Le Village gai, officiellement Le Village, est le quartier gai de Montréal (Québec, Canada). Il se trouve dans le secteur Centre-Sud de l'arrondissement de Ville-Marie.
Géographie Le village gai de Montréal se trouve à environ à l'est du centre-ville de Montréal., immédiatement à l'est du Quartier latin et au sud du parc La Fontaine. Le village gai est un espace social et non administratif; il ne comporte donc pas de limites officielles. Il est centré sur la rue Sainte-Catherine, entre les stations de métro Berri-UQAM, Beaudry et Papineau. Il est généralement représenté comme un grand quadrilatère formé par la rue Berri à l'ouest, la rue Sherbrooke au nord, avenue De Lorimier à l'est et l'avenue Viger au sud.. Le Village se trouve en contrebas de la côte Sherbrooke. La définition la plus restrictive du Village est le territoire défini par règlement de l'action de la Société de développement commercial (SDC) du village, soit la rue Sainte-Catherine entre les rues Berri et Cartier ainsi que la rue Atateken entre le boulevard René-Lévesque et la rue Robin.
Quartiers limitrophes
Urbanisme vignette|gauche|220px|Station de métro Beaudry au cœur du Village gai, le premier bâtiment public au monde à arborer les couleurs gaies Le quartier compte quelques parcs urbains dont le parc de l’Espoir, le parc Raymond-Blain et le parc des Vétérans.
Le quartier se caractérise par un espace urbain diversifié et une signature visuelle forte. Des initiatives d'art public améliorent le cadre visuel du quartier et lui donnent une signature plus artistique. L'entrée de la station de métro Beaudry, située au cœur du Village, est décorée de colonnes arc-en-ciel. Le Village est spécifiquement marqué sur une carte officielle de la ville. La devanture de l'ancien cinéma Ouimetoscope est orné d'un diptyque géant de Zilon entre 2010 et 2013.. Le quartier compte plusieurs peintures murales, par exemple Restauration ! peinte par Brian Keith Lanier et 50 Cakes of Gay peinte par l'artiste française Kashink, toutes deux sur la rue Amherst...
La rue Sainte-Catherine est piétonnière tout l’été. La Société de Développement Commercial (SDC) du Village propose, à la suite du succès de la fermeture de la rue durant les Outgames en 2006, la piétonisation de la rue Sainte-Catherine dans le Village en période estivale, intervention mise en place par l'arrondissement de Ville-Marie à partir de 2008. La rue est complètement piétonnisée et fermée à toute circulation automobile, entre les rues Berri et Papineau entre mai et septembre depuis. L'aménagement d'Aires libres est salué par différentes reconnaissances et mentions en design à travers le mondeReconnaissances de Step Inside Design (États-Unis), Grafika, Facteur D, Association des architectes paysagistes du Canada, Lions de Cannes (France), GDC National Design Awards et mentions dans Coupe, The Globe and Mail et Artv (Canada), Communication Arts Design et New York Times (États-Unis), Trama (Équateur), Stylons (Allemagne), Têtu (France), Yapi (Turquie) et Hinge (Hong Kong). Voir Brossard (2013).. L'espace public du Village est orné de plusieurs éléments culturels, comme les 23 panneaux de photos géantes sur la rue Sainte-Catherine entre la rue Saint-Hubert et l'avenue Papineau ou les inscriptions design sur la façade de la Place Dupuis. Le parc Serge-Garant, adjacent à l'édicule de la station de métro Beaudry, est réaménagé en 2013, davantage végétalisé et comportant des panneaux de huit photos géantes tirées de pièces de danse contemporaine de compagnies montréalaises.. Pour certains, les façades des commerces demeurent affreuses et l'aménagement de certaines terrasses pourrait être d'un goût douteux..
Dans le cadre du projet Carré des arts prévoyant la construction d'une cinquantine de logements dans un édifice de cinq étages au nord du Marché Saint-Jacques, l'arrondissement de Ville-Marie prévoit un changement au règlement de zonage pour accroître la hauteur autorisée de 16 à (automne 2015)..
vignette|centre|780px|Partie Est du Village vignette|centre|780px|Panorama de la rue Ste-Catherine vu de la terrasse du Complexe Sky
Histoire vignette|Rue Sainte-Catherine et Amherst, . D'abord un quartier pauvre, faisant partie du quartier Centre-Sud de la ville, le secteur est progressivement occupé par la communauté gaie et lesbienne à partir des années 1970. Les pionniers s'installent au milieu des années 1970 dans le Faubourg à m'lasse : le magasin de l'érotisme gai Priape, fondé en 1974, qui se trouve alors sur le boulevard De Maisonneuve., la boite de nuit La Boite en Haut en 1975, au coin des rues Sainte-Catherine et Alexandre-De Sève. La Boîte en Haut présente spectacles de chansons et des spectacles de travestis; elle offre également une piste de danse.. Pendant plusieurs années, cet établissement demeure le seul bar sur ce segment de la rue Sainte-Catherine, où les commerces demeurent peu nombreux et beaucoup de locaux sont inoccupés, dans un secteur assez pauvre, sans vie, où les personnes LGBT ne vivent pas encore et se cachent encore des regards et donc ne flânent pas sur la rue. Bien que plusieurs associent la création du Village aux actions de la Ville de Montréal visant la fermeture de plusieurs bars et boîtes de nuit LGBT avant la tenue des Jeux olympiques d'été de 1976., le départ ou la fermeture des commerces gais situés sur le boulevard Saint-Laurent ou dans le secteur ouest du centre-ville, entre les rues Stanley et Atwater, lequel est alors considéré comme le quartier gai de Montréal et auquel on réfère parfois comme le Village gai de l'Ouest, se fait plutôt dans la deuxième partie des années 1970 et dans la première moitié des années 1980. Le déplacement des commerces de l'Ouest vers le Village gai actuel serait lié en partie à des facteurs économiques, notamment le prix des loyers commerciaux élevés au centre-ville et la récession de 1982-1983Fugues. Les nombreuses descentes de police et l'organisation du mouvement gai en réaction à ces actions survenues dans les années 1970 amène les personnes LGBTQ à se regrouper spatialement et à rechercher des espaces leur offrant une sécurité. Les facteurs sociaux sont également déterminants. La descente de police en au Mystique et au Truxx au cours de laquelle sont arrêtés constitue un événement ayant contribué au déclin du Village de l'Ouest.
La venue d'établissements pour la communauté gaie s'intensifie au début des années 1980. En 1982, le bar de danseurs nus Les Deux R et la discothèque 1681 ouvrent leurs portes. L'année suivante, la Taverne Normandie, de même que le bar Max prennent pignon sur la rue Sainte-Catherine aux abords de la station de métro Beaudry, alors que le centre d'esthétique au masculin Physotech s'implante sur la rue Amherst tout près. Le quartier devient rapidement populaire auprès des hommes gais de Montréal et est désigné comme le Nouveau village de l'Est. En 1984, le bar Bud's ferme ses portes alors que la clientèle déserte le Village de l'Ouest, effrayée en raison des interventions policières dans les établissements qui y sont situés. Si quelques commerces gais demeurent dans le Red Light rue Saint-Laurent, le Village devient le centre économique et social de la vie gaie montréalaise et québécoise. La publication du magazine Fugues débute en 1984, la clinique médicale l'Actuel est fondée en 1987.. Plusieurs de ces établissements (Normandie, Priape, Physotech) existent toujours, constituant ainsi des institutions pour la communauté LGBT québécoise.
En 1998-1999, la Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal, dans le cadre des travaux de réfection de la station de métro Beaudry, arbore l'édicule des couleurs arc-en-ciel, symbolisant la reconnaissance officielle par les autorités de la communauté LGBT. La Société de développement commercial du Village est fondée en 2006. Depuis la zone a été rénovée grâce aux récents investissements gouvernementaux et de la Ville de Montréal. Malgré une répression qui dure jusqu'au début des années 1990, le soutien gouvernemental au Village n'est plus contraint. Tous les trois ordres de gouvernement font la promotion du Village, du climat tolérant du Québec et de la vie gaie dans Montréal comme attrait touristique.
Bien que connu sous le vocable Village gai, le quartier n’est pas devenu un ghetto pour autant. Frank Remiggi, professeur de géographie historique et culturelle à l’Université du Québec à Montréal et codirecteur de l’ouvrage « Sortir de l’ombre »Remiggi, Frank W., "Le Village gai de Montréal", Sortir de l’ombre : histoires des communautés lesbienne et gaie de Montréal. Montréal, VLB, 1998, pages 267 à 289. Remiggi, Frank W., "Homosexualité et espace urbain", Téoros. Été 2000, Montréal, pages 28 à 33., considère qu'« il s’agit d’un espace ouvert et non répressif qui ne correspond pas au concept du ghetto ».
vignette|gauche|180 px Les Outgames mondiaux, qui ont eu lieu à Montréal du au sous le nom Rendez-vous Montréal 2006, furent un évènement sportif et culturel d'envergure internationale organisés par la communauté gaie et lesbienne avec près de participants et plus de touristes, soit le plus grand évènement sportif à se tenir dans la ville depuis les Jeux olympiques d'été de 1976. Le Village gai de Montréal fut au centre de l'évènement. Malheureusement une faillite est survenue dès les Outgames terminés, nuisant à l'image positive qui bénéficiait jusque-là aux gais montréalais.
Au fil des années, différentes publications dont les bureaux se trouvent dans le Village visent la clientèle gaie montréalaise et québécoise, par exemple Attitude, Village, Gazelle, RG, La Voix du Village, Être et Fugues (qui est la seule d'entre elles à encore exister). D'autres médias gais se sont ajoutés au fil des années, offrant au Village une diversité dans l'information spécialisée comme Gay Globe Magazine (depuis 1998), le Guide arc-en-ciel, ZIP et DécorHomme.
Différents bars et boîtes de nuit ont animé et animent encore la vie nocturne du Village, dont le complexe Sky, le Unity, l'Aigle Noir, le Stud, le Date, le Cocktail, le Rocky, le Relaxe, le Circus et le Stereo. Au fil des ans, plusieurs autres établissements disparus ont marqué la vie nocturne, dont le Max, le Pipeline, le Club David dans les années 1980, le Sécurité Maximum dans les années 1990, le Parking et le Drugstore dans les années 2000. Le Drugstore, opérant dans les anciens locaux de la Taverne du Village, et détenant ainsi un permis d'alcool datant du ferme ses portes en 2013 en raison de la hausse des loyers.. Un jugement de la cour d'appel du Québec statue, en , qu'à partir de 1999 les commerces situés dans l’immeuble emblématique de la Station C (qui a accueilli, entre autres le Théâtre Félix-Leclerc, le légendaire bar KOX, les Katakombes, le HOME, le Backroom, le KLOK, le bar Apollon, le Code et le Play) ne pouvaient pas obtenir de permis d’alcool étant donné que l’immeuble est situé à moins de 25 mètres d’un autre debit de boissons alcooliques..
Politique et administration À l'échelon municipal, le quartier fait partie du district électoral de Saint-Jacques et de l'arrondissement de Ville-Marie.. Plusieurs citoyens considèrent la nomination d'office du maire de Montréal comme maire de Ville-Marie et comme leur magistrat comme une aberration, faisant passer les intérêts des citoyens des quartiers centraux en second.. À l'élection de 2013, certains candidats comme conseiller du district, habitant d'autres quartiers, semblent peu au courant des enjeux du Village.. Afin de souligner l'importance du Village pour la ville, le maire de l'arrondissement Ville-Marie a récemment placé un drapeau arc-en-ciel (le drapeau gai) dans la salle du conseil.