Vivian Maier, née le à New York et morte le à Chicago, est une photographe de rue et cinéaste documentariste amatrice franco-états-unienne.

Travaillant pendant quarante ans comme nounou, artiste prolifique, ne se séparant jamais de son appareil photo, elle n’a jamais présenté sa production photographique ou ses films de son vivant. Ses dizaines de milliers de clichés , pris principalement à New York et à Chicago, mais aussi à travers le monde, dont une majorité de négatifs non développés, ont été découverts après sa mort, faisant d’elle une artiste célèbre.

Sitôt son œuvre rendue publique grâce aux collectionneurs états-uniens qui l’ont découverte, la reconnaissance posthume, populaire et critique de son travail a rapidement suivi et, depuis lors, ses photos sont étudiées et exposées en Amérique du Nord, en Asie et en Europe, tandis que sa vie est l’objet d’ouvrages littéraires et de documentaires filmés.

Biographie La vie de Vivian Maier a été reconstituée par John Maloof qui a recherché les témoins de son existence aux États-Unis en retrouvant notamment les familles auprès desquelles elle a vécu. La partie française de sa biographie a été reconstituée grâce aux travaux de l’Association Vivian Maier et le Champsaur qui a procédé aux mêmes recherches de témoins de sa vie dans le Champsaur, la vallée d’origine de sa famille maternelle, dans les Hautes-Alpes en France.

Vivian Maier est née à New York le . Son père, Charles Maier, est États-Unien, issu d’une famille d’émigrants autrichiens, et sa mère, Marie Jaussaud, est Française. Celle-ci est née le à Saint-Julien-en-Champsaur et y a vécu jusqu’à son départ en pour les États-Unis, où une branche de la famille Jaussaud avait déjà émigré (Eugénie Jaussaud, sa mère née le , a quitté la France pour aller travailler à New York, où elle est arrivée le ). Marie fait la connaissance à New York de Charles Maier, employé dans une droguerie, et l’épouse le . Elle obtient la nationalité états-unienne par son mariage. De cette union naissent deux enfants, d’abord un garçon, Charles William, en 1920, puis une fille, Vivian Maier, en 1926. Les parents se séparent en 1929. Le garçon est confié à ses grands-parents paternels, et Vivian Maier reste auprès de sa mère, qui trouve alors refuge auprès d’une amie, Jeanne Bertrand, résidant dans le Bronx.

Jeanne Bertrand est née en 1880 à Agnières-en-Dévoluy, non loin de la vallée du Champsaur. C’est une photographe professionnelle reconnue. Elle a eu les honneurs de la première page de l’édition du du Boston Globe, le grand journal de Boston, avec un long article élogieux sur son jeune talent de photographe, comportant sa photographie et deux portraits qu’elle avait réalisésArticle du Boston Globe du : « Jeanne J. Bertrand, une fille de 21 ans est devenue un des éminents photographes du Connecticut ».. Elle fait découvrir à Marie Maier et à sa fille sa passion pour la photographie.

Grâce aux témoignages recueillis auprès des habitants, l’association champsaurine établit qu’en 1932 ou en 1933, les deux femmes et Vivian Maier reviennent en France pour s’installer d’abord à Saint-Julien, puis à Saint-Bonnet-en-Champsaur. Une partie de l’enfance de Vivian Maier se passe donc en France, de ses six ou sept ans à ses douze ans. Elle parle le français et joue avec les enfants de son âge. Sa mère, Marie, prend quelques photographies qui sont autant de témoignages de leur séjour.

Le , Marie Maier et sa fille âgée de douze ans rentrent aux États-Unis ; elles embarquent à bord du Normandie, qui relie Le Havre à New York, où elles s’installent à nouveau. Après la Seconde Guerre mondiale, en 1950-1951, Vivian Maier, jeune adulte de 20-25 ans, revient dans le Champsaur pour vendre aux enchères une propriété qui lui a été léguée par sa grand-tante Marie-Florentine Jaussaud. Marie Maier est écartée de la succession. Cependant, déjà en 1948, sa grand-mère maternelle, Eugénie Jaussaud, décède et lui laisse un tiers de ses économies. En attendant la vente, Vivian Maier parcourt la région, rend visite aux membres de sa famille et, par tous les temps, fait de nombreuses photographies avec ses deux appareils en bandoulière.

La jeune femme repart pour New York le et entre au service d’une famille de Southampton comme nounou. Comme seule adresse, elle indique une boîte postale à Flushing. Elle ne rejoint aucun de ses parents. À partir de cette époque, Vivian Maier garde le silence sur son histoire personnelle, familiale. Elle restera dans cette famille pendant la majeure partie de son séjour à New York avant de s’établir définitivement en 1956 à Chicago, où elle poursuivra son activité de gouvernante pour enfants. En 1952, elle s’achète un excellent appareil photo, un Rolleiflex.

Vivian Maier a 30 ans à son arrivée à Chicago, où elle est engagée par Nancy et Avron Gensburg pour prendre soin de leurs trois garçons : John, Lane et Matthew. Selon Nancy Gensburg, elle n’aimait pas particulièrement être nounou, mais elle ne savait pas quoi faire d’autre. Et c’est ce métier qu’elle exercera presque jusqu’à la fin de sa vie. Chez les Gensburg, à Highland Park, au 140 Deere Park Ct, elle dispose d’une salle de bain privée qui lui sert aussi de chambre noire où elle peut développer ses négatifs et ses films. Elle donne libre cours à sa passion pour la photographie car, dès qu’elle le peut, elle part photographier dans la rue la vie quotidienne de ses habitants, les enfants, les travailleurs, les gens de la bonne société comme les malheureux, aveugles mendiants ou marginauxAnne Morin, Musée de la photographie Charles Nègre, Nice, Vivian Maier, anthology . Tout en restant au service de la famille Gensburg, la famille ayant pourvu temporairement à son remplacement, elle entreprend, seule, pendant six mois, en 1959-1960, un voyage autour du monde : elle se rend au Canada, en Égypte, au Yémen, en Italie, à Bangkok… et effectue un dernier séjour dans le Champsaur qu’elle sillonne à vélo et où elle prend de nombreuses photographies, que personne là-bas n’a vues. Secrète, elle n’a jamais dit aux Gensburg où elle était allée. C’est de cette famille, qu’elle a connue dès son arrivée à Chicago et au sein de laquelle elle a vécu pendant 17 ans, qu’elle s’est toujours sentie le plus proche.

Quand John, Lane et Matthew devenus grands n’ont plus besoin d’une nounou, Vivian Maier quitte les Gensburg et poursuit son activité de famille en famille. Elle s’occupera, par exemple, des enfants de Phil Donahue pendant un an. À cette époque, elle décide de passer à la photographie en couleur en utilisant plusieurs appareils de photographie différents, dont un Kodak et un Leica. Les couleurs représentent alors un nouvel aspect du travail photographique de Vivian Maier, elle remplace les personnes par des objets trouvés, des journaux et des graffitis. À partir de ce moment, ses négatifs ne seront ni développés, ni tirés jusqu’à la découverte de son œuvre par John Maloof.

Sa mère décède en 1975, et Vivian Maier vit seule désormais, elle a 49 ans. Elle reste animée par son extraordinaire passion pour la photographie et réalise toujours de nombreux clichés. Quand en 1987 , professeur de mathématiques à l’université de Chicago, et son épouse Karen interrogent Vivian Maier avant de l’engager, elle leur dit : « Je dois vous dire que je viens avec ma vie, et ma vie est dans des cartons ». Zalman Usiskin lui répond qu’il possède un grand garage et que ce n’est pas une difficulté. Il ne s’attendait pas à ce qu’elle vienne avec 200 cartons représentant environ trente années de photographies et contenant des négatifs, du matériel photographique et aussi, pour beaucoup d’entre eux, des coupures de journaux et de magazines soigneusement rangés dans des classeurs auxquels elle attachait beaucoup d’importance. Ses cartons sont entreposés dans un garde-meuble et elle n’y touche pas jusqu’à son départ, un an plus tard. De 1989 à 1993, avec beaucoup d’humanité, Vivian Maier prend soin de Chiara Bayleander, une adolescente handicapée mentale, qui est pour elle une compagne enjouée et dynamique. Elle entrepose ses nombreux cartons dans l’entresol de la maison de Frederico Bayleander, son employeur.

Quelques-uns de ses anciens employeurs la décrivent comme ayant des avis tranchés et pouvant même être impolie, mais les fils Gensburg l’adoraient. Pour Lane Gensburg, « elle était comme Mary Poppins ». Ils étaient aux anges quand elle leur rapportait un serpent mort pour l’examiner avec eux ou [qu'elle] les emmenait voir des films d’art et essai, assister à la parade du Nouvel An chinois ou surtout quand elle allait cueillir avec eux des fraises sauvages dans un bois tout proche de chez eux.

La vieillesse s’installe peu à peu. Vivian Maier connaît de sérieuses difficultés financières. La plus grande partie de ses affaires était stockée dans un garde-meuble, quand les frères Gensburg retrouvent leur nounou vivant dans un petit appartement à Cicero à la fin des années 1990. Vivian Maier aimait la famille Gensburg et était toujours restée en contact avec elle, allant aux mariages, aux remises de diplômes, leur rendant visite aux naissances. Les Gensburg l’installent dans un appartement agréable à Rogers Park, dans l’immeuble 7755 - 57, situé à N Scheridan Rd, et continuent de veiller sur elle. Vivian Maier passe beaucoup de temps dans le parc Rogers Beach Park, au bord du lac MichiganDocumentaire, "À la recherche de Vivian Maier", de John Maloof et Charlie Siskel. En , elle glisse sur une plaque de verglas, se blesse à la tête et est emmenée d’urgence à l’hôpital. Les frères Gensburg veillent à ce qu’elle soit bien soignée et la font entrer dans une maison de retraite médicalisée. Malgré les soins reçus et l’attention affectueuse que lui témoignent les trois frères, Vivian Maier décède le . Deux années plus tôt et sans que les frères Gensburg le sachent, les frais de stockage de ses cartons au garde-meuble étant impayés, les appareils de photographie, les négatifs, les bobines de films appartenant à Vivian Maier avaient été mis en vente aux enchères. C’est à ce moment-là, en 2007, que John Maloof s’était porté acquéreur d’un lot et ce fut le début de la reconnaissance d’une grande photographe quelques mois plus tard, avant toutefois que John Maloof puisse la retrouver et faire sa connaissance.

Ainsi, tout en travaillant durant près de quarante ans comme gouvernante et nourrice à domicile, principalement à Chicago, Vivian Maier a consacré tous ses moments de liberté à la photographie et pris plus de , principalement de personnes et d’architecture à New York, Chicago et Los Angeles. Tout au long de son existence, les photos de Vivian Maier restent inconnues et non publiées, un grand nombre de négatifs n’ayant d'ailleurs pas été développés. Un collectionneur de Chicago, John Maloof, s’en procure quelques-unes en 2007, tandis que deux autres collectionneurs de la même ville, Ron Slattery et Randy Prow, retrouvent également des photos et des négatifs dans les boîtes et les valises laissées par Vivian Maier. Ses photos sont pour la première fois publiées sur internet en 2008 par Slattery, sans attirer l’attention. Maloof de son côté, fait un lien entre son blog et le site Flickr avec une sélection d’images, et le résultat devient viral, avec des centaines de milliers d’internautes exprimant leur intérêt.

Découverte de son œuvre