Le Témoin (Le titre hongrois est écrit sans accent sur le -u final dans le générique du film, alors que l’orthographe hongroise correcte est depuis 1954 tanú avec un accent.) est un film hongrois réalisé par Péter Bacsó. Son scénario est écrit par le réalisateur, en collaboration avec János Ujhelyi.

Bien que terminé après de nombreuses interventions de la censure, le film a été interdit jusqu’en 1979, quand il est devenu, après sa distribution en salles, un film culte, parmi les plus populaires du cinéma hongrois, étant une satire du régime communiste du début des années 1950. Il a connu le succès en Occident aussi, après avoir été présenté en 1981 au Festival de Cannes, dans la section Un certain regard. En 2019, après des recherches minutieuses, des professionnels des Archives Nationales du Cinéma Hongrois ont retrouvé la version non censurée du film dans l'un des dépôts des Archives, et le Hungarian FilmLab (Magyar Filmlabor) l’a restaurée en la numérisant.. Celle-ci a été présentée la même année dans la section Cannes Classics.

Synopsis

L’action du film a lieu au début des années 1950Section d’après le contenu d’image et textuel du film non censuré.. Son personnage principal, József Pelikán, est un homme simple qui vit à la campagne, étant le gardien d’une digue au bord du Danube.

Au début de l’action, Pelikán fait un contrôle du digue, à pied, à vélo et en barque, avec son chien Fickó. Il accoste à la hauteur du slogan« Vive notre grand et sage dirigeant ! » écrit en grosses lettres sur la digueIl s’agit de Mátyás Rákosi. L’époque se caractérisait par le culte de sa personnalité, à l’instar de celui de Joseph Staline à la même époque, en Union soviétique.. Le chien court tout de suite uriner sur le slogan, et Pelikán lui crie : « Pas là, Fickó ! » Une femme se tenant sur la rive opposée lui annonce en criant qu’il y a de la viande à la boucherie. Pelikán y arrive en pédalant à perdre haleine juste au moment où le boucher annonce aux gens qui forment une longue file d’attente, qu’il n’y a plus de viande, jusqu’à la semaine suivante.

Arrivé chez lui, où il a huit enfants, Pelikán leur dit qu’il n’y a pas d’autre solution, Dezső Prénom masculin correspondant à Désiré. doit mourir. Le soir, sept des enfants, vêtus de leurs uniformes de pionniers se mettent à chanter un chant du mouvement ouvrier communiste, sous la direction de la fille aînée de Pelikán, pour couvrir les cris du cochon élevé en cachette dans la cave, que Pelikán est en train de tuer. Juste après qu’il l’a tué, deux policiers arrivent, qui se renseignent si la famille a un cochon. Les enfants recommencent à chanter et les policiers s’en vont. La nuit, toute la famille travaille dans la cave à débiter le cochon, à faire des saucisses

À l’aube, Pelikán rencontre une vieille connaissance, Zoltán Dániel, son camarade du parti communiste devenu ministre, qui pêche à la ligne au bord du fleuve. Il ressort de leur conversation que Pelikán n’a plus de femme, qui l’a quitté pour un timonier de barge roumain. Ils marchent sur la digue et le chien trouve un trou de sousliks, dangereux pour la sûreté de la digue par les terriers et les galeries qu’ils y creusent. Les deux hommes versent de l’eau dans le trou et tuent deux sousliks. Ils leur coupent la queue car, si les enfants portent les queues à l’autorité habilitée, ils reçoivent deux forints pour chacune. Pendant ce temps, un poisson a mordu à l’hameçon et il est en train d’emporter la canne. Dániel court la récupérer mais s’avance trop dans l’eau, la canne lui échappe et il perd pied, mais Pelikán le secourt.

Chez lui, Pelikán met Dániel au lit pour qu’il n’attrape pas froid. Les policiers reviennent, parce qu’ils ont reçu une dénonciation tout ce qu’il y a de valable, disent-ils, parce que anonyme et tapée à la machine, comme quoi Pelikán a tué un cochon, ce qui est interdit sans autorisation, et ils se mettent à perquisitionner. Le ministre sort de la chambre et les empêche de continuer, en disant que Pelikán est un camarade fiable, qui l’a sauvé des membres du Parti des Croix fléchées au pouvoir en 1944. Pour leur montrer où il l’a caché, il ouvre la trappe de la cave. Toute la viande y est et Dániel dit aux policiers de faire leur devoir, parce que la loi est valable pour tous, d’autant plus pour les communistes. Les policiers versent du pétrole sur la viande, qui sera la preuve matérielle de la culpabilité de Pelikán, ils lui mettent des menottes et l’emmènent.

Dans la cellule de la prison, Pelikán tombe sur Gulyás, un policier de l’ancien régime, qui l’a passé à tabac en 1944. Sur le moment, il a envie de se venger mais en fin de compte, il y renonce. Avec eux il y a aussi un évêque détenu, qui dit qu’il va prier pour lui. Pelikán demande ce qu’il y aura à manger. L’évêque le demande à d’autres détenus par des signaux frappés dans le tuyau du chauffage central. Il y aura du tarhonyaUne espèce de pâtes, utilisés d’habitude en accompagnement, mais sans rien d’autre en prison..

Pelikán a une visite, sa fille aînée, qui lui annonce que son avocat sera obligé de l’accuser et que la peine sera une amende ou la mort, selon que l’on voudra ou non donner un exemple par la condamnation. À la fin de l’entretien, Pelikán dit a sa fille de prendre soin des enfants et de faire attention à la digue aussi.

Pelikán est mis en liberté par un ordre venu d’en haut. Il proteste, en disant qu’il s’est quand même rendu coupable en tuant le cochon, mais on lui répond qu’il n’y a eu aucun cochon et aucun délit. En quittant la prison, il demande qu’on y améliore la nourriture, pour qu’on ne puisse pas dire que sous le nouveau régime on mange mal en prison.

En prenant une bière au bistrot de son village, il aperçoit un individu dont on lui dit que c’est lui qui l’a dénoncé, le même qui a fait cela sous le régime antérieur aussi, quand il état croix-fléchée. Pelikán le menace de le battre s’il ne quitte pas le bistrot, et l’autre s’en va.

Pelikán va voir le ministre en lui portant un canard pour lui exprimer sa reconnaissance, mais il n’y est pas et à toutes ses questions, on lui répond « Je ne sais pas ».

Une nuit, deux individus vêtus d’imperméables en cuir noir viennent le chercher dans une voiture noire. On peut déduire que ce sont des agents de l’ÁVH, la police politique. Ils lui couvrent les yeux et l’emmènent sans répondre à aucune de ses questions. Ils arrivent dans un garage d’où il doit monter un escalier lugubre. À un étage, il entre dans une pièce relativement luxueuse, où il y a une table mise avec soin. Un individu à la mine souffreteuse, le camarade VirágNom signifiant « fleur »., y entre à son tour, le salue cordialement, lui sert une boisson et l’invite à dîner. Ils sont servis par une femme en uniforme militaire, qui apporte un porcelet rôti. Seul Pelikán mange. Virág dit qu’il souffre de l’estomac et ne prend qu’un médicament. Il ne dit pratiquement rien à Pelikán sauf qu’on lui demandera quelque chose un jour et que « la situation internationale ne cesse de s’accentuer ».

Un jour, quand Pelikán rentre avec ses enfants après leur avoir offert une glace, il trouve chez lui Virág avec deux individus que celui-ci lui présente comme ses fils. Après une promenade sur la digue, Pelikán les invite à partager un repas constitué seulement de pommes de terre cuites dans la cendre, parce qu’il n’a rien d’autre. L’un des enfants va dans la pièce à côté et on entend comme un coup de feu. Virág se réfugie tout de suite sous la table et l’un de ses accompagnateurs tire une rafale de la mitraillette qu’il avait cachée sous sa veste, en détruisant les bocaux de légumes en saumure rangés sur le buffet. Ensuite il annonce qu’il n’a plus de cartouches mais il a encore deux grenades qu’il demande à utiliser. Cela n’arrive pas, car Pelikán va chercher l’enfant et le punit de quelques taloches sur la tête, parce qu’il a gonflé et fait péter un sachet en papier, selon une mauvaise habitude qu’il a.

Virág dit à Pelikán qu’il mériterait un poste de responsabilité, mais celui-ci refuse, en motivant qu’il n’y est pas assez formé idéologiquement. L’autre lui réplique qu’il suffit qu’il aime le grand et sage dirigeant, ce que Pelikán confirme.

Pelikán est nommé directeur de la piscine couverte de la capitale. Il s’y présente et remarque un grand groupe de gens rassemblés devant l’entrée. Ils ont leurs billets mais un employé ne les laisse pas entrer. Pelikán y entre et voit nager un seul individu et deux autres en imperméables en cuir qui marchent parallèlement avec lui sur les bords de la piscine. Pelikán va à l’un d'eux, lui demande son billet, et dit à l’employé de faire entrer les gens. Celui à qui il a demandé son billet, sort un pistolet. Pelikán demande à celui de l’eau aussi s’il a son billet. Pendant ce temps, les gens entrent et se jettent dans la piscine. Celui dans l’eau crie effaré, et ses gardes du corps se jettent à l’eau habillés pour l’en sortir.

Pelikán se retrouve en prison, avec les mêmes que la première fois. L’ancien policier lui annonce que les dirigeants du pays se mettent les uns les autres en prison. L’évêque demande ce qu’il y aura à manger par le moyen de communication consacré. Il y aura encore du tarhonya. Pelikán est de nouveau libéré et emmené chez Virág. Il s’excuse de ne pas avoir reconnu en maillot de bain le camarade général BástyaNom signifiant « bastion ».. Il l’aurait reconnu s’il avait été en uniforme. Virág le console en lui disant que le camarade Bástya lui a pardonné et que l’employé a été interné dans un camp comme responsable de l’incident, après avoir aussi avoué que sa mère avait été la maîtresse d’un koulak propriétaire de moulin. On sert de nouveau un repas copieux à Pelikán et Virág lui rappelle qu’on lui demandera quelque chose un jour. Pelikán ne lui demande que de le laisser retourner à sa digue, mais Virág lui annonce qu’il est nommé directeur du Parc anglais, comme s’appelait à ce moment-là le parc d’attractions de Budapest. Pelikán demande pourquoi le « Parc anglais », pourquoi pas le « Parc gai », à quoi Virág vante son attitude anti-impérialiste.

En tant que directeur, Pelikán renomme le tunnel de l’horreur du parc « le tunnel de l’esprit socialiste »En hongrois, le tunnel de l’horreur s’appelle littéralement « voie ferrée des esprits », le nom donné par Pelikán étant littéralement « voie ferrée de l’esprit socialiste ».. Entre autres, à la place des figures effrayantes qui s’y trouvaient, il fait mettre les portraits des dirigeants du pays, mais laisse les bruits sinistres et les cris lugubres traditionnels. Le général vient inaugurer le nouveau parc et visite le tunnel. Il est accueilli par le portrait de Karl Marx, des slogans communistes, des sons effrayants et son propre portrait, à quoi il perd connaissance.

Pelikán est de nouveau en prison, dans la même compagnie. Il se plaint de toujours vouloir être sur la ligneFormule consacré sous les régimes communistes signifiant « suivre la ligne idéologique du parti communiste ». mais de toujours tomber à côté. L’évêque lui dit de ne pas désespérer, car la Hongrie ressuscitera. Pelikán ne comprend pas ce que l’évêque veut dire et celui-ci lui explique que cela signifie que Pelikán aussi arrivera un jour à réfléchir sur la marche du monde. Cette fois-ci il y aura à manger un plat de pommes de terres. À propos de cela, Pelikán attire l’attention aux autres qu’il y a tout de même des progrès sous le nouvel ordre socialiste.

Pelikán dîne de nouveau chez Virág et répète sa demande d’être laissé sur sa digue, mais Virág lui dit que « la vie n’est pas un gâteau à la crème ». Lui aussi est fatigué et insomniaque ces derniers temps. Et de nouveau il lui dit que très bientôt on demandera quelque chose à Pelikán, sans lui dire quoi.