L'église Saint-Vincent de Ciboure est une église catholique de style baroque achevée en 1572 d'après l'inscription figurant à l'entrée de l'église. La construction de l'église s'effectue dans le double contexte de l'émancipation de Ciboure de la ville d'Urrugne et de la Contre-Réforme catholique.
Avant la construction de l’église
Avant la construction de l’église Saint-Vincent, Ciboure signifiant « tête de pont » en basque était aussi appelé en latin « Sanctus Vincentius, caput montis » dans les textes officiels. Saint-Vincent du bout de la montagne serait-il le nom d’une chapelle Saint-Vincent de Ciboure construite avant l’église ? La chapelle de Notre-Dame de Bordagain ne date elle que de la fin du .
Le symbole de l’indépendance de Ciboure
Au , l’histoire de l’église Saint-Vincent se confond avec une dispute interne à la commune d’Urrugne. En effet administrativement, au , Ciboure n’est qu’un quartier d’Urrugne au même titre que Béhobie. À Ciboure, la présence du port et son fort potentiel commercial provoquent l’augmentation de la population qui ne tarde pas à exiger que Ciboure soit érigée en paroisse et ne dépende plus spirituellement d’Urrugne. La construction d’une église paroissiale donnerait à Ciboure le statut de paroisse, un premier pas vers l’indépendance d’Urrugne.
Pierre Haristoy, curé de Ciboure à la fin du et au début du a étudié les documents permettant l’érection de cette paroisse. D’après son étude, aux alentours de 1550, les Cibouriens demandent l’autorisation de bâtir l’église au pape, Jules III. Celui-ci accorde cette autorisation, mais rappelle que cette église n’avait pas rang de paroisse et que les Cibouriens doivent toujours se rendre à l’église Saint-Vincent d’Urrugne pour fêter Pâques. Encore une fois, seule l’intervention du pape peut donner ce nouveau statut à l’église de Ciboure. C’est Paul IV qui publie une bulle en :
Cette bulle confirme l’apparition de l’église Saint-Vincent au rang paroissial. Tout comme l’église d’Urrugne, son saint-patron est à cette époque Saint Vincent, évêque de Dax. Elle s’inscrit dans le projet de Ciboure de se dissocier d’Urrugne mais aussi le rôle du catholicisme de la Contre-Réforme dans la multiplication des églises face au protestantisme. Les années 1550 étaient des années de lutte entre protestants et catholiques à Bayonne ; la construction d’une église aurait donc pu profiter à l’Église catholique dans son entreprise de reconquête pastorale des Européens. Les Cibouriens auraient pu trouver dans ce phénomène une opportunité pour se séparer des Urrugnards qui eux tentent de saboter la construction du nouveau bâtiment. La construction de l’église paroissiale a donc ainsi pu profiter à l’Église catholique et aux Cibouriens qui se sont appuyés l’un sur l’autre pour aboutir à leurs fins. Au , l’église Saint-Vincent revêt donc une double valeur symbolique : celle de l’indépendance de Ciboure vis-à-vis d’Urrugne mais aussi celle de la contre-réforme catholique.
Construction et modifications
La première phase des travaux commence dès les années 1550 et se termine dans les années 1570. Le , les habitants de Ciboure achètent le terrain à Martin de Haritzmendy, « sieur de la maison Bastaguillete » pour la somme de 90 écus. Une inscription figurant toujours à l’entrée de l’église fixe la fin de cette première phase en 1572. Une autre inscription sur la grille de la cour aurait donné la date de 1579 mais cette dernière a été détruite pendant la Révolution française. La construction de l’église coûte aux Cibouriens la somme totale de Pierre Haristoy, « Fondation de la paroisse et de la commune de Ciboure aux s », Bulletin de la société de Borda, 1902, 181-192 ; 201-222, 182.. La volonté des nouveaux paroissiens de bâtir leur église sur un terrain privé est une preuve de la vitalité de Ciboure et de la ferveur de ses habitants. Mais le bâtiment qui mesure alors « une trentaine de mètres sur treize de large » est autant un ouvrage de culte qu’un ouvrage de défensePierre Haristoy, Les paroisses du Pays Basque pendant la période révolutionnaire, Pau, Vignancour, 1895, .. La porte du fond de l’église serait peut-être un héritage de cette fonction. Située à la frontière des royaumes d’Espagne et de France, Ciboure est en effet envahie au gré des affrontements entre les deux pays. Bayonne étant la première ligne de défense pour le royaume de France, il est logique que Ciboure soit envahie et reprise à maintes occasions. Cependant, aucune mention n’est faite de destructions de la part des troupes espagnoles qui ont pourtant brûlé Saint-Jean-de-Luz et Ciboure en 1558. Des destructions espagnoles de 1636, il ne reste aucune trace non plus.
D’après Eugène Goyheneche, l’église fut agrandie au , période pendant laquelle le clocher et les galeries furent rajoutéesEugène Goyheneche, Le Pays Basque : Soule, Labourd, Basse-Navarre Pau, Société nouvelle d'éditions régionales et de diffusion, 1979, .. En 1694, les chapelles de Saint-Esteben et de Larralde auraient été rajoutées : elles mesurent chacune sur André Lebourleux, « L'église Saint-Vincent », Jakintza, 45-46 (2009), 32-56, 39.. La date de 1694 se trouve encore sur une inscription de la façade extérieure de l'église donnant sur la rue Pocalette. C’est à cette date que l’église atteint ses dimensions actuelles de sur 13André Lebourleux, « L'église Saint-Vincent », Jakintza, 45-46 (2009), 32-56, 33.. L’entretien et les agrandissements de l’église ont sûrement été financés par les Cibouriens mais aussi par les revenus propres de l’église. En effet, le curé de l’église pouvait non seulement compter sur les revenus des terrains appartenant à l’église mais aussi sur les revenus d’une dîme appelée prémices. De plus, chaque messe dite dans l’église Saint-Vincent rapportait aussi un revenu certain appelé casuelCharles Martin Ochoa de Alda, « L'église Saint-Vincent », in Ciboure, Bidart, Ekaïna, 1992, .. Entre ses propriétés, les prémices et le casuel, l’église Saint-Vincent de la période pré-révolutionnaire était donc relativement prospère.
À quel saint se vouer ?
Entre la construction de l’église dans la seconde moitie du et 1756, la titulature de l’église change. Ce n’est plus saint Vincent évêque de Dax mais saint Vincent de Saragosse qui est célébréPierre Haristoy, Les paroisses du Pays Basque pendant la période révolutionnaire, Pau, Vignancour, 1895, .. Les archives municipales de Ciboure contiennent encore les comptes des fêtes patronales qui eurent lieu un , jour de la saint Vincent de SaragosseArchives municipales de Ciboure, CC 1 II citées par Charles Martin Ochoa de Alda, « L'église Saint-Vincent », in Ciboure, Bidart, Ekaïna, 1992, .. Pourquoi un tel changement ? S’agit-il d’une influence de l’Espagne ou d’une volonté de se dissocier encore plus d’Urrugne ? D’après Charles Martin Ochoa de Alda, les paroissiens tenaient à être présents pour les fêtes paroissiales et la plupart d’entre eux, étant des pêcheurs, n’étaient pas à Ciboure pendant le printemps ou l’été. Le choix de saint Vincent de Saragosse serait donc dû à sa fête, le , date à laquelle les pêcheurs seraient à Ciboure pour assister à la messe et à la procession de la saint-Vincent, la BixintxoCharles Martin Ochoa de Alda, « L'église Saint-Vincent », in Ciboure, Bidart, Ekaïna, 1992, .
La Révolution française
Le culte catholique n’a été interrompu que par les années de la Révolution française. Ciboure, comme de nombreuses villes du Pays basque, n’était pas révolutionnaire. En témoigne le député du clergé du Labourd envoyé aux États généraux à Versailles en 1789. Celui-ci, Saint-Esteben, n’est autre que le curé de Ciboure et ce dernier n’est pas des plus favorables aux projets des révolutionnairesPierre Haristoy, Les paroisses du Pays Basque pendant la période révolutionnaire, Pau, Vignancour, 1895.. C’est de l’église Saint-Vincent que part l’opposition au projet d’union des paroisses de Saint-Jean-de-Luz et Ciboure, un projet qui fait figure de prélude à l’union de ces deux communes pendant la Révolution. Comme au au moment de sa construction, l’église paroissiale Saint-Vincent est le symbole de l’indépendance de Ciboure et c’est bien dans l’église qu’est élue la nouvelle municipalité de Ciboure le .
C’est apparemment à partir de 1792 que l’église est transformée en hôpital pour l’armée des Pyrénées occidentalesPierre Haristoy, Les paroisses du Pays Basque pendant la période révolutionnaire, Pau, Vignancour, 1895, .. Le retable, les galeries et le mobilier sont les victimes matérielles de cette transformation qui dura jusqu’en 1801, date à laquelle le culte chrétien fut rétabli par le Concordat. À partir de cette date, l’église Saint-Vincent tenta de récupérer le mobilier qui avait disparu avant la Révolution. Lui furent restitués des éléments de mobilier qui se trouvaient auparavant au couvent des Récollets.
Une église typique de la réforme du concile de Trente
L’église pourrait être considérée comme une église typique de la réforme du concile de Trente. Que ce soit par son architecture ou son décor, de nombreux éléments du baroque européen sont visibles. Par exemple, le retable est de style baroque avec son décor et les deux colonnes torves qui l’entourent. Le baroque doré et surchargé rappelle tout particulièrement le baroque espagnol. D’après Odile Contamin, la partie centrale de ce retable provient du couvent des Récollets, un couvent construit en 1611-1613 pour apaiser les querelles entre Saint-Jean-de-Luz et Ciboure. Pendant les troubles de la Révolution française, ce couvent est fermé et une partie de son mobilier est transférée à l’église Saint-Vincent. Ceci explique la présence des figures de Saint François et Sainte Claire sur le tabernacle, deux figures « mieux adaptées aux Récollets »Odile Contamin, « Les églises du Labourd. architecture et décor », Ondare, 22 (2003), 45-123, 82.. La chaire et la statue de Notre-Dame de la Paix proviendraient aussi du couvent des Récollets, placé sous ce vocable.
La surélévation du chœur reste encore un choix post-tridentin par excellence puisque celle-ci est l’une des recommandations architecturales faite par Rome. Autour de cet autel principal se trouvent quatre autres autels d’après Pierre Haristoy. Ce n’est qu’après Vatican II que l’autel principal se retrouve dans sa position actuelle.
L'orgue upright|thumb|L'orgue en 2019. Enfin, un orgue est installé au à une date inconnue. Cet orgue est remplacé à plusieurs reprises en 1726, 1837 et 1880. Des modifications et travaux sont effectués tout au long du sur cet instrument baroque. Un nouvel orgue ancrant l’église Saint-Vincent dans son héritage baroque a été construit en 2012-2013 La page relative au nouvel orgue sur le site des amis de l'orgue de Ciboure. L'orgue THOMAS, comporte trois claviers, un pédalier et trente-cinq jeux Le site du facteur du nouvel orgue. Le titulaire est Thomas Ospital, également titulaire de l'église Saint Eustache de Paris.
Une église du Labourd thumb|Nef, galeries et orgue
L’église n’est cependant pas uniquement une église baroque post-tridentine puisque de nombreux traits spécifiques au Labourd sont discernables dans son décor et mobilier. En effet, comme dans de nombreux cas dans le Labourd, l’autel est surélevé ce qui permet au prêtre de dominer les fidèles et de bénéficier d’une sacristie semi-souterraine.
Les trois étages de galeries sont aussi l’une des spécificités des églises du Labourd. Ces galeries à l’origine réservées aux hommes sont encore en 2011 utilisées en cas d’affluence dans l’église. Elles se situent sur les côtés nord-sud-ouest de l’église. Les deux séries de galeries latérales mesurent de long sur de largeAndré Lebourleux, « L'église Saint Vincent », Jakintza, 45-46 (2009), 32-56, 41.. Elles font partie de la charpente générale de l’église visible aussi dans la nef de sur , une charpente typique des églises du Labourd construites par des charpentiers de marine.
Traits spécifiques de l’église