La classe Tone fut la dernière classe de croiseurs lourds de la Marine impériale japonaise mise en service. Ses deux unités ont été construites au chantier naval Mitsubishi de Nagasaki. Elles ont incorporé, pour ce qui concerne le nombre de tourelles et la disposition (« tout à l'avant ») de leur artillerie principale, les leçons de l'expérience acquise sur la classe Mogami. Elles ont constitué une esquisse d'un type de croiseurs hybrides porte-aéronefs. Elles ont servi durant la guerre du Pacifique et n'y ont pas survécu.
Conception
Lorsque la décision a été prise, avec le Second plan de réarmement japonais de 1932, de financer la mise en chantier de deux nouveaux grands croiseurs, le traité naval de Londres de 1930 était en vigueur et il interdisait la construction de nouveaux “croiseurs lourds”. C'est donc sans surprise que le choix a été fait de mettre sur cale une cinquième et une sixième unité de la classe Mogami, qui avait été conçue pour concilier un classement parmi les croiseurs “légers”, en raison d'un calibre de l'artillerie principale de , mais un nombre de canons de ce calibre presque double de celui des croiseurs légers existants, une vitesse de croiseur léger rapide, et une protection de croiseur lourd.
Mais en 1934, le chavirage du torpilleur , et l'incident de la flotte, puis en 1935-1936 les essais de la classe Mogami ont montré que les concepteurs des plus récents bâtiments de la Marine impériale japonaise de l'époque avaient sous-estimé les conséquences de l'accumulation des systèmes d'armes sur la stabilité des coques et donc le risque de chavirage. Il fut décidé, en conséquence, pour les nouveaux croiseurs, de réduire l'armement principal de cinq tourelles triples de prévues initialement, à quatre, de les concentrer sur l'avant et de ne plus avoir qu'une tourelle surélevée, en position , réduisant ainsi le poids en position haute, et de consacrer à l'aviation embarquée la place devenue disponible sur l'arrière . Lorsqu'après 1936, l'empire du Japon se fut affranchi du respect de toute stipulation d'un traité de limitation des armements navals, il fut également décidé, pour la seconde unité de la série, le Chikuma, de ne plus utiliser le soudage, qui permettait de gagner du poids pour respecter une limite maximale de déplacement, mais pouvait être une source de faiblesse pour les structures, et de revenir au rivetage, pour l'assemblage de la coque.
Caractéristiques Les dimensions de coque de la classe Tone étaient très proches de celles de la classe Mogami, presqu'identiques en ce qui concerne la longueur, pour le maître-bau au lieu de (après adjonction de bulbes), avec un tirant d'eau plus important, au lieu de , le déplacement normal s'établissant à au lieu de .
En ce qui concerne l'artillerie principale, sur la classe Tone, la substitution des tourelles doubles de 203 mm (Mark II)., aux tourelles triples de est intervenue, à la différence de la classe Mogami, pendant la construction. Les tourelles doubles de la classe Tone étaient dites du type E3 aux caractéristiques identiques à celles des tourelles du type “E2 modifié” de la classe Mogami, sauf en ce qui concerne le dispositif destiné à compenser la différence du diamètre des barbettes, qui était de pour les barbettes des tourelles triples de , et pour celui des tourelles doubles de .
L'artillerie secondaire se composait de quatre tourelles doubles de canons de Type 89., à double usage, anti navires et anti-aérien, situées en milieu de navire. L'artillerie anti-aérienne rapprochée était constituée de six affûts doubles de canons antiaériens de Type 96 automatiques., et quatre mitrailleuses Vickers de , le tout très proche de la classe Mogami.
Les installations lance-torpilles étaient identiques à celles de la classe Mogami, quatre plates formes triples orientables, pour des torpilles de de diamètre, sur le pont principal.
À la différence de la marine américaine, qui utilisait l'aviation embarquée sur les porte-avions pour les missions de reconnaissance à longue distance, la marine impériale japonaise avait recours pour ces mêmes missions aux hydravions des croiseurs. La plage arrière des croiseurs de la classe Tone, libre d'artillerie principale, a donc été utilisée pour des installations d'aviation importantes, avec un système complet de rails de guidage et de plateformes pivotantes, une grue derrière le grand mât et deux catapultes à poudre, mais toutefois sans hangar d'aviation. Un maximum de 8 hydravions était prévu : quatre Kawanashi E7K “Alf” et Nakajima E8N “Dave”. Dans la pratique, seuls cinq hydravions purent être embarqués, des Aichi E13A “Jake” ou des Mitsubishi F1M “Pete” .
La protection était améliorée, avec à hauteur des machines ( à hauteur des soutes à munitions), grâce à la concentration de l'artillerie principale à l'avant, ce qui permettait d'accroître l'épaisseur du blindage, grâce à la réduction de la taille des espaces à blinder.
L'appareil propulsif était identique à celui des et de la , huit chaudières alimentant quatre turbines à engrenages, entrainant quatre hélices, mais pour une puissance développée identique (), et un déplacement un peu inférieur ( au lieu de ), le tirant d'eau un peu plus élevé aboutissait à une vitesse maximale comparable de 35 nœuds.
En , deux affûts doubles de AA Type 96 supplémentaires et un radar de veille aérienne de Type 21 ont été installés sur le Chikuma, et en , sur le Tone. Sur les deux croiseurs, en , les deux affûts doubles de canons de AA Type 96 situé à l'avant ont été enlevés et quatre affûts triples installés ce qui a porté le nombre de tubes de ce calibre à vingt. En , deux affûts doubles de AA Type 96 ont été remplacés par deux affûts triples, deux autres affûts triples et vingt-cinq affûts simples supplémentaires ont été ajoutés sur le pont d'envol, portant le total à 53 canons, et un radar de veille aérienne de Type 13 a été installé.
Les unités de la classe NomQuilleLancementArmementChantier navalFin de carrièrePhotoToneChantiers navals Mitsubishi à Nagasaki coulé le à Kure par l'aviation embarquée de la Flotte U.S. ChikumaChantiers navals Mitsubishi à Nagasaki coulé le à la bataille de Samarpar l'aviation embarquée de la Flotte U.S.
Service
Le Tone et le Chikuma ont constitué la Division de Croiseurs. Leur capacité d'emport d'hydravions, pour des reconnaissances à longue distance, a conduit à les faire, assez souvent, accompagner les porte-avions. Le , le contre-amiral Itō a été nommé commandant de la Division de Croiseurs. Le , le contre-amiral Abe lui succède.
De Pearl-Harbor à Midway (décembre 1941 à juin 1942)
Pour l'attaque de Pearl Harbor (), la Division de Croiseurs a fait partie de la force de couverture du vice-amiral Mikawa, qui accompagnait la Force de Frappe de la , c'est-à-dire les six porte-avions lourds du vice amiral Nagumo. Le mois suivant, ils ont pris part à la deuxième bataille de l'île de Wake. En janvier, ils ont été impliqués dans les opérations de conquête de Rabaul en Nouvelle-Bretagne, puis dans les débarquements de Lae et Salamaua, et dans les opérations contre les Indes orientales néerlandaises. Le , ils faisaient partie de la force de couverture pour le bombardement de Darwin et, fin février-début mars, accompagnaient les cuirassés rapides et lors du naufrage du destroyer américain , dont le Chikuma a recueilli quelques survivants. En avril, ils ont accompagné les cinq porte-avions du vice amiral Nagumo, qui, pendant leur raid sur Ceylan ont bombardé Colombo et Trincomalee. C'est un avion du Tone qui a repéré les deux croiseurs lourds britanniques (HMS Cornwall et Dorsetshire qui ont été coulés par l'aviation embarquée japonaise.
À la bataille de Midway (4-), la Division de Croiseurs faisait encore partie du Groupe de Support, constitué autour des deux cuirassés rapides Haruna et , rattaché à la Force de Frappe du vice amiral Nagumo. À , le , un hydravion Aichi E13A 1 “Jake” du Tone a signalé des bâtiments américains, mais n'a pas spécifié immédiatement qu'il y avait un porte-avions parmi eux, ce qui s'est révélé une erreur cruciale. À , c'est un autre hydravion “Jake” du Chikuma qui a repéré l' et l'a suivi pendant trois heures, guidant les attaques de l'aviation embarquée, jusqu'à ce qu'il fût abattu peu après .
Le , la Division de Croiseurs a reçu l'ordre de se porter en soutien de la , qui attaquait les îles Aléoutiennes, où les îles d'Attu et de Kiska ont été occupées.
Devant Guadalcanal et pendant la campagne des Salomon
Le , le contre-amiral Hara qui commandait précédemment la Division de Porte-avions a remplacé le contre-amiral Abe, nommé commandant de la Division de Cuirassés (les cuirassés rapides et ).
Pendant la campagne de Guadalcanal, la Division de Croiseurs est restée attachée aux forces de soutien des porte-avions de la du vice amiral Nagumo, et elle a, à ce titre, participé aux opérations de couverture éloignée du renforcement des forces japonaises de Guadalcanal, et aux batailles des Salomon orientales, fin août, et des îles Santa Cruz, fin octobre, qui en ont résulté. À la bataille des Salomon orientales, les deux croiseurs ont lancé sept appareils, qui ont repéré les porte-avions américains, mais certains de ces appareils ont été abattus, ou leurs renseignements ne sont pas parvenus en temps utile. À la bataille des Îles Santa Cruz, un des hydravions du Tone a localisé l'. Quatre hydravions du Tone, dont deux ont été abattus, ont réglé les tirs sur les navires américains. Attaqué par des “Dauntless” de l', le Chikuma s'est délesté de ses torpilles juste avant que sa plateforme lance-torpilles tribord avant ne fût touchée, puis, ayant reçu deux autres bombes, il a dû mettre le cap sur Truk, escorté par deux destroyers. Il a été réparé à Kure jusqu'en . vignette|Le Chikuma vu depuis un “Dauntless” de l' qui l'a manqué de peu, à Rabaul, le 5 novembre 1943 Le Tone n'a pas participé en première ligne à la bataille du Cap Espérance, ni aux batailles navales de Guadalcanal de la mi-, même si ses hydravions ont recherché, en vain, les bâtiments américains susceptibles d'intercepter les cuirassés rapides et , dans la soirée du .
Le , le contre-amiral Kishi Fukuji succède au vice-amiral Hara à la tête de la Division de croiseurs.
En 1943, la Marine Impériale japonaise n'a engagé ses croiseurs lourds en première ligne que dans le Pacifique nord, dans la campagne des îles Aléoutiennes, mais la victoire rapide des Américains, dans les combats terrestres de la reconquête de l'île d'Attu, ont fait tourner court une sortie de la Division accompagnant trois cuirassés et un porte-avions qui devaient y aller en renfort, en mai. Au cours de l'été, la Division a participé à un transport de troupes de Truk à Rabaul, et à des sorties de cuirassés et de porte-avions, aux ordres du vice amiral Ozawa ou de l'amiral Koga, de Truk à Eniwetok pour intercepter les porte-avions américains qui avaient lancé des raids de bombardement contre Tarawa et Makin ou contre l'île de Wake et les îles Marshall. Les choses vont changer avec le débarquement américain sur l'île de Bougainville, début novembre. L'envoi de Truk à Rabaul de sept croiseurs lourds, pour attaquer les troupes américaines qui avaient débarqué, après l'échec de la Marine Impériale japonaise à la bataille de la baie de l'Impératrice Augusta, a provoqué un raid massif de l'aviation embarquée du Task Group 50.4 du contre amiral Sherman, qui a légèrement endommagé le Chikuma, manqué de peu.
Le , la Division de Croiseurs a été dissoute et ses deux unités reversées dans la Division constituée jusqu'alors de croiseurs de la classe Mogami, que commande le vice-amiral Nishimura.
Dans le Pacifique central et dans le golfe de Leyte