La classe Takao a été la quatrième classe de croiseurs lourds de la Marine impériale japonaise, construite d' à , dans les arsenaux de Yokosuka et Kure, et les chantiers navals de Nagasaki et de Kobe, et la dernière conçue sous l'égide des traités de limitation des armements navals. Les croiseurs qui l'ont constituée ont donc été, selon la pratique japonaise habituelle, plus puissamment armés que leurs prédécesseurs, et n'ont donc, pas plus qu'eux, respecté la limite maximale de déplacement de , imposée par le traité de Washington de 1922.

Les quatre unités de cette classe, portant divers noms de montagnes, ont servi durant la guerre du Pacifique et après avoir été des acteurs reconnus des batailles autour de Guadalcanal notamment, ils ont connu une fin de carrière tragique, tous détruits ou mis définitivement hors de combat en deux jours, les 23 et , pendant la bataille du golfe de Leyte.

Conception et caractéristiques vignette|gauche|Dessin pour la reconnaissance de la classe Takao à sa mise en service Cette classe était une évolution de la précédente, dont elle avait à peu près les mêmes lignes de coque (longueur identique : , maître-bau : au lieu de , tirant d'eau : au lieu de ), d'où un déplacement légèrement supérieur en pleine charge, de l'ordre de , mais avec un déplacement standard de , mais déclaré (et sous-évalué) de .

L'armement principal restait de cinq tourelles doubles de , avec la même disposition que la classe Myōkō, c'est-à-dire dont la tourelle était superposée et la tourelle avait des arcs de tir réduits. Les canons ont été, pour la première fois dès l'origine, du type Canon de 20 cm/50 Type 3, qui permettaient de tirer un obus de à , à l'élévation de 45°, avec une vitesse initiale de , à la cadence de 3-4 coups par minute. Les tourelles étaient du type E, dont la caractéristique spécifique était d'avoir une élévation maximale de 70°, inspirée de celle des tourelles des croiseurs britanniques de la classe County, et donc censée permettre une utilisation contre-avions. La vitesse d'élévation était de 12°/s, et celle de rotation de 6°/s. Mais en pratique, comme le chargement s'effectuait à 5°, la cadence de tir diminuait avec l'élévation du tir, n'étant que de 3 coups par minute à l'élévation de 55° et de 2 coups par minute à 70°. Il se révéla difficile de les utiliser à plus de 55°, de sorte que le , le dernier croiseur de la classe à être mis sur cale, fut doté de tourelles de type dit E1, qui étaient équipées d'un double système de levage des obus et des charges comme les tourelles E, mais dont l'élévation était limitée à 55°.

L'artillerie secondaire d'origine était celle de Navweaps Japan 4.7"/45 10ns, à double usage, mais en quatre affûts simples comme sur la , compte tenu de la capacité escomptée de l'artillerie principale d'être à usage anti-aérien à longue distance, et la Défense Contre Avions rapprochée comportait un affût double et deux affûts simples Vickers de , et 4 mitrailleuses Vickers de . L'armement lance-torpilles comportait d'origine quatre plateformes doubles et les installations d'aviation, une grue et deux catapultes latérales à l'arrière de la superstructure, permettaient de mettre en œuvre trois hydravions, un Aichi E13A “Jake” et deux Mitsubishi F1M “Pete”.

La protection était un peu améliorée avec une ceinture atteignant 5 pouces () à hauteur des soutes à munitions. La propulsion, similaire à celle de la , développait une puissance très légèrement supérieure et assurait sensiblement la même vitesse, compte tenu de la similitude des dimensions de coque. Les installations du bloc passerelle étaient agrandies pour permettre l'accueil d'états-majors de commandants d'escadre ou de flotte, dans une structure de forme vaguement pyramidale, mais cela conduisait à une augmentation de poids dans les hauts qui aboutit à ne plus avoir de structures aussi imposantes pour la classe suivante Mogami. vignette|gauche|Le Maya en 1944, avec deux tourelles de à la place de la troisième tourelle d'artillerie principale À partir de 1936, les et ont bénéficié de refontes, qui ont eu principalement pour effet de substituer à l'artillerie secondaire de , des pièces doubles de Type 89Navweaps 5"/40 type89. La cadence de tir était dès lors de 8 coups par minute, mais pouvait atteindre 14 coups par minute dans des séquences courtes. L'élévation maximale était de 85-90°, la vitesse d'élévation était de 12°/s, la vitesse de rotation de 7°/s. Ces caractéristiques en faisaient un armement anti-aérien apprécié, mais la vitesse initiale relativement faible de 700 à entrainait une portée maximale de seulement en tir anti-navire, à l'élévation de 45°, ou un plafond de en tir anti-aérien à l'élévation de 75°.

En 1939-1940, leur grand mât a été déplacé vers l'arrière, pour améliorer l'efficacité des antennes radio. Le nombre des tubes lance-torpilles fut doublé avec le replacement des plates-formes doubles par des plates-formes quadruples toujours pour des torpilles Longues Lances de de diamètre. Mais leur installation sur le pont principal apparut, comme l'avait craint le baron Hiraga, comme une source de fragilité, en cas d'impact sur ces équipements hautement dangereux avec leur utilisation de l'oxygène pur au lieu de l'air comprimé, ce qui s'est vérifié au cours de la bataille au large de Samar, sur le , comme sur les et Chikuma.

Comme le Chokai, le Maya n'a pas connu une telle refonte, avant la guerre. Lorsqu'il fallut en fin 1943, réparer les dégâts subis par le lors du bombardement de Rabaul, le , sa tourelle de , trop endommagée, fut démontée et remplacée par deux tourelles doubles de Type 89. Son artillerie secondaire de 120 mm a aussi été remplacée par une batterie de 127 mm Type 89, ce qui fit que le Maya était alors doté de six et non de quatre tourelles doubles de ce calibre .

Comme, à partir de 1935, la Marine Impériale japonaise a fait le choix de construire comme matériel anti-aérien à courte portée du matériel Hotchkiss de , sous licence, leur armement fut renforcé en ce domaine (sauf sur le Chokai, dans un premier temps), par de multiples canons antiaériens de Type 96 automatiques au point d'en arriver à 60 tubes de ce calibre.

Les unités de la classe NomQuilleLancementArmementChantier navalFin de carrièrePhotoArsenal de Yokosukamis hors de combat le sabordé par les Britanniques le 200pxArsenal de Kure torpillé le par le sous-marin USS Darterà l'ouest de Palawan200pxChantiers Kawasaki de Kobetorpillé le par le sous-marin USS Daceà l'ouest de Palawan200pxChantiers Mitsubishi de Nagasakicoulé le par les porte-avions de la Flotte U.S. (TG 77.4)200px

Service Les croiseurs de la classe Takao ont constitué la Division de Croiseurs. Plusieurs amiraux japonais célèbres ont commandé ces croiseurs : en 1931, Boshiro Hosogaya a commandé le , en 1933 Chūichi Nagumo a commandé le , en 1934 Jisaburō Ozawa a commandé le , et Gunichi Mikawa a commandé le , en 1936 Takeo Takagi a commandé le , et Aritomo Gotō a commandé l', puis en 1937, il a commandé le . Les croiseurs de la Division ont opéré, à partir de 1937, dans les eaux de Chine du nord et de Chine centrale, en 1938, dans les eaux de Chine du sud, en 1939, de nouveau dans les eaux de Chine du nord. En , le ' devint le navire amiral de la , puis fin , le navire amiral de la Flotte Expéditionnaire du Sud, que commandait le vice-amiral Ozawa, au sein de la du vice-amiral Kondō, qui avait sa marque sur l'.

Au cours de l'attaque générale japonaise de décembre 1941 à juin 1942

Au moment des attaques japonaises de , les croiseurs de la Division ont participé à la couverture des opérations de débarquement en Malaisie, et ont recherché un moment l'escadre britannique constituée autour des et qui ont été coulés le en mer de Chine méridionale. À partir de la fin décembre, ils ont assuré la couverture éloignée des débarquements aux Philippines, puis celle du bombardement de Port-Darwin, menée par les porte-avions du vice-amiral Nagumo le , enfin des débarquements dans les Indes orientales néerlandaises. Ils ont, à cette occasion, aux ordres du vice-amiral Kondō attaqué des transports quittant Java et coulé de petites unités isolées de l'ABDACOM. Début , le , sur lequel le vice-amiral Ozawa avait sa marque, a mené, avec des croiseurs de la classe Mogami, un raid dans le golfe du Bengale, contre le trafic commercial allié et coulé plus de vingt transports.

Après le raid sur Tokyo, l', le , et le , ont été lancés en vain à la recherche de l'escadre américaine qui l'avait mené, la Task Force 16, qui était commandée par le vice-amiral Halsey. Puis le , et le , ont fait partie des forces qui sont allées attaquer les îles Aléoutiennes, au moment de la bataille de Midway, et qui ont occupé les îles de Kiska et Attu. L', et le ont, quant à eux, participé à la bataille de Midway au sein de la Flotte du vice-amiral Kondō, dont la mission, couvrir le débarquement sur l'île de Midway, aura été annulée après l'issue catastrophique, pour la Marine Impériale japonaise, de la rencontre entre les grands porte-avions japonais et américains, le .

Au large de Guadalcanal et dans la mer des Salomon

vignette|gauche|Carte de la région des Îles Salomon Le , le est devenu le navire amiral d'une nouvelle Flotte, pour les Mers du Sud extérieures. Le , à Truk, a eu lieu la passation des consignes entre le vice-amiral Inoue, commandant de la , qui avait eu la responsabilité de l'opération Mo, que la bataille de la mer de Corail a contribué à faire avorter, et le vice-amiral Mikawa, nommé à la tête de la nouvelle Flotte, qui a ensuite gagné Rabaul, en Nouvelle-Bretagne, où son Q.G. a été installé. Le est alors allé mouiller près de Kavieng, en Nouvelle-Irlande, où il a retrouvé les croiseurs des classes Furutaka et Aoba, qui composait la Division de Croiseurs, aux ordres du contre-amiral Aritomo Gotō.

Les Japonais avaient débarqué, début mai, dans l'archipel des îles Salomon, dans le but de menacer les communications entre les îles Hawaï et l'Australie. Le , dès que les U.S. Marines eurent débarqué à Tulagi, sur l'île Florida, sous la protection de l' et à Guadalcanal sous la protection des et , les croiseurs de la Division ont quitté Kavieng, accompagnés de deux croiseurs légers, de destroyers et du , sur lequel le vice-amiral Mikawa a embarqué à Rabaul, avant de mettre le cap sur Guadalcanal. Ils ont été repérés à plusieurs reprises, mais ces renseignements n'ont pas été transmis à temps, ou n'ont pas été pris en considération, de sorte qu'à , le , les navires japonais ont pris complètement par surprise, au sud de l'île de Savo deux croiseurs lourds, l'un australien, l'autre américain, coulant le premier et endommageant très gravement le second, puis, au nord de Savo, trois croiseurs lourds américains qu'ils ont coulés. Seul le a subi quelques dégâts notables, sur sa tourelle avant, qui lui ont valu une semaine de réparations à Rabaul.

À partir de la mi-août, les autres croiseurs de la Division ont participé au sein de la Flotte du vice-amiral Kondō, à la couverture éloignée des opérations de renforcement de Guadalcanal, à laquelle s'est jointe à plusieurs reprises, la du vice-amiral Nagumo, constituée autour des derniers grands porte-avions ayant participé à l'attaque de Pearl Harbor, les Shōkaku et Zuikaku, ce qui a provoqué la bataille des Salomon orientales, les 24-, et la bataille des îles Santa Cruz, du 25 au , avec les grands porte-avions de l'U.S.Navy, , et .

Le , qui a assuré, de fin août à courant octobre, avec la Division de Croiseurs, la couverture d'opérations de renforcement de Guadalcanal, n'a pas été présent à la bataille du cap Espérance, le . Mais deux jours plus tard, il a bombardé Henderson Field, de concert avec le . Le lendemain, ce sont le , et le , qui portait la marque du vice-amiral Takagi qui ont expédié plus de 900 obus sur les pistes de l'aérodrome tenu par les Marines. Le , le et le , ont été rattachés à la , et ils ont donc rallié Rabaul.