La révolution yéménite, dite la révolution pacifique des jeunes, est un mouvement de contestation populaire et une série d'affrontements armés débutés en 2011 et qui s'achèvent en 2012 avec le départ du président Ali Abdallah Saleh. Cette révolution s'inscrit dans un contexte international du Printemps arabe. S'inspirant des précédents tunisien et égyptien, les manifestants réclament la démocratie, la fin de la corruption et de la mainmise du congrès général du peuple (CGP, au pouvoir), de meilleures conditions de vie et le départ du président Saleh, au pouvoir depuis 22 ans..
Le mouvement de contestation part de l'université de Sana'a (la capitale). Débutée fin janvier, la contestation ne cesse de s'amplifier en prenant la forme de et de manifestations massives, la jeunesse révolutionnaire (shabab al-thawra) étant rejointe par les femmes, les chiites, les sunnites, les houthistes, les socialistes. Malgré les dizaines de millions d'armes en circulation dans le pays, et la violente répression, un des mots d'ordre est sulamiya, pacifisme. Les formes d’action sont très variées : , poésie, théâtre. (Dégage !), le slogan commun aux révolutions arabes, est adopté progressivement.
Le président refuse de se plier aux exigences des opposants et promet des concessions pour gagner du temps : c'est d'abord le sa non-candidature au renouvellement de son mandat présidentiel en 2013, puis une réforme de la Constitution début mars, et des élections d'ici à un an.. Le , le président limoge son gouvernement et le , il propose un référendum constitutionnel, des élections législatives et présidentielles et son départ avant la fin de 2011.
Pendant cette succession d’annonces, les manifestations de l’opposition continuent. Le gouvernement fait tirer sur les manifestants, faisant parfois de nombreux morts, notamment après la manifestation du (52 morts). C'est après cette manifestation que l'état d'urgence est décrété, et que d'importants soutiens du régime passent à la contestation : l'opposition parlementaire, d'importantes tribus, et des généraux de l'armée.
Des affrontements entre loyalistes et rebelles armés ont également lieu, et sont régulièrement réprimés dans le sang. Après le , des places sont occupées dans différentes villes. L’opposition est progressivement rejointe par des personnalités importantes, diplomates, militaires, chefs de tribus, dignitaires religieux. En face, le président Saleh multiplie les dépenses, par exemple pour payer des contre-manifestants ( la journée, soit plus que le salaire mensuel), au point de faire baisser les réserves de devises du Yémen de cinq milliards de dollars.
Les mois d'avril et de mai sont occupés par la tentative de médiation du conseil de coopération du Golfe soutenue par l'Union européenne et les États-Unis, qui est acceptée par l'opposition. Le dictateur gagne du temps pendant deux mois, puis attaque un de ses opposants fin mai, ce qui menace de déclencher une guerre civile. À la fin du mois de mai, le pays est secoué par de forts affrontements entre forces gouvernementales et tribus armées. Le , le bombardement du palais présidentiel blesse le président Saleh, qui est obligé de quitter le Yémen pour se faire soigner en Arabie saoudite, tandis que le pouvoir du président est disputé entre son fils Ahmad et le vice-président Abd-Rabbo Mansour Hadi. Après le retour du président de sa convalescence, le plan du CCG est finalement ratifié. Les élections anticipées qui suivent voient la victoire du seul candidat en lice, l'ancien vice-président Hadi, pour un mandat intérimaire de deux ans ayant comme priorité la réduction de l'influence d'Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA), qui s'est décuplée pendant le conflit. Depuis, les manifestations visant à rejeter la clause d'immunité de l'ancien président Saleh se poursuivent, afin qu'il soit traduit en justice par les nouvelles autorités.
Contexte Un pays fragile et pauvre Le Yémen est un des pays arabes les plus pauvres, marqué par de fortes disparités sociales et un taux de chômage atteignant les 35 %.. Selon les Nations unies, 45 % des Yéménites vivent en dessous du seuil de pauvreté et le Yémen est le pire pays du monde pour l'égalité entre hommes et femmes.. Le taux d'analphabétisme est proche de 50 %.. Dans ce pays marqué par la précarité et des incertitudes quotidiennes vient se greffer plusieurs autres : au sud du pays, un groupe séparatiste réclame l'indépendance du sud, celui-ci a été, par intermittences, un État souverain jusqu'en 1990, et la guerre civile de 1994 au Yémen avait pour but de revenir sur la réunification du Yémen, et du nord ; d’anciens partisans du président Saleh ont formé Al-Qaïda dans la péninsule arabique, qui affronte le régime ; le nord du pays est également une zone de tension depuis 2004, où les braises de la guerre du Saada ne sont pas tout à fait éteintes ; et certaines autres parties du territoire sont mal ou pas contrôlées par le pouvoir central.
Enfin, les élections au Parlement sont repoussées d’année en année depuis quatre ans quand le printemps arabe se déclenche.
Conséquence de cette histoire marquée par les guerres séparatistes, le pays abrite entre cinquante millionset soixante-dix millions d’armes. Cette situation n’empêche pas les protestations pacifiques : sans remonter à celles de l’époque coloniale ou des années 1990, en 2008, d’importantes grèves des dockers, enseignants et ouvriers ont donné lieu à des manifestations pacifiques dans tout le pays.
Le pays est dirigé par la famille du président Saleh, et par des membres de sa tribu, les Sanhân, qui font régner népotisme, clientélisme et corruption. Les tribus jouent encore un rôle social et politique important. Le Yémen est très dépendant des États-Unis, dont il reçoit 250 millions de dollars d’aide militaire par an. La publication par WikiLeaks de câbles diplomatiques révéla que, contrairement à ce qu'avait annoncé le dictateur Saleh, ce n'est pas l'armée yemenite qui était responsable de bombardements sur d’hypothétiques bases d’al-Qaïda, qui ont fait des dizaines de victimes civiles, mais l’aviation américaine.
Le Printemps arabe
Les premières manifestations s'inscrivent dans un contexte révolutionnaire dans plusieurs pays arabes (Tunisie, Algérie, Libye, Égypte, Syrie, Bahreïn) appelé « Printemps arabe ». Le , la fuite du président tunisien Ben Ali consacre le triomphe de la révolution tunisienne dont Mohamed Bouazizi, jeune vendeur ambulant s'étant immolé par le feu en signe de protestation, devient un des symboles. Dans les jours qui suivent, plusieurs personnes suivent son exemple dans l'ensemble du monde arabe, dont quatre au Yémen. Le , un homme s'asperge d'essence dans un village du Hadramaout, voulant par ce geste protester contre ses difficultés économiques. Le , un autre suit son exemple en plein centre-ville d'Aden, importante ville du sud du pays..
Déroulement des événements thumb|Le président Ali Abdallah Saleh (2004).
Départ de la contestation et revendications Dès le , des appels sont lancés à célébrer la fuite du dictateur tunisien Ben Ali (notamment par l’opposante Tawakkul Karman) en manifestant devant l’ambassade de Tunisie à Sanaa dès le , et à Taëz. Les manifestations ont lieu quotidiennement, gagnant en ampleur tout en restant pacifiques, malgré la violente répression des forces du régime. Les organisateurs sont des étudiants, des militants et des politiques de l’opposition ; peu à peu, les manifestations gagnent les provinces.
Jeudi , près de manifestent dans les rues de Sana'a. et des dizaines de milliers dans tout le pays« Manifestations sans précédent », republié par Courrier international, 28 janvier 2011, consulté le 25 mai 2011, scandant des slogans tels que , à l'exemple des précédents syriens (Bachar el-Assad) ou azerbaïdjanais (Ilham Aliev). Rejointes par une coalition de partis d'opposition dominée par le parti islamiste Al-Islah, le « forum commun » ou la Réunion commune (al-Liqah al-mushtarak), les manifestations restent pacifiques. Si les forces de sécurité n'interviennent pas, elles organisent la protection de quelques bâtiments-clés, tels le ministère de l'Intérieur et la banque centrale. Dans le sud, c'est le mouvement sudiste, aux visées séparatistes qui prend la main, réclamant quant à lui une « Révolution dans le sud » pour mettre fin à « l'Occupation » du nord. Peu à peu, la contestation gagne toutes les couches de la société urbaine.
Dès ces premières journées de contestation, le Congrès général du peuple, le parti au pouvoir, organise des contre-manifestations.
Manifestations en février : l'installation dans la durée thumb|Manifestations le à Sana'a. Le , le président Saleh tente de désamorcer la crise en affirmant devant le parlement qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat en 2013.. Il promet également la constitution d'un gouvernement d'union nationale et le report des élections législatives. En dépit de ces promesses, le « Premier jour de la colère » rassemble des milliers de manifestants à Sanaa, Aden et Taëz. Le lendemain, une « Deuxième journée de la colère » rassemble de à aux abords de la place Tahrir (de la Libération) à Sanaa. Simultanément, des petits groupes de manifestants en faveur du pouvoir en place se regroupent, portant des portraits du président et proclamant notamment : et et les premières batailles de rue ont lieu. Dans les heures qui suivent, aidés par des membres de la police, les partisans du pouvoir se rendent maîtres de la place Tahrir..
Le , des dizaines de milliers d'opposants au régime se réunissent pour un « jour de colère » dans les rues de Sanaa, réclamant toujours la démission du président Saleh., cette journée marquant le véritable départ de la révolution au Yémen. Dans le sud, une manifestation des séparatistes du mouvement sudiste est réprimée par la police, qui tire sur les protestataires, faisant plusieurs blessés.. Le , des milliers de militants du Mouvement du Sud défilent dans les villes de l’ancien Yémen du Sud. thumb|Manifestations le . Le , au lendemain de la victoire de la révolution égyptienne, près de se heurtent aux forces de l'ordre et à près de du président SalehSituation au Yémen le 12 février, in Les clés du Moyen-Orient. Scandant , ou , ils sont rapidement réduits au silenceAFP, Au Yémen: «Après Moubarak, c'est le tour d'Ali», «dégage Ali!», in Libération, 13 février 2011. Une partie des pro-Saleh installe des tentes sur la place Tahrir, afin d'éviter que les protestataires ne parviennent à reprendre cette place stratégique située au cœur de Sanaa. Le lendemain, ils sont encore près de à se rassembler dans les rues de la capitale, au cri de : . Une partie des manifestants essaie de marcher sur le palais présidentiel, mais ils s'en voient empêchés par des cordons de policiers, qui les repoussent sans ménagement. Le , les manifestants sont des dizaines de milliers devant l’université de Sana'a et à Taëz, où 120 arrestations ont lieu. Le , attaquent les qui occupaient le parvis de l’université. C’est à cette période que les manifestations commencent à s’étendre dans le reste du pays : les jours suivants, des affrontements entre manifestants et police font des morts et des blessés à Aden et à Sanaa, notamment lors des manifestations du Jour du départ à Taëz, le .