La classe Myōkō a été la troisième classe de croiseurs lourds de la Marine impériale japonaise, comprenant quatre unités portant divers noms de montagnes japonaises, construites, en quatre ans chacune, par les arsenaux de Yokosuka et de Kure et dans les chantiers navals de Nagasaki et Kobe, entre et . Ces unités marquèrent une évolution sensible dans la construction des croiseurs lourds japonais, par la puissance de leur artillerie, tant principale qu'anti-aérienne, mais elles ne respectaient pas les stipulations, en vigueur à l'époque, des traités de limitation des armements navals, en particulier en ce qui concerne le déplacement maximal des croiseurs. Les quatre unités de cette classe prirent une part active à la guerre du Pacifique et aucune n'y survécut.

Contexte et conception La mise sur cale des premières unités de la classe Myōkō, ( et ), a suivi de très près celle de la dernière unité de la classe Aoba () et a été concomitante à celle des premières unités de la classe County de la Royal Navy (septembre à ). Ce n'est qu'un an plus tard que les États-Unis ont mis sur cale leur premier croiseur construit après le traité de Washington, mais la construction navale américaine a été plus rapide, et le lancement du intervint, le , dix jours après celui du Myōkō, le .

La construction de ces diverses classes s'est effectuée sous l'œil attentif des services de renseignements des différentes marines concernées. Avec un déplacement officiel de , qui n'était pas, au demeurant, sous-évalué, les premiers croiseurs américains portaient une protection équivalente à celle des croiseurs japonais déjà construits, avaient une vitesse inférieure de deux nœuds, à 32½ nœuds, pour une puissance installée comparable, en raison d'un rapport longueur/largeur plus faible (8,55 au lieu de 11,59) mais devaient recevoir une artillerie principale constituée de deux ensembles d'une tourelle double et d'une tourelle triple superposée, donc nettement supérieure aux trois tourelles doubles de la classe Aoba. Les croiseurs de la classe Myōkō eurent une longueur accrue de par rapport à la classe Aoba, dépassant ainsi , et conservant le même rapport longueur/largeur, la longueur de coque permettant d'ajouter une tourelle double entre la tourelle et le bloc passerelle et une tourelle superposée entre la catapulte et la tourelle arrière. Mais cela aboutissait à un déplacement standard dépassant de près de 10 % le déplacement maximal autorisé par les traités.

On notera la différence fondamentale de la politique de constructions navales du Royaume-Uni et de l'empire du Japon, qui conduit, sensiblement au même moment, au tournant des années 1920-1930, le Japon à mettre en service des navires plus puissants, portant dix canons de après des croiseurs en portant six, alors que la Royal Navy, dans le souci d'avoir le plus grand nombre de bâtiments opérationnels, passe de croiseurs armés de huit canons de (ou de ) à des croiseurs armés de six canons, des classes à York, ou des classes à .

Caractéristiques

L'artillerie principale installée sur la classe Myōkō restait du modèle 200 mm 1 GÔ (Mark I)Navweaps Japan 8"/50 3ns, le canon de 203 mm 2 GÔ (Mark II) n'étant mis au point qu'après 1931. Les tourelles étaient dites du type D, qui ont en fait été conçues avant celles du type C de la classe Aoba, mais les deux modèles étaient très proches l'un de l'autre. L'élévation maximale était de 40° dans les deux cas, les vitesses de rotation et d'élévation de 4°/s et 6°/s respectivement, la cadence de tir de 3 à 5 coups/min. Le chargement se faisait à une élévation des canons de l'ordre de 5°. La dotation était de 120 coups par pièce.

L'artillerie secondaire, mise en place à l'origine comportait six affûts simples de Navweaps Japan 4.7"/45 10ns à double usage, soit 50 % de tubes de plus que la classe Aoba. Les croiseurs de la classe Myōkō reçurent à l'origine deux ensembles de trois tubes lance-torpilles fixes de de diamètre, dans la coque, sur chaque bord. La ceinture blindée, inclinée, avait 4 pouces d'épaisseur au lieu de 3 pouces pour les classes précédentes ( au lieu de 76), et les machines, quatre turbines à engrenages, alimentées par douze chaudières, développant plus de , assuraient une vitesse maximale de 35½ nœuds .

Une refonte des croiseurs de la classe Myōkō eut lieu à partir de 1936. Pour l'artillerie principale, les nouveaux canons de 2 GÔ (Mark II) ont été substitués aux canons de d'origine. Pour l'artillerie secondaire, quatre tourelles doubles de Type 89Navweaps Japan 5"/40 type89 ont été installées à la place des six tourelles simples de . La cadence de tir était de 8 coups/min, mais pouvait atteindre 14 coups/min dans des séquences courtes. L'élévation maximale était de 85-90°, la vitesse d'élévation était de 12°/s, la vitesse de rotation de 7°/s. Ces caractéristiques en faisait un armement anti-aérien apprécié, mais la vitesse initiale relativement faible de 700 à entrainait une portée maximale de seulement en tir anti-navire, à l'élévation de 45°, ou un plafond de en tir anti-aérien à l'élévation de 75°. La DCA rapprochée était assurée par quatre affûts doubles de canons antiaériens de Type 96Navweaps Japan /, et deux affûts de mitrailleuses bi-tubes Vickers de . Les douze tubes lance-torpilles fixes installés dans la coque ont été remplacés par deux plates-formes orientables quadruples sur le pont principal. Les installations d'aviation ont été développées, avec deux catapultes et une grue pour accueillir deux ou trois hydravions. Mais, au total, le déplacement s'en est trouvé porté à , alors que l'empire du Japon avait fait connaitre, il est vrai, son refus de se conformer, au-delà du , à toute limitation découlant des traités de limitation des armements navals. La propulsion étant restée inchangée, la vitesse maximale s'en trouva réduite à 33¾ nœuds.

À la sortie de cette refonte, lAshigara, portant la marque du Commandant de la Division de Croiseurs de la , a été envoyé en Europe, pour participer notamment à la revue navale internationale de Spithead, à l'occasion du couronnement du roi George VI.

Les unités de la classe NomQuilleLancementArmementChantier navalFin de carrièrePhotoArsenal de Yokosukamis hors de combat le à la bataille de la mer de Sibuyan,sabordé le 200pxArsenal de Kurecoulé le par l'aviation de la Flotte US en baie de Manille200pxChantiers Mitsubishi de Nagasakicoulé le par des destroyers britanniquesde l'East Indies Fleet200pxAshigaraChantiers Kawasaki de Kobecoulé le par un sous-marin britannique dans le détroit de Bangka200px

Service En , pendant la guerre sino-japonaise, les quatre croiseurs de la classe Myōkō et le ont pris part à un débarquement dans l'archipel de Zhoushan, à proximité de Shanghai. En , le a participé à l'assaut amphibie contre Amoy. En 1940, deux nouvelles plates-formes lance-torpilles quadruples ont été installées. Le , le vice-amiral Mikawa est nommé au commandement de la Division de Croiseurs. En , lAshigara a participé à l'occupation japonaise de la Cochinchine, en Indochine française. Le , le contre-amiral Takagi succède au vice-amiral Mikawa, à la tête de la Division de Croiseurs.

Au début , lAshigara est devenu le navire-amiral de la , chargée de l'attaque des Philippines. Il a participé à l'occupation du nord des Philippines, assurant la couverture du débarquement de Lingayen, le , tandis que les trois autres croiseurs qui faisaient partie de la Division de Croiseurs, ont pris part aux attaques au sud des Philippines (débarquements de Legaspi, le , Davao, le 19 et et Jolo, le ). Les quatre croiseurs ont participé, en janvier et février à l'occupation de Bornéo et des Célèbes.

De la mer de Java à la mer de Corail

vignette|Le croiseur néerlandais De Ruyter, sur lequel l'amiral Doorman avait sa marque, quelques jours avant d'être coulé par le Nachi et le Haguro, en fin février 1942 Pour l'attaque japonaise des Indes orientales néerlandaises, une bataille décisive contre les forces navales du Commandement Américain-Britannique-Hollandais et Australien, connu par son acronyme en langue anglaise ABDACOM, a eu lieu le 27-, dans la mer de Java. L'escadre du contre-amiral néerlandais Doorman, qui comptait alors deux croiseurs légers néerlandais, et avait reçu le renfort des croiseurs lourds et , a affronté les navires des , , et Divisions de Croiseurs japonais, c'est-à-dire des croiseurs lourds des classes Takao, Myōkō et Mogami. Tous ces navires étaient mieux armés, avec 10 canons de que les croiseurs lourds alliés qui ne pouvaient alors en aligner que six. Dans l'après-midi du , le a été touché, et incendié, par le . Protégé par deux destroyers, dont l'un a été coulé, le petit croiseur lourd britannique a subi l'attaque de croiseurs légers, mais a réussi à rejoindre Surabaya. Plus tard dans la nuit, les deux croiseurs néerlandais restants, ont été torpillés et coulés, avec plus de 800 morts, à quelques minutes d'intervalle, par les croiseurs lourds et Haguro, aux ordres du contre-amiral Takeo Takagi.

Le lendemain, tandis que les croiseurs , et , qui avaient attaqué un convoi de troupes japonaises qui se dirigeait vers Bali, ont été coulés, dans le détroit de la Sonde par les croiseurs Mogami et Mikuma, les deux croiseurs Ashigara et Haguro ont retrouvé le qui faisait route vers l'Inde, et l'ont coulé, avec son escorte.

À la mi-, le et le Haguro ont été lancés, vainement, à la poursuite des porte-avions et qui avaient permis de lancer le raid sur Tokyo. Début mai, le contre-amiral Takagi commandant de la Division de Croiseurs a été promu vice-amiral, et s'est retrouvé ainsi à la tête des forces qui devaient couvrir l'Opération Mo, c'est-à-dire l'attaque de Port Moresby ce qui va déclencher la bataille de la mer de Corail. Le , les porte-avions Zuikaku, naviral amiral du contre-amiral Hara, et Shōkaku, arrivent de Truk, accompagnés des deux croiseurs lourds, aux ordres du vice-amiral Takagi, et entrent en mer de Corail, en contournant l'île de San Cristóbal, à l'est de Guadalcanal. La recherche des principales forces adverses à la mer donne peu de résultats, des deux côtés. Du côté américain, le 6, des bombardiers basés à terre repèrent un porte-avions, qui est coulé le lendemain, mais ce n'est que le porte-avions léger Shōhō, qui devait assurer la couverture aérienne rapprochée de l'attaque de Port Moresby. Au même moment, les Japonais, pensant attaquer un porte-avions américain et un croiseur, endommagent très gravement le pétrolier et coulent son destroyer d'escorte. Dans la soirée du 7, l'aviation embarquée sur les Zuikaku et Shōkaku ne réussissent pas à localiser les porte-avions américains. Le , en revanche, se déroule en mer de Corail, la première bataille aéronavale « au-delà de l'horizon » de l'histoire. L' et le Shōkaku y sont gravement endommagés et l' y est coulé. Le Zuikaku, qui a pu récupérer les appareils du Shōkaku, a perdu 40 % de sa propre aviation embarquée. La reconstitution de la capacité offensive de la Division va empêcher sa participation à la bataille de Midway, ce fut un élément déterminant dans le rapport des forces au cours de cette bataille décisive.

Devant Guadalcanal (août 1942 - février 1943)

Lors de la bataille de Midway, les deux croiseurs et Haguro ont fait partie de la Flotte du vice-amiral Kondō. Dans le même temps, lAshigara, qui avait couvert l'occupation de l'île Christmas et était devenu le navire amiral de la Flotte de la Zone Sud-ouest, était en cale sèche au Japon, tandis que le Nachi était affecté à la Force du Nord, pour aller opérer contre les îles Aléoutiennes.