thumb|Salle de marchés de RVS Une salle de marchés est une salle où sont rassemblés les opérateurs de marché ou négociateurs intervenant sur les marchés financiers. Les pays anglophones utilisent les termes de trading room, voire dealing room ou trading floor, le terme de floor (sol) étant inspiré de celui d'une bourse cotant à la criée. La salle de marchés est désignée également en anglais sous le vocable de front office (« service clientèle »), par opposition à back office (« service administratif ») .

Avec l'effacement progressif de la cotation à la criée au profit des bourses électroniques, la salle de marchés est devenue le seul lieu de vie emblématique du marché financier. C'est aussi le plus souvent là que sont mises en œuvre les technologies de l'information les plus récentes avant d'être disséminées dans les autres secteurs de l'établissement financier.

Origine Le terme français de « salle de marchés » est inventé par la Banque Indosuez en 1982, qui est aussi la première banque en Europe à en créer une, cette année-là, sur un plateau de , rue de Courcelles dans le 17ème arrondissement de Paris, alors que ce concept s'est imposé depuis plusieurs années aux États-UnisJean-François Lepetit, Homme de marché, Economica, 2002, p. 155 .

À cette époque, les activités financières étaient séparées en autant de départements, répartis quelquefois sur plusieurs sites, qu'il y a de segments de marché : marché interbancaire (domestique et devises), marché des changes, financement à long terme, bourse, marché obligataire

En rassemblant ces équipes en un lieu unique, Indosuez, puis les établissements qui suivront son exemple peu après, veulent assurer une meilleure diffusion des informations de marché, pour une plus grande réactivité des opérateurs ; une confrontation d'idées sur l'évolution des marchés et leurs opportunités ; enfin, une coordination des bureaux dans l'action commerciale.

Contexte Les salles de marchés apparaissent tout d'abord au sein des maisons de titres américaines, telles que Morgan Stanley, à partir de 1971, avec la création du NASDAQ, qui requiert chez elles une table actions, et le développement du marché secondaire des produits de dette, notamment fédérale, qui requiert une table obligataire.

La propagation en Europe des salles de marchés, entre 1982 et 1987, est ensuite impulsée par deux réformes sur l'organisation des marchés financiers mises en œuvre à peu près simultanément en Grande-Bretagne et en France.

En Grande-Bretagne, le Big Bang sur le London Stock Exchange efface la distinction des rôles de courtier (broker) et de teneur de marché (market maker) et incite les banques américaines, jusque-là interdites d'accès à la bourse de Londres, d'y installer une salle de marchés.

En France, la déréglementation des activités financières, conduite par Pierre Bérégovoy, ministre de l'Économie et des Finances, entre 1984 et 1986, se traduit notamment par la création d'un marché de titres de créances négociables, la création de contrats à terme de taux d'intérêt, avec le MATIF, et d'options négociables avec le MONEP, la modernisation de la gestion de la dette publique, avec l'introduction des obligations assimilables du Trésor et la création du statut de spécialiste en valeurs du Trésor. L'apparition de ces nouveaux compartiments de marché appelle la création de nouveaux postes d'opérateurs dans les salles des marchés.

Métiers Une salle de marchés sert deux types de métier : la négociation (trading) et l'arbitrage, métier des banques d'investissement et des courtiers ; le monde anglophone utilise communément le terme de sell-side (« côté vendeur ») ; l'investissement, métier des sociétés de gestion d'actifs et des investisseurs institutionnels ; les anglophones utilisent le terme de buy-side (« côté acheteur »).

Les banques d'investissement sont les premières à avoir rassemblé leurs équipes en salle de marchés ; les sociétés de gestion d'actifs et les grandes entreprises les ont suivies ultérieurement ; Péchiney est par exemple une des premières entreprises à créer une salle de marchés, pour gérer ses couvertures de change.

Le type de métier détermine des spécificités dans l'organisation et l'équipement logiciel de la salle de marchés.

Organisation

La salle de marchés constitue le front office , par opposition aux activités de post-marché (back office). Le suivi de marché (middle-office) et le post-marché ne sont pas normalement installés dans la salle de marchés.

Les salles sont en général organisées en bureaux (desks), ou tables, spécialisés par produits ou segments de marché (actions, taux courts, taux longs, options, etc.), qui partagent un vaste espace ouvert.

Dans la salle d'une banque d'investissement, un bureau distingue en général des négociateurs (traders) dont le rôle est de proposer le meilleur prix possible aux commerciaux, notamment en anticipant sur les évolutions de marché. Le négociateur retourne ses opérations conclues avec les commerciaux auprès de négociateurs d'autres entités du groupe ou d'autres banques d'investissement, ou auprès des animateurs de marché (market makers), assimilables à des grossistes. Les opérations négociées par les animateurs de marché ont des termes standard. Les commerciaux concluent avec leurs clients des opérations dont les termes leur sont spécifiques. Concentrés sur la relation clientèle, ils interviennent généralement sur la plupart des produits. thumb|Un bureau (desk). Plusieurs grandes institutions ont regroupé leurs bureaux ou comptoirs (desks) cash et dérivés, tandis que d'autres, comme UBS ou la Deutsche Bank, par exemple, mettant l'accent sur la relation avec la clientèle, structurent leur salle de marchés à partir des desks de sales.

Dans les plus grosses salles, certains opérateurs travaillent off shore pour le compte d'une autre entité du groupe située dans un autre fuseau horaire. Ainsi, une salle peut avoir à Paris des négociateurs détachés par la filiale de New York et dont les horaires de travail sont décalés en conséquence. Sur la table de changes, et parce que ce marché fonctionne 24h sur 24 en fonction des fuseaux horaires, une organisation de portefeuilles tournants peut être mise en place : par exemple, un négociateur situé à Paris ou à Londres prendra en charge, en début de matinée, les positions ouvertes de la salle de Singapour (ou Tokyo, ou Bahreïn) et les gère jusqu'à les transmettre, en fin de journée, à un homologue situé à New York.

Certains établissements, en particulier ceux qui se sont dotés d'une capacité de développement rapide (RAD), choisissent de fondre également dans leur salle de marchés leurs équipes d'ingénieurs financiers et d'informaticiens spécialisés dans le service clientèle ; ces derniers sont alors rattachés à la direction des opérations de marché plutôt qu'à la direction informatique.

Plus récemment est apparu le profil de déontologue qui, au sein de la salle de marchés, s'assure du respect de la loi contre les abus de marché et des règles éthiques inscrites au règlement intérieur.

Chez les investisseurs, l'organisation est plus simple : les gestionnaires, ou gérants, gèrent un ou plusieurs portefeuillesDans une société de gestion d'actifs, le portefeuille est un OPCVM.. les négociateurs, sont en contact avec des courtiers (brokers), c'est-à-dire des commerciaux dans des banques d'investissement ; toutefois, ce profil est absent chez les sociétés de gestion de portefeuille qui font le choix d'externaliser leur table de négociation.

thumb|300px|Siège nord-américain d'UBS, Stamford, Connecticut : la salle de marchés se trouve sous le toit arrondi

Le développement des activités de marchés, tout au long des années 1980 et 1990, nécessite des plateaux toujours plus vastes, et spécialement adaptés au câblage informatique et téléphonique. Certains établissements déménagent ainsi leur salle de marchés de leurs locaux historiques en centre-ville, de la City vers Canary Wharf, de Paris intra-muros vers La Défense, et de Wall Street vers Times Square ou la banlieue résidentielle de New York dans le Connecticut ; UBS Warburg, par exemple, construit une salle de marchés à Stamford en 1997, puis l'agrandit en 2002, faisant de celle-ci la plus grande salle du monde, avec près de , permettant d'installer postes de travail et écrans.

L'immeuble Basalte construit par Société générale est le premier immeuble spécifiquement affecté aux salles de marchés ; il prévoit notamment une double alimentation électrique pour assurer la continuité de l'activité de négociation de marché (trading) en cas de défaillance d'une des deux sources de production.

JP Morgan a un projet d'un nouvel immeuble à proximité du World Trade Center dont les six étages affectés aux salles des marchés seront partiellement suspendus, la surface disponible au sol étant insuffisante.

L'infrastructure Les débuts Le téléphone et le téléscripteur sont les premiers outils du courtier. Le téléscripteur reçoit les cotations boursières et les imprime en continu sur un rouleau de papier (en anglais, le ticker tape). Les actions américaines y sont reconnues par un code mnémonique d'une à trois lettres, suivi du dernier cours, du plus bas, du plus haut et du volume négocié sur la journée. La diffusion est proche du temps réel, les cours sont rarement différés de plus d'un quart d'heure, mais le courtier à la recherche du prix d'une valeur en particulier doit lire le rouleau…

thumb|Téléscripteur

Dès 1923, la société Trans-Lux équipe le NYSE d'un système de projection sur grand écran d'une version transparente du rouleau de téléscripteur. Ce système sera ensuite adopté par la plupart des courtiers new-yorkais jusque dans les années 1960.

En 1956 apparaît le Teleregister, un tableau électro-mécanique qui affiche les cours des actions. Il existe en deux variantes, des 50 principales ou des 200 principales actions cotées sur le NYSE ; mais encore faut-il être intéressé par ces valeurs, et pas par d'autres…

Dans les années 1960, le poste de travail de l'opérateur de marché se caractérise par l'encombrement des postes téléphoniques. L'opérateur jongle avec plusieurs combinés pour converser avec plusieurs courtiers à la fois. Le calculateur électro-mécanique, puis électronique, lui permet de faire des calculs simples.

Années 1970 : la vidéo Dans les années 1970, si l'apparition de l'autocommutateur téléphonique privé permet de simplifier l'équipement téléphonique des opérateurs, en revanche, le développement des offres d'affichage d'informations financières conduit à multiplier les moniteurs vidéo sur leur poste de travail, chacun de ces matériels étant spécifique à son fournisseur de données. Les données s'affichent en vert sur des écrans noirs et chaque mise à jour rafraîchit la page entière. Le commutateur vidéo permet de syndiquer plusieurs flux vidéo et les redistribuer vers un nombre limité de moniteurs ; par exemple, le système PRISM de Rich Inc. permet de traiter 10 écrans monochromes ou 4 en couleurs.

Telerate, Reuters, Bloomberg, Knight-RidderNotamment avec son offre ., Quotron, Bridge, Instinet sont les principaux acteurs du marché de l'information financière, plus ou moins spécialisés selon les compartiments, du monétaire, des changes, des titres, respectivement, pour les 3 premiers d'entre eux.

Les négociateurs jonglent désormais avec les claviers.

Années 1980 : le tableur Cette décennie qui voit se généraliser les salles des marchés est aussi celle du développement de la micro-informatique et des stations de travail.

Les tableurs apparaissent, l'offre se scindant entre le monde du MS-DOS/Windows, pour PC, avec Lotus 1-2-3Le produit a depuis disparu., rapidement supplanté par Excel, et celui d'Unix, pour les stations de travail, avec notamment Applix et . À côté des terminaux vidéos, il faut donc encore trouver de la place pour un écran d'ordinateur.