancien dirigeant de l'armée des frontières. Alger se rapproche des pays communistes et de l'URSS, son principal fournisseur d'armes. En réaction, le Maroc se tourne davantage vers les États-Unis.
Le , un dahir (décret) royal exproprie les terres agricoles possédées par des étrangers au Maroc, selon les autorités algériennes tous les étrangers expropriés sont indemnisés sauf les Algériens.
Conflit du Sahara occidental Le litige le plus important dans les années qui suivent est la question du Sahara occidental, colonie espagnole jusqu'en 1975 et terre riche en phosphates. Le Maroc exploite la région économiquement et favorise une immigration depuis le nord du pays. L'Algérie, de son côté, soutient la rébellion du Front Polisario, mouvement politique et armé créé en 1973 pour lutter contre l'occupation espagnole. Elle accueille chez elle des réfugiés sahraouis et proclame que l'ancien protectorat espagnol est la « dernière colonie » d'Afrique.
En 1975, Hassan II organise la Marche verte qui se solde par l'annexion du territoire du Sahara occidental. La guerre du Sahara occidental se déroule entre 1975 et 1991. Durant toute cette période, l'Algérie appuie le Polisario et se fait la championne de la « lutte pour la décolonisation », tandis que les seules interventions directes de l'Algérie dans la guerre ont lieu en 1976, lors des deux premières batailles d'Amgala. Les relations diplomatiques sont rompues en 1976 à l'initiative du Maroc, et la frontière est fermée.. Par la suite, l'Algérie demeure active par son seul soutient au Front Polisario, tandis que le Maroc la qualifie de partie prenante du conflit..
Période de Détente: 1988 à 1994
Les citoyens marocains sont exemptés de visa en 1989.. Après la reprise des relations diplomatiques en , la frontière est rouverte en ..
Le Maroc et le Front Polisario signent finalement un accord de cessez-le-feu en 1991, préalable à un référendum d'autodétermination. Ce référendum n'a toujours pas eu lieu ; le Maroc contrôle 80 % du territoire du Sahara occidental, tandis que le Polisario en contrôle 20 %. Ce conflit militaire a causé la mort de plus de . En dépit de ce cessez-le-feu, le Maroc poursuit son effort militaire avec l'érection d'un mur de protection et le déploiement de . Rabat effectue également un très important programme de mise en valeur de ces territoires.
Incident de Marrakech et fermeture des frontières
En 1994, le Maroc accuse à tort l’Algérie d’être responsable de l’attentat de Marrakech, instaure des visas pour les Algériens et organise une campagne d’expulsion d’Algériens installés au Maroc sans carte de séjour. L’Algérie riposte en fermant la frontière entre l'Algérie et le Maroc et instaure un visa pour les Marocains.. Un an auparavant, Abdelhak Layada, le chef des GIA, s'était rendu au Maroc pour des raisons encore troubles. Il fut approché par les services de renseignements marocains pour qu'il liquide des opposants marocains en Algérie mais ce dernier refuse, avant d’être arrêté. Le général algérien Nezzar se rendra en personne à Rabat pour procéder à son extradition. Durant les années qui suivirent jusqu'au début de l'an 2000, presses et politiques algériens mettent en cause implicitement ou explicitement le Maroc, accusé d'offrir des bases de repli aux groupes islamistes armés.
Nouvelle période de détente sous l'ère de Bouteflika Le président algérien Abdelaziz Bouteflika tente d'entreprendre un rapprochement entre les deux pays. À peine élu en 1999, il se rend aux obsèques de Hassan II, évoque les avantages d’un Maghreb débarrassé de ses vieux conflits pour aller de l’avant dans le développement de la région. Il doit cependant composer avec les réticences de certaines franges de l'armée algérienne, très influente dans la vie politique du pays, et réaffirme régulièrement le soutien algérien à l’autodétermination du Sahara occidental, ce qui suscite la colère de la classe politique marocaine. En 2005, le ministère marocain des Affaires étrangères refuse la visite du Premier ministre algérien Ahmed Ouyahia en raison de ses déclarations sur le conflit au Sahara occidental.
En 2004, après la suppression du visa pour les Algériens., l'Algérie fait de même pour les Marocains en 2005..
Les autorités marocaines ont fermé des cafés, imposé un couvre-feu et interdit aux Sahraouis de célébrer les victoires de l'équipe d'Algérie de football lors de la CAN 2019.. Une jeune femme de 24 ans meurt fauchée par deux voitures de police..
Depuis 2020 : nouvelle escalade des tensions Dégradation des relations entre les deux pays Le Maroc intervient afin de permettre à Israël d'obtenir un statut d’observateur au sein de l’Union africaine. En contrepartie de son aide, le Maroc souhaite bénéficier d’investissements israéliens importants et intensifier la coopération sécuritaire, laquelle existe de longue date. Israël assure aussi le royaume marocain de son soutien face à son rival régional, l'Algérie, resté pour sa part proche de la cause palestinienne. Le , un tweet de Donald Trump reconnaît la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, « reconnaissance » qui restera sans suite officielle. En contrepartie de cette annonce une reconnaissance officielle de l’État d'Israël par le Maroc a lieu ce qui acte une normalisation déjà existante dans les faits des relations diplomatiques entre ces deux pays. L'accord de normalisation des relations entre les deux pays est signé officiellement le . L'Algérie dénonce l'accord comme une manœuvre destinée à la déstabiliser..
En 2021, les relations entre les deux pays se dégradent rapidement. Ainsi, en , les autorités algériennes accusent le Maroc de chercher à déstabiliser l’Algérie en utilisant le trafic de drogues, dénonçant et affirmant que .
Le , les autorités algériennes somment des agriculteurs marocains de Figuig qui exploitaient traditionnellement des palmeraies d’El Arja (oasis algérienne proche des frontières avec le Maroc) de quitter définitivement le territoire algérien alors qu'ils étaient autorisés auparavant à entrer dans le territoire algérien malgré la fermeture des frontières. Les autorités algériennes justifient cette décision par la .
Le , après que le représentant du Maroc auprès de l'ONU a fait le parallèle entre le Front Polisario et le droit à l'autodétermination des Kabyles et a fait circuler une note soutenant l’autodétermination de ces derniers lors du sommet des pays non-alignés, en réponse au soutien algérien à ceux qu’ils nomment séparatistes sahraouis., l'Algérie accuse le Maroc de soutenir le Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie.. En conséquence, l'Algérie rappelle son ambassadeur à Rabat.