La classe Mogami fut la cinquième classe de croiseurs de la Marine impériale japonaise décidée lors du premier plan de réarmement japonais. Elle a été construite à partir de 1934-1936 dans les arsenaux de Kure et Yokosuka, et les chantiers navals de Nagasaki et Kōbe. Ce fut la première à utiliser les stipulations du traité de Londres de 1930, qui ont permis de construire des croiseurs dits « légers », parce que leur calibre d'artillerie principale était au plus égal à , mais avec douze à quinze canons et toutes les autres caractéristiques des croiseurs « lourds », déplacement, blindage, vitesse. Ils ont reçu ultérieurement une artillerie principale de dix canons de , ce qui montre le caractère factice de la distinction entre croiseurs légers ou lourds se fondant seulement sur le calibre de l'artillerie principale.
Les quatre unités de cette classe ont pris une part active à la guerre du Pacifique, depuis l'occupation japonaise de l'Indochine à l'été 1941, l'invasion des colonies européennes du sud-est asiatique, pendant l'hiver 1941-1942, la bataille de Midway, au printemps 1942, jusqu'à la bataille du golfe de Leyte, à l'automne 1944. Aucun n'aura échappé à la destruction.
Contexte et conception vignette|gauche|Schéma classe Mogami. Après que le traité de Londres de 1930 a interdit d'accroître les flottes de croiseurs lourds, c'est-à-dire armés de canons d'artillerie principale dont le calibre était supérieur à et au plus égal à (), la Marine impériale japonaise, et sa grande rivale dans l’Océan Pacifique, l'U.S. Navy, étaient toutes deux intéressées à avoir de grands croiseurs, qu’ils soient classés « lourds » ou « légers » leur importait peu, d'autant que la supériorité des croiseurs lourds n’était réelle que par temps clair. Avec une visibilité plus faible, en ces temps antérieurs au radar d’artillerie, la cadence de tir plus rapide des canons de faisait des croiseurs légers des adversaires coriaces. On peut estimer que le poids de la bordée d'un grand croiseur léger, armé de douze canons de , tirant des obus de environ à six coups par minute était de , pour pour un croiseur lourd armé de huit canons de tirant des obus de environ à deux coups et demi par minute. Encore fallait-il que les grands croiseurs légers aient une vitesse et un blindage leur permettant d'approcher sans dommages jusqu'à avoir leurs adversaires à portée.
Or le Traité naval de Londres n'avait pas fixé de limite maximale de déplacement pour les croiseurs « légers », officiellement appelés croiseurs de , de sorte que ne demeurait que la limite supérieure de , fixée par le traité de Washington. Ainsi la Marine impériale japonaise passa commande dans le plan de renouvellement de la flotte de 1931, des deux premières unités, et Mikuma, d’une nouvelle classe de croiseurs. Dotée de quinze canons de . en cinq tourelles triples, et avec un déplacement annoncé de , manifestement sous-évalué, la classe Mogami était officiellement conforme aux stipulations du traité de Londres pour les croiseurs légers.
Caractéristiques
En 1939, lors d'une refonte, les tourelles triples de furent remplacés par des tourelles doubles de , sur les quatre croiseurs de la classe, ce qui les rangeait dans la catégorie des croiseurs lourds. Ils reçurent un bulge supplémentaire qui porta leur largeur à . Leur déplacement atteignit et leur vitesse fut réduite à .
Armement
Le canon de / qui a équipé la classe Mogami était une arme nouvelle mise au point dans la foulée du traité naval de Londres de 1930, qui avait retenu le calibre de l'artillerie des croiseurs français de la classe Duguay-Trouin, conçus avant le traité de Washington de 1922, comme limite supérieure de l'armement des croiseurs « légers ». Jusqu'alors, dans les calibres proches, la Marine Impériale japonaise utilisait les canons de de Vickers, qu'elle avait installés comme artillerie secondaire, sous casemates, sur les cuirassés des classes Kongō et Fusō, et qui ont été réutilisés en tourelles doubles sur les croiseurs légers de la classe Agano, au début des années 1940.
Ce canon d'un poids , était nettement plus lourd que ses équivalents des autres marines qui pesaient de . Il tirait un obus de perforation de , avec une vitesse initiale de 920-, à , à l'élévation de 45°, avec une cadence pratique de cinq coups par minute. Ces caractéristiques étaient très comparables à celle du canon français de / Modèle 1930 qui tirait un obus de perforation de à la vitesse initiale de , avec une portée de , à l'élévation de 45°, avec une cadence comparable. Le canon américain / , installé sur tous les croiseurs à partir de la classe Brooklyn conçue en riposte à la classe Mogami, tirait un obus de , à une distance un peu plus courte () mais, à une cadence supérieure, dix coups par minute, les tourelles américaines étant semi-automatiques, avec les trois canons prenant la même élévation.
La tourelle triple pesait , son poids la plaçait plutôt dans le haut de la fourchette, en comparaison avec la tourelle française de Modèle 1930, contre but marin, qui pesait , les tourelles de de la classe Brooklynn et de la classe Cleveland qui pesaient de 156 à , et les tourelles britanniques de BL ou XXIII qui pesaient de 148 à . Les trois canons étaient montés sur des berceaux indépendants.
La disposition des tourelles avant était un peu différente des classes précédentes, Myōkō et Takao. La tourelle superposée avant était la tourelle et non pas la tourelle . De ce fait, la barbette de la tourelle surélevée était intégrée dans la superstructure. Mais cela soumettait les barbettes à des tensions internes importantes et a posé un problème à l'origine, provoquant des bourrages, ce qu'une amélioration de la fixation de la barbette à la structure de la coque a permis de résoudre.
Initialement prévues pour une utilisation contre-avions avec une élévation de 75°, ces tourelles avaient une vitesse de rotation de 5 à 6°/s et une vitesse d'élévation prévue de 16°/s, mais elle n'était en pratique que de 10°/s, ce qui a conduit à renoncer à l'usage anti-aérien.
Le canon de ()., installé lors de la refonte des années 1939-1940, était identique à celui qui équipait les croiseurs lourds japonais de la classe Takao, mais avec une tourelle, dite du modèle « E2 modifié », dont l'élévation maximale était de 55°.
L'artillerie secondaire consistait en quatre tourelles doubles de .. Ce matériel à double usage tirait des obus explosifs de à , à une élévation de 45°, avec une vitesse initiale de , ou, en tir anti-aérien, avec un plafond de , à l'élévation de 75°. La vitesse de rotation ou d'élévation était de 7°/s et de 16°/s. La cadence de tir était de huit coups par minute. Avec une vitesse initiale plus grande de , le canon américain de / avait un plafond de près de et une cadence de tir de 12 à par minute au moins.
L'artillerie anti-aérienne rapprochée comprenait quatre affûts simples de ., dérivés des pièces de deux livres à tir rapide Vickers , c'est-à-dire des “Pom-Pom” en affût simple, tirant 60 à par minute, avec un plafond de . Sa cadence de tir et sa portée étant jugées insuffisantes, elle a été remplacée par des canons antiaériens de . dérivées du matériel français Hotchkiss de , qui ont constitué l'arme de base de la défense contre-avions rapprochée de la Marine Impériale pendant la guerre. On en installa sur chaque croiseur quatre affûts doubles autour du bloc passerelle, et quatre mitrailleuses simples de , dès la première refonte de 1936. Les deux dernières unités de la classe, ( et ) reçurent, pendant leur construction, les mêmes améliorations...
Quatre plates-formes triples lance-torpilles de (Longues Lances) ont été installées dès l'origine, et n'ont pas été remplacées, alors que les autres croiseurs ont reçu, dès l'origine, ou à l'occasion de refontes, des plates-formes quadruples.
Pour la reconnaissance aérienne, deux catapultes et une grue permettaient de mettre en l'air et de récupérer trois hydravions.
Protection
Le blindage était équivalent à celui de la classe Takao, en ceinture, sur les magasins de munitions.
Propulsion
Grâce à quatre turbines à engrenages Kampon, alimentées par dix chaudières, la puissance des machines devait permettre de développer , pour filer , mais les différentes refontes ont ramené la vitesse maximale autour de , du même ordre de grandeur que la classe Takao. Les et eurent, pendant leur construction, leur nombre de chaudières réduit de dix à huit, sans réduction de puissance.
Les unités de la classe NomQuilleLancementArmementChantier navalFin de carrièrePhotoMogamiArsenal de Kurecoulé le à la bataille du détroit de SurigaoMikumaChantiers navals Mitsubishi de Nagasakicoulé le à la bataille de MidwayArsenal de Yokosukatorpillé le à la bataille au large de SamarChantiers navals Kawasaki de Kōbecoulé le en baie de Santa Cruz (Philippines)
Service D' à , le Kumano a été commandé par Shōji Nishimura.
Pendant l'offensive générale japonaise jusqu'à Midway
Durant l'été 1941, les quatre navires ont participé à la couverture des débarquements de troupes japonaises qui ont occupé l'Indochine française. Ils ont constitué, fin , la de Croiseurs, aux ordres du contre-amiral Kurita, qui avait sa marque sur le , et ont couvert les débarquements sur le côte malaisienne (à Kota Bharu) et thaïlandaise à partir du . Leurs hydravions embarqués ont participé à la recherche des et . Puis ils ont participé à l'invasion japonaise de Borneo, du sud de Sumatra (vers Palembang) et de Java.
Au lendemain de la bataille de la mer de Java, dans la nuit du 27-, qui a vu la destruction des croiseurs néerlandais du contre-amiral Doorman., les croiseurs et ont rejoint le port de Batavia, Tanjung Priok. Ils ont tenté de s'échapper vers l'ouest, par le détroit de la Sonde pour gagner Tjilatjapna, sur la côte sud de Java. Une rencontre fortuite avec un important convoi de troupes japonaises, à l'escorte duquel participait la de croiseurs japonais a entrainé un violent combat de nuit, la bataille du détroit de la Sonde (-), dans lequel le et le Mikuma ont été engagés et qui a vu la destruction des deux croiseurs américain et australien.
La de croiseurs a couvert ensuite les débarquements au nord de Sumatra (Sabang), sur la côte de Malaisie (Mergui) et sur les îles Andaman et a participé début , au raid mené, aux ordres du vice-amiral Ozawa, contre le trafic maritime allié dans le golfe du Bengale, qui a abouti à la perte de de transport. Le , le contre-amiral Kurita a été nommé vice-amiral. La de Croiseurs n'a pas pris part à la bataille de la Mer de Corail et a rejoint, fin mai, la du vice-amiral Kondō, pour assurer la couverture des troupes qui devaient débarquer à Midway.
Mais le , pendant l'approche, une erreur de manœuvre du Mikuma, au cours d'un mouvement d'évitement provoqué par une alerte sous-marine, a entrainé un abordage avec le . Très ralentis, les deux navires ont alors mis le cap à petite vitesse vers l'île de Wake. Repérés, ils ont été attaqués, le lendemain , à deux reprises, par l'aviation américaine basée à Midway, sans résultats, puis par des bombardiers en piqué Dauntless des et . Les deux croiseurs ont alors été touchés, à plusieurs reprises chacun, et le Mikuma a été coulé, tandis que le a réussi à rester à flot, et est rentré à Truk puis au Japon.