Véies (prononcer [ve.i]), en étrusque Veis ou Vei, en latin Veii ou Veius, en italien Veio, est une des douze plus importantes cités étrusques, fondée à ce qui semble au . Elle est située à la frontière sud de l'Étrurie, à au nord-ouest de Rome, dans les limites du Parc Régional de Véies, au nord-est du quartier romain d'Isola Farnese, et au sud de la commune de Formello. Au elle entre en compétition avec Rome pour le contrôle du Septem pagi et des salines (Campus salinarum) dont sa prospérité dépendait, pour finir conquise par le général romain Marcus Furius Camillus, en français Camille, en 396 av. J.-C., après un siège de dix ans. Refondée comme colonie romaine au et transformée en municipe par l'empereur Auguste (Municipium Augustum Veiens), l'étendue et l'importance de la ville durant l'époque romaine furent cependant beaucoup moins grandes qu'à l'époque étrusque, et elle fut définitivement abandonnée au .

Elle est définie comme pulcherrima urbs (« très belle ville ») par Tite-Live, et considérée par Denys d'Halicarnasse comme « la plus puissante des villes tyrrhéniennes » et « aussi puissante qu'Athènes ».

Elle est un grand centre politique et culturel de l'Italie centrale aux avec Caere (Cerveteri), et la plus peuplée de l’Étrurie méridionale. Elle comporte également de nombreuses boutiques artisanales de l'art étrusque et développe une école de coroplathie dont l'artiste le plus célèbre est Vulca, qui a notamment réalisé les sculptures du temple de Jupiter capitolin à Rome. Selon les connaissances archéologiques actuelles, c'est cette ville qui a introduit en Italie l'usage de peintures dans les tombes (telles celles de « Leoni Ruggenti » (vers 690 av. J.-C.) et « tomba delle Anatre » (vers 670 av. J.-C.), situées autour du plateau de Véies et considérées comme les plus anciennes de la péninsule Italienne).

La cité alterna entre guerres et alliances avec Rome pendant plus de trois cents ans, avant d'être conquise par ces derniers. Elle est alors appelée « Véies romaine » par opposition à « Véies étrusque » dans la littérature scientifique. La cité fut redécouverte au par Raffaello Fabretti.

Dans le restent des ruines d'un temple, des tumulus et des tombes taillées dans le tuf, la plus célèbre étant la Tombe Campana découverte en 1843. Restent aussi de longs tunnels conduisant sous la ville, ce qui peut corroborer la version de Tite-Live qui écrit que les Romains se sont introduits dans la cité par des tunnels creusés par eux.

Le site La ville fortifiée de Véies Le site de Véies a depuis longtemps été identifié à une élévation de tuf de à Formello, entre deux cours d'eau, le Fosso Piordo à l'ouest et au sud, et le Fosso Valchetta (anciennement Crémère) au nord et à l'est Alessandra Bernardinetti, Anna de Santis et Luciana Drago, "Burials as Evidence for Proto-Urban Development in Southern Etruria: the Case of Veii", Urbanization in the Mediterranean in the to centuries BC, 317-342..

Le site est actuellement occupé par des bois et des champs, à l'exception des fouilles et des tombeaux visibles sur les collines proches. L'aspect agraire est cependant trompeur, le plateau entier étant couvert de sites d'implantations et de cimetières antiques, seulement détectables par avion, et d'affleurements de murs de bâtiments ou de dômes de tombeaux... Les remparts de Véies (dont il reste de petites sections) bordaient par endroits les deux cours d'eau, sinon étaient protégés par des fossés défensifs humides.

La proximité de la cité avec le Tibre, des salines et une route commerciale (qui deviendra la Via Flaminia), firent la prospérité de la cité-État, mais attirèrent aussi les convoitises de la ville de Rome.

La Piazza d'Armi Chaque cité étrusque était construite sur une élévation pour en faciliter la défense. Véies possédait un arx (une citadelle) placé sur un promontoire couvrant , délimité par des falaises dans l'angle de confluence des deux cours d'eau, séparé de la crête principale par un ravin. Cette partie du site archéologique, appelée aujourd'hui la Piazza d'Armi (la place d'armes), possédait des remparts antérieurs à l'enceinte urbaine, d'une longueur d'environ .

L'ager Veientanus vignette|Le Latium vetus avec les cités de Caenina, d'Antemnae, de Crustumerium, de Médullia, de Fidènes et de Véies, premières rivales de la Rome de Romulus. Le territoire d'une ville romaine était, dans la terminologie légale romaine, appelé ager. Lager Veientanus, comme les Romains appelèrent le territoire de Véies, couvrait la région située entre la rive droite du Tibre et la côte; c'est-à-dire toute l'Étrurie du sud. La frontière nord-ouest allait probablement jusqu'aux monts Sabatins et au lac de Bracciano John Rich et Andrew Wallace-Hadrill, City and country in the ancient world, .. Les Romains construisirent de riches villas dans la région après la prise de Véies. À l'époque étrusque, l'ager Veiantanus était partagé dans la campagne avec la Silva Ciminia, vestige d'une forêt ancienne.

L'''ager Veiantanus est resté très agricole entre la période antique et la seconde moitié du , la ville de Rome s'étendant ensuite dans ce secteur et y développant sa banlieue. Les méthodes de labour avec tracteurs, retournant le sol sur environ un mètre de profondeur, détruisirent aussi un très grand nombre de données archéologiques potentielles près de la surface, et même des ruines. John Bryan Ward-Perkins, alors directeur de la British School at Rome, lança le South Etruria Survey (1954-1968), qui permit de cataloguer toutes les antiquités visibles dans le Veientanus ager. Ses travaux ont été publiés en 1968 Anne Kahane, Leslie Murray Threipland, John Bryan Ward-Perkins, The Ager Veientanus, North and East of Rome..

En 1997, le gouvernement italien proposa de protéger le site même de Véies avec la création du parc régional de Véies, entre la Via Cassia à l'ouest et la Via Flaminia à l'est, la au nord et la ville de Rome au sudParc naturel régional de Véies Les parcs et les aires protégées dans la région du Latium. Consulté le 15 juin 2009.. Les communes qui se situent dans le parc sont les suivantes : Campagnano di Roma, Castelnuovo di Porto, Formello, Magliano Romano, Mazzano Romano, Morlupo, Riano, Sacrofano et le municipio XV de la ville de Rome.

Histoire La croissance de la ville à l'époque protohistorique vignette|Carte du site de Véies et de ses environs immédiats.|alt= On peut suivre le peuplement et la croissance de la ville par synœcisme grâce à l'analyse démographique des cimetières et des établissements situés sur et autour du plateau. Les plus anciennes traces d'occupation datent du (âge du bronze). Au (début de l'âge du fer - Culture de Villanova), les découvertes restent localisées au plateau, mais avec une majorité d'implantations indépendantes, chacune avec son propre cimetière. L'occupation s'intensifia progressivement au , le site prenant une apparence urbaine, s'organisant autour d'une place centrale pourvue d'un réservoir d'eau.

La population des débuts de Véies pratiquait à la fois l'inhumation ou la crémation au sein d'une même famille. La proportion étant de 50 % d'inhumations au , après une prédominance de l'incinération (90 %) dans les siècles précédents, évolution qui peut être attribuable à une influence du Latium (où l'inhumation prévalait dès le ).

Au cours des , la densité de population est en hausse, et les objets funéraires sont de plus en plus riches. Au apparaissent l'écriture, et des tours de potier.

Les conflits avec Rome vignette|Rome et ses voisins au

L'histoire légendaire de Véies commence au , contée, soulignons-le, uniquement par des historiens romains, toute trace écrite étrusque ayant disparu.

Donc, sous le règne de Romulus, les Fidénates et les Véiens furent vaincus dans une guerre contre les Romains Tite-Live, Histoire romaine: livre I, paragraphe 14-15..

Fidènes et Véies sont de nouveau battues au sous le règne du troisième roi de Rome Tullus Hostilius.

Au , le sixième roi de Rome, Servius Tullius, déclare la guerre à Véies (après l'expiration d'une trêve) et à toute l'Étrurie. Peu de faits sont connus de ce conflit, sinon qu'une grande armée étrusque est mise en déroute, ce qui aida Servius Tullius à consolider sa position alors qu'il était récemment devenu roi.

La chute vignette|Giuseppe Cesari, La Victoire de Tullus Hostilius sur les forces de Veies et de Fidènes, 1596-1597, peinture sur bois ().|alt=

En 396 av. J.-C. après un siège de dix ans (qui sur la durée correspond à celui du siège de Troie), les Romains conquièrent la ville en s'y introduisant de nuit par un tunnel creusé par eux, et débouchant dans un temple. S'effectue ensuite le déplacement à Rome du culte de Junon Reine depuis larx de Véies, et la distribution des terres de la ville conquise entre la plèbe romaine et les déserteurs de Véies et des villes alliées, Faléries et Capena Veteres.

À la suite du sac de Rome par les Gaulois de Brennus, Véies sert d'asile aux réfugiés romains.

Conséquences à Rome du siège et de la prise de Véies

Le siège de Véies, qui dura dix ans, et la prise de la ville, provoquèrent plusieurs contestations graves :

Ce fut la première fois que les guerriers romains, qui devaient constamment maintenir le blocage de la ville, ne rentraient pas dans leurs foyers lors des saisons froides (les guerres s'arrêtaient traditionnellement en automne pour reprendre au printemps) : afin de compenser ce sacrifice, le gouvernement romain créa la solde (le guerrier devint soldat). Elle est payée grâce à un impôt versé par les civils romains qui ne participent pas au siège, ce qui les mécontente. Mais les « citoyens-soldats » restent insatisfaits, car ils ne peuvent que difficilement voir leurs familles, et ne peuvent participer à certaines élections ayant lieu à Rome (pas de vote par correspondance). Il sera plus tard interdit aux légionnaires de se marier.

Le butin fait sur la ville est considérable, et son partage suscite, avant la victoire même, des querelles très vives. Les civils sont autorisés à se joindre aux soldats à la fin du siège : ils ont versé l'argent de la solde et exigent leur part des prises, que le butin soit vendu et que l'argent soit redistribué. Les hommes ayant participé à la prise de la ville veulent que chacun soit propriétaire de ce qu'il a conquis par l'épée, selon l'usage ancien, et c'est cette tradition qui l'emporte finalement.

Les nobles romains craignent que l'énormité du butin n'aboutisse à bouleverser la hiérarchie sociale. On se souvint alors que le général Camille a promis d'offrir au dieu Apollon une partie des prises, mais ces dernières ont déjà été distribuées. Est alors demandé aux bénéficiaires d'en restituer le dixième pour l'offrande au dieu, ce qui se fait de très mauvais gré.

Cette prise d'une ville très riche et importante montre aux Romains le chemin à suivre pour s'enrichir. Ils retiendront la leçon. Une armée de métier sera organisée, et la noblesse, dont les généraux sont issus, fera en sorte d'être la première bénéficiaire des conquêtes futures.

La ville étrusque Monuments vignette|Statue de Dionysos.|alt= À l'extérieur des murs de la ville, sur un replat dominant un petit cours d'eau, le Piordo, subsistent les vestiges du sanctuaire de Portonaccio lié à la présence d'une source. Le temple, dont il ne reste que des vestiges des fondations, a été bâti vers le milieu du Il a livré, au cours des fouilles de 1916, la célèbre statue en terre cuite de l'Apollon de Véies, exposée au musée de la villa Giulia, à Rome.

Nécropoles Des tumuli et des tombes ont été retrouvés, creusés dans la roche, notamment la tombe Campana, chambre funéraire découverte en 1843.

La tombe des Canards (tomba delle anatre), découverte en 1958, est remarquable par son ancienneté, vers 680/670 . Elle doit son nom à la fresque située sur la paroi du fond de la chambre funéraire.