Le château de Kisimul, en anglais , en gaélique écossais , est un petit château fort du Royaume-Uni situé en Écosse, dans les Hébrides extérieures. L'édifice de type maison-tour est construit sur un îlot rocheux au ras de l'eau face à Castlebay, la principale localité de l'île de Barra. Fief ancestral du chef du clan MacNeil, il est l'un des plus vieux châteaux d'Écosse et a la particularité de n'être jamais tombé aux mains des ennemis. Il fait l'objet de nombreuses modifications architecturales entre les avant d'être abandonné puis vendu en 1838. Durant un siècle, il se dégrade en raison des conditions atmosphériques et de l'action humaine, les pierres du château faisant l'objet d'un commerce. Racheté par ses anciens propriétaires en 1937, il est restauré jusqu'en 1970 et constitue depuis un site touristique classé en catégorie A.
Toponymie Le château de Kisimul est appelé en anglais et en gaélique écossais. Il est aussi appelé , , , , ou encore . Il a ainsi donné le nom de Castlebay à la baie dans laquelle il se situe ainsi qu'à la principale localité de l'île de Barra à laquelle il fait face. Il est aussi appelé le « château dans la mer », en anglais .
Le nom gaélique de provient des termes , qui désigne les impôts, et , qui désigne un tertre, signifiant ainsi « le lieu où les impôts ont été payés » mais aussi « le château du rocher de la petite baie » ou « le rocher dans la baie ».
Géographie thumb|left|Vue depuis Heaval, point culminant de Barra : aux pieds de la colline se trouve Castlebay, principale localité de l'île, en face de laquelle s'élève le château de Kisimul. Plus loin se trouvent les îles de Vatersay et de Sandray.
Le château de Kisimul se trouve dans le nord-ouest du Royaume-Uni et de l'Écosse, dans le sud des Hébrides extérieures. Il s'élève au-dessus d'un petit îlot rocheux situé au milieu de la baie de Castlebay, au sud de l'île de Barra distante d'environ au plus proche en direction de l'est. Les roches constituant le soubassement de l'île font partie du complexe Lewisien composé de croûte continentale métamorphisée datant du Précambrien. Dans la cour intérieure du château et sous les bâtiments, un sol épais parfois de contient des vestiges archéologiques dont les plus anciens remontent à la Préhistoire. Son climat, commun au reste de l'Écosse, est de type océanique. Il est caractérisé par une pluviométrie élevée de millimètres répartis tout au long de l'année et des températures fraîches oscillant de en moyenne mais qui ne connaissent pas une grande variabilité saisonnière.
Les constructions occupent quasiment toute la surface de l'île, les murailles épousant plus ou moins la forme du rocher si bien qu'à marée haute, la mer vient buter contre les murs. L'île est accessible par bateau en cinq minutes et dispose d'un slipway permettant l'accostage et le hissage des petites embarcations. Bien que privée et habitable, l'île n'est pas occupée en permanence et n'est pas considérée comme habitée.
Architecture thumb|left|Vue du château de Kisimul depuis l'est : le slipway permet d'accéder à l'entrée (non visible) du château via le donjon (à gauche) où un petit mâchicoulis est visible à son sommet côté cour intérieure. À l'opposé s'élève la tour de guet faisant face à Castlebay (non visible sur la droite). Un des deux angles surélevés des murailles est visible au centre de la photo.
Le château de Kisimul est un château fort de type maison-tour. Ses murailles forment une enceinte à cinq côtés irréguliers de vingt à trente mètres de diamètre. Les murs extérieurs ont une épaisseur moyenne d'environ mais atteignent à l'est, du côté où Barra est la plus proche du château. D'une hauteur de quinze mètres, ils sont crénelés et comportent un chemin de ronde d'un peu moins de cinquante centimètres de largeur. L'intégration d'une petite tour de guet dans l'angle nord des murailles fait que seul cet angle extérieur du château est arrondi. Cette tour accueille une prison et des latrines au rez-de-chaussée et la salle des gardes au premier étage. La face nord-ouest comporte sur le côté extérieur deux petites avancées arrondies qui auraient servi à améliorer la défense du château. Les angles est et ouest ont quant à eux la particularité d'avoir leurs créneaux rehaussés. Les traces de trous de gouttière à une hauteur intermédiaire indiquent que ces murs ont été surélevés après leur construction.
Le donjon mesure un peu moins de neuf mètres de longueur et un peu plus de huit mètres de largeur à sa base qui est légèrement évasée. Ses murs mesurent environ d'épaisseur. Il s'intègre dans l'angle sud-est du château. L'entrée, qui se situe au premier étage, était accessible à l'origine par un pont amovible ou une échelle, remplacés aujourd'hui par un escalier. Le niveau au rez-de-chaussée, éclairé par deux lucarnes, devait accueillir les réserves, le premier étage, éclairée par deux petites fenêtres situées au fond d'alcôves, une salle commune et au dernier étage l'appartement du chef du clan MacNeil disposant de trois fenêtres. La circulation entre ces différents niveaux se faisait via un escalier d'un mètre de largeur logé dans l'épaisseur du mur. Les deux niveaux supérieurs pouvaient constituer des logements séparés et possédaient même des latrines. Au sommet du mur nord du donjon, face à Castlebay, se trouve un mâchicoulis. L'accès actuel au château se fait contre le donjon. L'entrée surmontée par des mâchicoulis se trouve juste à gauche de celle d'origine qui est désormais murée.
La construction du donjon est postérieure à celle de la muraille et les dépendances situées dans la cour intérieure ont été rajoutées peu de temps après le donjon. Ces bâtiments accueillent les cuisines accolées au donjon ainsi que des dépendances appelées ou , , , et une chapelle. Les deux anciens puits artésiens du château, alimentés par une nappe phréatique, se trouvent dans la cour, l'un devant les cuisines et l'autre à l'angle formé par et . Les seules constructions situées à l'extérieur des murailles sont les ruines de l'habitat de l'équipage de la galère amarrée dans la crique adjacente, un mur constituant un petit brise-lames afin de protéger ce navire et une petite jetée permettant l'accostage.
thumb|Vue depuis l'ouest du château de Kisimul avec les ruines de l'habitat de l'équipage aux pieds des murailles. thumb|center|upright=1.5|Plan du château de Kisimul établi en 1967 : 1. Donjon 6. 11. Entrée du château 2. Cuisines 7. Tour de guet 12. Jetée 3. 8. Chapelle 13. Crique 4. Ancienne poterne 9. 14. Mur brise-lames 5. 10. Cour 15. Ruines de l'habitat de l'équipage
Histoire Premières occupations Des fouilles archéologiques entreprises en 2001 par ont été menées dans la cour intérieure du château ainsi que dans l'ancienne prison au rez-de-chaussée de la tour de guet. Ces dernières ont permis de mettre en évidence une occupation sporadique de l'île au cours de la Préhistoire durant le Néolithique ou l'âge du bronze. Des restes de poteries, de céréales et des silex constituent les éléments retrouvés par les archéologues dans les douze tranchées creusées dans la cour. Néanmoins, ces indices ne permettent pas de déterminer la nature et la durée de l'occupation de l'île.
Construction thumb|Vue de l'entrée du château surmontée de mâchicoulis avec le donjon sur la gauche.
Le clan MacNeil s'établit à Barra au cours du selon la tradition du clan. Naill de Barra, son , entreprendrait alors la construction du château vers 1039 ce qui en fait l'un des plus anciens châteaux d'Écosse. Une autre tradition situe sa construction à partir de 1427, date à laquelle Gilleonan Macneil devient le premier Lord du clan. Cette seconde date explique que la majorité des constructions date du . Le château aurait également été précédé par une chapelle dédiée à saint Cieran. Les fouilles archéologiques menées en 2001 par ont cependant mis au jour un objet décoratif en or datant du début du , signe d'une occupation ancienne de l'île. Le château est construit dans un but défensif en tant que maillon d'une chaîne de fortifications médiévales visant à contrer les incursions scandinaves dans cette partie de l'Écosse.
Le site, un îlot rocheux au milieu d'une baie, est choisi pour des raisons stratégiques : intégralement entouré d'eau, il est beaucoup plus facile à défendre puisque l'on ne peut y accéder qu'avec une embarcation. De plus, le château dispose de ses propres réserves d'eau douce tirée de deux puits artésiens dont l'eau provient d'une nappe phréatique. Cette eau est indispensable pour la vie quotidienne et pour soutenir un siège lorsque la seule eau disponible en abondance à proximité immédiate est salée. Une galère est aussi amarrée en permanence dans une crique protégée par un mur et prête à aller à la rencontre d'éventuels assaillants. L'équipage de ce navire avait à sa disposition un abri dont un fragment de mur subsiste à l'extérieur des murs au pied du donjon. Cette situation permet d'expliquer que le château est resté imprenable depuis sa construction malgré les nombreuses tentatives pour s'en emparer. Au cours de l'un de ces affrontements, les Vikings sont bernés par les hommes du clan MacNeil. Ces derniers accrochent aux murailles des peaux de vache, normalement utilisées pour réaliser des chaussures, mais souillées du sang d'un chien. Découragés en pensant que les assiégés regorgent de nourriture en voyant ces prétendues pièces de viande exposées à leur vue, ils abandonnent leurs prétentions sur le château. Les Scandinaves ne sont pas les seuls adversaires contre lesquels les MacNeil ont eu à se défendre. Des pirates tatars sévissent aussi dans la région au , réussissant même à capturer une vingtaine d'hommes, mais se heurtant aux murs du château. Des fonctionnaires n'ont pas plus de succès pour y accéder au .
Le château fait l'objet de travaux architecturaux du début au milieu du . Il est alors composé du donjon réservé à un usage privé, d'une chapelle et d'une dépendance à vocation cérémonielle, le tout intégré à une muraille épousant les contours de l'îlot. Le château prend un aspect proche de l'actuel par la construction des autres dépendances, la surélévation des murailles, notamment à l'est, l'adjonction de hourds et le déplacement de la porte à son emplacement actuel. D'autres travaux entrepris entre la fin du et le voient notamment la poterne face à Castlebay être murée par extension du qui gagne aussi un étage. Outre les constructions en elles-mêmes, des témoignages de cette époque sont retrouvés lors des fouilles archéologiques de 2001. Des débris de construction, des os et des coquillages sont ainsi exhumés dans la cour du château, dans les fondations du donjon ainsi que dans la prison. Un plancher en bois flotté est également mis au jour dans les fondations du donjon. Les fouilles révèlent que la dépendance appelée servait entre autres de forge.
Abandon thumb|Plan du château de Kisimul en 1887 : une brèche éventre le mur ouest et la majorité des dépendances est détruite.
Vers le milieu du , l'intérêt stratégique du château décroît à la suite de l'union des royaumes d'Écosse et d'Angleterre quelques années auparavant. Recherchant en outre un meilleur confort que celui d'un château fort du Moyen Âge, le chef du clan MacNeil cesse de faire du château de Kisimul sa résidence principale. Le château est alors plus ou moins abandonné au point qu'un incendie s'y déclare en 1795.