René Vietto, né le dans le quartier de Rocheville au Cannet (Alpes-Maritimes) et mort le à Orange (Vaucluse), est un coureur cycliste français, professionnel de 1932 à 1952. Issu d'un milieu modeste, il exerce un temps le métier de groom dans des établissements luxueux de la Côte d'Azur avant de se consacrer au cyclisme. Il remporte huit étapes sur le Tour de France et son histoire professionnelle est intimement liée à cette course, sur le podium de laquelle il est monté en 1939, à la deuxième place, derrière le Belge Sylvère Maes.

Lors de cette même édition, il porte le maillot jaune pendant onze jours, une performance qu'il réédite huit ans plus tard, sur le Tour de France 1947, pendant quinze jours cette fois. Il a également remporté le Grand Prix de la montagne sur cette épreuve lors de sa première participation en 1934. Parmi les principaux succès de sa carrière, René Vietto compte également deux victoires d'étape dans le Tour d'Espagne, un titre de champion de France de la zone non occupée en 1941, et la première place au classement général de Paris-Nice en 1935.

Grimpeur d'exception et , « le roi René » jouit d'une immense popularité au sortir de la Seconde Guerre mondiale, notamment pour sa verve qui l'apparente aux plus célèbres comédiens. Il se distingue des autres coureurs par le soin particulier qu'il apporte à son matériel : René Vietto est l'un des premiers coureurs à utiliser des innovations techniques comme le double plateau ou le porte-bidons accroché au cadre du vélo et non au guidon. Plus encore, c'est son « sacrifice » au profit d'Antonin Magne sur le Tour de France 1934 qui contribue à forger sa légende. À deux reprises, Vietto vient au secours de Magne, d'abord en lui donnant sa roue puis son vélo, alors que celui-ci est victime d'un incident technique dans les descentes des cols de Puymorens et du Portet-d'Aspet.

Biographie Jeunes années René Vietto naît le dans l'appartement de ses parents, situé dans le quartier de Rocheville au Cannet. Son père, Jean Vietto, originaire d'une famille de laitiers de Cannes, exerce la profession de camionneur, tandis que sa mère, Laurence Mélano, qui a grandi au Plan-de-Grasse, récolte des roses, des fleurs de jasmin et d'orangers pour les fermiers des environs. Pendant la Première Guerre mondiale, alors que son père est fait prisonnier et retenu en Allemagne, sa mère s'installe avec une amie à Bergerac pour y travailler dans une poudrerie, en emmenant René avec elle. Après seulement quelques semaines, celui-ci tombe gravement malade. Un temps soigné à l'hôpital militaire de Bergerac, sans succès, il rentre finalement avec sa mère au Plan-de-Grasse, dans la maison de ses grands-parents maternels. Après l'armistice et le retour de Jean Vietto, la famille retrouve sa maison du Cannet, où naît Lucienne, la sœur de René, en .

thumb|alt=Photographie en couleur d'un hôtel de luxe.|Avant d'être cycliste, René Vietto travaille à l'hôtel Majestic. Affaibli par ses années de captivité, Jean Vietto trouve un emploi de jardinier à la mairie de Cannes, tandis que sa femme acquiert une épicerie à Mougins. Renvoyé de l'école, René Vietto commence à travailler dès l'âge de comme cueilleur de fleurs de jasmin, puis dans un garage du boulevard Carnot à Cannes avant d'être embauché en tant que groom à l'hôtel Majestic, puis au casino du Palm Beach. Dans le même temps, il développe une passion pour les épreuves cyclistes et admire particulièrement le style du grimpeur italien Alfredo Binda. Avec ses économies, il achète son premier vélo pour la somme de et s'entraîne avec des amis sur les routes du massif de l'Esterel.

En 1931, et sans l'autorisation de ses parents, René Vietto signe sa première licence cycliste à l'Étoile sportive de Cannes, le club de son ami Charles Ceppi. Il se distingue très vite en prenant la quatrième place de la course départementale éliminatoire du Premier pas Dunlop, puis se classe premier des débutants au Grand Prix Sigrand, au Grand Prix Walsdorff et au Grand Prix de Saint-Raphaël. Il remporte le Prix de Vallauris et le Derby de l'ES Cannes, avant d'obtenir son premier succès de renom sur les Boucles de Sospel, devant ses coéquipiers Paul Bianchi et Charles Ceppi. Cette victoire dans une des plus importantes épreuves régionales lui vaut pour la première fois les compliments de la presse locale. Quelques semaines plus tard, il s'impose devant Fernand Fayolle sur Nice-Puget-Théniers, une épreuve qui compte à son palmarès des coureurs professionnels comme Alfredo Binda et Paul Broccardo. Ses excellents résultats, obtenus dès sa première saison cycliste, le font passer dans la catégorie des aspirants professionnels, tandis qu'il abandonne son emploi de groom au casino Palm Beach..

Carrière cycliste Les premiers succès (1932-1933) Dès le début de la , René Vietto s'affirme comme l'un des meilleurs coureurs de la Côte d'Azur en remportant le Grand Prix de Cannes devant l'Italien Luigi Barral, puis en se classant huitième de la Course de côte du mont Faron, en présence de nombreux professionnels et malgré une chute. Il est invité à passer deux semaines au centre d'entraînement du Vélo Club de Levallois, alors considéré comme le meilleur club amateur français, dans le but de préparer le GP Wolber, une course réservée aux espoirs français mais dans laquelle Vietto déçoit. En fin de saison, il se blesse en chutant sur une canette que lui tend un ami et qui lui sectionne le nerf cubital, ce qui entraîne une légère paralysie de la main droite.

En 1933, René Vietto confirme son statut en remportant pour la deuxième fois consécutive le Grand Prix de Cannes. Deuxième de la course de côte Nice-Mont Agel, il remporte celle du mont Faron en plaçant une attaque à plusieurs centaines de mètres de la ligne d'arrivée pour se débarrasser de Luigi Barral, son dernier concurrent. Celui-ci lui permet de disputer des courses en Italie pour la marque Olympia, dirigée par Gaetano Belloni. Dans Milan-San Remo, sa première grande classique, il se classe treizième. René Vietto est alors sélectionné pour disputer le Tour d'Italie. Malgré une cinquième place dans la première étape, ainsi qu'une échappée en compagnie du futur vainqueur, Alfredo Binda, dans l'avant-dernière étape, ce Giro laisse des regrets au coureur français, souvent victime de chutes. Plusieurs constructeurs de cycles italiens lui proposent de signer un contrat juteux, à la condition qu'il demande la nationalité italienne, ce que Vietto refuse.

Le « sacrifice » de René Vietto (1934) thumb|alt=Photographie en noir et blanc d'un peloton groupé.|L'équipe de France, à laquelle appartient Vietto, mène le peloton sur le Tour. Au début de la , il dispute Paris-Nice à titre individuel et subit plusieurs fois la malchance : crevaisons à répétition, ou encore chute alors qu'il est seul en tête avec trois minutes d'avance lors de l'avant-dernière étape. Il termine toutefois sixième au classement général. Recruté au sein de la formation Helyett par André Trialoux, il se classe successivement cinquième du Critérium national puis neuvième du Championnat de France, remporté par Raymond Louviot. René Vietto prend ensuite le départ du GP Wolber dans le but de gagner sa sélection pour le Tour de France. Cette épreuve, réservée aux meilleurs espoirs français et qui rassemble , est disputée en individuel et en cinq étapes. Troisième à Auxerre, au terme de la première étape, il conserve sa position au classement général lors de l'étape suivante à Clermont-Ferrand. Dans la troisième étape, René Vietto attaque dans l'ascension du col de la Croix-Morand, se retrouvant seul en tête avec René Debenne. Victime de deux crevaisons, il doit laisser la victoire d'étape à celui-ci, mais endosse le maillot de leader par le jeu des bonifications distribuées au sommet des cols. Il défend ensuite sa position et remporte, deux jours plus tard, le classement général de ce GP Wolber.

René Vietto obtient dès lors sa sélection en équipe de France pour le Tour 1934. Tandis qu'il se prépare dans les Alpes avec son ami Adrien Buttafocchi, sa sélection est contestée par de nombreux journalistes qui considèrent qu'il ne peut briller que sur des cols de faible kilométrage et que ses piètres qualités de descendeur le priveront de jouer quelque rôle. Les premières étapes ne lui sont guère favorables. Dès le premier jour, à Lille, il accuse un retard de , puis le lendemain, il perd près d'une heure à la suite de quatre crevaisons. René Vietto se distingue pour la première fois au quatrième jour de course, en prenant la quatrième place d'une étape qui comprend l'ascension du Ballon d'Alsace. Après cinq étapes, alors que les coureurs bénéficient d'un jour de repos à Évian-les-Bains, il occupe seulement la du classement général, bien loin du leader Antonin Magne.

Dans la septième étape, il est devancé par les Espagnols Federico Ezquerra et Vicente Trueba au col du Galibier mais les rejoint dans la descente avant de s'engager dans un long raid solitaire qui s'achève à Grenoble par sa première victoire d'étape dans le Tour de France. Troisième à Gap, René Vietto remporte sa deuxième victoire d'étape à Digne au terme d'un effort qui est salué par l'ensemble des journalistes. Échappé dans le col de Vars, il accentue son avance dans la descente puis la conserve dans le col d'Allos. Cette performance lui permet de remonter à la du classement général, à près de du maillot jaune. Cinquième à Nice, Vietto remporte ensuite une troisième victoire à Cannes, sa ville, en battant au sprint l'Italien Giuseppe Martano.

thumb|upright|alt=Portrait en noir et blanc d'Antonin Magne avant une course.|Antonin Magne remporte son deuxième Tour de France grâce au « sacrifice » de Vietto. La traversée des Pyrénées est le théâtre d’événements qui font entrer René Vietto dans la légende du Tour de France.. Dans la quinzième étape entre Perpignan et Ax-les-Thermes, Antonin Magne chute dans la descente du col de Puymorens et brise sa roue, tandis que son plus sérieux rival pour le classement général, Martano, profite de l'incident pour le distancer. René Vietto offre sa roue à Magne qui mène la poursuite et conserve finalement son maillot jaune en limitant son retard à l'arrivée à . Le lendemain, alors qu'il se trouve en tête de la course, René Vietto vient une nouvelle fois au secours de son leader, arrêté dans la descente du col de Portet-d'Aspet en raison d'un bris de chaîne et de rayons. Vietto fait demi-tour, remonte le col dans l'autre sens. sur deux kilomètres. et cède son vélo à Magne qui sauve encore son maillot jaune à l'arrivée à Luchon. Ces deux faits de course, ainsi qu'une photographie qui le montre en larmes, assis sur un muret aux côtés de son vélo endommagé en attendant la voiture de dépannage, élèvent immédiatement Vietto au rang de héros populaire qui sacrifie ses propres chances au profit de son chef de file..

Dans la dernière étape pyrénéenne entre Tarbes et Pau, René Vietto franchit en tête les sommets des cols du Tourmalet et d'Aubisque et s'impose en solitaire, remportant ainsi sa quatrième victoire d'étape sur ce Tour. Cette performance lui permet également de s'installer sur le podium provisoire de l'épreuve derrière Magne et Martano, mais l'ultime contre-la-montre entre La Roche-sur-Yon et Nantes, dans lequel il utilise un braquet trop grand pour lui (le dérailleur ne sera autorisé qu'en 1937), le fait reculer de deux places. Il achève finalement son premier Tour de France au cinquième rang, à près d'une heure du vainqueur, Antonin Magne, et remporte le classement des grimpeurs. Ensemble, les deux hommes accomplissent un tour d'honneur au Parc des Princes lors duquel Vietto peut constater la sympathie et l'affection du public à son égard.