vignette|Char Type 69/79 irakien détruit lors de la Guerre du Golfe.
La guerre blindée ou guerre de chars est l'utilisation de véhicules de combat blindés dans le cadre de conflits armés. Il s'agit d'un aspect majeur des méthodes de guerre moderne. Principe La guerre blindée se caractérise par l'habilité des troupes à pénétrer les lignes défensives conventionnelles tout en tirant profit de la manœuvrabilité des unités blindées.
L'efficacité de ce type de guerre repose sur la combinaison, la complémentarité et le soutien des armes utilisées conjointement aux chars d'assaut. Il peut s'agir de forces d'infanterie, qui combattent aussi bien les véhicules divers que l'artillerie automotrice, ou encore le génie militaire et d'autres unités de soutien (avions de combat, hélicoptères, logistique, drones, etc.).
Pour l'entraînement, des manœuvres sont régulièrement organisées.
Critiques
D'un point de vue économique La pratique de la guerre blindée mobilise énormément de moyens. En effet, les blindés sont des matériels coûteux, qui demandent un apport réguliers en pièces détachés, en carburant et en munitions.
D'un point de vue stratégique Les blindés (notamment les chars) demandent une logistique importante pour pouvoir transporter les véhicules en dehors des zones de combat.
Histoire
Origines Le principe de la guerre blindée peut être rapprochée des tentatives de protéger les soldats des projectiles ennemis qui existaient depuis l'Antiquité.
Ces projets étaient limités pour plusieurs raisons : il n'existait pas de machines suffisamment puissantes pour déplacer des engins lourdement blindés et armés ; la faible puissances des armes ne justifiaient pas l'utilisation de chars puissamment blindés.
Apparition du moteur à explosion
L'apparition du moteur à explosion permet de transporter un véhicule de combat blindé équipé de canons plus facilement qu'avec des chevaux.. L'une des premières traces d'utilisation d'un véhicule à moteur blindé a lieu pendant la Guerre de Crimée en .
La Première Guerre mondiale (1914-1918)
Contexte Le principe de la guerre blindée moderne a été développé lors de la Première Guerre mondiale dans des buts différents : sur le front occidental, le but est de pouvoir briser la nature statique de la guerre de tranchées, qui s'était imposée à la fin de 1914 à cause de la puissance de feu acquise par les différentes armées en conflit à ce moment et qui empêchait toute progression en donner aux soldats un système leur permettant de franchir les barbelés et les autres obstacles du no man's land tout en restant protégé du feu des mitrailleuses ; sur le front moyen-oriental, le but était de pouvoir patrouiller le long du canal de Suez, mais aussi de protéger les installations des tribus locales fidèles au pouvoir ottoman et de récupérer les pilotes tombés derrière les lignes ennemies..
Prototypes gauche|vignette|Exemplaire d'un char Schneider CA1, rénové et exposé au musée des Blindés de Saumur.Les chars d'assaut sont d'abord développés au Royaume-Uni et en France. Les premiers chars britanniques tels que Mark I avaient une forme de losange afin de passer les tranchées. Les chenilles couraient sur des rouleaux de guidage sans suspensions, ce qui rendait leur déplacement très chaotique.
La mobilité des chars devait redonner aux armées les capacités de flanquer les lignes ennemies. En pratique, la guerre blindée fut frappée par de nombreuses avaries mécaniques et le faible nombre d'unités produites et déployées.
Utilisation
Front occidental Les premiers véhicules blindés sont des automitrailleuses destinés à attaquer les ballons d'observations : ce sont des voitures équipés de plaques de blindages et d'un trépieds pour accueillir une mitrailleuse.
La première utilisation des chars en situation de combat remonte à la bataille de la Somme, où des chars britanniques appartenant à la de la du comté de Londres ( of London Brigade, Royal Field Artillery) sont déployés le . Malgré ce premier engagement, ils ne réussirent pas à briser les lignes défensives allemandes.
Lors de la bataille de Cambrai (1917), les blindés britanniques sont plus efficaces et réussirent à détruire la ligne Hindenburg..
Les chars français étaient engagés pour la première fois le , à Berry-au-Bac, lors de la bataille du Chemin des dames. Malheureusement, cette action est un échec : plusieurs chars tombent en panne, les équipages ne sont pas familiarisés avec leur maintenance et une fois engagés, les blindés s'enfoncent dans les trous d'obus et manquent de puissance pour s'en extraire.
L'armée anglaise utilise des chars lors de la bataille de Cambrai. vignette|Char Mark IV L'Empire allemand ne produisit pendant la guerre qu'un nombre très limité de chars : A7V seront produits par l'Allemagne contre pour la France et pour le Royaume-Uni. Ce choix peut s'expliquer que le haut commandement allemand n'ait pas cru à cette innovation, mais aussi parce que l'Allemagne étant soumis à un blocus, la production d'acier était réservée à la production de canons et de sous-marins. Pour autant, la Première Guerre mondiale verra la première bataille de chars de l'histoire militaire. Il s'agit de la bataille de Villers-Bretonneux qui eut lieu en , où allemands A7V engagèrent britanniques Mark IV.. Deux des tanks britanniques sont touchés et doivent se replier, mais le troisième endommage un A7V qui est abandonné par son équipage.
Front oriental Des automitrailleuses de différentes nationalités (Minerva pour la Belgique, Lanchester et Austin pour le Royaume-Uni, Renault pour la France) sont envoyés en Russie pour combattre les Allemands et les Austro-Hongrois. En effet, le front oriental, à la différence du front occidental, n'était pas figé. L'utilisation d'automitrailleuses était vue comme plus prometteuse que sur le front occidental.
Front moyen-oriental En Égypte, le Royal Naval Air Service met sur pied en des escadrons composés de Rolls-Royce Silver Ghost sur lesquelles des plaques d'acier et une tourelle abritant une mitrailleuse Vickers de sont posées. Des Ford T seront également utilisés. En , une unité d'automitrailleuse menée par le duc de Wesminster bat une unité ennemie comptant près d'Halfaya.
Réponses Les pièces d'artillerie de campagne (y compris des fusils de gros calibre comme le Tankgewehr M1918) sont employées contre les premiers chars d'assaut pendant la Première Guerre mondiale car ils pouvaient percer le blindage des .. Certaines unités allemande reçurent des balles de type "K" anti-blindage.
Il y eut ensuite les premières mines antichars telles que la ..
L'entre-deux-guerres (1918-1939)
Stratégies Les stratégies développées à la fin de la Première Guerre mondiale sont différentes.
Rupture
L'idée est que les chars doivent être utilisées pour percer le front. Les chars doivent être mobiles et légers. Leur but étant, à terme, de remplacer la cavalerie conventionnelle. Des régiments autonomes devaient permettre la pénétration des lignes défensives ennemies, coupant ainsi les lignes de communication et de ravitaillement des armées de premières lignes.
Accompagnement
L'idée est que les chars doivent former un « bouclier blindé » pour accompagner l'infanterie pendant les attaques. Les chars doivent être lourdement blindés et un armement antipersonnel doit compléter le char d'assaut. En plus des chars, des chenillettes doivent soutenir l'infanterie en emportant des armes telles que des mitrailleuses.
Allemagne La paix revenue, l’historiographie fait la part belle au char pour justifier, non sans une part de vérité, la victoire acquise par les Alliés. Ces derniers, et en premier lieu les chefs militaires français, avaient su percevoir l’intérêt du char d’assaut et théoriser efficacement son emploi.
Bien que le traité de Versailles ait interdit à l'Allemagne de développer des chars, la Reichswehr commence dès les années 1920 à s'en doter. Selon Laurent Tirone, . Il ajoute : . Hans von Seeckt met en place une armée d’élite qui trancherait la défense .
En 1933, le général allemand Heinz Guderian sort un livre intitulé . Il y développe des théories inspirées par les travaux de De Gaulle et de Lidell Hart. Adolf Hitler décide de mettre en pratique ces théories. Il s'agit du début de la stratégie plus tard appelée (en français "guerre éclair").
vignette|Un Tigre allemand en combat lors de la bataille de Koursk ().
Les unités de blindés se concentrent désormais au niveau du point le plus fragile du dispositif défensif ennemi. Ce point faible, s'il est correctement choisi et exploité, assure de bien plus grandes chances de succès dans un engagement tactique donné, un fait suffisant pour remporter une victoire stratégique décisive. Un terme allemand qualifie cette concentration de force : Schwerpunktbildung, qui peut être traduit par "développement d'un centre d'effort".
La ligne défensive peut contre-attaquer, mais elle n'est pas assez forte en un point donné pour cela. Elle ne peut d'ailleurs pas faire le poids contre une force combinée de blindés et de fantassins. Un aspect majeur de toute guerre est la formule simple des lois de Lanchester : la puissance de combat relative d'une unité combattante en contact avec une autre par rapport à la puissance de combat relative d'un ennemi d'une taille donnée est le carré du nombre de membres de cette unité. Un char d'assaut possède la puissance de combat d'un char d'assaut () Deux chars possèdent quatre fois la puissance de combat relative d'un char seul () Ainsi, concentrer deux divisions en un point et attaquer ce point génère une bien plus grande force de frappe que deux divisions étalées le long d'une ligne.
La concentration des forces requiert de la mobilité afin d'empêcher l'ennemi de détecter le point d'attaque à temps, laissant ainsi le temps pour le défenseur de renforcer ses défenses.
En plus de développer des unités blindées, l'Allemagne développe à sa frontière ouest une ligne de fortification appelée Westwall.
France En France, plusieurs officiers sont majoritairement favorables à la stratégie de l'accompagnement. Seul quelques officiers comme Charles de Gaulle défendent l'idée de regrouper les blindés dans des divisions blindées pour briser les lignes défensives ennemies. Cette volonté de conserver une structure militaire semblable à celle de l'armée française en 1918 peut s'expliquer à cause de plusieurs facteurs : facteur économiqueEn , la France est économiquement très atteinte : il faut reconstruire le pays, mais aussi s'occuper des blessés, des familles des morts. Le temps n'est donc pas au développement de nouvelles technologies et stratégies. facteur psychologiqueLa France est considérée comme le . Les officiers d'état-major ne voient donc pas de raisons de réformer l'armée.
La construction de la ligne Maginot intègre des éléments antichars (canons et obstacles)..
Le se déroule la bataille de Khan Mayssaloun. Elle oppose le général Mariano Goybet aux troupes de l’émir hachémite Fayçal. L’utilisation de chars Renault FT dans les lignes françaises permet aux troupes françaises de gagner la bataille et de prendre Damas le lendemain, le .
Japon
L'infanterie reste la reine du champ de bataille dans la doctrine militaire nippone mais le grand État-major japonais (参謀本部, Sanbō Honbu) envisage de développer d'une arme blindée nationale et d'une industrie lourde d'armement pour des productions exclusivement indigènes.
Lors de la bataille de Khalkhin Gol, l'utilisation des chars par les forces soviétiques permirent de repousser les forces japonaises. Les auteurs Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri diront à ce sujet : .
Royaume-Uni Le Royaume-Uni développe des chars lourdement blindés fonctionnant un peu comme la cavalerie lourde d’autrefois, étaient censés surmonter la défense et restaurer la mobilité sur le champ de bataille.