L'Esclave blanche est un tableau du peintre français Jean-Jules-Antoine Lecomte du Nouÿ exécuté en . Cette huile sur toile de est conservée au musée d'Arts de Nantes.

Représentation Alors que certains artistes du peignaient leurs œuvres d’après leurs recherches et d'autres sur leur seule imagination, les sujets de Lecomte n’ont, malgré de nombreux voyages entrepris à des fins documentaires, qu’une relation assez lâche avec une société ou un lieu précis. En dépit du réalisme quasi-photographique de ses tableaux, les sources de Lecomte se trouvaient moins dans l’observation que les documents.. Probablement issue d’Émaux et Camées de Gautier ou de Voyage en Orient de Nerval, cette scène fictive, qui compte parmi les chefs-d’œuvre les plus représentatifs de l’orientalismeFrançois Pouillon, Dictionnaire des orientalistes de langue française, Paris, Karthala, 2008, 1007 , ., est un clin d’œil au Bain turc de Jean-Auguste-Dominique Ingres ()« N’a-t-on pas dit d’Ingres que c’était « Ingres faisant du Gérôme » ? » .. Le tableau représente un harem ou un hammam dans un cadre somptueux. Comme chez Ingres, la représentation de harems ou de hammams réservés aux femmes offrait aux peintres de tableaux orientalistes la possibilité de donner libre cours à tous les fantasmes érotiquesLes Peintres orientalistes (1850-1914) : musée des Beaux-Arts, Pau, mai-juin 1983, musée des Beaux-Arts, Dunkerque, juillet-août, musée de la Chartreuse, Douai, septembre-octobre, 156.

Chaque détail du fastueux décor sert à instrumentaliser l’évocation de la magie orientale : on voit, à droite, deux serviteurs noirs avec des vêtements chatoyants devant un bassin qui renvoie à la pureté et à la sensualité des plaisirs du bain. De la même manière, arborant des bagues aux pierreries étincelantes, la jeune esclave nue à gauche est assise devant de nombreux accessoires comestibles évocateurs de l’Orient, comme le verre de thé, l’orange en quartiers, le régime de dattes ou l’assiette de couscous. De même, la cigarette qu’elle fume et ses volutes sinueuses signalent une volupté oisive toute orientaleJean-Claude Seguin, « Image et manipulation : actes du international du GRIMH, Lyon, 20-21-22 novembre 2008 : hommage à Roman Gubern », Cahiers du GRIMH, , Lyon, Le GRIMH-LCE, 2009 , 532 ., source de rêveries voluptueuses. Orné d’une calligraphie arabe répétant en continu la formule : « Allah est grand », le cadre doré participe, lui aussi, de cet orientalisme fantaisiste..

L’image de l’esclave circassienne nue, dont la blancheur immaculée contraste avec la couleur noire et les vêtements chatoyants des serviteurs, fait référence au fait que la majorité des femmes du harem provenaient des territoires « infidèles », où elles avaient été capturées pour être vendues par les marchands d’esclaves de Constantinople et d’IspahanPatricia Almarcegui, Fantaisies du harem et nouvelles Schéhérazade, Paris, Somogy, 2003, 191 , ..

Les reproductions produites en grand nombre par la maison Goupil ont décuplé le succès de cette iconographie.

Expositions Équivoques, Peintures françaises du , Paris, musée des Arts décoratifs, mars- ; Les Orientalistes de 1850 à 1914, Pau/Dunkerque/Douai, déc, 1982- ; La Gloire de Victor Hugo, Paris, Grand Palais, oct, 1985-jan, 1986 ; L'exotisme en Europe, Stuttgart, Wurtenbergische Kunsterein/Institut für Auslandsbeziehungen/Staatgalerie, sept.-nov, 1987 ; La France : Images of Woman and Ideas of Nation 1789-1989, Londres, Hayward Gallery/Liverpool, Walker Art Gallery, jan.- ; Histoires parallèles : la peinture française du au musée des Beaux-Arts de Nantes, Japon (6 étapes), oct, 1995-juil, 1996 ; Espejismos del Medio Oriente : Delacroix a Moreau, Mexico, Instituto Nacional de Bellas Artes, déc, 1999-avr, 2000 ; Les Ailes de la gloire, Prague, Galerie Rudolfinum, - ; Le harem : visions européennes et musulmanes sur la beauté et l'amour, Barcelone, Centre de Cultura Contemporània, -.

Références

Bibliographie . Roswitha Gost, Der Harem, Cologne, Dumont, 1993 284 . Philippe Jullian, Les Orientalistes. La vision de l'Orient par les peintres européens au , Fribourg, Office du Livre, 1977, 207 Esther Sabelus, Die weiße Sklavin. Mediale Inszenierungen von Sexualität und Großstadt um 1900, Berlin, Panama, 2009, 223 . Lynne Thornton, La Femme dans la peinture orientaliste, Paris, A.C.R., 1985, 264 . Michelle Verrier, Les Peintres orientalistes, Paris, Flammarion, 1979, 8 48 illust.

Liens externes

L'Esclave blanche, sur le catalogue en ligne du Musée d'arts de Nantes

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