Mark (aussi transcrit Marc) Aldanov, né Mordkhai-Markus Israelevich Landau, Mark Alexandrovitch Landau (en ), né le ()On trouve parfois les dates de 1888 ou 1889 dans des biographies (par exemple, dans l'entrée "Mark Aldanov" de l'Encyclopædia Britannica : https://www.britannica.com/biography/Mark-Aldanov), mais également 1882 (dans le Dictionnaire mondial des littératures, dirigé par Pascal Mougin et Karen Haddad-Wotling, Paris, Larousse, 2002, p. 26, entrée "ALDANOV") à Kiev et mort à Nice le , est un écrivain russe émigré, auteur de romans historiques.
Biographie
Mark Aldanov est né à Kiev dans une famille juive ayant fait fortune dans l'industrie du sucreVoir l'entrée "Mark Aldanov", écrite par Ekaterina Rogatchevsky dans The Literary Encyclopedia, Volume 2.2.2.00 : Post-1917 Writing and Culture in Russia, Ukraine and Belarus, 2015.. Bénéficiant d’une éducation primaire de qualité, il entre ensuite à l’université de Kiev où il obtient en 1910 un diplôme de droit ainsi qu’un diplôme en sciences naturelles, avec une spécialisation dans la chimie. Ses premières publications à Saint-Pétersbourg sont d’ailleurs de nature scientifique, et il travaille comme ingénieur chimiste pendant la Première Guerre mondialeD'après Neil Cornwell, Reference Guide to Russian Literature, Routledge, 1998, p. 107.. Mais il écrit aussi en 1915 un essai intitulé Tolstoï et Romain Rolland. Comme son ami Ivan Bounine, Aldanov était un grand admirateur du célèbre écrivain russe.
Mark Aldanov se présentait comme un socialiste, mais pacifiste : il était contre l'idée d'une révolutionVoir sa préface de Lénine, Paris, J. Povolozky et Cie, 1919, p. 8. Après la Révolution d'Octobre, il retourne à Kiev dans l’espoir que les armées bolcheviques épargnent la ville. Devant l’avancée des troupes, il s’exile en 1919 ; il vit quelque temps à Berlin avant de revenir en France. Il se marie en 1924 avec sa cousine (du côté de sa mère) Tatiana Markovna Zaïtseff ; elle sera sa collaboratrice, rédigeant ses manuscrits et traduisant quelques-uns de ses romansElle a notamment traduit en français Le Pont du Diable (Paris, 1930) et La Conjuration (Paris, 1933). et articlesVoir Leonid Livak, Russian Émigrés in the Intellectual and Literary Life of Interwar France: A Bibliographical Essay, Montreal, McGill-Queen's Press, 2010, pp. 58-60.. A Paris, il écrit en français un livre sur Lénine. Vif succès, ce livre est dans les années suivantes traduit en allemand et en anglais1920 pour la traduction allemande, 1922 pour la traduction anglaise, d'après Maxim D. Shrayer, An Anthology of Jewish-Russian Literature: Two Centuries of Dual Identity in Prose and Poetry, M.E. Sharpe, 2007, p. 426.. Aldanov rédige ensuite une monographie (en français) comparant les révolutions françaises et russes, et un livre (en italien) sur la politique étrangère soviétique.
Inscrit dans les milieux de l'émigration russe parisienne, il fréquente à cette époque le diplomate Basile Maklakoff, l'homme politique Alexandre Kerenski, les historiens Sergei Melgunov et Boris Nicolaevsky, la journaliste Ekaterina Kuskova, l'économiste et sociologue Sergei ProkopovichBasile Maklakoff et Mark Aldanov ont correspondu de manière abondante. Leurs lettres, qui permettent d'indiquer qu'Aldanov était en relation avec ces réfugiés russes célèbres, ont été éditées ensemble dans Human rights, imperial rights : Vassily Maklakov - Mark Aldanov : correspondence 1929-1957 ("Права человека и империи" : В.А. Маклаков - М.А. Алданов переписка, 1929-1957), Oleg Budnitsky (éd.), Moscou, 2015, 1142 pages, .... Mark Aldanov devient un collaborateur régulier des revues et journaux comme Poslednie novosti (Dernières nouvelles) ou Sovremennye zapiski (Les Annales contemporaines).
Il se tourne vers le roman historique, en restant ancré dans la période de la Révolution française et de la période napoléonienne : c’est la tétralogie Le Penseur (Myslitel). Il écrit ensuite une trilogie centrée sur la Révolution russe et la communauté russe émigrée : La Clef, L’Évasion et La Caverne (publiés entre 1930 et 1934). S'inspirant de Balzac et de Tolstoï, les personnages de ses romans, soumis aux hasards de l'Histoire, sont réduits à des silhouettes et laissent une place plus grande pour l'intrigueD'après le Dictionnaire mondial des littératures, dirigé par Pascal Mougin et Karen Haddad-Wotling, Paris, Larousse, 2002, p. 26, entrée "ALDANOV" (lire en ligne)..
Rattrapé par la Seconde Guerre mondiale, il s’installe d’abord à Nice en 1940, puis émigre à New York en 1941. Là-bas il fonde avec Mihail Cetlin Novy Zhurnal (La Nouvelle Revue), qui paraît encore aujourd’huiVoir le site (en russe).. Parmi les contributeurs de la revue : Vladimir NabokovVoir Brian Boyd, Vladimir Nabokov: The American Years, Princeton, Princeton University Press, 1991, p. 15., Ivan Bounine, Joseph Brodsky, Alexandre Soljenitsyne.
Le couple Aldanov retourne en France dès 1947, pour s’installer définitivement à Nice. Mark Aldanov continue d’écrire des romans (Avant le Déluge, 1946 ; Récit sur la Mort, 1952 ; Vivre comme on veut, 1952), un essai sur la chimie (De la possibilité de nouvelles conceptions en chimie, 1950), un ouvrage philosophique (La Nuit d’Ulm, 1953). Son ultime œuvre romanesque est Suicide, dont le personnage central est Lénine : il y brosse un portrait tout en nuances du futur maître de la Russie, tout entier absorbé par la cause du peuple. Ce roman s’étend sur deux décennies, du congrès de Bruxelles en 1903 à la mort de Lénine en 1921, et couvre trois révolutions (1905, , ), une guerre mondiale et une guerre civileVoir le résumé de Suicide, Éditions des Syrtes, septembre 2017, 660 p. (lire en ligne).
Mark Aldanov meurt à Nice le et est enterré dans le cimetière russe de cette ville. Sa femme, morte à Paris onze ans plus tard, est enterrée à ses côtés.
Les ouvrages de Mark Aldanov ont été interdits en URSS jusqu’en 1989, puis durant la glasnost ses œuvres ont été publiés en six volumes. La correspondance avec Ivan Bounine, conservée à la Columbia University à New YorkSa femme Tatiana Markovna Zaïtseff a fait don de sa correspondance, manuscrits et documents à l'Université en 1957. Voir l'inventaire disponible en ligne., a été en partie publiée en 1981. Ivan Bounine a d’ailleurs nommé Mark Aldanov pour le prix Nobel de littérature à six reprises (en 1938, 1939, 1947, 1948, 1949, et 1950), sans succèsIl a été en outre nommé quatre autres fois par Samson M. Soloveitchik, d'après la base de données des nominations au Prix Nobel de littérature : http://www.nobelprize.org/nomination/archive/show_people.php?id=356.
Œuvres
Ouvrages scientifiques Actinochimie : les prolégomènes, les postulats, Paris, Hermann & Cie, 1936, 128 p. De la possibilité de nouvelles conceptions en chimie, Paris, Hermann & Cie, 1950, 31 p.
Romans et nouvelles Le Penseur. Une tétralogie (, Mystitel’ Tetralogia) : 9 thermidor (, Deviatoe termidora), traduction française par L. et J.-M. Aimot., Paris et Neuchâtel, V. Attinger, 1929, 320 p. Le roman, traduit par L. et J.-M. Aimot, a été auparavant publié sous forme de feuilleton dans Le Figaro, du numéro 263 () au numéro 332 (). Sainte-Hélène, petite île (, Sviataia Elena, malen’kii ostrov), traduction française par M. Hirchwald, Jacques Povolozky et Cie, 1921, 160 p. ; réédition Nîmes, Éd. J. Chambon, coll. Les Romanesques, 1991, 130 p. Le Pont du Diable (, Chortov most), traduction française par Tatiana Landau, Paris et Neuchâtel, V. Attinger, 1930, 318 p. La Conjuration (, Zagovor), traduction française par Tatiana Landau, Paris et Neuchâtel, V. Attinger, 1933, 303 p. La Clef (, Kliuch), traduction française par D. Ergaz, avec avant-propos de André Levinson, Paris, Plon, 1932, 311 p. L’Évasion (, Begstvo), traduction française par Tatiana Landau, Paris, les Petits-fils de Plon et Nourrit, 1933, 275 p. Peshchera () 2 vol., Berlin, Petropolis, 1934-1936, 279 et 344 p. La dernière symphonie (, Desiataia simfoniia), traduction française par Vladimir Lazarevski, Paris, l'Illustration, 1934, 32 p. Le Commencement de la fin (, Nachalo kontsa), traduction française de l'anglais (The Fifth Seal) par Georges Le Breton et Eileen Souffrin-Le Breton, Paris, Robert Laffont, 1948, 439 p. Punshevaia vodka i Mogila voina (), Paris, Dom knigi, 1940. Mogila voina, traduit en anglais en For Thee the Best, a été traduit de l'anglais en français sous le nom Pour une terre charnelle, par Franz Weyergans, Bruxelles, la Sixaine, 1947, 192 p. Avant le Déluge (, Istoki), traduction française de l'anglais (Before the Deluge) par Marguerite de Ginestet, Paris, Hachette, coll. Les Beaux romans historiques, 1949, 560 p. Zhivi kak khochesh’ (), traduit en anglais en To live as We Wish par Nicholas Wreden, New York, Dutton, 1952. Bred (), traduit en anglais en Nightmare and Dawn, par Joel Carmichael, New York, Duell Sloane and Pearce, 1957 ; également en The Scoundrel, London, Arthur Baker, 1960. Suicide (, Samoubiistvo), dont la traduction en français par Jean-Christophe Peuch Mark Aldanov a reçu une mention spéciale au Prix Russophonie 2018, Éditions des Syrtes, 2017, 660 p.
Essais et articles Tolstoi i Rollan (), Petrograd, 1915, 314 p. Ogon' i dym (), Paris, Presses franco-russes, 1922, 188 p. Sovremenniki (), Berlin, Slovo, 1932, 275 p. Portrety (), Berlin, Slovo, 1931, 235 p. Zemli, liudi (), Berlin, Slovo, 1932, 295 p. Iunost' Pavia Stroganova i drugie kharakteristiki (), Belgrade, 1935, 188 p. "La Crise russe et la Société des Nations", La Paix des peuples, n° 1, , pp. 81-98.
Écrits politiques Armageddon (), Petrograd, 1918. Lénine, Paris, J. Povolozky et Cie, 1919, 220 p. Deux Révolutions : la Révolution Française et la Révolution Russe, Paris, J. Povolozky et Cie, 1921, 121 p. La politica estera dei Soviets, Rome, Libreria russa Slovo, 1921. L'Enjeu des Neutres, traduction française par Tatiana Landau, Paris, Zeluk, 1939, 42 p. ; réédition Paris, Office des éditions françaises, 1940, 48 p.
Philosophie Ul’mskaia noch'. Filosofiia sluchaia (), New York, éditions Tchekhov, 1953, 348 p.
Éditions complètes A Night at the Airport: Stories by Mark Aldanov, collection de nouvelles traduites en anglais par Joel Carmichael, New York, Scribner, 1949 Sobranie socchinenii (), 6 vols., Moscou, 1991-1993.
Bibliographie Neil Cornwell, Reference Guide to Russian Literature, Routledge, 1998, pp. 106-108. Henri et Danuta Cristesco, Tatiana Ossorguine (dir.), Bibliographie des œuvres de Marc Aldanov, Paris, Institut d’études slaves, 1976, 87 p. Olesya Lagashina, Mark Aldanov and Lev Tolstoy: on the Problem of Reception (), Tallinn, Tallinn University Press, 2010, 266 p. C. Nicholas Lee, The novels of Mark Aleksandrovič Aldanov, La Haye, Mouton, Slavistic Printings and Reprintings 76, 1969, 386 p. Leonid Livak, Russian Émigrés in the Intellectual and Literary Life of Interwar France: A Bibliographical Essay, Montreal, McGill-Queen's Press, 2010, 542 p. Vsevolod Mikhailovitch Setchkarev, Die philosophischen Aspekte von Mark Aldanovs Werk, Munich, O. Sagner, 1996, 80 p. Gervaise Tassis, L'œuvre romanesque de Mark Aldanov : révolution, histoire, hasard, Berne, P. Lang, 1995. Andrew Guershoon Colin, « Mark Aldanov: An Appreciation and a Memory », The Slavonic and East European Review, vol. 36, n° 86, , pp. 37-57 (lire en ligne). Yvonne Grabowska, « The problem of historical destiny in the works of M. A. Aldanov », University of Toronto, 1969.
Références
Liens externes
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