Le flamand de France (autonyme : vlamsch van Frankryk), le flamand français (fransch-vlamsch) ou la langue régionale flamande (vlamsche streeketaele) est la variété du flamand occidental qui est traditionnellement utilisée en France dans le département du Nord. Ce dialecte subsiste par ailleurs dans quelques localités du Pas-de-Calais au .
D'après l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), le nombre de ses locuteurs est de en 1999, soit une forte baisse par rapport à 1806, date à laquelle l'enquête linguistique de Montbret en compte Plus précisément, locuteurs dans le département du Nord et dans celui du Pas-de-Calais..
Statut et spécificités Il est officiellement reconnu par la République française comme l'une des langues régionales de France. Bien que référencé par la Délégation générale à la langue française et aux langues de France (DGLFLF) sous le nom de « flamand occidental », le flamand français se différencie du flamand oriental (Oost-Vlaams) et du flamand occidental (West-Vlaams), dont il est un dialecte, stricto sensu par certains éléments de sa grammaire, de sa prononciation (par exemple, le phonème n'existe pas en néerlandais standard) et par sa graphie, restée traditionnelle et fidèle au vieux flamand de la région (par exemple, maintien de , prononcé ou , qui correspond au néerlandais standard , lui prononcé ).
Par ailleurs, l'Institut de la langue régionale flamande (ANVT) fédère des associations et des élus de l'arrondissement de Dunkerque (de Dunkerque à Armentières) et a pour objectifs généraux de sauvegarder, transmettre et promouvoir le flamand français dans la vie sociale, culturelle et économique mais aussi d'obtenir des pouvoirs publics qu'il puisse être enseigné en tant que langue régionale de France.
Appellation En 1858, Jules de Saint-Genois indique que . Ce passage est traduit en 1902 par Albert Bril : ., où le terme plat-vlaemsch est une variante de plat Vlaams qui veut dire voire si on fait l'analogie avec Plattdeutsch (bas allemand).
Les appellations Fransch Vlaemsch (flamand français) et Vlaemsch van Frankryke (flamand de France), permettent de marquer une différence avec le flamand de Belgique, qui peut être géographique, linguistique, historique, etc.
Le mot vlaemsch est aussi employé seul pour désigner ce dialecte de France ; celui-ci s'écrit également vlamsch donc sans [e].
Histoire
L'ancêtre du flamand était autrefois parlé dans l'actuelle France métropolitaine sur une aire bien plus étendue qu'au (voir carte ci-avant). Cela se reflète aussi dans la toponymie du Nord-Pas-de-Calais, comme une ville comme Wissant, où on reconnait facilement le « Witsant » flamand (sable blanc).
Les chambres de rhétorique attestent d'une vie intellectuelle en flamand en Flandre française. Ces sociétés créées au organisaient les fêtes religieuses dans les villes et villages (celle d'Eecke date de 1542). Elles organisaient des concours pour « maintenir la pureté de la langue flamande dans sa forme et sa prononciation » et promouvoir la poésie en flamand. Ces concours étaient publicsG. Vermes, Vingt-cinq communautés linguistiques de la France, , L'Harmattan, 1988, .. Certaines chambres ont subsisté jusqu'au , voire jusqu'au dans le cas de la chambre restaurée d'Eecke.
Natif de la Flandre française, le poète et dramaturge Michel de Swaen est un écrivain néerlandophone du . Dans ses pièces, les gens du peuple parlent en flamand alors que les nobles parlent une forme écrite fortement influencé par le brabançon et le hollandais.
Après la Révolution française, les anciennes chambres de rhétorique flamandes, dissoutes comme les corporations civiles et religieuses, se reconstituent progressivement en Flandre française. Louis de Baecker signale ainsi la reconstitution de la rhétorique d’Hondschoote le 27 nivôse an X, ainsi que l’organisation, à Bergues, d’un concours poétique auquel participent notamment les rhétoriques de Courtrai, Steenvoorde, Steene, Furnes, Moorsele, Poperinge et Hondschoote. Au début du XIXe siècle, des auteurs flamands de France prennent encore part à des concours littéraires à Dixmude et Furnes, parmi lesquels Hubben de Dunkerque, Bertein et Bels de Wormhout, Van Rechem d’Hazebrouck et Louis Lecomte de Bailleul.
La francisation scolaire constitue un élément important du recul du flamand de France au XIXe siècle. Selon Jean-Claude Dupas, l’enseignement en flamand subsiste après la Révolution, malgré une première tentative de la Convention pour imposer l’enseignement du français. Le tournant intervient au XIXe siècle, lorsque le français devient progressivement la langue normale puis exclusive de l’école primaire.
Au début du , dans l'arrondissement de Dunkerque et dans celui d'HazebrouckL'arrondissement d'Hazebrouck a été supprimé en 1926 et fusionné avec celui de Dunkerque., toutes les communes sont de langue flamande, à l'exception de trois communes de l'arrondissement de Dunkerque qui sont exclusivement de langue française, à savoir : Gravelines, Loon et Mardick, ainsi que dix communes de l'arrondissement d'Hazebrouck qui sont pareillement uniquement de langue française, à savoir : Blaringhem, Boeseghem, Thiennes, Haverskerque, Merville, La Gorgue, Estaires, Neuf-Berquin, Steenwerck et Nieppe. Par ailleurs, à Holque et Saint-Momelin on parle aussi français mais en concurrence avec le flamand et, dans l'arrondissement de Lille, il n'y a que la commune de Wervicq-Sud qui est de langue flamande à cette époque.
Selon une lettre du préfet du , sur les 671 communes du département du Nord, 99 sont flamandes et 572 sont françaises. Toujours en 1806, il y aurait eu locuteurs du flamand dans le département du Nord et dans le Pas-de-CalaisMélanges sur les langues, dialectes et patois, Paris, 1831 . En 1807, d'après une lettre d'un sous-préfet, les habitants des communes de Clairmarais, Ruminghem et des faubourgs de Saint-Omer continuent de parler leur . Ils s'en servent avec le français qu'ils pratiquent plutôt que leur flamand Ferdinand Brunot, Histoire de la langue française : des origines à 1900, tome 9, 1927..
En 1833, la loi sur l’instruction primaire, dite loi Guizot, rend obligatoire l’enseignement des éléments de la langue française dans l’école primaire. Plusieurs travaux consacrés à la Flandre française présentent cette date comme une étape importante dans la francisation scolaire de la région : selon Jean-Claude Dupas, c’est à partir de 1833 que l’État cherche véritablement à limiter la diffusion scolaire du flamand ; Hugo Ryckeboer indique également qu’à partir de cette période, le flamand est progressivement écarté de l’enseignement, contribuant ainsi au recul du flamand dans les arrondissements de Dunkerque et d’Hazebrouck, où celui-ci demeure pourtant largement parlé dans les milieux populaires, ouvriers et agricoles.
D'après Abel Hugo, vers 1835, la langue flamande était la langue usuelle dans les arrondissements d'Hazebrouck et de Dunkerque. Cependant, tous les habitants connaissaient et parlaient aussi le français, ce dernier point étant une conquête de la révolution. Cinquante ans auparavant, on ne trouvait pas en Flandre un fermier sur vingt qui pût s'exprimer autrement que dans son idiome maternelAbel Hugo, France pittoresque, tome 2, 1835..
En 1845, dans le Pas-de-Calais, les localités de Clairmarais, Saint-Folquin, le Haut-Pont, Saint-Omer-Cappelle, Oye, Ruminghem et Vieille-Église, étaient des lieux où l’on parlait encore flamandAnnales du Comité flamand de France, tome III, 1856-1857..
En janvier 1853, le Conseil académique du département du Nord prit une décision spécifique concernant l'emploi du flamand dans les écoles des arrondissements de Dunkerque et d'Hazebrouck. Les instituteurs furent autorisés à enseigner la lecture en flamand concurremment avec la lecture en français, mais seulement afin que les enfants dont le flamand était la langue maternelle puissent apprendre leur catéchisme et se préparer à la première communion. En revanche, tous les autres exercices devaient avoir lieu en français, le maître devant parler français et ne pas tolérer l'usage d'une autre langue dans l'école. Cette décision, parfois présentée comme une interdiction du flamand à l'école, ne supprimait donc pas tout usage scolaire de cette langue, mais le cantonnait à une fonction religieuse et transitoire. Elle s'inscrit dans le mouvement de francisation scolaire du XIXe siècle, alors même que le flamand demeurait largement employé dans les milieux populaires, ouvriers et agricoles de la Flandre française.
Dans la seconde moitié du XIXe siècle, la défense savante du flamand de France s’organise autour d’érudits et de sociétés locales. Louis de Backer publie notamment plusieurs travaux consacrés aux Flamands de France et à leur langue, tandis que le Comité flamand de France, fondé en 1853, se donne notamment pour objet l’étude de la langue et de la littérature des Flamands de France.
La Commission historique du département du Nord, en 1845, et le Comité flamand de France, d'une manière plus complète, en 1857, ont constaté la situation linguistique dans le nord de la France. Il en résulte que sur 59 communes dont se composait l'arrondissement de Dunkerque, 40 parlaient exclusivement flamand ; 2 exclusivement français ; 5 flamand et français, le flamand dominant ; 13 français et flamand, le français dominant.
Avant leur incorporation définitive à la France, les habitants de l'arrondissement de Dunkerque parlaient exclusivement la langue flamande. Cet état de choses ne s'était pas considérablement modifié en 1862. Une notable partie de la population connaissait la langue française en 1862 ; mais le plus grand nombre des habitants et surtout ceux qui appartenaient à la classe ouvrière et agricole, continuaient de parler flamand à cette époqueStatistique archéologique du département du Nord : arrondissement de Dunkerque, Extrait du bulletin de la Commission historique du département du Nord, tome , Lille, 1862..
Vers 1863, la langue parlée par les habitants de l'arrondissement d'Hazebrouck, et principalement par la classe ouvrière et agricole, était la langue flamande. Il résulte d'un travail statistique établi en 1857, que sur 53 communes dont se composait l'arrondissement, 31 parlaient exclusivement flamand ; 8 exclusivement français ; 11 flamand et français, le flamand dominant ; et 3 français et flamand, le français dominantBulletin de la Commission historique du Département du Nord, tome 7, 1863..
Selon De Backer, la disparition des dernières générations du XIXe siècle marque cependant le recul du flamand comme langue écrite en France. La langue se maintient alors davantage dans les usages oraux, populaires et festifs. Il cite notamment Tisje-Tasje de Noordpeene, figure de cabaret et de culture populaire flamande devenu l’un des géants emblématiques d’Hazebrouck, ainsi que Verlyck d’Hazebrouck, qui aurait animé pendant plus d’un demi-siècle les foires et kermesses de la région par ses plaisanteries, ses chansons et ses dialogues comiques avec une poupée nommée Kô Poulle devenue légendaire.
XXe siècle Un recensement de 1911 révèle que 75 % des maraîchers de Saint-Omer parlent le flamand occidental. vignette|Mur de briques portant l'inscription "Défense de parler flamand".