La classe Furutaka fut la première classe de croiseurs lourds construits pour la Marine impériale japonaise au début des années 1920, et ils ont été parmi les premiers croiseurs construits sous l'égide du traité naval de Washington signé en 1922. Ils ont subi des refontes importantes pendant leur carrière. Les deux unités de cette classe ont servi dans la Division de Croiseurs durant la guerre du Pacifique et furent coulées en 1942 devant Guadalcanal.

Conception et arrière-plan

En matière de croiseurs, la Première Guerre Mondiale a montré que le concept de croiseur de classe, le “croiseur cuirassé” des années 1910, était totalement surclassé par le croiseur de bataille, au sein de la ligne de bataille. Pour les croiseurs “légers”, ceux-ci ont joué un rôle essentiel, mais dans des tâches diverses, l'éclairage de la Flotte, (on parlait en anglais, de “scout cruisers"), ou pour la chasse au commerce ennemi, tâches qui ont été parfaitement accomplies par des bâtiments ayant un déplacement de , filant 30 nœuds, et armés de quelques pièces de . Mais pour des tâches de conducteurs de flottilles de destroyers, il fallait une vitesse plus élevée, approchant 35 nœuds, ou pour assurer la sécurité des liaisons océaniques, un grand rayon d'action, et une capacité à soutenir une bonne vitesse par gros temps, ce qui demandait un déplacement plus important. C'est la raison pour laquelle, les derniers croiseurs britanniques construits dans la lancée de la Première Guerre Mondiale, la , déplaçaient , pouvaient filer 32 nœuds, et portaient 7 canons de .

En , quand s'est réunie la conférence sur le désarmement naval, qui va conduire au Traité de Washington de 1922, le Royaume-Uni avait en achèvement une classe de croiseurs déplaçant , armés de 9 pièces simples de (), pouvant filer 30 nœuds, avec un rayon d'action de , la , dont la première unité était entrée en service en 1919.

Les États-Unis, quant à eux, avaient en construction une classe de croiseurs, de silhouette assez vieillotte, à “quatre tuyaux”, déplaçant , armés de 12 pièces de , huit sous casemates et quatre en pseudo-tourelles doubles, mais pouvant filer 35 nœuds, grâce à une puissance installée de , la . Dans le même temps, les bureaux d'études américains avaient aussi travaillé sur des esquisses de bâtiments rapides (34 nœuds) à grand rayon d'action, avec un déplacement de l'ordre de , et donc armés de sept canons de (), pour en justifier le coût de construction et d'utilisation.

Au Japon, où les positions n'étaient pas arrêtées, bien que le croiseur britannique ait fait grosse impression, un programme expérimental fut lancé en 1921, sous l'autorité du capitaine de vaisseau (plus tard vice amiral) Hiraga, celui d'un croiseur léger de moins de de déplacement, le , dans le but principal de rechercher les voies et moyens d'obtenir des gains de poids permettant de concilier des demandes parfois contradictoires, par incorporation de la cuirasse dans la structure, ou utilisation de longerons continus, par exemple. Les services techniques de la Marine Impériale japonaise établirent ensuite les plans d'un croiseur de , armés de six canons de , portant un blindage de ceinture de ; et pouvant filer 34,5 nœuds. Aussitôt que le traité de Washington eut fixé les limites maximales pour les croiseurs à un déplacement de et au calibre de () pour l'artillerie principale, les ordres furent passés, le , pour la construction de deux croiseurs de ce type, l'un aux chantiers Mitsubishi de Nagasaki et l'autre aux chantiers Kawasaki de Kōbe.

Caractéristiques vignette|gauche|Schéma de la classe Furutaka (après la refonte de 1937-1939) Cette première génération de croiseurs lourds japonais a été dotée de plusieurs innovations reprises du croiseur expérimental , notamment une cuirasse incorporée à la structure de la coque et non pas fixée sur le bordé, ainsi qu'un système de longerons continus, ce qui conciliait gain de poids et solidité, mais ils ont reçu un “pont continu ondulé” qui les différenciait du avec un franc bord plus important à l'avant, ce qui réduisait l'embarquement d'eau à grande vitesse, et moins important à l'arrière, ce qui compensait le poids de la superstructure. Au total cependant, leur déplacement a été plus important que prévu de plus de : déclaré pour , il était en réalité de l'ordre de à . Le tirant d'eau s'en trouva accru d'un mètre ce qui réduisait la vitesse, et contraignait à fermer la rangée de hublots la plus basse à grande vitesse .

Ce furent les premiers croiseurs japonais dotés d'installations de commandement qui se répartissaient sur six niveaux dans la tour avant.

Armement

L'artillerie principale d'origine a été de six canons de 200 mm 1 GÔ (Mark I)Navweaps Japan 20 cm/50 (7.9") 3rd Year Type No. 1 en affûts simples, sous pseudo-tourelles, disposées dans l'axe du navire, en deux groupes de trois, à l'avant et à l'arrière, les tourelles et étant en position surélevée. Ce canon tirait un obus de à , à l'élévation maximale de 25°, avec une vitesse initiale de . La cadence de tir attendue était de 3 à 5 coups par minute, mais le système de chargement était complexe avec des manipulations humaines importantes, de sorte qu'en pratique, la cadence de tir n'était que de 2 coups par minute

L'artillerie secondaire était constituée de 4 affûts simples de Navweaps Japan 3"40/3ns , à double usage, tirant un obus de à , à l'élévation de 45°, ou avec un plafond de à l'élévation de 75°, avec une vitesse initiale de , à une cadence de 13 à 20 coups par minute.

Les installations d'aviation ne comportaient pas de catapultes mais une plateforme pivotante montée sur la tourelle , fabriquée par Heinkel, avec un plan incliné qui la prolongeait vers l'avant.

Comme le , les deux croiseurs de la classe Furutaka ont été dotés dès l'origine de torpilles Type 93 Long Lance au diamètre de (), au lieu des torpilles de () des classes précédentes. Leurs performances étaient bien supérieures, en puissance et en portée. Elles furent installées en six groupes de deux tubes fixes.

Protection et propulsion La protection verticale consistait en une cuirasse inclinée de , intégrée à la coque. Pour la protection horizontale, le pont blindé avait d'épaisseur. Les tourelles portaient de blindage

Pour la propulsion, douze chaudières Kampon, c'est-à-dire produites par le Département technique de la marine impériale japonaise (dix alimentées au mazout, et deux mixtes mazout-charbon) alimentaient deux turbines à engrenages Parsons sur le Furutaka, et Brown Curtis sur le , entrainant quatre hélices. La puissance développée était de et une vitesse maximale prévue de 34½ nœuds.

Modernisations

vignette|gauche|Le Furutaka en essais de vitesse en 1939, portant trois tourelles doubles de |300px Lorsque le traité naval de Londres de 1930 a de fait bloqué la construction de nouveaux croiseurs lourds, la Marine Impériale japonaise a entrepris un programme de modernisation de ses croiseurs construits sous l'égide du traité de Washington de 1922. Une première refonte de la classe Furutaka intervint dans les années 1930-1931. L'artillerie secondaire de a été démontée et remplacée par 4 affûts simples de Navweaps Japan 4.7"/45 10ns qui tiraient des obus nettement plus lourds ( au lieu de ) à au lieu de , à l'élévation de 45°, ou avec un plafond de , au lieu de , à l'élévation de 75°, mais à une cadence plus lente, 6 à 8 coups par minute en pratique, au lieu de 13 à 20 coups par minute. Pour les installations d'aviation, la plate-forme sur la tourelle a été remplacée par une catapulte, et les installations, en matière de communication et de contrôle de tir, mises à niveau.

Une modernisation plus poussée a eu lieu en 1936-1937 sur le , et en 1937-1939, pour le Furutaka. La principale modification a été de les doter de trois tourelles doubles, à la place des six tourelles simples de 1 GÔ (Mark I), comme cela avait été fait pour la classe Aoba, dès la construction. Comme la production des canons de , du modèle 2 GÔ (Mark II)Navweaps Japan 8"/50 3ns, mis en place à partir de 1931 sur les croiseurs lourds japonais, ne permettait pas d'en équiper, comme prévu, la classe Furutaka, il fut décidé de réaléser au calibre de des tubes de qui avaient été remplacés en provenance des croiseurs et Ashigara de la classe Myōkō. Les obus tirés avait un poids un peu plus élevé, au lieu de , la portée maximale était de au lieu de et la cadence de tir de 3 coups par minute en pratique au lieu de 2. Les nouvelles tourelles étaient du type E2, apparemment semblables aux tourelles E de la classe Takao, mais intérieurement très proches des tourelles de type C, installées sur la classe Aoba. Leur élévation maximale était de 55°, la vitesse d'élévation de 12°/s, la vitesse de rotation de 6°/s.

Pour la Défense Contre Avions rapprochée, ils bénéficièrent de l'installation de quatre affûts doubles de canons antiaériens de Type 96 automatiquesNavweaps Japan /, qui étaient dérivés de matériels Hotchkiss français et qui seront le principal matériel anti-aérien à courte portée de la Marine impériale japonaise.

vignette|droite|Le Kako, probablement en novembre 1941. On aperçoit les deux affuts quadruples de 610 mm et leurs quatre recharges placées dans leur alignement. Les six groupes de deux tubes lance-torpilles Long Lance fixes, installés sur le pont du milieu, dans la coque, ont été remplacés par deux plates-formes quadruples orientables installées sur le pont principal.

Les machines ont été modernisées, les douze chaudières mixtes ont été remplacées par dix chaudières toutes au mazout, et la puissance développée a atteint . Comme le déplacement a été accru de plus de , pour éviter une augmentation du tirant d'eau, des bulges ont été installés qui ont amélioré la protection sous-marine.

Les unités de la classe NomQuilleLancementArmementChantier navalFin de carrièrePhotoFurutakaChantiers navals MitsubishiNagasaki coulé le à la bataille du cap EsperanceChantiers navals KawasakiKōbe torpillé le au large de Kavieng

Service

vignette|gauche|Carte de la région des Îles Salomon Au début de la guerre du Pacifique, les croiseurs des classes Furutaka et Aoba formaient la Division de Croiseurs, aux ordres du contre-amiral Goto, qui en avait reçu le commandement le , et avait sa marque sur l'. Ils ont participé en , à l'occupation de Guam, et à l'attaque de l'île de Wake. Fin , ils ont participé à la couverture de l'occupation de Rabaul en Nouvelle-Bretagne et Kavieng en Nouvelle-Irlande. En mars, ils couvrent les débarquements japonais, à Lae et Salamaua, sur la côte nord-est de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, à Buka, et Kieta sur l'île de Bougainville et aux îlots Shortland, et en avril sur les îles de l'Amirauté.

En mer de Corail Pour contrer la menace que les forces australiennes de Nouvelle-Guinée représentent pour leur base avancée de Rabaul, les Japonais élaborent l'opération Mo. Il s'agit, sous l'autorité du vice-amiral Inoue, Commandant-en-Chef de la Flotte, dont le Quartier Général est à Truk dans les îles Carolines, d'aller attaquer Port-Moresby, sur la cote sud-est de la Nouvelle-Guinée, après avoir débarqué dans les îles Salomon. La couverture rapprochée devait être confiée à une force aéronavale, aux ordres du contre-amiral Kajioka, centrée sur le porte-avions Shoho, et à la Division de Croiseurs du contre-amiral Gotō, et la couverture éloignée à la Division de Croiseurs, les et , aux ordres du vice amiral Takagi, et à la Division de Porte-avions (Shokaku et Zuikaku du contre-amiral Hara).